‹ Vie de SocrateChapitre 37 sur 114 · APPRÉCIATION DES CAUSES DU PRPCÉS ET DE LA CONDAMNATION DE SOGRATE · texte numérisé non relu

APPRÉCIATION DES CAUSES DU PRPCÉS ET DE LA CONDAMNATION DE SOGRATE

Pourquoi donc les homûies Font-ils accusé, condamné, tué ? Quelles ont été les vraies causes de ce procès et du meurtre juridique qui en fut la suite ? On peut soutenir et on a soutenu, à cet égard, plusieurs opinions diflférentes.

Les uns disent qu^il a été victime d'inimitiés personnelles qull s'était attirées par son enquête universelle et perpétuelle sur les citoyens les plus xconsidérables de TÉtat, et par la critique amère qu'il faisait de leur vanité et de leur ignorance; d'autres pensent qu'il fut accusé et condamné pour avoir ouvertement professé des opinions politiques contraires à celles du gouvernement établi, et provoqué les ressentiments d'une démocratie d'autant plus ombrageuse et irritable qu'elle venait de

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traverser un affreux régime de terreur oligarchique, et avait en horreur les théories politiques dont la pratique s^était montrée si cruellement sanguinaire. Pour d'autres, c'est rensemble de ses idées morales, religieuses, politiques, qui Tout perdu, qui ont suscité l'accusation et l'ont fait réussir. « C'est l'esprit de ce temps, et non Anytus, ni l'Aréopage, qui a mis en cause et condamné Socrate (1). » Enfin, en ces derniers temps, on est allé jusqu'à dire que, quels qu'aient été les motifs de l'accusation, il ne faut accuser que Socrate de la condamnation qui l'a frappé. Si, par im orgueil insolent, il n'eût pas offensé ses juges, évidemment disposés à l'acquitter, ou du moins à lui faire grâce, il n'eût pas attiré sur lui-même ce châtiment, ni à ses concitoyens le reproche immérité d'une sanglante injustice (2).

D'abord, que Socrate n'ait pas succombé à des inimitiés personnelles, c'est ce que prouve

(1) M. V. Cousin. Préf. de VApoL

(2) 11 ne faut pas prendre à la lettre la raison que Gicéron met dans la bouche d'Antoine, de Oraty 1, 54 : « nie damnatus est nullam aliam ab culpam nisipropter dicendiinscientiam,» car Grassus dira plus tard, Id. III. 16 : « Socrates fuit is, qui omnium auditorum testimonio, totiusque judicio Grseciae, quum prudentia et acumine, et venustate , et subtilitate, tum vero eloquentia, varietate, copia, quam se cumqueinparlem dedisset,

Y Apologie même de Platon. Sans doute Anytus était fort opposé à ses doctrines et peut-être fort irrité contre sa personne; mais le document même que nous invoquons atteste qu'il y a eu des causes plus générales, et sinon plus ^ généreuses, en tous cas moins basses et moins viles. Anytus paraît avoir été ce qu'on appelle un honnête homme , et si des motifs personnels ont dû Taigrir, il est constant qu'il a été averti, par sa sollicitude de père de famille, que Socrate menaçait l'État d'un grand danger : il a agi ou cru agir au nom d'un intérêt général et, comme on Ta si souvent répété depuis, au nom du salut public.

D'un autre côté, la passion politique n'a pas été, quoi qu'en dise Fréret, ni Tunique ni ^ le principal ressort de la poursuite; il est bien vrai qu'Anytus était un démocrate ; que Socrate avait un penchant avoué pour le gouvernement aristocratique ; qu^on lui reproche d'avoir inspiré à Alcibiade et à Gritias leur odieuse politique, d'avoir critiqué le gouvernement populaire, le mode d'élection par le sort, d'avoir . conseillé de traiter les classes inférieures d'une

omnium fuit facile princeps. » La réputation- de son éloquence est attestée par Plat., Apol. § 1, wçtS'aivou Ôvtgç Xê-Ystv, et par Xénophon, Meni., IV, îjcavd; ^k Xo-^w, eîirsTvTé

