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» de conscience en sa chambre et les prières ensuite qui » se récitent à genoux. Il fait sonner la salutation angé- » lique au commencement, au milieu et à la fin du jour, » suivant la coutume de l'Eglise. En un mot nous avons » subject de nous consoler voyans un chef si zelé pour la » gloire de Nostre Seigneur et pour le bien de ces Mes- » sieurs | »,
Reste à savoir si les officiers se trouvaient heureux de ce régime monaçal ; d'aller par ordre, comme à la manœuvre, à la messe, au confessionnal et à la table des communiants ; de faire des exercices religieux depuis le moment « où l'oiseau se réveille » jusqu’à l'heure « où la » nuit se met en chemin » ; de dire leurs prières à genoux sous la férule des bons Pères et le bâton du général, Le pis pour des soldats habitués à vivre d'une même vie, d'un même cœur, confiants, échangeant sans cesse leurs pensées, aimant à se conter leurs fredaines, c’est qu'il faut, sous ce régime claustral, que chacun se renferme en soi et, par crainte de délation, renonce à tout lien d'amitié. : :
Il paraît que cette vie de sañctitication ne plaisait pas à tout le monde, car dit encore le P. Le Jeune : « Le > Vingt-neufviesme decembre de l'an mil six cens trente- > cinq » (moins d'une semaine apres la mort de Cham- Plain) « furent mis à un pilier devant l'Eglise, des affiches » et defenses, sur certaines peines : de blasphemer, de » Senivrer, de perdre la messe et service divin aux jours
1 Le Jeuns, Relation de 1634, édit. de Québec, pre
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» de Festes, Ensuite dequoy, un carcan fut attaché au » mesme pilier, et un chevalet aupres, pour les délin- » quants, où fut mis par effet, le sixiesme Janvier, un » yvrongne et blasphemateur !».
Le carcan et le chevalet pour manquement à la messe et au service divin! Cela donne à réfléchir sur la sincérité des croyances religieuses des ancêtres.
Les Pères Jésuites agissaient aussi par l'éloquence et la persuasion et faisaient des conversions prodigieuses. En voici une que le P. Le Jeune raconte avec une douce émotion. sl
« Croiroit-on bien », dit-il, « qu’il s’est trouvé un de
nos François en Canada qui pour contrecarrer les disso-
lutions qui se font ailleurs au Carnaval, est venu le
Mardy gras dernier, pieds et tête nuë sur la neige et
sur la glace, depuis Kebec jusques en nostre chapelle,
c'est à dire une bonne demie lieue, jeusnant le mesme jour pour accomplir un vœu qu'il avoit fait à Nostre
Seigneur, et tout cela sans autre tesmoings que Dieu et
nos Peres qui le rencontrerent * ».
Voici un autre exemple des énormes succés des bons
Pères : |
« Pendant le sainct temps de Caresme, non seulement » l’abstinence des viandes defendués et le jeusne s’est » gardé; mais aussi tei s’est trouvé qui a#ait plus de » trente fois la discipline, devotion bien extraordinaire
‘ 1 Le JEUNE, Relation de 1636, édit. de Québec, p. 48. ? Le Jeune, Relation de 1634, édit. de Québec, p. 2.
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» aux soldats et aux artisans tels que sont icy la plus » part de nos François ! ».
III. — Officiers, soldats et colons se sanctifient. Jamais ils n'ont tant pensé à leur salut. On dirait qu'ils n'ont pas autre chose à faire. La puissance militaire est subordonnée à la puissance religieuse. L'autel est sur le trône. Les PP. Jésuites sont dans tous les conseils, dans toutes. les assemblées, et trônent despotiquement dans toutes les consciences. Ils ont pour Champlain tous les respecis, lui laissent l'illusion du pouvoir, et lui font faire ce qu'ils veulent. Ils sont les maîtres, la conquête se fera pour eux et par eux.
