‹ Vie de Socrate (volume 4)Chapitre 16 sur 34 · Di^ SOGRATE · texte numérisé non relu

Di^ SOGRATE

ro« ;> ''ec ae montrer la leçon morale dans le co ^ ' nents 'qu'ils mettent en scène, dan I \jppement des caractères, dans

Texprc \ des oc>aiments et des idées des personnages qu'ils font agir, il y a dans le drame grec, par une exception unique dans l'histoire de l'art, un -personnage spécial dont le rôle est presque celui d'un prédicateur : tout le monde voit que je parle du chœur. Or, qu'enseignent donc ces poètes? Je ne veux pas relever ici en détail les maximes, mais on peut résumer en quelques traits les idées morales qui leur sont communes. Ils nous prescrivent tous la modération et la douceur, la piété et la justice ; ils nous rappellent la faiblesse et le néant de l'homme, dont les pensées sont plus mobiles que l'ombre d'une fumée, la fragilité de la vie semblable à une peinture fraîche qu'une éponge efface. Ils enseignent l'existence d'une vie future, d'une Providence, d'un Dieu suprême dont la justice infaillible nous attend pour nous récompenser ou nous punir. C'est ui qui a gravé dans notre conscience des règles absolues,, des lois non écrites auxquelles vaut mieux obéir qu'aux lois changeantes

irat^8uraîç ov&(JLa2îo{ji.6voi; eivai tt.; ÊXXa^oç. G*est du reste la

tradition grecque : La poésie est Pécole de la vie morale.

SON ilLldl'S 35

et arbitraires des hommes. Nulle puissance ne remporte sur la puissance de Jupiter; nul trône n'est plus élevé que le sien, il parle et Teffet suit; ce que sa volonté décide s'accomplit infailliblement. Contre cette force divine, l^homme ne peut manquer de reconnaître sa faiblesse et sa dépendance. Qu'il sache donc connaître sa condition propre, sa vraie essence; qu'il n'estime pas trop haut ce qui est humain; que même dans le malheur, il ne s'irrite pas contre les dieux, et se rappelle que l'épi de la faute, semé par l'orgueil, fait naître une riche moisson de larmes. Ces pensées, qui éclatent en traits de flamme dans les pièces d'Eschyle, nous les retrouvons avec d'autres accents, moins sublimes et peut-être plus tendres, dans les tragédies de Sophocle et d'Euripide.

L'art dramatique, en lui-même, est une excitation à la spéculation morale ; car l'intérêt de l'action dramatique résulte toujours d'une situation des personnages placés entre deux règles morales, deux mobiles moraux, dont la lutte, dans la conscience du héros dramatique, a son écho dans la conscience du specfateur; mais par la manière dont ils l'ont traitée, on peut dire que le théâtre d'Eschyle, de Sophocle, et même, quoiqu'à un moindre degré, d'Euripide, présentant à l'homme l'homme même,

rhomme intérieur, est comme une philosophie morale en action.

Socrate ne paraît pas s^être contenté de cette éducation commune et généfale, dont Tart était la forme puissante et enchantée.

Dans un passage célèbre et fort diversement commenté, Maxime de Tyr nomme tous les maîtres auxquels s'adressa Socrate et dans sa jeunesse et dans le com*s de sa vie, qu'il passa tout entière, comme le recommandait Solon, à apprendre.

« Que tu adores par-dessus tout la science, dit-il à Socrate, je te l'ai souvent entendu dire, et je t^ai vu adressant les jeunes gens tantôt à un maître, tantôt à un autre, conseillant à Callias d^envoyer son fils à Aspasie de Milet; un homme à Técole d'une femme ! Toi-même, à ton âge, tu ne rougis pas de la fréquenter, et, non content de t'être fait le disciple d^Aspasie, . tu as été chercher auprès de Diotime la science de Tamour, auprès de Connus celle de la musique, auprès d'E venus l'art de la poésie, auprès d'Ischomachus celui de l'agriculture, auprès de Théodore la géométrie (1). » Il est évident que Maxime de Tyr a emprunté ces noms et ces

• (l)Z>«6'5^W., 37,4,1. I[,p.22o,Reisk. Il ajoute ixzlTaîjra p.èv acîi rà £it£ cipwveuaaTa ihz xzi 'hè^lau.cf.T'y. Èir.tivw, otcw; àv

faits aux livres de Platon et de Xénophon, et -Q^est pas éloigné de n'y voir lui-même que des traits d'ironie. Examinons cependant avec un peu de soin ce que Thistoire nous apprend des rapports de chacun de ces personnages avec notre philosophe.

Xénophon nous parle d'Ischomachus, dans son Économique, comme d'un ami de Socrate, et c'est ainsi que nous le présente également Plutarque (1); mais ni l'un ni l'autre n'autorisent la supposition qu'il ait été son maître, et dans le dialogue de Xénophon il ne fait guère que fournir un prétexte à Socrate pour exposer ses propres idées sur la manière de gouverner une maison.