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manière dédaigneuse et sévère ; mais cependant ces griefs ne font pas partie de Taccusation, et n'occupent, dans le portrait que nous a laissé Aristophane, qu'une place relativement petite. Je crois donc que Socrate a succombé à un sentiment de terreur aveugle qui s'était emparé d'un grand nombre d'esprits, de ceux qui se croient ou se disent conservateurs, et qui voyaient attaquer avec une persévérance, une habileté, une force, une modération invincibles, des principes de religion, de politique, de morale, sur lesquels, pensaient-ils, reposaient l'intérêt de l'État et aussi le leur. Il me semble que, sous les traits chargés que la licence de la comédie explique, le portrait qu'Aristophane nous trace de Socrate est celui que devaient s'en faire la majorité de l'opinion, ou du moins ceux qui pouvaient, dans l'opinion publique, toujours si vague, créer une majorité factice ou réelle. Or, l'idée qu'Aristophane nous donne de Socrate est claire et précise : c'est un sophiste dont le scepticisme universel ébranle la religion, la famille et l'État. On l'accusa donc de ruiner tout l'édifice social. Les proscrits héroïques, qui venaient avec Trasybule de rétablir la liberté et l'indépendance d'Athènes? purent croire que Socrate était le représentant de la sophistique : or, la sophistique

était pour eux le principe du mal moral et religieux qui dénouait rapidement tous les liens qui avaient fait autrefois la force et la gloire de la patrie ; ils crurent qu'il fallait, comme on dit, donner un grand exemple et frapper un grand coup.

Il faut remarquer qu'on ne trouve aucune trace de fanatisme religieux dans cette affaire. Chez un peuple qui n'avait pas de hiérarchie sacrée, de dogmatique religieuse, fqtii choisissait ses prêtres par Télection ou par le sort, et ne les considérait que comme des magistrats temporaires et des serviteurs de TÉtat; qui avait laissé une grande partie des fonctions sacerdotales aux magistrats politiques, aux particuliers et aux pères de famille ; oii, de tout temps, les poètes s'étaient permis d'embellir la tradition des mythes, c'est-à-dire de changer les formes de Tidée religieuse, Tidée et le nom d'orthodoxie n'existaient même pas ; on ne connaissait pas l'horreur qu'inspirent aux fidèles le schisme et l'hérésie ; on n'en ressentait ni les haines ni les fureurs, et Socrate n'en a pas été la victime.

D'ailleurs il professait le culte de ses concitoyens (1). Quand un homme de cette loyauté

fait une déclaration semblable, on n'a pas le droit de la mettre en doute. Son Dîemonium n'introduisait aucuneinnovation sacrilège. Dans un pays où les prêtres n'étaient pas en possession exclusive des révélations divines, avoir un oracle privé qui s'ajoutait ans oracles publics, n'était point un crime ni une chose nouvelle ou rare. Qu'au-dessus des dieux visibles il crut à un dieu invisible, à un dieu suprême, unique et'un, je le pense ; mais quel est celui des poètes grecs, et surtout des poètes moralistes, chez lesquels on ne surprendrait pas cette pensée exprimée avec autant de force et de clarté que chez Socrate ? Un dieu unique et tout-puissant au-dessus des dieux visibles et invisibles, ses agents et ses ministres, n'a rien qui contredise la donnée essentielle du polythéisme grec. Cette unité divine, on la trouve dans Homère comme dans Pindare et dans Sophocle (1), et elle est si peu contraire au polythéisme que le dernier défenseur du paganisme,

[l)Ziùi^i,Z(ù:ioT!, ziùîliOTTaijverscitéparPausanios.X, 12, et attribué aux Péléades, auteurs d'un hymne à Jupiter. Clém., Strom., V, 610 A. U'uSa^oi «itutpùî lijiiv, tî fl!6î; 6n li itài. Soph., Trach., [1218], r^Si-, «6ibi o',ti ji.ii Zeû;,

Ménandre, Fragm. Trag.,S88, attribue à Euphorion, fils d'Kschyle, ce vers :

