‹ Vie de St. François Xavier de la Compagnie de JésusChapitre 21 sur 79 · LIVRE QUATRIÈME. 20f · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. 20f

» vaut notre coutume, engagez-les dans une retraite » de quelques jours, et ne manquez pas de les visiter » tous les jours pendant ce temps-là , pour leur expli- » quer vous-même les sujets des méditations.

» XYI. Ecndez beaucoup de respect au gouverneur , » et faites paraître, par une soumission profonde, com- » biensincèrement vous l'honorez. Prenczgardedevous » brouiller avec lui sous aucun prétexte , quand même » vous verriez qu'il ne fait pas son devoir en des choses » d'importance; mais lorsque vous aurez reconnu que » votre conduite vous a attiré sa faveur et ses bonnes » grâces, allezle voir hardiment; et , après lui avoir tén moigné l'intérêt que vous prenez à son salut et à son » honneur , par un principe d'amiiié, déclarez-lui avec » beaucoup de douceur et de modestie , le déplaisir sen- » sible que vous avez de voir son âme et sa réputation » en danger , sur ce qui se dit de lui dans le monde.

p Vous lui exposerez alors les discours du peuple ; » vous lui ferez même faire réflexion que les choses qui » se disent contre lui pourraient bien s'écrire et aller » plus loin qu'il ne voudrait, s'il ne pense de bonne »heureà sa tisfairelepublic. N'entreprenez pas pourtant » cela que vous ne soyez persuadé en quelque sorte de » sa disposition , et qu'il ne vous paraisse très probable » que votre avertissement n'aura pas un mauvais eiïet.

» Chargez-vous encore moins de lui porter les plain- » tes de plusieurs particuliers , et refusez absolument » cette commission , en vous excusant sur vos fonctions » évangéliques, qui ne vous permettent pas de fréquen- » ter les palais des grands , ni d'attendre des journées » entières les moments si rares d'une audience toujours » difScile. Vous ajouterez que quand vous auriez le » loisir de faire voire cour, et que toutes les portes du » palais yous seraient ouvertes à toutes les heures, vous » n'auriez pas lieu d'espérer aucun fruit de vos reuion- » trances, et que si le gouverneur est tel qu'ils disent , » il aura peu d'égard pour vous , n'étant nullement » touché ni de la crainte de Dieu , ni du devoir de sa » conscience.

» XYII. Vous emploierez à la conversion des infi- » dèles tout le temps que vous aurez de reste des tra<

202 YIB DE SAINT FRANÇOIS XAYIBR.

» vaux ordinaires et indispensables qui regardent les » chrétiens. Pi^férez toujours les emplois dont le froit » s'étend plus loin à d'autres qui sont plus bornés. » Selon cette règle, vous n'omettrez jamais une prédi- » cation publique pour entendre une confession ; vous y> ne laisserez point aussi le catéchisme qui se fait tous y> les jours à une heure réglée , pour visiter une per- » sonne particulière, ou pour quelque autre bonne y> œuvre de même nature: Au reste , une heure avant » le catéchisme , vous ou votre compagnon irez dans « les places de la ville , et inviterez tout le monde à » haute voix à venir entendre l'explication de la docy> trine chrétienne.

1* XVIII. Vous écrirez de temps en temps au collège r* de Goa quelles sont les fonctions que vous exercez A pour avancer la gloire de Dieu , quel ordre vous y » tenez et quelle bénédiction Dieu y donne. Ayez soin » que ces relations soient exactes , et telles que nos » pères de Goa les puissent faire passer en Europe » comme des preuves authentiques de ce que nous » faisons dans l'Orient et du succès dont Dieu daigne 1* favoriser les travaux de notre petite Compagnie. » Qu'il ne se glise rien dans ces relations dont per- 1* sonne ait sujet de s'offenser, rien qui ne paraisse » vraisemblable , et qui ne porte d'abord les lecteurs » à louer Dieu et à le servir.

» XIX. Dès que vous serez à Ormuz , je suis d'avis » que vous voyiez en particulier ceux qui auront la ré- » putation d'être plus gens de bien , plus sincères , et » mieux instruits des mœurs de la ville. Informez-vous » d'eux exactement quels vices dominent là davantage, » quelles sortes de fourbes entrent plus dans les con- » trats et dans les sociétés du commerce , afin que , sa- » chant tout à fond et au vrai , vous puissiez avoir des » raisons et des paroles toutes prêtes pour instruire 1* et pour reprendre ceux qui « étant coupables d'usures » simulées , de faux contrats et des autres méehauce- 1* tés si communes en un lieu rempli de toute sorte de » nations , traiteront avec vous dans le discours fami- » lier ou dans la confession sacramentelle.

