‹ Vie de SocrateChapitre 23 sur 114 · SA PERSONNE · texte numérisé non relu

SA PERSONNE

dans Y Iconographie de Visconti (1), comme d'après la description de Platon, faite celle-là d'après nature, Socrate était loin d^être beau (2) : le visage d^un satyre, le nez camus, les yeux à fleur de tête, les lèvres épaisses, le teint pâle, la tête chauve (3), et cependant Tintelligence et la force intérieure de l'âme répandent sur cette physionomie une espèce de charme et comme un rayon de la beatité morale (4). « Alcibiades, dit Rabelais (5), on dialoge de Platon, intitulé le Bancquety louant son précepteur Socrates, sans controverse prince des philosophes, entre aultres paroUes, le dict estre semblable es Silènes. Silènes estoyent jadis petites boytes, telles que nous voyons de présent es boutiques des apothicaires, painctes au dessus de figures joyeuses et frivoles, comme des harpyes, satyres, oisons bridez, lièvres cornuz, canes bastees, boucqs volants, cerfs lymon-

(1) Cf. Q. Visconti, Iconog. grecq., V^ partie, p. T3f, 80, et PI. 18.

(2) Symp*^ IV, 19 : tûv -ïtàvTMv SgiXiivuv iv toI? aa-rupDioXc ai«-

(3) r/iee^.,143e;Aristoph.,iVw6., 103;Xén. c-^'"^' "Winckelm., Hist. de VArt, U 11, p. 15.

(4) Epict., Z)mcr^., 1. IV, c.xi, p.19.21, éd. de SçV ^eV^*' II, p. 658 : « At nitebat ejus corpus, sanx^ ^^ ^^^

t. II, p. 658 : « At nitebat ejus corpus, sanx^ ^\

erat gratum et suave où [aovgv ây^cGaa». àxxà xal ?^ '^ ^

(5) Prol. de Gargantua, ^«4

niers, et aultres telles painctures contrefaictes a plaisir, pour exciter le monde a rire : quel feut Silène, maistre du bon Bacchus : mais au dedans, Ion reservoit les fines drogues, comme baulme, ambre gris, amomon, muscq, pierreries et aultres choses précieuses. Tel disoit estre Socrates, parce que le voyans au dehors et Testimans par Texteriore apparence, n'en eussiez donné ung coupeau d'oignon, tant laid il estoit de corps et ridicule en son maintien, le nez poinctu (1), le reguard d'un taureau (2), le visage d'un fol, simple en meurs, rusticq en vestiments, paoure de fortune, infortuné en femmes, inepte à tous offices de la republicque, toujours riant, toujours beuvant d'aultant à ung chascun, toujours se guabelant, toujours dissimulant son divin sçavoir. Mais, ouvrans ceste boyte, eussiez au dedans trouvé une celeste et impreciable drogue, entendement plus que humain, vertus merveilleuses, couraige invincible, sobresse non pareille, contentement certain, asseurance parfaicte, desprisement incroyable de tout ce pourquoi les humains tant veiglent, courent, travaillent, navigent et bataillent. »

Malgré quelques traits ajoutés par la riche

(1) Rabelais n'est point exact ici.

(2) Phœd., m b : Taupr.^ôv fAé^oLç.

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