LIVRE ^ATRIÈME
9 blemenl des effets funestes ^ jusque-là que les novi- 9 ces, venant à se dégoûter et à se lasser de la disci- » pline régulière , secouent enfin le joug de Jésus-Christ » et se rengagent dans les désordres du monde.
» XXIV. Ceux que vous verrez , parmi ces jeunes » gens , être plus portés à la vaine gloire , au plaisir » des sens et à d'autres vices , guérissez-les en cette » manière ; faites-leur chercher des raisons et des preu- » ves contre les vices où ils sont enclins ; et quand ils » en auront trouvé plusieurs, aidez-les à composer de » petits discours là-dessus ; faites-leur ensuite pronon- » cer ces discours ou au peuple dans Téglise , ou aux B convalescents dans l'hôpital , ou ailleurs { il y aura » lieu d'espérer que ce qu'ils se seront mis bien avant » dans l'esprit , par une étude constante et par une » forte application , leur sera beaucoup plus utile qu'à » leurs auditeurs. Ils auront honte, saojs doute, de ne » pas profiter des remèdes qu'Us proposent , et de de- » meurer dans les vices d'oii ils tâchent de tirer les » autres. Vous userez à proportion de la même indus- » trie envers des pécheurs qui ne peuvent pas gagner » sur eux , à ce qu'ils disent , ni de s'éloigner des occa- » sioBs du péché, ni de restituer le bien d'autrui qu'ils » retiennent de mauvaise foi. Après vous être insinué » dans leur bienveillance , conseillez-leur de se dire à » eux-mêmes ce qu'ils diraient à un de leurs amis en » une pareille rencontre , et engagez-les, comme pour » exercer leur esprit , à imaginer les raisons qui con- » damnent leur procédé en la personne d'un autre.
» XXV. Il se présentera à vous quelquefois , dans le » tribunal de la pénitence , des hommes esclaves de la » volupté ou de l'avarice , que ni le motif de l'amour » de Dieu , ni la pensée de la mort, ni la crainte du » jugement ne peut obliger à chasser une concubine 01^ » à rendre un bien mal acquis. Le seul moyen de ré- » duire ces gens-là est de les menacer des malheurs, de » la vie présente, qui sont les seuls maux qu'ils crai- » gnent. Déclarez-leur donc que , s'ils ne se h&tent » d'apaiser la justice divine, ils auront à souffrir bien- » t^tdes pertes considérables sur mer , et des traite- » ment9 fâcheux de la part des gouverneurs ; qu'ils per-
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» (iront leurs procès, qu'ils languiront plusieurs années >» dans les cachots, qu'ils seront frappés de maladies » incurables ei réduits à une extrême pauvreté , satis ^ que personne prenne soin de les secourir : enfin » qu'eux et leurs descendants, devenus infâmes, seront » l'objet de la haine et de Texécration publique. Dites* » leur pour raison , qu'on ne se moque point de Dieu » impunément, et que ses vengeances sont d'autant plus » terribles, que sa patience a été plus longue. L'image » de ces disgrâces temporelles effraiera des hommes » charnels, qui ne sont touchés que des choses sensibles, » et fera naître dans leurs âmes insensées les premiers » mouvements de la craintedu Seigneur, de cette crainte » salutaire qui est le commencement de la sagesse.
y* XXYI. Avant que de traiter avec qui que ce soit » de l'affairé du salut , tâchez de connaître la situation » de son esprit ; s'il est tranquille ou agité d'une pas- » sion violente ; s'il est prêt à suivre la voie droite quand » elle lui sera montrée , ou s'il s'égare volontairement ; » si c'est le malin esprit ou son naturel qui le porte aa » mal y s'il est docile et disposé à écouter de bons con- » seils , ou s'il est de ces humeufs intraitables que l'on » ne sait comment prendre. Il faudra diversifier vos » discours selon les dispositions différentes ; mais , » quoiqu'il faille se ménager davantage avec les esprits » durs et difficiles, il ne faut jamais flatter le malade , » ni lui rien dire qui affaiblisse la vertu du remède et » qur en empêche l'effet.
» XXVII. En quelque lieu que vous soyez, même » quand vous n'y seriez qu'en passant , tâchez de savoir, » des gens qui ont de la probité et de l'expérience, non » seulement les crimes les plus ordinaires de la ville ^ et les tromperies usitées dans le trafic, comme je • vous ai déjà dit au regard d'Ormuz, mais encore » les inclinations du peuple, les coutumes du pays, la » forme du gouvernement» les opinions communes, » et tout ce qui regarde le commerce de la vie civile ; » car , croyez- moi , la connaissance de toutes ces choses 'é est très utile à un missionnaire pour remédier promp- » tement aux maladies spirituelles , et pour avoir tou- » jours en main de quoi soulager toutes les personiies » qui se présentent.