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ches que le Saint lui avail marquées; mais rien ne put faire revenir don Àlvare; ii se moqua des menaces qu'on lui fit , et se déchaîna contre la personne de Xavier, disant tout haut que c'était un ambitieux et un hypocrite, l'ami des pécheurs et des publicains.
Le grand-vicaire ne pouvant souffrir davantage une impiété si outrée et si scandaleuse, excommunia enfin le gouverneur, selon qu'il en était convenu avec le père François. Il excommunia aussi tousses gens , qui , par une lâche complaisance , flattaient la passion de leur maître , et qui parlaient insolemment du Suini- Siége.
L'excommunication n'embarrassa pas un homme qui n'avait nuls principes ni de religion ni d'honneur. Sans se mettre donc en peine de la colère du Ciel et des bruits du monde, il se rendit maître du navire de Sainte-Croix , et mit dessus un capitaine qui était à lui, avec vingt-cinq matelots affldés , pour aller en trafic à Sancian , où les Portugais faisaient un très grand commerce.
Le mauvais succès de la négociation du vicaire de Malaca fut très sensible au père Xavier ; il en eut le cœur blessé , et il confessa au père François Ferez qu'il n'avait jamais rien ressenti si vivemept. L'état déplorable où don Âlvare était devant Dieu , la ruine de Peceyra , l'ambassade de la Chine entièrement renversée , tout cela le faisait gémir, et d'autant plus qu'il imputait tant de malheurs à lui-même, comme il le fit entendre à son ami Pereyra , qui était caché dans Malaca , et auquel il prit le parti d'écrire, ne pouvant se résoudre à le voir.
" Puisque la grandeur de mes péchés , dit-il , est "* cause que Dieu n'a pas voulu se servir de nous deux » pour l'entreprise de la Chine , c'est sur moi qu'on
* doit rejeter toute la faute : ce sont mes péchés qui « ont ruiné vos affaires , et qui vous ont fait perdre
* tout l'argent que vous avez employé pour les prépa- " ratifs de l'ambassade. Dieu toutefois m'est témoin
* que je l'aime et que je vous aime vous-même ; et je
* vous avoue que, si mes intentions n'avaient été
* droites, j'aurais encore plus d'afiDiction que j'en aï.
» La grâce que je vous demande , c'est que vous ne » me veniez point trouver, de crainte que l'état où >» vous êtes réduit ne me touche trop , et que votre » douleur n'augmente la mienne.
* Cepend£(nt j'espère que cette disgrâce vous sera » utile ; car je ne doute pas que le roi ue récompense » votre zèle, comme je l'en ai prié par mes lettres. » Pour le gouverneur qui a rompu notre voyage, je n'ai » plus de commerce avec lui : que Dieu lui pardonne ; •» je le plains , car il sera puni bien plus sévèrement » qu'il ne pense. »
Mais si le Père Xavier écrivit au roi de Portugal des lettres très fortes en faveur de Pereyra , il ne lui écrivit rien contre don Àlvare , et don Alvare en fut lui-même témoin , ayant intercepté les lettres du Père.
En effet , il n'y trouva pas un mot de plainte , et cela le surprit étrangement. L'homme de Dieu offrait tous les jours pour lui le sacrifice de la messe, et versait beaucoup de larmes au pied des autels ^ aân de lui obtenir la grâce d'une sincère pénitence. Il dit un jour que don Â.lvare perdrait tout h la fois le bien , l'honneur et la vie ; et il ajouta : Dieu veuille qtte l'âme ne périsse point !
Au reste , quoique la porte de la Chine semblât toutà-fait fermée depuis qu'on eut perdu l'espérance de l'ambassade qui devait faciliter l'entrée du royaume , le Saint ne désespéra pas d'annoncer l'Evangile aux Chinois , et il s'imagina qu'allant à une île voisine de Canton , il pourrait gagner secrètement la terre ferme; que , s'il était arrêté et mis en prison , il prêcherait du moins la foi aux prisonniers ; que , des prisons, la doctrine chrétienne se répandrait dans les villes , et irait peut-être jusqu'à la cour; que, peut-être aussi, les seigneurs tle l'empire et l'empereur même auraient la curiosité de voir un homme qui publierait une doctrine si nouvelle , et qu'alors il aurait occasion de leur expliquer toute la loi de Jésus^Chrlst.
