‹ Vie de St. François Xavier de la Compagnie de JésusChapitre 20 sur 79 · LIVRE QUàTRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUàTRIÈME

t perfection , et acquiiiez^vous fidèlement de ce que » vous devez à Dieu et h votre conscience ; car vous n deviendrez par là très capable de rendre service au » prochain , et de faire beaucoup de fruit dans les âmes. » Affectionnez- vous aux ministères les plus vils , afin » qu'en les exerçant vous deveniez humble , et que vous » avanciez davantage en humilité.

» II. Enseignez vous-même aux ignorants les prières » que tout chrétien doit savoir par cœur, et ne vous » déchargez sur personne d'une occupation si peu » éclatante. Donnez - vous la peine de faire dire ces 0 prières mot à mot aux enfants et aux esclaves des » Portugais , en les lisant le premier. Faites-les dire » aussi de la même sorte aux enfants des chrétiens ori- » ginaires du pays. Ceux qui vous verront dans cet » exercice seront édifiés de votre modestie ; et comme » les personnes modestes s'attirent aisément l'estime » des antres , ils vous croiront propre à les instruire » des mystères de la religion chrétienne.

» III. Vous visiterez souvent les pauvres dans les » hôpitanx , et de temps en temps vous les exporterez » à se confesser et à communier, leur faisant entendre » que la confession est le remède des péchés passés , et » que la communion est un préservatif contre les re- » chutes ; que l'une et l'autre détruisent la cause des » misères qui les font gémir , par la raison que les » maux qu'ils soufii*eiit ne sont que les peines de leurs » fiiutes. C'est pourqnoi , lorsqu'ils voudront se con- » fesser , vous entendrez leurs confessions, autant que » vous en aurez le loisir. Après avoir eu soin de l'àroe , » ayez soin du corps le plus qu'il vous sera possible , » recommandant ces tnalheur^x aux administrateurs » de l'hôpital , et leur procurant d'ailleurs toutes sortes » de secours temporels.

» IV. Vous visiterez aussi les prisonniers, et, par » vos diiscours vous les exciterez à faire une confession » de toute leur vie. Ils ont plus besoin que les autres » d'être pressés là-dessus;car, parmi ces sortes de gens, » il s'en iroave peu qui aient jamais fait une confession » exacte. Priez les confrères de la Miséricorde d'avoir » pitié de ces misérables , de travailler auprès des juges

Id4 VIE DR SAINT FRANÇOIS XAVIBR.

» à leur élargissement , et de faire svbsister les phis » ubaodonnés, qui n'unt pas toujours de quoi vivre.

» \é Vous servirez et vous avauceres , autant que » vous le pourrez., la confrérie de la Miséricorde. Si )» vous renconirez de riches marchands qui aient do » bien mal acquis, et qui, s'étant confessés, veulent res- » tituer ce qui ne leur appartient pas, quoique d'eux- » mêmes ils vous confieni l'argent des restitutions , » lorsqu'ils ne savent pas à qui ils doivent , ou que T» les créanciers ne paraissent point , remettez toute la » somme entre les mains des confrères de la Miséri- » corde , quand même vous connaîtriez des personnes » nécessiteuses à Tégard desquelles Taumône serait, » ce semble , très bien employée. .

» Ainsi vous ne serez point exposé à être trompé » par des scélérats qui affectent un air d'innocence et » de pauvreté , et qui ne surprennent pas aisément » les confrères , dont la principale application est de » distinguer ces imposteurs d'avec les vrais pauvres.

» D'ailleurs vous vaquerez plus librement aux fonc- » tions propres de votre état , qui est dévoué à la con- » version des âmes , et vous y donnerez tout votre » temps, dont vous perdriez une partie à distribuer » ces aumônes, ce qui ne pourrait se faire sans beau^ » coup de distraction et d'embarras ; enfin par là vous )> irez au-delà des plaintes et des soupçons de certaiaes » gens qui interprètent tout en mauvaise pari , et » qui se persuaderaient peut être que, sous prétexte » de payer les dettes d'autrui, vous détournez et vous » employez à vos usages une partie de l'argent qui vous » a été confié.

y» VI. Agissez avec les personnes du monde qui sont » en commerce et en familiarité avec vous, comme si » vous croyiez qu'ils dussent dévenir un jour vos » ennemis. En vous conduisant de la sorte , vous ne » ferez et ne direz jamais rien dont vous ayez à vous » repentir, et qu'ils vous puissent reprocher dans un » mouvement décolère. On est obligé de prendre ces » précautions contre les enfants corrompus du siècle, » qui observent continuellement les enfant de lumière » avec des yeux malins et défiants.

