‹ Vie de St. François Xavier de la Compagnie de JésusChapitre 15 sur 79 · LIVRE DBUXifeMS. S · texte numérisé non relu

LIVRE DBUXifeMS. S

el le roi , qui venait en diligence , apprit cette nouvelle dans sa marche. Il fit appeler Xavier, l'embrassa comme ie libérateur de Travancor; et, après Tavoir remercié devant tout le mondp d'un si grand service, il lut dit : h me nomme le Grand Roi, et désormais vous vous nommerez le Grand Père.

Le Saint déclara au roi que c'était à Jésus-Christ , le Dieu des chrétiens , qu'on devait rendre des actions de grâces, et que , pour lui , on ne devait le regarder qae comme un faible instrument qui ne pouvait rien de lui-même. Le prince infidèle ne comprit pas ce lan-^ gage i et les deux vices qui servent d'obstacles à lu conversion des grands, l'impudicilé et l'orgueil , Tempéchèrent dans la suite d'en^brasser la foi. Il ne laissa pas de faire publier par tout le royaume qu'où eût h obéir au Grand Père comme à sa propre personne, et que quiconque voudrait être chrétien , le fut sans rien craindre. Il appelait même Xavier son frère , et lui donnait de grandes sommes d'argent , que le serviteur de Dieu employait toutes au soulagement des pauvres.

Un édit si favorable à la loi du Ciel fit , malgré l'exemple dn prîuce, une infinité de chrétiens, même dans sa cour ; mais les actions miracnleuses de Xavier achevèrent de convertir tout le royaume. Outre qu'il guérit toutes sortes de malades , il ressuscita quatre morts , deux femmes et deux*^hommes. Les actes de la canonisaiioQ ne disent , de la résurrection des femmes , que le fait, sans en marquer nulles circonstances; mais ils rapportent fort au long la résurrection des hommes , eten voici ie détail.

Xavier prêchait dans une des villes maritimes de Travancor , nommée Coulan , assez près de Comorin. Quelquesouns- se convertirent dès les premières prédications de Tapôtre ; la plus grande partie demeura pourtant dans ses anciennes erreurs, après l'avoir ouï plusieurs fois : à la vérité , les plus opiniâtres i'écoutaient avec plaisir, et trouvaient les maxjmes de l'Evangile très conformes aux lumières de la raison ; mnis ie plaisir qu'ils prenaient à l'entendre ne produisait rien , €t ils se contentaient d'admirer la loi des chrétiens , *ans se mettre en peine de la suivre.

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Le Père voyant uo jour qu'il leur parlait de Dieu inutilement, parla à Dieu forlemenl pour eux; et, les yeux attachés au ciel , le visage enflammé pliis que de coutume , il le pria , avec une grande abondance de larmes , d'avoir pitié de ces idolâtres endurcis. Seigneur, disait>il , tous les cceurs sont entre nos mains ; vous poumz fléchir, comme il vous plaît , Us plus obstinés et amollir les plus durs : donnez aujourd'hui cette gloire au sang et au nom de votre Fils. A peine eut-il fait sa prière , qu'il se sentit exaucé. Se tournant vers ses auditeurs avec l'air d'un homme inspiré : Eh bien , leur dît-W^ puisque vous ne me croyez pas sur ma parole ^ voyez ce qui peut me rendre croyable. Quel témoignage voulez* vous des vérités que je vous annonce ? Il se souvient à l'heure même qu'on avait enterré un homme le jour précédent ; alors reprenant son discours du ton dont il l'avait commencé : Ouvrez , dit-il , le tombeau que vous fermâtes hier , et retirez-en le corps; mais prenez bien garde si celui qu*(m a enterré est véritablement mort.

Les plus incrédules allèrent aussitôt déterrer le corps. Bien loin d'y trouver aucune marque de vie, ils trouvèrent qu'il commençait à sentir mauvais ; ils ôtèrent le linceul qui l'enveloppait , et mirent le mort aux pieds du Père , qui s'était transporté sur le lieu de la sépulture. Les barbares regardaient avec étonnement le cadavre , et attendaient avec impatience ce qui arriverait. Le saint se mit à genoux , et après une prière assez courte , s*adressant au mort : Je te commande , dit-il , par le saint nom du Dieu vivant , de te lever , pour preuve de la religion que je prêche,

A ces paroles , le mort se leva de lui-même, et parut non-seulement plein de vie , mais sain et vigoureux. Tous s'écrièrent à haute voix que le Dieu des chrétiens était tout-puissant, et que la loi qu'enseignait le Grand Père était véritable ; ils se jetèrent ensuite à ses pieds, demandèrent le baptême , et le reçurent sur-le-champ.

