‹ Vie de SchillerChapitre 6 sur 11 · Cicéron, Brutui · texte numérisé non relu

Cicéron, Brutui

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lorien, dit G. de Humboldt dans la belle introduction qu'il a placée en tête de sa correspondance avec Schiller, publiée par lui-même, est étroilemeut apparenté au talent poétique et philosophique , et chez celui qui n'aurait aucune étincelle de cette double faculté , la vocation d'historien pourrait bien être fort douteuse, ■

Schiller, nous l'avons dit, avait voulu quitter, pour un temps, les vers et les fictions, se mûrir par la réflexion et parle savoir,nourrir sa mémoire et son intelligence de faits et d'idées, et laisser jeûner son imagination; mais au poète tout aliment de l'esprit devient poésie, il transforme en sa substance les matières les plus arides et les plus austères , à plus forte raison d'aussi riches études que celle de l'histoire, et, comme nous Talions voir, de la philosophie. Cependant ses premières réflexions sur la partie de la philosophie qui avait le plus d'attrait pour lui , celle qui traite du beau , de ses conditions et de ses lois , produisirent d'abord sur lui un effet décourageant , dont il se plaint à Kœmer : < La critique m'a nui, dit-il ; depuis plusieurs années déjà, je ne trouve plus en moi cette hardiesse , celte vive ardeur que j'avais avant de connaître aucune règle. Je me regarde maintenant créer et composer, j'observe le jeu de l'inspiration , et mon imagination se comporte avec moins de liberté depuis que je ne la sais plus sans témoins. > Le remède à cette timidité , c'était de ne pas rester sur le seuil , de ne pas se contenter de soulever le voile , mais de pénétrer plus avant , d'approfondir ce qu'il n'avait fait qu'ef^eurer, de s'approprier par la méditation, ou plutôt de retrouver au dedans de lui et de reconnaître pour loi innée , nata lex, ces conditions de l'art qui, comme loi écrite et venue du dehors, l'inquiètent et le troublent. » Quand je serai assez avancé , ajoutet-il,poarque cette conformités l'art devienne en moi nature, comme l'éducation le devient chez les hommes formés aux bonnes mœurs, mon imagination reprendra son ancienne liberté et ne se posera que des bornes volontaires. » L'université d'Iéna était alors une brillante école de philosophie. Le professeur Beinhold y enseignait , comme je l'ai dit, la doctrine de Kant. Le profond penseur de Kœnigsberg avMt publié ses principaux ouvrages : c'était en 1790 qu'av^t paru sa Critiqite du Jugemenl, destinée , selon lui , à servir de lien entre celles de la Raison pure et de la Raison pratique. La première partie de ce livre traite du beau, du sublime, et des beaux-arts. Schiller se mit h l'étudier, et, captivé par le grand sens et tes vues neuves et fécondes de l'auteur, il forma le projet de s'initier complètement k sa

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philosophie. Dans la saite, en effet, passant de l'esthétique à la moraie, il aborda la Crilique de la Raison pratiqw; mais il ne parait pas qu'il ait jamais fut une sérieuse étude de celle de la Raison pare ou spéculative. Gela n'était pas nécessaire, au reste, pour se pénétrer des grands résultats de cette œuvre fondamentale : dans le centre ob il vivait, les esprits en étaient trop occupés pour qu'il y demeurât étmnger. Pour comprendre la saintaire influence que la théorie du beau de Kant, d'un maître qu'il admirait et respectEÛl, dut exercer sur le poète, à ce moment de sa vie, il faut voir avec quelle sagesse ce philosophe, sans rien ôter au génie de son indépendance et de son originalité, y associe le goût, qui, nous dit-il, assure l'union des facultés mêmes dont le génie se compose. Qu'on me permette do citer une de ses phrases : c'est une leçon qu'on ne saurait trop répandre, et, venant d'outre-Rhin , et d'un tel homme, elle a chance d'être écoutée. ■ Le goût et le jugement en général est la disdpline du géniei il lui rogne fort les ailes.... mais en même temps il lui donne une direction, en lui montrant sur quoi et jusqu'oii il pent s'étendre, s'il veut ne pas s'écarter de son but ; et en introduisant dans l'abondance des pensées la clarté et l'ordre, il donne de la consistance aux idées, les rend dignes d'un assentimeut durable et imiversel, dignes de l'imitation d'autmi et susceptibles d'une culture toujours progressive. Si donc, dans la lutte de ces doux qualités, il fallait, en un produit de l'art, sacrifier quelque chose , ce devrait être pintdt du côté du génie'. >

M. Ku no Fischer, dans un discours * prononcé b léna, aux lieux même où Schiller étudia Kant, a peint le poêle philosophe avec une élégante netteté,et suivi pas h pas dans ses œuvres le développement de son système d'esthétique*. Il le montre désireux en tout temps de combiner le point de vue du moraliste et celui de l'artiste, disciple de Rousseau d'abord, puis, par une transition toute spontanée et

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