‹ Vie de St. François Xavier de la Compagnie de JésusChapitre 24 sur 79 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Une si beoreuse mort doona beaucoup de jqîe au saint bomme ; mais les travaux apostoliques de François Ferez et de Rocb Oliveira ne lui en donnèrent pas moins. II les avait envoyés. Tannée précédente , à Malaca , pour y fonder un Collège de la Compagnie , suivant les souhaits du peuple, et ils y avaient été très bien reçus. Ferez avait commencé à ouvrir une école publique , pour instruire la jeunesse dans les lettres et dans la piété, selon Tesprit de leur institut. Oliveira s'était donné tout entier au ministère de la prédication et de la conduite des âmes,*en s'attachant néanmoins principalement au salut des Turcs et des Juifs , dont la ville se remplissait tous les jours ; car les premiers venaient exprès de la Mecque, et les autres de Malabar , afin de planter, s'ils pouvaient , le mabométisme et le judaïsme où le cbristianisme florissait.

L'exemple des deux missionnaires attira plusieurs Portugais au genre de vie dont l'un et l'autre faisaient profession. Le plus considérable de tous fut un jeune gentilhomme nommé Jean Bravo, à qui sa noblesse et sa valeur promettaient tout dans le monde; mais qui préféra la pauvreté évangélique et l'humilité religieuse aux plus grands établissements de la terre., Il était près d'aller à Goa pour exécuter ce que le Ciel lui inspirait, lorsqu'il apprit que Xavier devait passer par Malaca. Il l'attendit donc , et cependant il vécut avec Ferez et Oliveira comme s'il eût été de la Compagnie. II se conforma, du moins autant qu'il put , à leurs manières, et s'habilla même comme eux , c'est à-dire qu'au lien de riches habits il prit une méchante soutane tout usée , avec laquelle il bravait le monde , sans l'avoir encore tout-à-fait quitté. Il fit un mois entier d'exercices spirituels, et ne sortit de la retraite que pour s'employer aux œuvres de charité dans l'hôpital : il y servit trois mois les malades, vivant comme un pauvre, et demandant lui-même son pain de porte en porte, à la vue de Jacques Soiisa son parent, amiral de la flotte que l'on préparait pour les Moluques.

Ces épreuves obligèrent le père Xavier de recevoir Bravo en la Compagnie : il lui fit faire presque d'abord les premiers vœux ; et ayant trouvé en lai un fonds

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exoeltoDt poor toutes les vertus apostoliques , il le eoltiva aree soio ; il lui laissa même par écrit les vèf^e% sutvaotes, avant de s'embarquer pour le Japon.

« Voici , mon très cher frère y la forme de vie qu'il » fout que vous gardiez constamment- tous les jours : » le matin , dès que vous serez éveillé, vous vous pré- » parerez à méditer sur quelque mystère de Notre-Sei- » gneur, en commençant par sa sainte Nativité, et » continuant jusqu'à sa glorieuse Ascension. Les siyets » de méditation sont marqués et mis en ordre ^ans le » livre des Exercices.

» Vous emploierez pour le moins une demi-heure à » 4'oraison , et vous y vaquerez avec toutes les disposi- » tions intérieures avec lesquelles vous vous souvenez » d'avoir fait votre retraite d'un mois. Vous considé- » rerez chaque jour un mystère ; en sorte que si, le » lundi , par exemple , la Naissance de Jésus^Christ a » été le sujet de votre méditation , sa Circoncision le » sera le mardi , et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'ayant » parcouru , dans l'espace d'un mois , toutes les actions » du Fils de Dieu, vous veniez à lecontempler montant » au ciel en triomphe. Il faudra recommencer les mêmes » méditations tous les mois et dans le même ordre.

» A la fin de chaque méditation , vous renouvellerez » vos vœux de pauvreté , de chasteté et d'obéissance » par lesquels vous vous êtes obligé. Vous le ferez, » dis^je , tout de nouveau , et les offrirez à Dieu .avec » la même ferveur que vous avez fait la première fois. » Ce renouvellement de vos vœuxaf&iiblîra en vous les » mouvements de la coocupisceoce, et rendra les puis- » saaces de l'enfer moins capables de vous nuire ; c'est » pourquoi je suis d'avis que vous ne l'omettiez jamais.