» XX. Vous irez toutes les nuits par les rues, et

UTBB QUATRl&MBr 208

voDs recomroaDderez en peu de paroles anx prières des vivants les âmes des morts ; mais que les paroles dont vous userez soient propres h exciter la compassion des fidèles et à leur imprimer des sentiments de religion dans le fond de l'âme. Vous les inviterez aussi à prier Dieu pour ceux qui sont en pécbé mortel ^ et à leur obtenir la grâce de sortir d'un si malheureux état.

• KXI. Tâchez d'avoir en tout temps l'humeur agréable , le visage gai et serein ., sans faire paraître jamais la moindre ombre de colère ou de tristesse; autrement ceux qui viendront vous voir ne vous ouvriront pas leur cœur et ne prendront pas en vous toute la confiance qui est nécessaire afin qu'ils pro fitent de votre entretien. Parlez toujours honnêtement et avec douceur , jusque dans les répréhensions , comme je vous ai déjà dit ; et lorsque vous reprenez quelqu'un , faites-le avec tant de charité , qu'il paraisse que la faute vous déplaît, et non la personne.

• XXII. Les dimanches et les fêtes , vous prêcherez sur les deux heures après midi , dans l'église de la Miséricorde ou dans la principale église de la ville , et vous enverrez auparavant votre compagnon , par les roes, inviter avec la clochette le peuple au sermon, si ce n'est que vous aimiez mieux y aller vousmême. Vous porterez à l'église l'explication du Sym bole des Apôtres que je vous ai mise entre les mains , et la pratique que j'ai composée pour passer la jouritée chrétiennement. Vous donnerez une copie de cette pratique à ceux dont vous entendrez la confession ; et, pour pénitence , vous leur prescrirez de faire , pendant certains jours , ce qui y est contenu. Us s'accoutumeront ainsi à une vie chrétienne , et feront ensuite d'eux-mêmes , par la force de l'habitade, ce qu'ils n'ont fait au commencement que par l'ordre de leur confesseur ; mais comme je prévois que vous ne pourrez pas avoir assez de copfeà pour tant de gens, je vous conseille de faire écrire cette pratique en gros caractère , et de l'exposer dans un lieu, public, afin que ceux qui voudront s'en servir la puissent lire et transcrire commodément.

y> XKIII. Ceux qui souhaiteront d'être reçus en la » Compagnie, et que vousjugerezy être propres, vous » les pourrez envoyer à Goa avec une lettre qui mari> que leur dessein et leurs talents, ou les retenir auprès » de vous ; en ce cas-là , après leur avoir fait faire pen- » dant un mois les exercices spirituels , vous les éprouy> verez d*une manière qui édifie le peuple sans les reni> dre ridicules eux-mêmes. Ordonnez -leur donc de r» servir les malades dans les hôpitaux , et de s':ibaisser >) aux offices les plus^humbles et les plus dégoûtants; » faites-leur visiter les prisonniers, et apprenez-leur à » bien consoler ces misérables ; enfin exercez vos no- » vices dans toutes les pratiques de Thumllité et de la » mortification ; mais ne sonfi'rez pas qu'ils paraissent n en public sous des habits extravagants qui leur atti- » rent les moqueries de In populace ; ne le souffrez pas, vt dis-je , bien loin de le commander. N'engagez pas » même indifféremment tous les novices aux épreuves ii que la nature abhorre le plus ; mais examinez bien ce 30 que chacun a de forces , et proportionnez les mortii> fications au tempérament , à l'éducation et à t'avani> cernent spirituel , si bien qu'on puisse espérer que f> l'épreuve ne sera pas inutile et qu'elle fera son effet ï> selon la mesure de la grâce qui leur est donnée.

» Si celui qui dirige les novices n'a tous ces égards, » il arrivera que ceux qui auraient pu faire de très » grands progrès dans la ver,tu étant bien conduits, » perdront courage et retourneront en arrière. D'ail- » leurs ces épreuves indiscrètes , et trop fortes pour » des âmes qui ne font que commencer, éloignent les » cœurs du muître des novices , et lui font perdre la » confiancedesesdisciples. Cependant quiconqueforme » les jeunes gens à la vie religieuse doit n'épargner rien t» pour faire en sorte qu'ils lui découvrent avec beau- » coup de candeur^ et leurs méchantes inclinations , et » les suggestions du malin esprit au moment même )^ qu'ils: sont tentés ; car , sans cela , ils ne se dégage- » ront jamais des filets du démon , ils n'arriveront ja- » mais à la perfection religieuse. Au contraire , ces » premières semences du mal , couvées et nourries » pour ainsi dire par le silence , produisent insensi-

Page 1