Evénus de Paros est plusieurs fois mentionné par Platon : dans le Phèdre, comme un rhéteur qui avait distingué quelques formes d'argumentation dont Platon se moque (2); dans Y Apologie, comme un sophiste enseignant au rabais les vertus humaines et politiques (3);

(1) Decurios.^ 2»

(2) Phœclr,, 26*7, a : tov xàxx^ôTov Eùvivov... (rctoô? -^àj) 6

(3) ApoLy 20b. 5, mines, c*esl-à-dire 100 drachmes, moius de 500 fr., étaient son prix, (|u and Protagoras, Gorgias et d'autres prenaient 100 mines, c'est-à-dire près de 10,000 fr. en nombres ronds.

dans le Phédon, comme un poète (1); mais ce dernier dialogue nous prouve qu'il était à peine' connu de Socrate*

Pour la géométrie, à laquelle Socrate n'était pas, il est vrai, étranger (2), on n'a aucune raison de croire qu'il Tait apprise de Théodore de Cyrène, qui fut, comme on le sait (3), le maître de Platon, et figure, à ce titre, dans trois de ses plus grands dialogues.

Socrate, dans le Ménexène^ dit à son interlocuteur qu'il n'est pas étonnant qu'il soit si habile dans l'art de parler, puisqu'il a eu pour maître de rhétorique cette femme/ célèbre autant par son esprit que par sa beauté, dont les leçons avaient formé tant de grands orateurs, et jusque là le plus grand de tous, Périclès : je veux parler d'Aspasie (4); et, dans \q Banquet y il avoue que c'est à Diotime^ la savante prêtresse de Mantinée, qu'il doit la seule science qu'il se vante de posséder, la science de l'amour (5); mais il est difficile de voir dans ces

(1) Phœd,, 60.

(2) Xén. , Mem. j.lV^ "7 , 3: )àxi foi ou^ imioii ^i a6*

(3) Diog. L., 111, 6; Apul*> De habit. doôL Plat,, pa59,éd. Bip;

(4) Plat., MeneoG., 235 e*

(5) Thém., Ora^., XIII., p. 198; Xén*, Mem.^ II, 6j

deux passages, d'où Maxime évidemment emprunte ses assertions, autre chose qu'une aimable ironie. Cela est certain du dernier surtout, où Platon expose des idées qui lui appartiennent en propre, et donne à la théorie de Tamour une portée religieuse et philosophique qu'elle était bien loin d'avoir dans l'esprit de Socrate, tel que nous le représente Xénophon (1). On a même soutenu que Diotime était un personnage fictif; si elle est très-fréquemment citée comme un personnage historique, ce n'est, dit-on, que par des écrivains postérieurs à Platon et qui ne s'appuient que sur son témoignage (2). Cependant les exemples d'interlocuteurs fictifs sont rares dans les dialogues de Platon; on ne connaît guère que Her, l'Arménien, dans la République; Thôte d'Élée, dans le Sophiste et le Politique; les trois personnages des LoiSy Clinias de Crète, Mégille de Lacédémone, et l'étranger d'Athè-

28 ; Plat., Symp,, m c ; Theag.y 128 b : Mh i7ri(3rTap.ivoç,

irXriv ojAuepcu^» tiv6ç (/.aÔtipwtfoç, t©v ipcoruMôv.

(l)Mem., IV, i,^, Van Heusde, /m7«ap/w7o5. Plat.: « Hi autem (sermones) ita prorsus sunt Platonis. » J'adopte ici pleinement l'opinion de K. Fried. Hermann, contraire à celle de Wiggers, p. 24.

. (2) Luc, Imag,^ c. 18; Glém. Alex., Strom.^ VI, p.631 b; Thém., Orat., XIII, p. 199; Himér,, OraU 1, 18.

nés, qui semblent bien être les types des trois grandes constitutions politiques des Grecs.

En accordant que Diotime soit un personnage historique (1), il n'est pas démontré par là que Socrate lui ' ait dû quelques-unes de ses idées philosophiques. Pour Aspasie, il est certain que c'était une femme d'un grand esprit, et que Socrate a vécu dans son intimité (2); mais le ton ironique de Socrate, quand il se déclare son disciple dans Tart de la parole, est manifeste, et a été déjà remarqué par Plutarque (3). On peut seulement admettre que Socrate et beaucoup d'autres hommes distingués de ce temps allaient, à Texemple de Périclès, chercher auprès d'elle cet art de plaisanterie délicate et fine, ces grâces de langage, .cette conversation enjouée et vive que le commerce des femmes sait donner, et qu'elles enseignent facilement parce qu'elles le pratiquent par une

(1) Le scholiaste d'Aristide (t. III, p. 468, Dind.) en fait une prêtresse de Jupiter Lycéen, en Arcadie, et rapporte que par ses prières elle avait retardé de dix années la terrible maladie qui frappa Athènes, la deuxième année de la guerre du Péloponèse.

