LIVRE DEUXIÈME
C'est ce que rapporte Jean de Figueras-Carpi , dans l'histoire de l'Ordre de la Rédemption des captifs, sur les maaoscrits du couvent de la Trinité de Lisbonne . et sur les mémoires de la Bibliothèque du roi de Portui^al.
Pour revenir au débarquement de Xavier , en sortant du navire, î) alla prendre son logement à l'hôpital , malgré tontes les résistances du vîceroi , qui avait envie de le loger. Mais il ne voulut pas commencer ses foQclions de missionnaire qu'il n'eût rendu auparavant ses devoirs à l'évéque de Goa : c'était don Jean d'Albu* querque, religieux de saint François, homme de très grand mérite et un des plus vertueux prélats que l'Eglise ait peut-être jamais eus.
Le Père, après lui avoir expliqué les raisons pour lesquelles le souverain Pontife et le roi de Portugal l'avaient envoyé aux Indes , lui présenta les brefs de Paol III , et loi déclara qu'il ne prétendait s'en servir qu'avec son agrément ; il se jeta ensuite à ses pieds et lui demanda sa bénédicticMi.
Le prélat, édifié de la modestie du Père , et frappé (lejeoe sais quel air de sainteté répandu sur son visage, le releva aussitôt et Témbrassa tendrement. Il baisa plusieurs fois les brefs du Pape ; et , en les rendant au Père , il lui parla de la sorte : Un légat apostolique , ^oyé imméékatemmt du Vicaire de Jésus- C hrist , n'a pas besoin de prendre sa mission d'ailleurs. Usez libre ^nt des fo^mxnrs que le Saint-Stége vous a donnés , et ^ez sûr que si l'autorité épiscopale est nécessaire pour ^ makaenir, elle ne vous manquera pas.
Dès ce mcMnent-là ils lièrent amitié , et leur union devint si étroite dans la suite , qu'ils semblaient tous deux u'avocr qu'un coeur et qu'une àme : aussi le père Xavier n'entreprenait rien sans avoir consulté l'évéque. L'évéque , de son c6té , communiquait tous ses desseins 3u père Xavier : on ne peut croire combien une telle* correspon^nce servit au saint des âmes et à Texaltalion de la foi. ^
Âvaat que de passer outre , il importe de savoir l'état où était alors la religion dans les Indes. Il est vrai que , selon la prophétie de saint Thomas , ceux qui .décou-
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vrirent les Indes-Orîentaies y fireot renaître en quelques endroits le christianisme , dont il ne restait presque aucune trace nulle part; mais Tambition et Favarice refroidirent bientôt le zèle de ces conquérants : au lieu d'ét^idre le royaume de Jésus-Christ et de lui gagner des âmes , ils ne songèrent qu'à pousser plus loin leurs conquêtes et qu'à s'enrichir. Il arriva même que piosieurs Indiens nouvellement convertis , n'étant ni cultivés par des instructions salutaires ni édifiés par de bons exemples, oublièrent insensiblement leur baptême et retournèrent à leurs anciennes superstitions.
Que si quelqu'un d'eux conservait la foi et sedédaràit fidèle Y les Mahométans , qui étaient en plusieurs endroits maîtres des côtes et fort riches , le persécutaient cruellement , sans que les gouverneurs et les magistrats portugais s'y opposassent, soit que la puissance portugaise ne fût pas encore assez établie , soit que l'intérêt l'emportât sur la religion et sur la justice. Ces traitements tyranniques empêchaient les nouveaux ehréiiens de professer Jésus-Christ , et étaient cause que, parmi les infidèles, personne ne pensait plus à se convertir.
Mais ce qui doit paraître plus étrange, les Portugais vivaient eux-mêmes plus en idolâtres qu'en chrétiens ; car, pour dire quelque chose de particulier du déré* glement de leurs mœurs, suivant la relation qui fut envoyée des Indes au roi de Portugal Jean III , par un homme d'autorité et digne de foi , peu de mots avant la venue du père Xavier , chacun avait autant de concubines qu'il voulait, et les tenait toutes ^hez lui en qualité de légitimes épouses. L'on achetait ou l'on ravissait des femmes pour en tirerduserviceetde l'argent; les maîtres taxaient ces esclaves à une certaine somme par jour , et si elles manquaient à la payer , il n'est point de mauvais traitements qu'on. ne leur ^t ; desôrte que les malheureuses, ne pouvant pas quelqnefoisasses travailler, et craignant d'être maltraitées, faisaient un commerce infâme de leurs corps , et se prostituaient au public pour contenter l'avarice de leurs maîtres.
La justice se vendait dans les tribunaux , et les crimes les plus énormes n'étaient point punis quand les criminels avaient de quoi corrompre leurs juges. Toutes les