L'autre mort que l'apôtre ressuscita , fut un jeune homme chrétien, qui mourut à Mutan, dans la même côte , entre Carjapatan et Alicale. Il y avait plus de vingt quatre heures qu'il était mort d'une fièvre pestilente. Xavier se rencontra par hasard sur le chemin,

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lorsqu'on le portait en terre. Le père et la mère da défunt, qui étaient des plus qualifiés du pays, accompagnaient la pompe funèbre avec toute leur parenté, selon la coutume du royaume. Quelque inconsolables qu'ils fassent , ite prirent courage à la vue du Saint, et, embrassant ses genoux , ils le conjurèrent de ressusciter leur fils , persuadés que ce qui surpassait toutes les forces de la nature ne lui coûtait qu'une parole. Xavier, touché de leur affliction , et excité par leur foi, implora le.secours du Ciel , fit le signe de la croix, jeta de Teau bénite sur le mort , le prit par la main , le leva au nom du Seigneur, et le rendit vivant h son père et à sa mère. Pour conserver la mémoire d'un fait si étonnant et si authentique , les parents du ressuscité plantèrent uue grande croix dans l'endroit où le miracle se fit, et ils avaient coutume d'y aller souvent prier Dieu. Ces résurrections firent tant de bruit dans tout le pays et tant d'impression sur l'esprit des peuples, qu'on venait de toutes parts pour voir le Grand Père et recevoir de lui le baptême : si bien que tout le royaume de Travaucor fut soumis à Jésus-Christ en peu de mois ; et le roi seulement demeura idolâtre avec les principaux de sa cour , par un terrible jugement de Dieu , qui abandonne quelquefois les princes à leurs passions déréglées , et qui s'éloigne des grands tandis qu'il se communique aux petits.

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MfTSM WMmiàsm^

La réputation de Xavier ne demeura pas renfermée dans le royaume de Travancor, elle se répandit par toutes les Indes ; et le Dieu des chrétiens y devint si vénérable en môme temps , que tes peuples les pins idolâtres envoyaient prier le saint homme de les venir baptiser. Il avait véritablement une extrême joie de voir les gentils rechercher d'eux-mêmes le chemin du Ciel , mais il était affligé de ne pouvoir le montrer tout seul à tant de nations égarées.

Voyant la moisson si abondante et les ouvriers en si petit nombre , il écrivit fortement au père Ignace en Italie, et au père Simon Rodriguez en Portugal, pour avoir des missionnaires. Il eut même sur cela un transport de zèle fort extraordinaire , jusqu'à dire dans ijne de ses lettres : « il me vient souvent en pensée de y> parcourir les académies de l'Europe , principalement » celle de Paris , et de crier de toutes mes forces à p ceux qui ont plus de savoir que de charité : Ah! » combien d'âmes perdent le Ciel et tombent dans les » enfers par votre faute !

» Il serait h souhaiter que ces gens s'appliquassent n à la conversion des âmes , comme ils font à l'étude » des sciences , afin de pouvoir rendre compte à Dieu » de leur doctrine et des talents qu'il leur a donnés. » Plusieurs, sans doute, touchés de cette pensée ^ n feraient une retraite spirituelle, et vaqueraient à la » méditation des choses célestes pour entendre la voix » du Seigneur; ils renonceraient à leurs passions , et, » foulant aux pieds les vanités de la terre, ils se » mettraient en état de suivre tous les mouvements » de la volonté divine; ils diraient même de toute » leur âme : Me voici, Seigneur; envoyez-moi oiV il » vous plaira j et aux Indes, si vous le voulez.

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» Mon Dieu , que ces savants vivraient beaucoup » plus contents qu'ils ne vivent ' que leur salut serait » plus en assurance! et qu*à la mort, tout près de » subir le terrible jugement , que personne ne peut » éviter, ils auraient sujet d'espérer en la miséricorde » de Dieu , parce qu'ils pourraient dire : Seigneur , » vous m'aviez donné cinq talents , et en voici cinq autres » que j 'ai gagnés par -dessus !