(2) Xén., Mem., XI, 6, 36; Œcon., III, 14 ; Plat.,

Meneoc, , 135 C I S'iS'aoxaXoç cuaa où -jrivu ^auXyj ««p* piQTOpixv};,

(3) Vit, PericL, c. 24 : \t.i'k Trai^ia; 7£'Ypaî:rai.

science instinctive^ qui n'^est pour elles qu^une des formes de Tart de plaire.

Dans le Ménexène (l) et encore dans i^Fii" ihydème (2), Socrate nomme comme son maître de musique Connus (3), fils de Métrobius. Le tour ironique est ici d^autant plus évident que c^est dans sa vieillesse, dit-il, qu'il s'est mis à son école pour apprendre à jouer de la lyre, ce qui prêtait à rire aux enfants, élèves comme lui de Connus, qui appelaient pour cette raison leur maître le Gérontodidascale. L'éducation qu'il avait reçue dans sa jeunesse lui rendait au moins superflus ces tardifs exercices de musique instrumentale, pris au sérieux par trop d'écrivains postérieurs (4). Damon, cité au lieu de Connus, comme le maître de musique de Socrate, par Diogène de Laërtc, sur le témoignage d'Alexandre Polyhistor, dans ses àiciêo;^^/, n'est présenté dans le

^\)Meneœ.,2S^c.

(2) Euthyd., 272 c.

(3) C'est le personnage qui a donné le nom à la comédie d^Ameipsias qui concourut avec les Nuées d'Aristophane et lui enleva le prix. Stallbaum(ac? Euthyd,, 79) suppose que si Socrate fréquentait l'école dç Connus, c'était pour y avoir l'occasion de rencontrer la jeunesse avec laquelle il aimait tant à s'entretenir.

(4) Cic, De Senect, c.VIII ; adFamiL,lX, 22, 2; Val. Max., VIIT, n, 8; Brucker, t. I, p. 525, n» 4. « Distin-

42 VIE DE SOGRATE

Lâchés (1) et la Républiqite (2) que comme un de ses amis. Ce célèbre musicien devait à Tlntimité de ses rapports avec Périelès une importance politique considérable (3). Plutarqué le nomme un sophiste, qui, par prudence, déguisait la vraie nature de son enseignement et la portée de ses leçons (4;. Platon en fait le plus grand éloge, et accepte sa théorie sur rinfluence profonde que la musique exerce sur les âmes et les mœurs (5).

Enfin Lucien veut que Socrate ait appris tardivement à danser (6), et il est certain que Xénophon nous le montre dans sa vieillesse, dansant tout seul dans sa maison, mais pour se donner un mouvement et un exercice salutaires.

Dans son avidité de vrai savoir, Socrate a même été, dit-on, demander la science à ceux

guendum inter adolescentiam, qua canendi, et senectutem, qua Ijra cantandi periliam Socrates acqui^iyit. »

(1) Lach., 180 d, 19T d.

(2) Rep.,lll, 400 b, et IV, 424 c.

(3) Plut., VU. Alcib., 1 ; Pericly 4.

(4)Sextus BmipincMs, ad Math,, Yl^ 13, nomme Lampon; c'est probablement une erreur de nom au lieu de Connus. Cf. Stob., FZonX, 29, 68. Il y a dans le Ménexène un Lampros dont les copistes auront fait Lampon,

(5)i?gi}„IV,424c.

(6)Luc.,Z)e SaltaL,2^; Xénoph., Symp., 11, 17; Diog. L., 11, 32; VlMi.yPrœcept. Sanity p. 124 e.

qui prétendaient posséder la plus belle de toutes, la science de la vertu, aux sophistes : u se dit plusieurs fois, dans Platon, le disciple de Prodicus (1), et rappelle môme son ami (2), et, dans Xénophon, il récite par cœur son bel apologue d^Hercule (3), comme, dans VAœiochus de Platon, quelques extraits vraiment magnifiques de son discours sur la mort. D'après Xénophon même, il eut plusieurs entretiens avec Hippias (4) ; il y a loin de là à être son disciple. D'ailleurs il y a dans toutes ces expressions une nuance marquée de plaisanterie, et on n'est guère en droit d'en conclure autre chose, sinon que Socrate a connu et entendu Prodicus (5) et d'autres sophistes. Ne fût-ce que pour mieux les réfuter, il était tout naturel qu'il fût curieux de les voir à l'œuvre; peutêtre aussi, comme le veut M. Grote, n'avait-il

(1) Men,^ 96. Passage où U ne s'agit qu^ de remploi des mots dans leur signification précise et propre, questions dont s'était beaucoup occupé Prodicus. Protag.^ 341 a; Charm,y 163 d.Tlpo^ixou (^ûpia nvà àx.-moa. wspi évo{i.àT«v ^laipouvToç. Aooioch.^ 366 c; CratyLy 384 b.

