‹ Vie de St. François Xavier de la Compagnie de JésusChapitre 13 sur 79 · LIVRE BECXifcMK · texte numérisé non relu

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voies étaient permises {jour amasser de Targent, quelque iniques qu'elles fussent) et surtout Tosure se pratiquait publiquement. On comptait pour rieu un assassinats ei on s'en vantait comme d'une belle action.

L'évéquede Goa avait beau menacer de la colère du €iei et fulminer des exœmmunioaiions pour arrêter ces débordements, les cpeurs étaient si endurcis, qu'on se moquait des menaces et des anathèmes de TÉglise ; oa , pour mieux dire, la privation des sacrements n'était pas une peine à des scélérats et à des impies qui s'en séparaient d'eux-mêmes. L'usage de la confession et de la communion était en quelque sorte aboli; et si quelqu'un, par hasard, touché des remortisde sa conscience, voulait se réconcilier avec Dieu au pied d*un prêtre , il n'osait le faire que In nuit et secrètement, tant l'action paraissait extraordinaire et honteuse.

Une si étrange dépravation eut diverses causes. Elle ooiniDença pur la licence dès armes, qui permet et qui auiorise les plus grands désordres en un pays de conquête. Les délices de l'Asie et lecommerce des infidèles n'aidèrent pas peu à gâter les Portugais, tout austères et réglés qu'ils sont naturellement ; le défaut de secours spirituels y contribua encore beaucoup. Il n'y- avait pas quatre prédicateurs en toutes les Indes, ni guère plus ^ prêtres hors de Goa ; de sorte que , dans plusieurs forteresses, on n'entendait ni sermons ni messes durant des années entières.

Voilà, h peu près, quelle était la face de la chrétienté Nouveau ^Monde , quand le père Xavier y arriva. L'auteur de la relation d'où j'ai tiré ce que je viens de rapporler , avait , ce semble, un pressentiment de sa venue; car, à la fin du mémoire, il prie le Ciel et conjure le roi de Portugal d'envoyer aux Indes quelque saint homme qui y réforme les mœurs des Européens par ses discours apostoliques et par ses vertus exemplaires.

Pour les gentils, la vie qu'ils menaient tenait bien pins de la bête que de l'homme. L'impureté était venue parmi eux au dernier excès , et les moins corrompus étaient ceux qui n'avaient nulle religion. La plupart adoraient le démon sous une figure impudique et avec

des cérémooies que la bienséance empêche de dire. Il y en avait qui changeaient de dieu tous les jours ; et la première chose vivante qu'ils rencontraient le matin était l'objet de leur culte, fût-ce un chien ou un pourceaâ. Chacun , au reste , faisait à ses dieux des sacrifices sanglanlSt et rien n'était plus commun que de voir égorger de petits enfants par leur propre père devant les idoles.

Tant de sortes d'abominations enflammèrent le zèle du père Xavier. Il eût bien voulu pouvoir en même temps remédier à tçut : il crut néanmoins devoir commencer par les domestiques de la foi • selon le précepte de saint Paul, c'est-à-dire par les chrétiens ; il jugea même .qu'il devait s'attacher d'aliord aux Portugais , dont l'exemple était très puissant sur les Indiens baptisés ; et voici de quelle manière il s'y prit : '

Pour s'attirer les bénédictions du Ciel dans une si difficile entreprise, il passait la plus grande partie de la nuit avec Dieu , et ne dormait guère que trois ou quatre heures : encore ce peu de repos était troublé ordinairement; car, étant logé à l'hôpital et couchant toujours près des plus malades, comme il faisait au Mozambique, il se levait pour les secourir ou pour les consoler dès qu'ils se plaignaient tant soit peu.

Il se remettait en prière à la pointe du jour et disait ensuite la messe. Toute la matinée s'employait dans les hôpitaux, particulièrement dans celui des lépreux, qui étaità un faubourg de Goa. Il embrassait ces misérables l'un après l'autre, et leur distribuait lui-même ce qu'il avait mendié de porte en porte pour eux. Il allait de là aux prisons, et rendait aux prisonniers les mêmes devoirs de charité.

En revenant , il faisait un tour par la ville , la clochette à la main, et priait à haute voix les pères de famille d'envoyer, pour l'amour de Dieu , leurs enfants et leurs esclaves au catéchisme. Le saint homme avait dans l'esprit que si, au moins la jeunesse portugaise était bien instruite des principes de la religion et for mée de bonne heure aux exercices de la vertu , on verrait en peu de temps le christianisme revivre à Goa ^ mais que si elle demeurait sans instruction et sans

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