» Je prends Dieu à témoin que» ne pouvant retour- » ner en Europe , j'ai presque résolu d'écrire à l'unî- » versîté de Paris , nommément à nos maîtres Cornet » et Picard, pour leur déclarer que des millions d'ido- » lâtres se convertiraient sans peine , s'il y avait beau- » coup de personnes qui cherchassent les intérêts de » Jésus-Christ, et non pas les leurs. »

C'est dommage que la lettre qu'écrivit le Saint aux docteurs de Sorbonue se soit perdue; car il est certain qu'il leur écrivit du fond des Indes pour les engager à y venir prêcher l'Evangile : nous avons sur cela le témoignage de don Jean de Rada , un des principaux magistrats du royaume de Navarre, qui, étudiante Paris , vit la lettre du père Xavier , admira la charité apostolique dont elle était pleine, et en tira une copie, comme firent la plupart des théologiens à qui elle s'adressait.

Parmi les peuples idolâtres qui soupiraient après le baptême et qui désiraient d'être instruits, les Manarois furent les premiers qui députèrent vers le Saint.

L'île de Manar est située vers la pointe la plus septentrionale de Ceylan , et à la tête des bancs de Remanancor. Elle a un port très commode , et il s'y fait un fort grand trafic; mais le sol est si sablonneux et si sec, qu'il n'y vient rien qu'en certains endroits que l'on cultive avec beaucoup de soins et de peines; car IMlanar ne tient pas du voisinage de Ceylan , qui est le lieu de l'Orient le plus délicieux et le plus fertile , jusque-là que les arbres, toujours verts, y portent en toute saison des fruits et des fleurs ; qu'on y trouve des mines d'or et d'argent, du cristal et des pierres précieuses; qu'il y a de tous côtés des forêts d'ébène, de coco et de canelie, et que les hommes y vivent longtemps sans se ressentir

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des ioooiDmodités de la vi^lesse. La merveille est que rtle n'étant qu'à six degrés de la ligne , Talr y est très tempéré et très pur, et que les pluies qui, chaque mois tombent du ciel règlement , jointes aux sources et aux rivières qui coulent partout, rafraîchissent encore plus la terre que les ardeurs du soleil ne réchauffent.

Le père Xavier élait occupé à établir la chréiienlé de Travancor , lorsqu'il reçut l'ambassade de Manar. Comme il ne pouvait pas abandonner une Eglise naisnante sans en craindre raisonnablement la ruine, il euvoya à Manar un des prêtres qu'il avait laissés dans la côte de la Pêcherie. Dieu donna tant de bénédictions aux travaux de ce missionnaire , que les Manarois non seulement se firent chrétiens, mais moururent généreusèment pour la foi ; et Voici l'occasion de leur martyre.

L'île de Manar était alors sous la domination du roi Jafanapatan : c'est ainsi qu'on nomme la partie septentrionale de Ceylan. Ce prince avait usurpé la couronne sur son frère aîné , et traitait tous ses siyets en esclaves. Il était surtout ennemi implacable de la loi chrétienne, bien qu'il feignît d'être ami des Portugais, dont la puissance seule pouvait mettre des bornes à sa tyrannie. Dès qu'il eut appris que les Manarois se faisaient chrétiens, il entra dans une fureur dont les tyrans seuls sont capables; car il ordonna aussitôt que 1*00 fît passer des. troupes en l'tle de Manar , et qu'on y tuât tout ce qui ne serait point idolâtre. L'ordre fut exécuté ponctuellement ; et les hommes , les femmes , les enfants qui avaient embrassé le christianisme, périrent tous par l'épée.

Ce qu'il y eut de merveilleux , c'est que chacun des fidèles étant interrogé sur sa religion , et n'ayant qu'à la renoncer pour sauver sa vie, il n'y en eut pas nn qui ne se déclarât hautement chrétien. Les pères et les mères parlaient pour leurs petits enfants baptisés, qui ne pouvaient pas encore rendre témoignage de leur foi , et ils les offraient à la mort avec une intrépidité qui étonnait leurs bourreaux. Six ou sept cents de ces insulaires donnèrent leur vie pour le nom de Jésua- Christ ; et le canton prindpal qui fît consacré par un sang si noble , de Passim qu'il se nommait , s'appela ensuite la terre des Martyrs.

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Tont ce massacre , bien loin d'abolir la loi chrétienne , ne servi t qu'à la rendre plus florissante ; le tyran ent méoie la bonté de voir ses officiers et ses domestiques quitter, malgré lui , leur ancienne religion. Mais ce qui Tirrita davantage, fut le changement de son fils aîné. Ce jeune prince , touché de Dieu , se fit instruire par un marchand portugais qui avait commerce à la cour. Cela ne se put faire néanmoins si secrètement , que le roi n'en eût connaissance : à la première nouvelle, il fit égorger son fils , et jeter le corps dans les champs pour servir de p&ture aux bétes.