(2) Plat., Hipp. maj.^ 282 c. é i^hiçoç Iralpoç.

(3) Jkfm., 11,1,21.

(4) Xén., Mem., IV, 4, 5 et 6.

(5) Prodicus semble être venu à Athènes, 01. 86 ou 8*7; à cette époque il avait de trente-cinq à quarante ans.

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pas pour eux le mépris dédaigneux et le courroux indigné que leur témoignèrent Platon et Isocrate; mais qu'il ait été réellement leur dis-. ciple ou même leur élève, c'est ce que je ne puis admettre, malgré l'autorité de M. Cousin, qui, dans son mémoire sur Socrate, dit que le futur adversaire des sophistes « avait débuté par aller à leur école (1). »

Par la date seule de leur arrivée à Athènes, où nousi ne les voyons se présenter que vers les commencements de la guerre du Péloponèse, les sophistes sont certainement étrangers à réducation, même à Téducation philosophique de Socrate, alors âgé de quarante ans. S'ils ont eu une influence sur son ess

(1) Après en avoir Fait l'élève des sophistes, M. Cousin ' ne fait presque leur imitateur. « Il s'était fort occupé de rhétorique, » dit-il dans le mémoire déjà cité (Comptes rendus de l'Académie des sciences mor aies ^ mars 1861, p. 383). Diog. de L., 11, 19, rapporte en effet en ces termes l'opinion d'Idoméûée : «^v "yàp xai èv pYiTopixctç ^êivoçJ mais les Trente Tempêchèrent de s'adonner à l'enseignement de la rhétorique, que lui et son disciple Eschine furent les premiers, suivant Phavorin, à professer à Athènes, pyjtopsuEiv 8Ji(5'aÇe.» La seconde partie de cette assertion est évidemment une erreur historique, et quant à la première^ elle n'est qu'une interprétation trèsfausse, suivant moi, du mot de Xénophon: rs'xvaç Xo-^wv ^t^àaxeiv, qui ne fait allusion, je crois, qu'à la dialectique où Socrate, en effet, fut passé maître.

prit, c'est en excitant Tardent désir de cornbattre leurs enseignements funestes, et en développant son gbût naturel de polémique, qui est le côté critique et négatif de son œuvre philosophique. Le récit complet de cette lutte courageuse et à la fin victorieuse du bon sens indigné contre le sophisme audacieux, appartient à Thistoire de la doctrine de Socrate et non à Thistoire de sa vie oii je veux me renfermer; qu'il me soit cependant permis de m'étonner du rôle où Ton a voulu, de notre temps, rabaisser Socrate, en faisant de lui le plus grand et le dernier des sophistes (1).

Je sais bien que Ton répète « que les sophistes tout aussi bien que Socrate, se tiennent sur le terrain de la subjectivité, et que la seule différence est que les uns posent la subjectivité finie et particulière, Tautre la subjectivité infinie et universelle (2). » Je n^ai nullement peur de ces mots techniques qui ne me paraissent pas nécessaires, mais qui ne doivent pas non plus faire illusion. Que veut-on dire ? Veuton dire que Socrate a pris pour règle et pour mesure de la vérité la raison et la conscience de Tindividu, mais en tant que cet individu

(1) Hegel el G rote.

(2) Henning's, Principien der Ethik.

porte en lui les caractères universels de la vérité, en tant' que sa raison plonge par ses racines ou par son origine dans la raison universelle, en tant que les idées universelles et né- .cessaires constituent Tessence de son esprit? Il est certain que Thomme ne peut juger qu'avec sa raison, penser qu'avec son esprit, et que penser étant mesurer, sa pensée est la mesure des choses. Mais est-ce là ce que dit et veut dire Protagoras?

Socrate fonde une méthode pour arriver à une science, dont la nécessité, et a fortiori la possibilité, est démontrée par son principe, que la science est la vertu même. Par sa tentative de découvrir ^essence delà moralité, et de déterminer par des définitions générales l'idée des différentes vertus, il fonde une morale scientifique, 'une Éthique philosophique. Enfin, par ses recherches sur les idées des vertus, il apprend à ne voir Tessence des choses que dans leur -idée, et^ prépare, appelle, s^'il n'ébaache pas déjà, d'une part la dialectique, c'està-dire la méthode pour arriver à trouver l'idée, de l'autre, la métaphysique ou l'ontologie, c'est-à-dire la science de l'être véritable qui ne consiste que dans Tidée.