Dansces pensées» il prit le dessein de s'embarquer sur la Sainte- Croix , que le gouverneur de Malaca envoyait à Sancian. Mais, parce qu'on ne pouvait tenter l'entrée de la Chine par la voie qu'il se proposait , sans courir de
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très grands dangers , il voulut s*y exposer seul de prêtre; et, retenant avec lui seulement un frère de la Compagnie , le chinois Antoine de Sainte-Foi , et un autre jeune homme indien, il envoya au Japon Balthazar Gago, Edouard Silva , et Pierre Alcaceva , le premier pour le royaume de Bungo, et les deux autres paur Amanguchi.
Sur ces entrefaites , comme Jean Beira vint des Moluques chercher du secours pour y établir le christianisme partout , Xavier apprit de lui .d'heureuses non-' veltes de la chrétienté de ces îles , et il l'envoya au père Barzée , avec ordre qu'on lui donnât des compagnons , et qu'on le renvoyât au plus tôt.
La Sainte-Croix étant sur le point de faire voile , il se œlira dans l'église de Notre- Dame-du-Mont , pour recommander son voyage à la sainte Vierge. Il continua sa prière jusqu'après le soleil couché ; et il aurait passé la nuit en oraison , si on ne fût venu l'a vertirqu'on avait déjà levé Tancre.
Le grand-vicaire Jean Suarez, qui l'accompagna jusqu'au navire, lui demanda en chemin s'il avait pris congé du gouverneur , et ajouta que, s'il y manquait, les faibles pourraient s'en scandaliser ; que ce serait une marque de ressentiment et une occasion de murmure. Le Saint, qui voulait montrer, par son exemple , comment
00 doit en user avec un excommunié , repartit sans ba-
1 ancer : Don Alvare ne me verra point en cette vie ; j^ l'attends au jtigement de Dieu , où il aura un grand «Mnp/6 à rendre.
Ayant passé outre , il s'arrêta devant une église assez proche de la mer, et, dans un transport d'esprit, élevant les yeux au ciel , il pria à haute voix pour le salut (iu malheureux don Alvare, Il se prosterna après , et demeura un peu en silence , le visage contre terre , parlant à Dieu au fond de son cœur. Il se leva ensuite ^vec une action véhémente , qui avait quelque chose de terrible , ôta ses souliers de ses pieds , les battit l'un ooQtre l'autre , et les secoua sur une pierre , en disant qu'il ne voulait point emporter la.poussière d'une terre si maudite.
Il prédit alors , plus en détail qu'il n'avait fait*, les
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cliûtimeats que le Ciel préparait au g^ouverneur de Malaca ; et , s'éiant rendu dans le vaisseau , il laissa la populace qui l'avait suivi , étonnée de ses prédictions et affligée de son départ.
Aussitôt on mit à la voile. Il y avait sur le navire plus de cinq cents hommes , en comptant les gens de service et les passagers. Ils étaient déjh fort avancés dans leur voyage , lorsque le vent tomba tout h coup , et qu'en moins de rien les flots s'aplanirent de telle sorte que la Sainte-Croix demeura Immobile comme si elle eût été au port ou à l'ancre.
Pendant ce calme , qui dura quatorzejours , l'eau vint à manquer, et quelques-uns moururent d'abord: On alla de tous côtés avec la chaloupe, pour découvrir quelque côte ou l'on trouvât des fontaines. Comme ils étaient bien avant en mer , ils ne découvrirent que Tfle de Formose , du moins crurent ils que l'île qui parut était celle-là. Ils tâchèrent de gagner le rivage ; mais en sept jours qu'ils firent tous leurs efforts pour cela > ils ne purent en venir à bout.
Cependant le navire était rempli de malades qu'une soif cruelle consumait ; et ils seraient tous morts sans ressource , si un d'eux , faisant réflexion que le père Xavier pouvait tout auprès de Dieu, n'eût réveillé les autres là-dessus ; s'étant tous traînés devant lui , ils le conjurèrent , avec plus de larmes que de paroles , d'obtenir du Ciel de l'eau ou du vent.
Xavier leur dit qu'ils s'adressassent eux-mêmes à Dieu, leur fit réciter les litanies à genoux au pied d'un grand crucifix , et leur ordonna de se retirer , mais d'avoir confiance en Jésus-Christ. Il se retira , de son côté , dans une chambre, d'où, étant sorti peu de temps après , il descendit dans la chaloupe avec un enfant , et , lui ayant fait goûter l'eau de la mer , lui demanda si elle était douce ou salée. L'enfant répondit qu'elle était salée : il lui ordonna d'en goûter tout de nouveau , et l'enfant dit qu'elle était douce.
Alors le Père étant remonté, fit remplir d'eau tous les vases du navire ; mais quelqu'un se pressant de boire, trouva l'éau salée. Le Saint fit le signe de la croix sur les vases : au même montent l'eau perdit sa salure nata-