PRÉFACE , XIII
tir et de faire sentir Tunité de la variété infinie des choses : c'est là le génie même de la philosophie (1). On ne peut comprendre une partie sans comprendre son rapport aux autres parties, et au tout lui-même, dans son principe nécessairement un. Ainsi , pour Socrate, Dieu n'est que Tordonnateur, Tarchitecte de Tunivers. L'origine des choses n'est ni résolue ni même cherchée, et quelque sage que paraisse' cette réserve, il faut avouer qu'elle laisse sans explication ce que la philosophie a précisément pour objet d'expliquer : le monde et l'homme qui en fait partie. De même encore, Socrate ne' donne pas à la loi morale sa véritable nature. La confusion de l'idée du bien avec celle de l'utile l'empêche de reconnaître à la première une valeur absolue et universelle.
Au lieu de la placer dans l'obhgation qui s'at-
(1) C'est l'idée qu'en donne Platon, Rep., VI, 485 a : « L'âme du vrai philosophe est celle qui aspire sans cesse à comprendre l'ensemble, le tout, et veut étendre sa vue sur Tuniversalitè des temps comme sur Tuniversalitè des êtres : ^^y^^ |xtXXou<nj tcu 5Xou )6«i wavtoç àei Iwopl-yeoôai
XIV PRÉFACB
tache invinciblement à tout ce qui est bien en soi, Socrate ne la volt que dans le bien de l'homme. Toute chose bonne est bonne à quelque chose, dit-il. On est donc autorisé à se demander s'il a reconnu au bien une valeur absolue. S'il Ta fait, il est certainement regrettable que sa pensée ait été si obscure qu'on puisse s'y tromper; s'il ne l'a pas fait, il est difficile de nier que sa morale, quelque belle qu'elle soit dans ses conclusions, ne repose sur des principes dangereux et équivoques, et ne tourne dans un cercle, le bien étant ce qui est utile à l'homme, et ce qui est utile à l'homme étant le bien. Si l'on compare les doctrines de Platon, d'Aristote, de Zenon, avec celles de Socrate, on reconnaît que ces esprits ont certainement produit un système plus élaboré, plus développé, plus complet, plus profond, et l'on se demande comment alors Socrate a pu obtenir le privilège d'une gloire si incontestée, et exercer sur ses contemporains comme sur la postérité une si merveilleuse et si prodigieuse influence.