Les sophistes ne font de Thomme qu'une machine à sensations; ces sensations sont tout

individuelles, changeantes; n^ont aucun caractère de fixité ni d'universalité, pas môme pour Tindividu qui les éprouve : non-seulement la science n^'est pas nécessaire, mais elle est im^ possible; il n^y a donc pas à chercher un art, une méthode, pour arriver à trouver une vérité qui n^'exîste pas; il n^y a qu'un art d'illusion et de mensonge qui augmente et exploite la mobi^ lité naturelle de l'esprit humain, et l'aide à passer d'un fantôme à un autre. L'homme est la mesure des choses, non pas en ce sens qu'il y a dans son esprit des idées qui correspondent aux principes de l'être, mais en ce que les choses n'ayant aucune réalité, et consistant uniquement dans les représentations vaines que s'en fait l'esprit, l'esprit, maître de ses représentations, les fait être ou paraître ce qu'il veut, et ne se borne pas à mesurer les choses, mais lesf crée.

S'il n'y a pas ^de règle fixe et absolue de la vérité, il en est ainsi des vérités morales, et une science morale, un art de la vie, est tout aussi impossible qu'une dialectique sérieuse. Le bien est un mot que chaque individu applique, suivant la fantaisie changeante de son imagination, à ce qui lui est utile et à ce qui lui plaît. L'égoïsmele plus matérialiste, le sensua- Usme réduit à n'être qu'une pratique sans ca-

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ractère scientifique, ne sera jamais un principe philosophique et ne pourra jamais être confondu avec la grande maxime socratique, qui reconnaît dans la raison humaine le principe du savoir et le fondement de la certitude (1).

Un seul rapport d'analogie peut être justement affirmé entre Socrate et les sophistes : ils négligent également les études physiques qui avaient absorbé les travaux des philosophes antérieurs; mais là encore, sous Tanalogie apparente et de fait, se cache une opposition profonde d'intention. Socrate veut fonder une science, et c'est la science de l'homme, et, comme le dira son grand disciple, la philosophie de l'âme. Il ramène donc l'âme en ellemême, comme à l'objet le plus facile et le plus intéressant à connaître pour elle; il ne croit pas l'homme autorisé à chercher ces grands phénomènes obscurs et mystérieux que les dieux semblent nous avoir cachés, et qui sont inutiles au bonheur et à la vertu. Mais les sophistes la rejettent parce que la physique, bien différente ^de ce qu'elle est aujourd^'hui, ne contient pas d'applications utiles aux intérêts matériels ou aux plaisirs sensuels de Thomme.

(1) Plat., Crit,y p. 46 : arAvt àXXw iteîôsoôai ^ tô Xo-y», Ô; àv fjLOt Xc^t^O{&tvfi> ê^XTtaroç ^atvr.rat.

En résumé, aucun souffle élevé, moral, idéal, n^anime les spéculations des sophistes; ils ne travaillent que pour la vanité ou pour l'argent . Ils n'ont pas de méthode ; ils ne croient pas à la science, ils ne croient pas à la vertu : il est impossible d'imaginer un contraste plus complet.

Ce n'est pas assurément l'influence que ces différents personnages ont pu avoir sur Socrate qui amoindrira le grand caractère d'originalité de ses actes et de ses doctrines. Cependant avant de conclure -qu'il n'a eu d'autre maître que la nature (1), que son génie a été directement inspiré d'en haut, comme le fait Maxime de Tyr, il faut se demander quels ont été les rapports de Socrate avec les philosophes qui Tout précédé, et dont quelques-uns ont passé pour ses maîtres directs et immédiats.

Il est certainement bien étrange, comme le fait remarquer M. K. Fr. Hermann (2), que Maxime ne mentionne même pas, au nombre de ceux qui ont pu exercer quelque action sur les idées, ou du moins sur la vocation philosophique de

(1) Max., Dissert,, 38, 4, t. II, p. 225 : ^t^a(j)caX«v ttiv

çuaiv, et plus loin, p. 235 : tov 2<»>xpaTiàv aùtbv otit ^évioOai

(2) De Socrat. magist,, p. 30, dissertation excellente où j^ai beaucoup puisé.

Socrate, Anaxagore et Archélaûs. La question valait au moins la peine d^ôtre examinée.

Aristide prétend que Socrate n'a pas tiré de son propre fonds une philosophie originale, et qu'il a dû sa sagesse au commerce des nombreux sages qu'il a fréquentés et dont il cite Pythoclidès et Anaxagore (1). Que ce dernier ait exercé une influence sur les idées de Socrate, c'est ce qui est attesté encore par Dio^ gène de Laërte et par Suidas (2) et reftonnu par Platon lui-même. La chronologie n'interdit pas de croire qu'il ait pu être entendu du futur réformateur de la philosophie. Né dans la 70* olympiade, vers 500 ans av. J.-C, Anaxagore était venu à Athènes dans la 81% et était mort en . exil dans la T® année de la 88% trois ou quatre ans après la condamnation qui l'en avait chassé. Il avait donc vécu l'espace de près de trente ans à Athènes, pendant lequel Socrate, âgé de quatorze à quinze ans à son arrivée, avait eu certainement occasion d'assister plus d'une fois à ses leçons (3).

