‹ Vie de St. François Xavier de la Compagnie de JésusChapitre 10 sur 79 · LIVRE PRBMIKB. 4i · texte numérisé non relu

LIVRE PRBMIKB. 4i

éténoaifliés pour le Nouveau-Monde par le Vicaire de Jésus-Cbrisi , c'était , en quelque façon, troubler l'ordre de la Providence, que de rompre leur voyage; qu'on (levait regarder les Indes comme le Portugal môme , puisqu'elles avaient été conquises par les Portugais , et qu'elles faisaient une partie de la couronne ; que les idolilfes étaient plus disposés à la foi qu'on ne pensait, et qu'ils se feraient volontiers chrétiens , quand ils verraient des prédicateurs désintéressés , éloignés de l'avarice et de l'ambition.

Comme les avis des rois prévalent toujours , on n'eut

point d'égard aux raisons de l'infant , et il fut conclu

que les deux missionnaires ne sortiraient point du

royaume. Cette résolution les affligea d'autant plus,

qu'ilssoupIraientrunetl'autreaprèsrOrient.Touteleur

ressourcefut d'écrireà Rome , et d'implorer l'assistance

du père Ignace. Le père en parla au Pape ; mais Sa

Sainteté ne voulut rien décider là- dessus, et remit

l'affaire à la volonté des Portugais ; de sorte qu'Ignace

manda aux deux Pères que le roi leur tenait la place de

Dieu , et qu'ils devaient lui obéir aveuglément. Il écrivit

60 même temps à don Pedro Mascaregnas que Xavier et

I £odriguez étaient dans la disposition du prince , et qu'ils

demeureraient toujours eu Portugal si Sa Majesté le

j voulait ; qu'il croyait néanmoins qu'on pouvait prendre

i un tempérament , c'était de garder Rodriguez pour le

' Portugal , et de laisser aller Xavier aux Indes.

Le roi agréa le partage qu'Ignace avait fait, et on s'en tint là , comme si Dieu eût parlé lui-même. Xavier, transporté de joie à cette nouvelle, loua la bonté divine qui le choisissait tout de nouveau pour la mission de l'Orient , ou plutôt qui exécutait ses desseins éternels malgré les contradictions des hommes.

Le lemps de l'embarquement étant venu , il fut appelé un jour au palais : le roi Tentretint à fond de l'état des Indes , et lui recommanda particulièrement ce qui louchait la rdiigion ; il le chargea même de visiter les forteresses des Portugais , et d'observer si Dieu y était servi -, de voir aussi ce qu'on pouvait fajre pour bien établir le dristianisme dans les nouvelles conquêtes , et d'écrire souvent sur cela , non seulement à ses ministres , mais à sa propre personne.

Il loi présenta ensuite quatre brefs expédiés à &ome la même année , dans deux desquels le souverain Pontife faisait Xavier nonce apostolique, et lui donnait des pouvoirs très amples pour étendre et pour maintenir la foi en tout TOrient. Sa Sainteté le recommandait , dans le troisième, à David, empereur d'Ethiopie, et, dans jle quatrième, à tous les princes qui possédaient les Iles de la mer ou de la terre ferme, depuis le cap de Bonne-Espérance jusqu'au delà du Gange.

Jean III avait demandé ces brefs , et le Pape les avait accordés libéralement, dans le dessein de rendre la mission du père François plus illustre et plus authentique. Le Père les reçut de la main du prince avec un profond respect, et lui dit qu'autant que sa faiblesse le pourrait permettre , il tâcherait de soutenir le fardeau dont Dieu et les hommes le chargeaient.

Peu de jours avant l'embarquement , don Antoine d'Ataïde, comte de Castagnera , qui avait l'intendance des provisions de l'armée navale, avertit Xavier de faire un mémoire des choses qui lui étaient nécessaires pour le voyage, et l'assura, de la part du roi, que rien ne lui manquerait. On ne manque de rien, repartit le Père en souriant , quand on n'a besoin de rien. Je suis très obligé au roi de sa libéralité, et je vous le suis de vos soins; mais je dois encore davantage à la Providence , et vous ne voulez pas que je m'en défie.

Le comte de Castagnera, qui avait un ordre exprès de fournir tout abondamment au père Xavier, lui fit de fortes instances , et le pressa tant de prendre quelque chose, de peur, disait- il, de tenter la Providence, qui ne fait pas toujours des miracles, que Xavier, pour ne pas paraître opiniâtre ou présomptueux , demanda quelques petits livres de piété , dont il prévoyait qu'il aurait affaire dans les Indes , et un habit de gros drap contre tous les froids excessifs qu'on a à souffrir au-delà du cap de Bonne-Espérance.

Le comte , étonné de ce que le Père ne demandait rien de pins, le supplia d'user mieux des offres qu'on lui avait faites^ Mais voyant que toutes les prières étalent inutiles : Vous ne serez pas tout-à-fait le maître, lai dit-il avec un pea de chaleur , et du moim vous ne r<-

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