‹ Vie de Socrate (volume 4)Chapitre 5 sur 34 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

une induction; il a appliqué cette méthode et en a tiré de ces principes la doctrine suivante : On ne peut pas savoir ce qu^on n'a pas appris ; on ne peut pas pratiquer des vertus dont on n'a pas idée ; au contraire, ce qu'on sait être beau et bien, on ne peut s'empêcher de le faire, La fin de la science est l'action, et même on peut aller jusqu^à dire que la science se confond avec l'action, et par conséquent la philosophie avec la sagesse et la vertu. Il y a plus, le bien, déjà identique au vrai, ne se distingue pas de l'utile; car tout bien est relatif, c'est-à-dire a une fin. L'ordre qui éclate dans les phénomènes de la nature, et particulièrement dans l'organisme de l'homme, a évidemment un but, qui n'est autre que le bonheur de l'homme ; mais cette harmonie si juste des moyens avec la fin ne peut provenir que d'une intelligence, d'un être aussi sage *que puissant. C'est une raison, un esprit qui gouverne le monde ; car de même que nous ne pouvons nous expliquer les mouvements de notre corps et les actes de notre pensée que

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par la présence d'une âme, principe du mouvement, dont la substance et la force invisibles ne se manifestent que par leurs effets, de môme nous ne pouvons pas nier Texistence des dieux, parce qu^ils se dérobent* à nos sens. Leurs œuvres proclament leur puissance, leur sagesse, leur bonté. Non-seulement ils veillent sur nous en cette vie ; mais ils nous assurent auprès d'eux, dans une vie future et immortelle, la récompense de nos efforts, puissant encouragement à bien penser et à bien agir ici-bas.

Je suis très-éloigné de vouloir contester la grandeur et, dans certains points, Koriginalilé de cette doctrine. L^immense service rendu par Socrate est surtout d'avoir proclamé le principe de la souveraineté de la raison individuelle dans la science et dans la vie; il renvoie chaque homme à sa propre pensée, et inaugure, en la pratiquant avec conscience et réflexion, cette méthode féconde de la recherche pei>- . sonnelle et du libre examen, qui restitue à l'homme la dignité de son intelligence et la

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valeur morale de ses actes. Obéir à une loi que notre intelligence ou repousse ou ignore, professer des maximes que notre raison ne comprend pas, certes, comme il le dit par la bouche éloquente de Platon, pour l^homme, ce n'est plus vivre (1).

Mais néanmoins on ne peut nier ni les lacunes ni les faiblesses de cette philosophie.

Il est évident d'abord que Socrate n'a pas formulé un système, et c'est avec quelque peine et beaucoup de complaisance qu'on lui découvre une métaphysique. On ne peut le regarder comme l'auteur d'une doctrine déterminée, arrêtée, du moins dans toutes ses parties et formant un ensemble riche et bien lié. Je sais bien que ce qu'il y a' d'ondoyant et de libre dans son enseignement a contribué à le rendre fécond; mais néanmoins il faut bien reconnaître qu'au point de vue scientifique, c'est une lacune. La puissance de systématisa- ■ tion n'est autre chose que la puissance de sen-

(1) Plat.-4j30Î.,38 a : Ô ^6 âvi?«Ta<rro< Pi'oç o6 ptwToç àv6pcdir«.

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