Pour Archélaûs, les témoignages sont encore plus précis et plus affirmatifs; celui-ci était

(1) Aristid., Orat., 45, t. III, p. 540.

(2) Diog. L., 11, 19, etll, 45; Suid.

(3) A la mort d'Anaxagore, 428 av. J.-G. ^ Socrate avait quarante ans.

un concitoyen de Socrate, et passe pour être à la fois le disciple d'Anaxagore et le premier Athénien qui se soit livré à la -philosophie. Quoiqu'il porte souvent dans Thistoire le titre significatif de o (pv^r/xo^, et même celui de ^veriKoToLtoi (1), il n'avait pas négligé, dit-on, la morale. C'est à lui que Socrate, si Ton en croit Diogène et beaucoup d'autres, dut cette direction de la philosophie, dont on le croit le premier auteur (2), tandis qu'il n'est en cela que le disciple d'Archélai^s, dont on l'accuse même d'avoir été le mignon, ta -ttai^kâ (3). On veut

(1) Sext. Bmp.,«c?t?. Math., VII, 90; Diog. L., 11, 16.

(2) Diog. L. , 11, 16 : ^rap' eu Xaêàv SwxpâTv;;, tw aùÇ^aai aÙToç supeîv ÔTreXifi^ôyi.!

(3) Diog. L., II, 19; X, 12; Porphyr. ap. Théodor,, Cur. Grœc. a/f., XII, 67. Suidas ne fait que reproduire ces autorités. Cf. Simplic. inArist, Phys., p. 6 b. Br. ; Gic, Tusc.,Y, 4: « Socratem, qui Archelaum,AnaxagorsB discipulum audierat. » Sextus Empiricus, après avoir dit qu'on appela Archélaiis cpuaixo;, parce qu'avec lui cessa la philosophie de la nature, remplacée par la philosophie morale introduite par Socrate, se contredit un peu lui-môme en ajoutant [adv. Math., Yll, 90) que ce même philosophe toucha aussi à la morale, s'occupa scientifiquement des lois, du beau,' du bien, et que Socrate n'eut qu'à recueillir de lui ces doctrines, qu'il passa pour aVoir découvertes, tandis qu'il s'est borné à les développer. D'après Sextus, cette morale était déjà celle des sophistes; le juste et l'injuste ne sont pas fondés dans la nature, mais ont leur origine dans les conventions arbitraires de la loi. M. K. Hermann en-

de plus qu^il ait fait avec Arcliélaûs, qui suivait sonmaître à Lampsaxjue, un voyageàSamos (1), ce qui est contraire au témoignage de Platon qui affirme que Socra te n^était jamais. sorti d'Athènes, si ce n^est pour les expéditions militaires et une seule fois pour assister aux jeux Isthmiques.

A ces assertions on oppose le silence de Xéno- . .phon, de Platon et d'Aristote : ce silence n'est pas absolu ; car Platon reconnaît que Socrale avait au moins entendu lire un ouvrage d'Anaxagore, qui avait fait sur son esprit une profonde impression (2). Gomment d'ailleurs supposer que cette intelligence si éveillée et si

tend les mots, to çuauov xal t^ôixov fxerepxêTc, dans le sens . d'une simple distinction de la partie morale et de la partie physique de la philosophie ; mais distinguer la morale de la physique, n'est-ce pas la constituer, ou au moins la reconnaître comme une partie de la science? Thémiste est moins affirmatif [Orat. , X , p. 317 , Hard,): « Socrate, dit-il, n'a-t-il fait que suivre la route tracée? S*est-il borné à marcher sur les traces d'Archélaiis, ou plutôt n'a-t-il pas eu la noble ambition, non-seulement d'ajouter quelques découvertes qui lui fussent propres, mais encore de changer complètement la nature et le but de la philosophie ? »

(1) Diog. L., II, 23.

(2) Chose singulière ! Bayle [Diciionn. Hist. , 1. 1, p. 127) trouve là la preuve qu'il n'a pas été le disciple d' Anaxagore ; car s'il l'eût été, eût-il eu besoin d'apprendre d'un homme qui lisait les livres d'Anaxagore,querony

curieuse, qui allait àu-devant des sophistes, eût négligé d'entendre des hommes tels qu'Anaxagore et Archélaûs; Si Ton objecte l^opposition des doctrines, si Ton prétend qu'un élève d'Anaxagore ne serait jamais sorti de la philosophie de la nature, et n'aurait jamais reconnu à Tesprit d'autre valeur que celle d'une loi du monde physique, je réponds qu'on touche là une question de mots. Qu'entend-on par être élève d'Anaxagore? être élève de Platon? Estce se renfermer docilement dans le système du maître, et répéter tout au plus en la commentant, la doctrine apprise dans l'école? Alors, il faut le reconnaître, Aristote n'est pas le disciple de Platon, et Socrate n'est le disciple ni d'Arch'élaûs ni d'Anaxagore; mais il y a assurément une autre manière «l'entendre cette expression, et de même qu'il est certain historiquement qu'Aristote a suivi les leçons de Platon, de même on peut croire que Socrate a pu profiter des enseignements de ces philosophes dont