Justice leur doit être rendue. Ils veulent amener les Sauvages à la foi chrétienne et à la France par le trafic et la prédication, non les détruire ou les chasser, comme faisaient les Anglais, comme font les Anglo-Saxons,. Leurs moyens sont futiles, grossiers, jamais inhumains.
Les fameuses relalions, écrites avec talent, onctueuses, fourmillent de récits de miracles et de conversions imaginaires. Les auteurs affectent une simplicité de foi merveilleuse, et paraissent croire que les sorciers sauvages sont réellement en communication avec le
diable. Ils sont d'une intolérance exaspérante et ne reculent pas devant le charlatanisme, mais on ne les voit pas employer la violence. Ils font preuve d'un courage admirable ; ils ne reculent devant aucun obstacle ; résignés à
l Le JEUNE, Relation de 1634, édit. de Québee, p.28.
la mort, pris dans une discipline de fer religieusement observée, ils ne se dérobent à aucun péril. C'est une force immense, malheureusement d'origine espagnole, cosrnopolite, ennemie de toute civilisation. On a vu, au Paraguay, le gouvernement types des bons Pères ; on sait ce qu'ils font des Montagnais ; on devine ce qu'ils voulaient faire en Canada. En les envoyant à Québec le grand Cardinal a fauté,
IV. — Deux ans après l'incident rappelé plus haut, la mission des Hurons est fondée. L'intrépide Brébeuf et ses compagnons travaillent fort et ferme. Bien que jésuites, ils ont la belle humeur, la gaîté, la bonhommie françaises ; cela plaît aux Hurons.
Ils avaient d'abord été mal reçus. Leur enseignement était discuté et souvent les Sauvages trouvaient des
réponses ou des objections embarrassantes. Outre cela, beaucoup de gens craignaient que Champlain ne vengeût, sur la nation, le meurtre d’Etienne Brulé.
Survint une sécheresse terrible, lamentable, comme celle qui marqua l’année de la naissance de Pantagruel. A la moindre étincelle, nous apprend le P. de Brébeuf, forêts, plaines et cabanes flambaient. « Rien ne profitoit, » tout deperissoit de sorte qu'on apprehendoit une » grande famine ».
On appelait les sorciers les plus fameux ; ilsexigeaient des présents considérables, faisaient force incantations, “mais ils n'avaient sur la pluie aucun pouvoir «ou bien » peut-être causoient eux-mesmes les secheresses par
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» les hantises et pacts qu'ils avoient avec Jé diable ».
Les Hurons accusent les Pères, bien à tort, démolissent une’ croix qui était plantée devant leur Cabane, les menacent : le.temps n'en reste pas moins au beau fixe. Les plus amis des bons Pères les supplient d’intercéder pour eux auprès du grand dieu des « visages » pâles ».
Les Pères hésitent, puis enfin décident des processions et font « vœu de dire neuf messes en l'honneur du glorieux > espoux de Nostre Dame, Protecteur des Hurons. » Or il avint justement que la neufvaine accomplie, qui » fut le treiziesme juin, nous ne pusmes », dit le P. de Brébeuf, « parachever la Procession sans pluye, qui » suivit fort abondante, et dura à diverses reprises > l'espace de plus d’un mois ».
Aussitôt la sève afflue, la syive reprend vigueur, les plaines reverdissent, les moissons jaillissent,' belles, vigoureuses et gonflées d'espérance.
Dans la seconde quinzaine de juillet, ces pluies bienfaisantes à peine terminées, une autre sécheresse com mence. L'heure de la moisson approche. En France on
demande alors du soleil. Dans la péninsule huronne, au.
contraire, paraît-il, il fallait, dans cetem ps-là, de la pluie. Pas de pluie, tout est perdu ! Cette fois les bons Pères n’attendent pas qu'on les prie. Ils s'adressent au grand saint Ignace et, dès le deuxième Jour de la neuvaine, la pluie tombe abondamment.