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» VIL Vous devez n'avoir pas moins de ciroonspec-

• tioo pour ce qui regarde vuire avancement spiritnel, » et vous assurer que vous ferez de grands progrès » dans le mépris de vous-même et dans l'union avec

• Dieu, si vous réglez toutes vos actions et toutes » vos paroles selon la prudence. L'examen que nous » appelons particulier vous aidera beaucoup à cela. » Ne manquez jamais de lo faire deux fois le jour, » une fois pour le moins , suivant notre méthode or- » dinaire^ quelque occupation que vous ayez.

» VIII. Prêchez au peuple le plus souvent que vous - pourrez, car c'est un bien universel que la prédica-

• tion, et de tous les ministères évangéliques, il n'y en » point dont on doive attendre plus de fruit ; mais » gardez-vous bien d'avancer des propositions dou- » teuses et sur lesquelles les docteurs ne seraient pas

• d'accord. Il faut prendre pour sujets de vos sermons » des vérités constantes et claires, qui tendent d'effes- » mêmes au règlement des mœurs. Faites connaître » rénormité du péché, en faisant valoii^ la Majesté » inûnie qui est outragée par le pécheur. Imprimez » dans les esprits une vie horreur de la sentence qui

• sera fulminée contre les réprouvés au jour du der- » nier jugement. Représentez avec toutes les couleurs » de l'éloquence les supplices que doivent souffrir éter- > nellement les damnés. Menacez enfin de la mort , et » de la mort subite , ceux qui négligent leur salut, et

qui , ayant la conscience chargée de plusieurs crimes , vivent en repos coinme s'ils n'avaient rien à craindre.

» Il faut mêler à toutes œs considérations celle de la croix et de la mort du Sauveur des hommes ; mais il faut le faire d'une manière touchante et pathétique, par des figures propres à exciter des mouvements qui fassent naître dans les cœurs une profonde douleur des péchés, en une d'un Dieu offensé, jusqu'à tirer les larmes des yeux de vos auditeurs. C'est Tidée^ue je souhaite que vous vous proposiez pour prêcher

• utilement.

• IX. Reprenant les vices en chaire, ne nommez ni H» ne désignez jamais les personnes, surtout les prin-

TIB DE SAINT VBàNÇOIS XAVIBB.

pauxofficiers elles magistrais.S'îis font qoelgiechose que vous n'approuviez pas et dont vousjugîezà propos de les avertir, rendez-leur une visite et parlez leur en particulier; oti , quand ils viennent d'eux-mêmes se confesser, dites-leur h l'oreille , dans le sacré tri^ bunal de la pénicence, ce que vous avez à leur dire ; mais ne les avertissez point en public ; car ces sortes de gens, d'ordinaire fiers et délicats , an lieu de se corriger pardesavertisseroents publics,en deviennent furieux et intraitables, comme les taureaux qu'on pique avec l'aiguillon : encore , avant que de les avertir de la sorte , fautnl les pratiquer un peu et entrer dans leur familiarité.

» Faites votre réprimande plus douce ou plus forte, selon que vous aurez plus on moins d'accès auprès d'eux; mais tempérez toujours ce que la correction a de rude par un air gai et souriant , par des paroles A)nnéles, et par une protestation sincèreque l'amitié seule vous engage à ce que vous faites. Il est bon même d'ajouter aux discours agréables des soumissions respectueuses, des embrassements tendres, et tout ce qui peut marquer de la considération et de la bienveillance pour celui que vous voulez corriger; car si la sévérité du visage et la rudesse des paroles accompagnent la répréhension fâcheuse et amère d'elle*méme, il est hors de doute que des hommes accoutumés aux flatteries ne la pourront endurer ; et il y a sujet de craindre qu'on emportement de colère contre le ceujseur ne soit tout le fruit de la réprimande.

» X. Pour ce qui est de la confession , voici la méthode que je juge la meilleure en ces quartiers de rOrient , où la liberté de pécher est très grande et l'usage de la pénitence fort rare. Quand vous verrez que qudqu'un habitué de longue main dans le TÎce, voudra se confesser à vous , exhortez-le à preodre deux ou trois jours pour examiner bien sa conscience ; et afin de soulager sa ménioire , faites<4oi écrire les péchés qu'il aura remarqua, eu repassant depuis son enfonce sur tous les états de sa vie.

• Quand U se sera confessé après ces dispositions, ii

» ne faudra pas toujours l'absoudre aussitôt, mais il » sera bon quelquefois de le retirer deux ou trois jours » ducommerce de la vie civile , et de l'exciter à la dou- » leur de ses pécbés , par le moiif de l'amour de Dieu » pour lui rendre l'absolution sacramentelle plus utile.