établissait un entendement pour la cause de toutes les choses. Ritter [Hist. de la PhiL ion., p. 301) s'appuie sur le silence de Xénophon et de Platon. M. Hermann voit dans le passage du Phédon la preuve que Socrate, aussitôt quHl eut connaissance des doctrines d^Anaxagore, s'en éloigna et les répudia ; il serait d'ailleurs disposé à croire, avec Stallbaum et Schleiermacher, qu'il a rapport à Platon plutôt qu'à Socrate.

54 VIE DE SOGRATE

il devait un jour faire oublier les doctrines (1), L^'influence même a peut-être été plus profonde : il est possible que la 'première direction de ses études ait été entraînée dans le mouvement qui emportait alors toute la philosophie ; car il déclare, dans Platon, qu'il a été d^'abord pris d'aune belle passion pour la science delà nature. On ne peut nier. du moins qu'ail dut à Anaxagore le principe, aussi grand que fécond, qu'une intelligence suprême a ordonné et gouverné le monde physique.

Diogène de Laërte nous rapporte qu'Euripide, son ami, qui avait entendu également Anaxagore (2), lui donna à lire les mémoires 'd'Heraclite ; si Ton a tort de faire de Socrate,^ avec les scholiastes, sur la seule indication de Tépithète ô Mri\i6i (3), que lui donne Aristophane, un disciple de Diagoras (4), il faut au moins reconnaître qu'il ne resta pas étranger aux spéculations de l'école d'Heraclite, et la réponse qu'il fît, en rendant ces livres à son ami, prouve que

(1) Wiggers, Sokrat, p. 19 : « Er suchte die Weisheit da, wo seine Milburger sie suchten, bei den vielsprechenden Sophisten, und bei den beFùhmtesten Philospphen seiner Zeit, in den Schriften und Gessengender Weisen der Vorzeit. »

(2) Diog. L., II, 45.

(3) Arisk.,i\rw&.,829.

* (4) Disciple de Démocrite. ,

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si leur obscurité lui inspirait la crainte de s^'y perdre et de s'y noyer, il ne repoussait pas ce qui lui en paraissait clair (1). D'ailleurs Socrate déclare lui-même qu'aussitôt qu'il a été en état de comprendre, son intelligence, avide de la vérité et de la science, ne négligea rieii pour les acquérir (2), ne cessant de consulter, d'écouter, d'interroger tous ceux qui avaient quelque réputation de savoir; c'est ainsi qu'il s'adressait même aux poètes, et trouvait dans leurs ouvrages, comme Aristote lui-même, nonseulement de belles maximes morales, mais encore de grandes idées philosophiques. Il est, en effet, très-probable que c'est des poètes qu'il veut parler dans le passage bien connu de Xénophon, où il dit : « Je m'en vais scrutant avec mes amis tous les trésors que les anciens sages, rZv -ïïàxtLi aotpZvy nous ont laissés par écrit dans leurs livres, et si j'y trouve quelque chose de bon, j'en fais mon profit (3). » Non-seulement la poésie avait, on le sait, à cette époque,

(1) Diog. L., II, 22 : & (i-sv ouv^Ka, 7ivvaTa, Oiu.oL\ xal à fAyi ouvwiat» isX'ift AyiXiou '*fi nvoç ^ilxcii itoXuii.€iaTo5, Cf. Suid. V. AyiX,

(2) Xén., ApoL , s, 16 : il iTOuwip Çuvwvai t« Xg^ofxeva i^pÇotpLtiv, càircùircTt 5'tfiXi!iirov xv.i ÎIyitûv xal{XAvOâv(>>v 3ti l5^ovâu.Tiv à-yadov,

(3) Mem.y 1, 6, 14.

un caractère philosophique, mais il y avait une poésie véritablement et proprement philosophique, dont Socrate n'a cel'tainement pas ignoré l'existence et les résultats.

Dans trois dialogues différents (1), et en des termes qui ne laissent de place à aucun doute, Platon raconte que Socrate, dans sa très-grande jeunesse, avait été directement en rapport avec Parménide et avec Zenon. Quoique contredit par Athénée et Macrobe, ce renseignement, donné avec une telle insistance par Platon, a certainement quelque valeur, et je ne m'étonne pas qu'ion veuille voir quelque chose d'historique dans le passage oîi Parménide félicite son jeune interlocuteur de son goût et de son aptitude pour la discussion et pour ces jeux austères de la dialectique (2) ; mais quand il serait vrai que cet entretien n'est qu'une fiction et un ar-

(1) Theet., 183 e; iSoph., 211 e; Parm., 127 b.