Ziù; Si pi, Ziù; Aùpavi;, ZtitTH là Jriïra

Proclus, professe ouvertement un monothéisme panthéistique. D'ailleurs, chez les anciens, qui n^ont pas connu la chaîne d'un dogme étroit, d^un symbole écrit, d'articles de foi, qui cherchaient Dieu en toute liberté dans la conscience et dans la nature, la religion officielle est moins une affaire de croyance que de culte, et, à Cjet égard, Socrate remplissait toutes ses obligations de citoyen. Après s^être un instant occupé de physique, il avait rejeté ces études comme absurdes et inutiles. Les procédés sophistiques de la parole n'avaient pas de plus grand ennemi et de plus redoutable adversaire. Il est ridiculement injuste de le rendre responsable des vices d'Alcibiade et des cruautés de Gritias, Ot non moins absurde de l'accuser d'avoir corrompu la morale. On dit qu'il vient en contredire les principes et en ruiner les fondements, parce que, ces principes étant ceux de l'autorité, ces fondements ceux de l'habitude, Socrate vient donner à l'homme le droit et lui impose même le devoir de n'obéir qu'au Dieu qui lui parle dans sa conscience et dans sa raison. Il vaut mieux, dit-il, obéir à Dieu qu'aux hom-

Je ne parle pas des Orphiques, où. Ton trouve ces mots étranges, fr. IV, 3,Mullach.

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mes, et à sa conscience qu'à l'État. Eh bien ! avait-il raison de proclamer ce principe, vraie source de la vie morale ? Mais il attaquait l'État et l'État se- défendit. L'État n'était point attaqué et n'avait point à se défendre. An point de vue religieux, en proclamant le principe du libre examen, de la libre discussion, Socrate fondait comme une espèce de protestantisme païen qui, loin d'éleindre l'idée religieuse, pouvait la ranimer en l'épurant. C'est un véritable réformateur. Les protestants soutiennent que le catholicisme doit au protestantisme ce qu'il a conservé de vie et de puissance, et à voir ce que le catholicisme devient dans les pays où la réforme n'a pas pénétré, ou ne saurait s'empêcher de croire qu'ils ont raison. De même, Socrate et tout le mouvement philosophique qui se rattacha à son école, ont rendu le paganisme plus vivace en le rendant plus sensé, et lui ont permis de résister pendant plus de dix siècles

science et de la raison individuelles, il déclare qu^'il aime mieux mourir que d'y renoncer ; mais aussi il meurt pour ne pas désobéir aux lois de son pays, et reconnaît les droits de l'État, alors même, qu'il les mesure et les limite. Enfin , quels sophistes s'étaient interdits d'ébranler par la discussion les anciennes croyances et les anciens usages ?

Disons 'ail contraire que Socrate a sauvé l'État, et la religion, ou du moins, en leur infusant le principe généreux d'une vie nouvelle, en a prolongé l'existence pendant dix siècles. La bête morte, mort ne fut pas le venin. On peut dire, au contraire, que son supplice n'a pas été, pour son œuvre, d'un effet moins puissant que sa vie. Sa mort a été sa dernière, et on peut -ajouter sa plus belle leçon. Toute son école poussa un cri de douleur qui retentit encore dans la postérité, et cette indignation généreuse, cette sympathie pour l'opprimé, ne contribua pas peu à répandre une doctrine qui sauva d'une décaderice peut-être prochaine, l'art, l'éloquence, la morale, la philosophie, la civilisation de l'antiquité païenne .

Est-il vrai qu'il ait attaqué les institutions établies et excité « à la haine et au mépris du gouvernement ? » Il est certain qu'il était peu favorable à la démocratie telle qu'elle était pra-

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tiquèe sous ses yeux ; il en voyait les vices et les dangers plus que les vertus et la force. Ce sage que la liberté politique a élevé, auquel . elle a permis, pendant quarante ans, Tusage de la plus libre critique,-ce révolutionnaire modéré qu^elle a nourri de son esprit, imbu de ses idées, penchait vers un idéal rétrograde, vers le gouvernement dorien, qui n^aurait pas souffert un an, un jour, une heure, ses investigations critiques et son opposition spirituelle et railleuse. Mais depuis quand l'opposition estcUe un acte de trahison ? En tous cas, ce n'est pas à Athènes qu^'on pouvait poser ce principe ridicule et violent. La critique des institutions et des lois y était permise à tous, et jamais rÉtat n'était intervenu dans les pures opinions spéculatives en fait de politique. Ne pas dire ce que Ton pense, Tacquiescement menteur même du silence, c'était le fait de la servitude asiatique (1). La libre parole, le franc parler, que Platon considérera plus tard comme un des fléaux de la démocratie, est un élément de la constitution athénienne. Chose étrange! Platon attaque cette liberté, et c'est pour en avoir usé que Socrate est mort ; et c'est pour l'avoir in-

(1) Eurip., Phœn., v. 392 :