» Pendant cette petite retraite, vous lui enseignerez » la manière de méditer , et vous lui ferez faire quel- » ques méditations de la première semaine des exerci- » ces; vous lui conseillerez aussi de pratiquer quelque » mortification du corps , par exemple , de jeûner ou »de se donner la discipline, pour s'aider lui-même à » concevoir un véritable regret de ses fautes et à ré- » pandre des larmes de pénitence. Outre cela , si les » pénitents se sont enrichis par des voies injustes , s'ils » ODt flétri par des médisances la réputation du pro- " cbain, faites-leur restituer le bien mal acquis, et ré- » parer l'bonneur de leurs frères pendant ces trois ''jours; que, s'ils ont des amours illégitimes et des » engagements criminels , qu'ils rompent ces mauvais >^ commerces et qu'ils quittent les occasions du péché. " Il n'y a point de temps plus propre à exiger des pé- '^ cheurs ces devoirs également nécessaires et difficiles: ^ dès que leur ferveur sera passée , vous leur deman- ^ derez en vain l'accomplissement de leur promesse, et ^ voQs aurez peut-être le déplaisir de les voir retomber » dans le précipice pour ne les en avoir pas assez éloi- ** gnés.

» XI. Dans l'administration du sacrement de péni- » tence, prenez garde de rebuter, par une sévérité pré- ^ cipHée , ceux qui ont commencé à vous découvrir les » plaies de leur âme. Quelqueénormesque soient leurs » péchés , écoutez-les non seulement avec patience , » mais avec douceur; soulagez même leur honte, en » ienr témoignant de la compassion et ne faisant pas » paraître que vous êtes étonné de ce qu'ils disent. In- * sinuez-leur que vous avez entendu des choses bien ^ plus atroces ; et , de peur qu'ils ne désespèrent du » pardon de leurs fautes , parlez-leur des miséricordes » infinies de Dieu.

> Quand ils déclarent un de leurs crimes d'une ma- » nièrequi marque dii trouble , interrompez-les pour

» leur dire que ce péché n'est pas tout-à-fail si grand » qu'ils pensent ; que vous pouvez , par la grâce de » Dieu , guérir les plaies les plus mortelles de l'âme; o qu'ils continuent donc sans rien craindre, et qu'ils » ne fassent aucune difficulté de tout dire.

» Vous en trouverez que la faiblesse de l'âge ou du » sexe empêche de déclarer des péchés honteux ; dès » que vous vous serez aperçu que la pudeur les retient, » prévenez-les là-dessus charitablement ; dites-leur » qu'elles ne sont pas les seules, ni les premières per- » sonnes qui soient tombées dans le désordre ; que ce » qu'elles n'osent dire n'approche pas de ce que vous » savez en cette matière. Imputez une partie de leur » faute à la corruption de la nature , h la violence de la » tentation, et au malheur qu'elles ont eu de se ren- » contrer dans des occasions pressantes où les chutes » sont inévitables.

» Enfin je vous avertis que , pour ôter à ces per- >» sonnes la méchante honte qui leur lie la langue ; à » ces personnes, dis-je, que le démon rend aussi hon- » teuses après le crime qu'elles étaient effrontées au- » paravant , il en faut venir quelquefois à leur décou- » vrir en général les faiblesses de notre vie passée ; car y* que peut refuser une vraie et ardente charité pour le » salut des âmes qui ont été rachetées par le sang de » Jésus-Christ 7 Mais de savoir quand cela se doit faire, » jusqu'à quel point et avec quelles précautions , c'est » ce que l'esprit intérieur et l'expérience vous ensei- » gnerbnt dans les conjonctures mêmes.

y» XII. Vous trouverez de temps en temps quelques » chrétiens qui ne croient pas la vérité du très saint » Sacrement de l'autel, ou faute de le fréquenter, ou » par le commerce au'ils ont avec les gentils, les ma- 0 hométans et les hérétiques , ou par le scandale que D leur donnent les autres fidèles , et surtout , ce que n j'ai regret et honte de dire, ces prêtres dont la vie » n'est pas plus sainte que celle du peuple ; car vovant » quelques-uns d'eux venir à l'autel sans nulle prépa- » ration , y assister sans modestie et sans révérence, ils » s'imaginent que Jésus-Christ n'est pas , comme nous » disons , dans le sacrifice de la messe , et que s'il y

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» était présent , il ne permettrait pas que des mains si » impures le touchassent. Faîtes en sorte que ces chré- » tiens mécréants vous proposent tous leurs doutes et » vous découvrent toutes leurs imaginations ; prouvez- » leur ensuite la présence réelle de Jésus-Christ par » toutes les raisons qui peuvent bien l'établir , et en- » seignez leur que le moyen le plus sûr pour sortir de » leurs erreurs et de leurs vices , est de s'approcher » souvent de FEucharistie avec les dispositions conve- « nables.