(2) Athén., X, 50L; Macrob., Sai., 1, 1. Ilestdifficile de déterminer avec précision la date du voyage de Parménide à Athènes; car on n'a pour la fixer que les motsiravu vs'oç, a^o^pa v^oç. Si on entend par là quinze ou seize ans, on porte le voyage de Parménide à la 84« Olympiade ; si on entend avec S. Cyrille vingt-cinq ans , on est obligé de le faire descendre à la première année de la 84^ Olympiade. Il est vrai que cela oblige de placer la naissance de Parméaide à l'Olympiade 67, 4, chronologie contraire au témoignage de Diog. de L., mais conforme aux calculs d'Eusèbe. Prœp. ev. XIV, 3.

tifice de composition dramatique, encore cette fiction doit-elle avoir un sens, et signifie sans doute que la subtile dialectique de Técole d^Élée n'a pas été sans influence sur la dialectique de Socrate, et a contribué à former, par ses sévères exercices, le rude jouteur (1). Enfin, sans prétendre, avec les Néoplatoniciens, que c^est à Pythagore que Socrate a emprunté ' toute sa doctrine, je ne vois rien d^'impossible à admettre que la curiosité de son esprit ait été également portée de ce côté, et qu'il ait cherché à connaître autant qu'ail le pouvait une philosophie (2), dont l'inspiration profondément religieuse et morale était faite pour lui plaire. Maintenant jusqu'à quel point a4-il connu et étudié ces doctrines, c'est ce qu'on ignore. Nous ne sommes pas arrivés au temps de la philosophie d'érudition; les Uvres sont rares et chers,

(1) Bans Xénophon même, Mem., 1,1, 14, il fait des allusions très-claires aux théories de l'école d'Élée, qui ne voulait reconnaître Texistence que dans l'unité absolue, Iv p.ovov to Sv eivat; à celles de Leucippe, qui prend pour principes des choses des éléments", dont le nombre est infini, àiretpa to wX^eoç; à celles d'Heraclite, qui pose le mouvement et le changement incessants; à celles de Zenon, qui affirme l'éternelle immuabilité des choses : ce qui atteste une connaissance très-exacte des philosophies antérieures.

(2) Plut., De Curios,, 2, îwxpàtYiÇ xal «epi^izi (J'iaropwv tÎ

et renseignement n'a guère diantre procédé que l'entretien et la conversation : la communication des idées est encore presque entièrement orale. A en juger par ses propres théories, qui n'ont avec celles de ses prédécesseurs que peu d^analogie, et des analogies purement extérieures, il semble que Socrate se soit attaché à les réfuter ou .à les éviter plutôt qu'à les suivre : c'est l'opposition, la polémique qui développe sa pensée philosophique et peut-être la fait naître. Ce qu'il y a de plus marqué en lui, c'est l'indépendance de la recherche, le mouvement spontané et libre ; affranchir l'esprit humain des idées apprises ou transmises par la routine, la tradition, l'habitude ou l'aveugle admiration de l'école, et v substituer le libre examen et la recherche personnelle, voilà le caractère et aussi le but de sa réforme. Une science d'école n'aurait jamais suffi à ce renouvellement profond et complet de la vie morale et intellectuelle, et la seule explication de l'œuvre de Socrate est dans l'originalité de son génie e l'originalité de son caractère : les hautes vertus de son âme et les grandes facultés de son esprit, joint es à une réflexion constante, à une méditation ardente, purent seules produire une révolution sans pareille dans l'histoire de la philosophie, lui permirent de la concevoir, de

la tenter et de la réaliser. Quant à ses rapports avec les hommes et les doctrines de son temps et du temps antérieur, ce qu'il semble en avoir rapporté de plus certain, c'est la conviction de la vanité de la science, telle qu'ils l'avaient comprise.

Non-seulement je ne trouve aucune analogie entre Socrate et les sophistes, mais je ne lui trouve pour ainsi dire aucun rapport avec les philosophes antérieurs. Il n^'y a dans ses doctrines nulle trace de la physique atomistique, mécanique ou dynamique: nulle trace d'éléatîsme, nulle trace de pythagorisme, pas même sur la question de l'immortalité de l'âme.

La doctrine d'Anaxagore sur le Noy^, a seule exercé une influence visible sur son esprit.

On peut dire que c'est la physionomie la plus originale de l'histoire , et lui appliquer, dans un sens aussi élevé que possible, ce mot qu'il s'appliquait en raillant à lui-même :

ùLvTovp'/oç tm (pixoçoi^tAç (1). C'est de son propre fonds qu'il a tiré la philosophie.

(1) Xén., Conv., 1.5.

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