Grâce à ces pluies, la récolte fut superbe et les Hurons
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des environs n’eurent plus contre les Jésuites, Dieu et la Croix, aucune prévention.
Le P. de Brébeuf ajoute pieusement : « A Dieu » soit pour jamais la gloire de tout : il permet la séche- » résse des tertes, pour arrousér les cœurs de ses bene- » dictions ! ».
Ainsi, à force,de patience, de savoir faire, de courage, les Jésuites onit triomplié des Hürons, mais les Hurons, malgré la protection dé leur nouveau dieu, n'ont pas su triompher des Iroquois, et disparureut, presque complètement, moins de quatorze ans après ?
1 Relation du P. Jean de Brebeuf, à la suite de celle du P. Pau! Le Jeune, de 1636, édit. de Québec, pp. 82-84.
? Les PP, Jésuites, il faut leur rendre cette justice, ont bravement payé de leur personne.
Les PP. Jean de Brébeuf et Gabriel Lallemant, occupaient, en 1649, la mission de Saint-Louis,
Trois Hurons échappés au massacre de Saint-Ignace viennent annoncer l'arrivée des Iroquois. Les femmes se sauvent dans les bois. Quatre-vingts guerriers hurons resteñt décidés à combattre jusqu'à la mort.
Les deux moines pourraient sé sauver, mais ils pensent que cen’est pas au moment du péril que le berger doit abandoncer son troupeau. Ils restent ei prodiguent à leurs ouailles, pendant tout le combat, les secours de la religion, Faits prisonniers avec les derniers Hurons, les Iroquois les martyrisent épouvantablement.
Le supplice de Brébeuf, qui était de très forte :oustitution, dura dix-sept heures; celui de Lallemant, qui était maigre et faible, fut un peu moins long.
Un Huron leur reprocha d'avoir causé, par lèurs pratiques religieuses, la ruine de la Nation.
Les Iroquois exultaient. La chair des Français doit être bonne, dirent-ils, et ils en coupèrent sur les deux martyrs de grands lambeaux qu'ils mangèrent,
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V.— Champlain étudie avec ardeur les questions canadieñnes, ordonne et fortifie la colonie, lui donne la vie et le mouvement.
Les Sauvages lui avaient souvent demandé la création, en amont de Québec; d'un poste destiné à contenir les Iroquois. Après entente avec les capitaines, il se décide pour lé confluent du Saint-Maurice, à trente lieues de Québec, où ‘existait, depuis longtemps, un comptoir de traite.
A l’automne de 1634, il y construit un fort et une habitation, y installe cinq ou six colons, quelques soldats et des jésuites. Le nombre de ses habitants était de 70 en 1637 et de 10 800 en 1891. Le lieu était bien choisi. Il fut le boulevard des Français contre ss Iroquois, le centre d'un grand cormerce de pelleteries et de bois de construction.
C'est à Trois-Rivières que l'on parle le plus purement le français. C'est là quenaquirent V4rennes de la Verandrye, Jean Nicolet et mon ami Benjamin Sulte, l’une des gloires littéraires du Canada :.
A la cruauté ils joignent la raillerie. « Tu nous assurois tout à l'heure », disent-ils à Brébeuf, « que plus on souffre sur la Terre, plus on est heureux dans le Ciel; c'est par amitié pour toi que nous nous étudions à augmentër tes soufffances, et tu nous en auras obligation ». (CnanLevoix, op. cît.,t. Il, pp. 13 et suiv.). Les Jésuites n'ont pas perdu, par le martyre, que Brébeuf et Lallemant. (Voir Francis PARKMAN, The Jesuits in North America in the sevenbeenth century, passim.).
1 Mercure François, t. XIX, pp. 819, 837. — BENsAMIN SULTE, Chronique trifluvienne: Montréal, 1879, p. 1. — Lx JEuNr, Relation de 1634, pp. 85, 91: Relation de 1635, p. 13.
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