» XIII. Quoique les pénitents se soient fort préparés » à la confession , ne penser pas que , quand ils vous » ont dit leurs péchés , vous n'ayez plus rien à faire ; » il faut creuser dans leur conscience, et, en les eiami- » nant , tirer d'eux ce qu'ils ne connaissent pas eux- » mêmes. Demandez-leur donc par quelle voie efde » quelle manière ils font pro6ter leur argent , quels » sont leurs principes , et quelle est leur pratique dans » les ventes , dans les prêts , dans tout leur négoce ; » vous verrez que l'usure règne partout, et que cens à » qui la conscience ne faisait point de reproches du » côté de l'injustice , ont acquis injustement la plus » grande partie de leur bien. Mais, sur le fait des ri- » chesses , plusieurs se sont tellement endurcis , qu'é- » tant chargés de rapines, ils n'ont nul scrupule, ou » n'en ont qu'un très léger qui ne les inquiète pas.

» XIY. Usez particulièrement de cette méthode en- » vers les gouverneurs , les trésoriers, les receveurs et » les autres officiers des 6nances. Toutes les fois qu'ils » se présenteront à vous dans le sacré tribunal , inter- » rogez ces sortes de gens comment ils s'enrichissent si » fort , par quel secret les charges et les emplois qu'ils » exercent leur valent de gros revenus. S'ils font diffi- » culte de le dire , tournez-les en toutes façons , et le

* plus doucement que vous pourrez, pour les faire x» parlermalgré eux; vous découvrirez bientôt les adres- » ses et les inventions secrètes par lesquelles nn petit » nombre de gens d'affaires divertit à son profit parti- » coller ce qui devait tourner à l'utilité publique : ils

* achètent les marchandises des deniers du prince , afin ^ de les revendre pour leur compte immédiatemcni

» après; et» comme ils enlèvent tout sur le port, ils » mettent le peuple dans la nécessité d'acheter au prix » qu'ils veulent, c'est à-dire à un prix excessif.

i> Quelquefois aussi ils font languir, par de longs re- » tardements et par des défaites captieuses , les person- » nés à qui l'épargne est redevable , pour les obliger de » composer avec eux et de leur remettre une partie de » la somme qui est due. Un vol et un brigandage si » manifeste , c'est ce qu'ils appellent le fruit de leur in- » dustrie. Quand vous aurez tiré de leur bouche ces mo- » nopoles et d'autres semblables, en leur faisant adroi- » tement diverses questions, vous verrez bien mieux D ce qu'ils ont de richesses mal acquises et ce qu'ils doi- » vent restituer au prochain pour se réconcilier avec » Dieu , que si vous les interrogiez en général sur leurs » Injustices : car demandez-leur à qui ils se souvien- >^ nent d'avoir fâii tort , ils vous répondront aussitôt )) que leur mémoire ne leur reproche rien de côté-là, » et en voici la raison : l'usage leur tient lieu de loi , » et ce qu'ils voient faire tous les jours , Ils se per- » suadent qu'on peut le faire sans crime ; comme si la » coutume autorisait, par je ne sais quelle prescripf> tion, ce qui est vicieux et criminel de soi-même. » Vous n'admettrez point un tel droit , et vous déclan rerez à ces sortes de gens que , s'ils veulent mettre » leur conscience en sûreté , ils doivent se défaire des » biens qu'ils possèdent injustement.

» XV. Souvenez-vous d'obéir en tout an vicaire de >) l'évéque. Dès que vous serez arrivé à Ormuz , vous » rirez trouver, et vous mettant à genoux devant lui, » vous lui baiserez humblement la main. Vous ne pré- » cherez point et n'exercerez point aussi les autres em- » plois de notre Institut sans sa permission. Surtout » n'ayez jamais avec lui de différend pour quelque cause » que ce soit ; tâchez , au contraire , par toutes les dé- » férences et par tous les services possibles, de gagner » son amitié, ensorte qu'il veuille bien que vous lui » fassiez faire les méditations des exercices spirituels, >) au moins de la première semaine. Usezen à peu près » de même envers tous les autres prêtres. Si vous ne ^ pouvez les obliger à se retirer pendant un mois, sui-

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