Ac'jXcu to ^' eiTraç p.-») X^-yeiv a ti; ^pcveT.

terdite un jour à Socrate que nous faisons ànotre tour, à Athènes, au nom delà justice et delà liberté, un amer reproche. Les opinions de Socrate étaient légalement inattaquables. Quant à sa conduite, il a rempli tous ses devoirs de citoyen. Il aimait avec passion cette ville charmante et spirituelle, patrie de toutes les grandeurs morales, hors de laquelle on ne conçoit plus de place pour la mission qu^il avait à remplir, et n'avait, pour aucun prix, pour aucune circonstance, consenti à s'en absenter (1). On ne lui fera pas sans doute un crime capital de s'être abstenu, quand il n'y était pas obligé par la loi, de la vie politique active (2). Enfin, je trouve que c'est une raillerie cruelle de dire à Socrate qu'il n'a qu'à s^en prendre à lui-même de l'issue fâcheuse de son procès, que ses juges étaient disposés à l'indulgence, et qu'avec un peu raoins de hauteur, un peu plus de complaisance, et, tranchons le mot, avec un.peude bassesse, il se serait tiré d'affaire. L'intention de M. Groteestde

(1) Critj 52 b.

(2) La loi de Solon, que mentionne Plutarque [Solon, 20), ne s^applique pas à celui qui s^abstient de briguer les magistratures, mais à celui qui s^abstient d'avoir une opinion et un parti politique. Ce que Solon frappe d'infamie, c'est rindifférence en matière de gouvernement, ce qui n'est qu'une forme de Tabsence de patriotisme.

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délivrer la démocratie athénienne de la responsabilité de celte iniqnité ; il aime la liberté et la voudrait pure et sans tache ; il souffre de voir le sang du juste souiller ce noble drapeau; mais il faut aimer les peuples libres comme ils méritent d'ôtreaimés, virilement; ilfaut savoir leur dîVela vérité. On peut plaider pour Athènes les circonstances atténuantes; mais l'absoudre, la justifier, et, pour la justifier, accuser l'innocent qui a été sa victime, ce serait trahir les droits de la justice et de la liberté même dont Socrate, plus qu'Athènes, est à ce moment le représentant.

D'ailleurs, il ne faut pas être indulgent pour les fautes des gouvernements déniocratiques et libres. Il n'est pas étonnant que les gouvernements absolus et despotiques agissent avec perfidie, violence, cruauté, injustice : c'est leur essence. Il ne faut pas demander qu'un arbre sauvage porte des fruits sains et doux ; mais la

seulement soi;i honneur, mais la civilisation dont il fait douter et désespérer un instant.

Disons-le donc : la condamnation de Socrate, mesure de réaction, a été un crime, et de plus une faute , car elle a été aussi inutile qu^injuste. Ce qu'on peut dire en faveur d'Athènes, c'est que, si elle a fait périr Socrate, c'est elle qui l'avait fait naître ; elle seule l'avait pu élever, encourager, entendre et supporter pendant cinquante ans. Ajoutons encore qu*elle s'est repentie de sa cruauté, et a pleuré le grand citoyen et le grand homme qu^elle avait méconnu. C'est du moins ce qu'attestent Diodore, Plutarque, Diogène de Laërte, S. Augustin, Suidas (1), et sans doute c'est un scepticisme excessif que de refuser d'ajouter foi à ces témoignages d'un fait en soi si naturel et si conforme au caractère athénien, c Je ne sais pas, dit M. Grote, sur quelle autorité repose cette assertion, et j'en doute complètement (2). » Il est certain que Platon n'en parle pas plus que Xénophon; mais doiton supprimer de l'histoire de Socrate tous les

(1) Biod. Sic, XIV, 37; Plut., de Invid.c. 6.; Diog. L. 11, 43|etVI, 9;Thémist.,0r.XX, 239; S. Augustin, de Civ, D.y VIII, c. 3; Arg. du 5 wsiWs dU socrate.