» Après le dîner , vous reprendrez votre oraison du » matin, et vous repasserez le même mystère pendant » une demi -heure. Vous renouvellerez encore vos » vœux à la fin de cette méditation. Il faut vous oocu- » per ainsi intérieurement dans la diversité de vos em- » plois , et donner une heure entière chaque jour à la » considération de la très sainte vie de Notre Seigneur » Jésus-Christ , quelque affaire qui vous survienne et • quelque embarras que vous ayez. Vous le pourrez

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faire commodément , en prenant une demi-henre le matin et nne demi-heure Taprès-dtnée , selon la pra* tique que je vous pre&cris.

« Avant que de vous coucher , examinez votre conscience > en recherchant les pensées, les actions et les paroles de tout le jour, et observant métoe si vous n'avez pas manqué de faire ce que vous-deviez : que cette discussion soit aussi exacte que si vous étiez sur le point de vous confesser. Après avoir conçu une très vive douleur de vos fautes , par le motif de l'amour de Dieu , vous demanderez humblement pardon à Jésus-Christ , et lui promettrez de vous amender; enfin vous vous disposerez de sorte à votre repos , que le sommeil vous prenne sur des pensées de piété et dans la résolution de passer plus saintement la journée suivante.

» Le lendemain , à votre réveil , pensez aux péchés que vous avez remarqués dans l'examen du soir pré«oédent, et, en vous habillant, demandez à Dieu la grâce de ne pas retomber ce jour-là dans les mêmes fautes. Acquiitez-vous ensuite de la méditation du matin , et faites le reste comme je vous l'ai marqué : mais soyez si exact et si constant en toutes ces pratiques spirituelles, que rien, hors la maladie, ne vous les fasse quitter. Que si , vous portant bien , vous ies'différez ou les laissez tout-à-fait sous pré* texte de quelque affaire , faites-vous-en scrupule , et que le jour ne se passe point qu'en présence de vos bères vous ne déclariez votre faute, et que, de vousmême, vous ne demandiez à écre puni pour avoir omis OH négligé jOe qui vous était si fort recommandé par voire Supérieur.

• Du reste, quelque chose que vous fassiez, et en quelque situation que vous soyez, travailies de tootes vos forces à vous vaincre toujours vous-même. Domptez vos passions , embrassez ce que les sens abhorrent le plus, réprimez surtout le désir naturel de la gloire, et ne vous pardonnez rien là-dessus , jusqu'à ce qu'ayant arraché tie votre cœur les racines mêmes de l'orgueil , non seulement vous souffriez volontiers qu'on vous rabaisse au-dessous de tout le

» monde, mais encore qae vous ayeî de la joie qu'on » vous mépriâe ; car leqez pour assuré que , sans cette p humilité et cette mortification, vous ne pouvez ni » croître en vertu , ni servir utilement le prochain , ni n plaire à Dieu , ni enfin persévérer dans la Compa- » gnie de Jésus.

» Obéissez en tout au Père avec lequel vous demeu- » rez ; et, quelque fâcheuses ou difficiles que soient les » choses qu'il vous commande, exécutez-les avec une ». grande allégresse , ne lui résistant jamais et n'excep- » tant jamais rien , pour quelque cause que ce soit, » Enfin écoutez-le et laissez-vous conduire par lui en » toutes choses, comme si le père Ignace vous parlait » et vous dirigeait lui-même.

» De quelques tentations que vous vous sentiez atta- » que , découvrez'les toutes sincèrement à celui qui » vous gouverne, et soyez persuadé que c'est l'unique » moyen de les vaincre. Outre ce profit, on tire d'autres » avantages spirituels en faisant voir les mouvements » secrets de son cœur ; car la violence qu'on se fait pour » surmonter la pudeur naturelle qui empêche qu'on » n'avoue ses imperfections et ses faiblesses , attire de » grandes grâces de Dieu: d'ailleurs, celte ouverture et » cette franchise ruinent les desseins du malin esprit , » qui ne nuit jamais plus que quand il se cache, et qui , A étant découvert, est si désarmé et si faible, queceux » à qui il dressait des embûches se moquent de lui. »

C'est ainsi que le saint Apôtre instruisait les jeunes gens de la Compagnie ; et rien peut-être ne nous montre mieux combien il y avait de rapport entre l'esprit de Xavier et celui d'Ignace.

On reçut alors des nouvelles du Japon , et quelques lettres portaient qu'un des rois de l'île demandait des prédicateurs évangéliques au gouverneur des Indes, par une ambassade expresse ; que ce roi avait appris quelque chose de la loi chrétienne, et qu'un événement merveilleux lui avait fait naître le désir d'eo apprendre davantage. L'événement était contenu dans les lettres , et se racontait de la sorte :

Des marchands portugais, étant abordés au port de la ville capitale d'un des royaumes du Japon , furent lo-

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