LIVRE TftOlBitlIB
» Je supplie donc Votre Majesté , par le zèle ardent
* qu'elle a pour la gloire de Dieu, et par le soin qu'elle » a toigours eu de son salut éternel, d'envoyerici un » ministre vigilant et courageux; qui n*ait rien plus à » cœur que la conversion des âmes , qui agisse indépen-
* damaient des oflSciers de votre épargne , et qui ne » se laisse pas gouverner par ces hommes politiques » dont toutes les vues se bornent à l'utilité de l'État. » Que Votre Majesté examine un peu ce qui vient des » Indes dans ses coffres , et qu'elle voie les dépenses » qu'elle y fait pour l'avancement de la religion; ainsi, ^ ayant pesé les choses de part et d'autre, vous jugerez » si ce que vous donnez égale en quelque façon ce qu'on » vous donne, et vous aurez peut-être sujet de craindre > que de ces biens immenses dont la libéralité divine
* vous comble , vous ne rendiez à Dieu qu'une très » petite partie.
» Au reste, que Votre Majesté ne diffère pas davan- » tange à s'acquitter de ce qu'elle doit, et à guérir tant
* de maux publics : quelque diligence qu'elle fasse, le » remède ne viendra toujours que trop tard. La vraie ^ et ardente charité de mon cœur envers votre Majesté >» m'obligea lui écrire delà sorte, principalement lors-
* qu'il me semble entendre les plaintes que les Indes
* font au Ciel , de ce que, des trésors dont elles enri-
* chtssent vos Etats , vous en employez si peu pour '^ leurs besoins spirituels. »
La lettre finit par demander une grâce h Dieu, que iBroi ait, pendant sa vie, les sentiments et la conduite qa'il serait bien aise d'avoir eus dans le moment de sa mort.
Michel Vaz traita si bien avec Jean III, suivant les instructions du père Xavier, qu'il obtint un autre gouverneur des Indes, et qu'il rapporta des ordres signés de la main du prince , tels à peu près que le Père le souhaitait.
Cesordres portaient qu'on ne souffrit aucune superstition paîennedansl'île de Goa, ni dans celle de Salsète; qu'on brisât toutes les pagodes qui y étaient; qu'on cher chat, dans les maisons des gentils, s'il n'y avait point d'idoles cachées; et que, si quelqu'un en faisait^ on le
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punit selon la qualité de son crime ; qu'autant qu'il y aurait de bracbmanes qui s'opposeraient à In publication de l'Evangile, on les exilât ; que d'une rente annuelle de trois mille écus , qui se payait à une mosquée de Baznin, on soulageât au plus tôt la pauvreté des infidèles nouvellement convertis ; qu'on ne donnât pins nul office public aux païens ; qu'aucune exaction ne demeurât impunie; qu'on ne vendît plus d'esclaves ni aux mahométans, ni aux gentils; que la pécbe des perles fût uniquement entre les mains des chrétiens, et qu'on ne les prit d'eux que selon leur juste valeur ; qu'on ne permît pas que le roi de Cochin dépouillâtou maltraitât les Indiens baptisés ; enfin que si Sousa n'avait pas vengé la mort des fidèles de Manar , massacrés par Tordre du roi Jafanapatan , Castro, qui prenait la place de Sousa, ne manquât pas de le faire.
Pour revenir au voyage du père Xavier , il se mit en mer à Cochin, et fit voile vers Cambaye. Il y avait dans le navire un gentilhomme portugais, extrêmement libertin , et de ces impies déclarés qui font gloire de leur impiété. C'en fut assez au saint homme pour rechercher sa compagnie. Il s'attacha fort à lui , çt tâcha même de lui plaire par des discours agréables. Lé Portugais était charmé de l'humeur du Père , et prenait plaisir à l'entendre parler de mille matières curieuses; mais quand Xavier disait un mot du salut de l'âme, il s'en moquait et ne voulait pas l'écouter. Que si le Père le reprenait doucement de ses péchés scandaleux, et l'invitait à la pénitence, il s'emportait contre les saintes pratiques de l'Eglise, et jurait qu'il ne se confesserait jamais.
Ces mauvaises dispositions ne rebutèrent pas Xavier; il traita un pécheur si endurci comme un malade frénétique, avec beaucoup de bonté. Cependant ils abordèrent au port deCananor : étant descendus ensemble sur le rivage , ils allèrent se promener seuls dans un bois de palmiers qui était tout proche ; après deux ou trois tours de promenade , le saint se dépouille jusqu'à la ceinture, et prenant une discipline armée de pointes, il s'en donne de si rades coups , qu'il eut en moins de rien les épaules tontes sanglantes. C'e^tpour Vamourde