Mais le Ciel, ne souffrit pas qu'une mort qui était si précieuse devant Dieu , fut sans honneur et sans fruit devant les hommes. Le marchand portugais enterra la nuit son disciple , et le lendemain matin il parut une très belle croix marquée sur la terre qui coiîvrait le corps du martyr. Ce spectacle surprit fort les infidèles: ils firent ce qu'ils purent pour effacer la croix , en marchant dessus et y jetant de la terre ; elle reparut le jour suivant dans la même forme , et ils tâchèrent de l'effacer tout de nouveau ; mais alors elle parut en l'air toute lumineuse et lançant des rayons de tous côtés. Les barbares qui la virent , furent effrayés , et en même temps si touchés intérieurement qu'ils se déclarèrent chrétiens. La sœur du roi , princesse naturellement vertueuse , ayant embrassé la foi en cachette , instruisit elle-même son fils et son neveu , frère du martyr; mais en les mettant dans la voie du Ciel , elle eut soin de les dérober à la cruauté du tyran. Elle s'adresse pour ce sujet au Portugais dont nous avons parlé, et , lui confiant les deux princes , le charge de les mener au séminaire de Goa.

Le Portugais concerta si bien toutes choses avec la priocesse , qu'il sortit de l'îte avec les deux princes sans ^re découvert. Il prit son chemin par le royaume de Travancor , pour voir le père Xavier et lui présenter ces illustres néophytes. Le Père les reçut comme des anges envoyés du Ciel , et rendit milleactions de grâces à Dieu d'une si belle conquête : il les fortifia dans la fol, leur donna des enseignements salutaires, et leur promit de faire en sorte auprès du vic^roî des Indes ,

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qu'ils n*eus8ent jamais à se repentir d'avoir tout quitté pour Tamour de Jésus-Christ.

Dès que le roi Jafanapatan sut la fuite de son fils et de son neveu , il s'emporta étrangement contre les chrétiens , et en hi mourir un grand nombre. Comoie il eut peur que son frère , à qui il avdil ôté la couronne, et qui menait une vie errante, ne changeât aussi de religion , et n'implorât la protection des Portugais, il envoya des gens partout , avec ordre de le lui amener ou de lui en apporter la télé; mais il ne put l'avoir ni vif ni mort : car ce prince malheureux , suivi de dix cavaliers , étant passé à Négapatan, se rendit par terre à Goa avec d'extrêmes fatigues, et après plusde deux cents lieues de chemin. Il fut instruit des mystères du christianisme , et en recevant le baptême , il jura solennellement que, s'il recouvrait son royaume, il travaillerait lui-même à le mettre sous l'obéissance de Jésus-Christ.

Le père Xavier , qui fut informé de tout , jugea qu'il fallait profiter d'une occasion si favorable, sans s'y endormir un moment. Il comprit avec quelle perfection les chrétiens vivraient dans un royaume où l'on mourait si généreusement pour la foi presque avant que de la connaître; d'ailleurs, si Tinjustice et la cruauté du tyran demeuraient impunies, combien les autres rois idolâtres persécuteraient les nouveaux fidèles ; que le seul moyen de réparer le passé et de se précautionner contre l'avenir, était d'ôter au barbare la couronne qu'il portait injustement, et de la rendre à son frère auquel elle appartenait; que, pour cela, on devait avoir recours aux Portugais , et les engager , par un principe de religion , à prendre les armes contre l'usurpateur du royaume et le persécuteur des chrétiens.

Dans ces sentiments, le Père fait venir Mansilla de la côte de la Pêcherie, et, l'ayant chargé de la chrétienté de Travancor , il se mit en chemin par terre pour aller trouver le vice-roi des Indes , qui était à Cambaye.

Outre les raisons qui regardaient le roi Jafanapatan , le Saint en avait d'autres qui l'obligeaient à faire ce voyage. La plupart des Européens qui étaient aux Indes , et surtout les ministres de la couronne de Portugal, menaient une vie débordée, qui rendait la foi

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odîease et qaî scandalisait égalemenft les idolâtres et les fidèles.