(2) Hist. ofGr., t. VIII, p. 675. « I. disbelieyeitallogether. »

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faitsqui n'ont pas pour garants ces deux témoins? M. Grote va jusqu'à dire que la mémoire de Socrate a dû rester longtemps impopulaire, puisque Xénophon n'a écrit ses Mémorables que pour dissiper les injustes soupçons qui pesaient encore sur elle, comme si on ne comprenait pas l'œuvre de Xénophon, dans r^jpothèse même où les Athéniens auraient reconnu et regretté leur erreur. S'il n'est pas certain, commd l'affirme Diogène, qu'ils lui aient élevé une statue, cela n'est pas aussi impossible que semble le croire M. Grote, a'appuyant sur ce que Ljsippe, à qui on l'attribue, est très-postérieur à Socrate. Lysippe aura pu travailler d'après les indications de Xénophon et de Platon, d'après des traditions encore récentes, et peut-être mêrae d'après des reproductions plastiques, qui, dans un temps sijjrillant et si fécond pour la sculpture, ne doivent pas surprendre. Fréret, avant Forchhammer et Grote, avait remarqué qu'Euripide

Aristophane dans ses Thesmophories (1), comé-> die représentée, diaprés les calculs de Fréret et de S. Petit (2), la vingtième année de la guerre du Péloponèse, est antérieure au moins de dix ans à la mortde Socrate, et, ce qui est un argument plus décisif encore, Euripide est mort sept ans avant Socrate (3). Mais qu^est-ce qui empêche de croire que, lors de la reprise de la pièce, sous le coup d'un sentiment de remords, les spectateurs aient appliqué ces vers à Socrate (4), et n'aient pu retenir, en les entendant, ces larmes généreuses (5) que Phrynichus avait fait couler autrefois en leur peignant les malheurs de Milet, qui avait été aussi victime de leur imprudence et de leur légèreté ? Ces nobles remords sont trop dans la nature du cœur humain, et surtout dans le caractère athénien, pour douter d'une tradition si répandue. Isocrate semble y faire une allusion discrète

(1) v.'iO^, 811.

(2) S. Petit, MiscelL, I, c. xiii,

(3) Philochore, cité par Diog. L. 11, 44, et qui vivait 130 ou 140 ans après Socrate, avait déjà fait cette . observation.

(4) G'estropinion de Valckenaër,Dmi?. d^jPra^.^wr. p. 190, et de G. Hermann, Pi^œf. ad Nub.^ p. XXXIII. M. Boeckli suppose .ces vers introduits dans la pièce postérieurement, par une interpolation.

(51 Arg. de Biisiris^ vor^xv to OsaTpcv airav i^iyr.u^z,

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dans ces mots de VAntidosis : « Vous n'ignorez pas, je pense, que la ville a eu souvent à se repentir de condamnations prononcées sous le coup de la colère et sans preuves évidentes, et que, peu de temps après, elle a demandé un compte sévère à ceux qui avaient égaré sa justice, tandis qu^elle eût souhaité à ceux qu*ils avaient indignement calomniés plus de prospérités qu'ils n'en avaient goûtées (1)? » J'aime mieux même, dans l'incertitude des deux côtés égale, croire à ces sentiments qu'à ceux que

(1) Isoer. , «tpi à^T. >| 1^. Jeae trouve qn^un fait à Tappai de ropinion de M. Grate, soutenue déjà par Fréret et adoptée par Ed. Zeller : c^est le passage d'Escbine, c. Tïm,, p. 168 : « Enfin, Athéniens, vous avez mis à mort le sophiste Socrate^ parce qu'il avait élevé Critiaa. » Quoiqu'il n'y ait là ni éloge ni blâme, on ne peut nier que l'épithète, de sophiste n'est pas gracieuse et que la mention du supplice de Socrate, à l'appui d'une condamnation semblable demandée contre Démosthène, écarte l'idée d'un regret des Athéniens. Mais le mouvement dès idées ne pourrait-il pas être celui-ci : Eh quoi! parce qu'il avait eu le malheur d'avoir pour auditeur unCritias, vous avez puni de mort le sage et innocent Socrate, et vous pardonneriez à un Démosthène les crimes d'Ans tarque. Ainsi, on ne peut rien conclure de ce passage, qui s'explicpie dans les deux hypothèses. Quant an mot sophiste, il b'k p9S toujonn» la signifteatic^n déiavorable que nous somnieft disposés à lui atiribbter de nos j&urs? Anstid.^ volvIII, p. 5nj. éd. Did.,. p. 4(n^ t«1. Il : eà Aw»t»; nXtxTcova ao^KTTYiv x«Xi« *a.\ vdln' Ala^vm*^ CocL Atbéft.^

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