Le caUe public des pagodes était toléré à Goa , et la secte des brachmanes y devenait plus puissante de jour en jour , parce que ces prêtres païens corrompaient , à force d'argent , les officiers portugais. Les peuples professaient librement le paganisme , pourvu qu'ils payassent exactement les tributs , œmme si on ne les avait subjugués que pour en tirer de l'argent. Les charges publiques^ se vendaient aux Sarrasins, et les chrétiens naturels du pays en étaient exclus, faute d'avoir assez de bien pour les acheter Les receveurs du droit que payaient les Paravas de la Pé<;herie au roi de Portugal, forçaient ces pauvres pécheurs à leur donner leurs perles presque pour rien ; et aussi Texae* (ion d'un tribut légitime dans le fond était une véritable tyrannie , par la manière dont elle se faisait. On vendait les hommes comme les bétes , et on donnait des chrétiens à très bon marché aux gentils. Enfin on souffrait que le roi de Cochin , idolâtre, mais tributaire de la couronne de Portugal , confisquât le bien de ses sujets qui recevaient le baptême.

Le Père François avait une douleur très sensible de voir que le plus grand obstacle qu'il y eût à rétablissement de la foi en tant de vastes royaumes de l'Asie , vînt des chrétiens mêmes. Il s'en plaignait quelquefois à Dieu , dans l'amertume de son cœur; et il dit un jour qu'il retournerait volontiers en Europe pour faire ses plaintes au roi du Portugal Jean III , ne doutant pas qu'un prince si religieux et si équitable ne mtt ordre h de si grands maux, dès qu'on les lui ferait connaître.

Xavier avait pris la route de Cochin , le long des côtes de la mer. Il y arriva le 16 décembre 1566 , et y rencontra Michel Vaz, vicaire général des Indes. En lui exposant les motifs de son voyage, il lui fil entendre que la faiblesse du gouvernement était la cause principale de l'avarice et de la violence des officiers; que don Alphonse de Sousa avait beaucoup de piété, mais qu'il n'avait pas assez de vigueur; qu'il ne suffisait pas de vouloir le bien , si on ne s'opposait fortement an nnD];en un mot, qu'il était absolumentnécessaireque

le roi de Portugal fût infomié de tous les désordres des Indes par UD homme qui les eût vus de ses yeux, et qui ne fût pas suspect. Vaz entra d'abord dans les sentiments de Xavier , et son zèle le porta à passer lui-m6nie en Portugal sur un navire qui était tout prêt à faire voile. Xavier loua Dieu du dessein de Vaz, et écrivit en ntéme temps au roi Jean III. Voici de quelle manière commence sa lettre:

« Votre Majesté doit se persuader et repasser sou- » vent en son esprit, que Dieu l'a choisie entre tous les » princes de la terre pour la conquétedes Indes Orien- » taies , afin d'éprouver sa fidélité et de voir comment » elle reconnaîtrait les bienfaits du Ciel ; elle doit peny> ser encore que s'il lui a donné l'empire du Nouveau- » Monde , ce n'est pas tant afin qu'elle remplisse ses » coffres des trésors de l'Orient, qu'afin qu'elle ait occa- » sion de signaler son zèle en faisant connaître aux » idol&lres, par les soins de ses ministres, le Créateur » et le Rédempteur des hommes. »

Le Saint parle après au roi des bonnes intentions de Michel Vaz, et de la mauvaise conduite des Portugais qui avaient de l'autorité dans les Indes. Il lui suggère des moyens pour arrêter les désordres, et lui conseille surtout de ne recommander pas seulement par lettres les intérêts de la religion ^ mais de châtier avec rigueur tous les officiers qui ne faisaient pas leur devoir à cet égard ; « Car il y a danger , dit-il , que , quand Dieu » citera Votre Majesté au jugement , ce qui arrivera » lorsque vous vous y attendrez le moins , et ce qui ne » se peut éviter ; il y a , dis-je, danger, grand prince, » que vous n'entendiez alors ces paroles de la bouche y> d'un Dieu irrité : Pourquoi n'avez-vous pa9 puni ceux » quiy sous votre nom , m'ont fait la guerre dans les Iny> des , vous gui les punissiez si séi>èrement dès qu'ils » étaient négligents au regard de vos finances? Vous » aurez beau vous excuser en disant à Jésus-Christ : » Seigneur , toutes les années je recommandais à mes 1* sujets ce qui touchait votre honneur et votre service ; » car on vous répondra aussitôt : Mais vos ordres ne » s'exécutaient point , et vous laissiez faire à vos minis- » très tout ce qu'ils voulaient.

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