‹ Vie de St. François Xavier de la Compagnie de JésusChapitre 38 sur 79 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

vtms (wez des disgrâces qui vous mettent mal dans vos affaires j tos amis vous assisteront de leur bourse. Je vous annonce de plus que vous ne mourrez point sans être averti auparavant du jour de votre mort.

Depuis ces prédictions, Yeglio, changé tout-à-faîl en un autre homme, ne s'appliqua plus qu'aux exercices de piété, et , dans la condition d'un marchand, mena presque la vie d'un religieux. Ce qu'on lui avait prédit de la connaissance du jour de sa mon lui rêve naii très souvent en la mémoire, et il ne put s'empêcher de demander une fois au Saint en quel temps et de quelle manière cela se ferait. Le Saint lui dit sans hésiter: Quand vous trouverez le vin amer , préparezvous à la mort , et sachez que vous n'aurez plus qu'un jour à vivre.

Le marchand vécut dans l'opulence et dans la splendeur jusqu'à une extrême vieillesse. Il lui arriva de temps en temps d'assez méchantes affaires, selon le cours des fortunes qui dépendent de la mer; mais ses amis le secoururent toujours h propos, et lui donnèrent le moyen de se rétablir. Enfin, étant un jour à un grund festin plus gai que jamais, et ayant demandé à boire, dès qu'il eut goûté le vin, il le trouva très amer. Aussitôt, se ressouvenant de la prédiction du père Xavier, il fut saisi d'une horreur secrète, quî*de l'âme se répandit dans le corps, comme si on lui eût annoncé son trépas ou que Timage de la mort se fût présentée à ses yeux. Néanmoins, reprenant un peu ses esprits , pour s'éclaircir davantage, il pria ceux qui étaient a table avec lui de goûter du vin de son verre. Tous le trouvèrent excellent, hors lui seul , qui en goûta à diverses reprises. Il se fit apporter d'autres vins et un autre verre; mais il sentit toujours la même amertume. Alors, ne doutant pas que sa dernière heure ne fût venue, après avoir fait intérieurement un sacrifice de sa vie à Dieu, il raconta aux conviés la prophétie qui s'accomplissait, et se leva de table avec les sentiments d'un chrétien qui ne pense plus qu'a mourir.

Ayant partagé tout son bien entre ses enfants et les pauvres, il alla voir ses amiâ pour leur dire le dernier adieu. Il était en une parfaite santé, nonobstant son

âge. On crut que la vieillesse lui affaiblissait l'esprit, et on tâcha de lui ôier ces noires pensées; mais, bien loin de croire là-dessus personne , il donna ordre luimême à ses funérailles, et invita ses amis à lui venir rendre les derniers devoirs. Pour le contenter et pour se moquer de lui, ils se transportèrent tous dans Téglise: en leur présence il reçoit le viatique etrextréme^onction sans être malade , se met ensuite dans la bière, et fait chanter la messe des morts.

Le peuple était accouru en foule au bruit d'une si étrange nouvelle, les uns attirés par la nouveauté du spectacle, les autres pour voir de leurs yeux si la prédiction du père Xavier serait véritable.

La messe étant achevée, le prêtre, accompagné de ses ministres , fit toutes les cérémonies de l'Eglise autour du cercueil , et chanta enfin les derniers mots des funé railles chrétiennes sur le vieillard , qui était plein de vie et qui répondait à tout.

Il ne restait plus rien à faire, lorsque le valet de Yeglio, étant venu pour tirer son maître de la bière, le trouva mort. Chacun fut témoin de la vérité du fait , et tout le monde se retira, admirant la miséricorde de Dieu envers ce marchand si charitable, et bénissant la mémoire du saint Apôtre des Indes.

Ce ne fut#pas la seule lumière prophétique qu'eut Xavier dans l'île de Sancian. Un navire qui allait de Macao au Japon , parut à la vue de Sancian , surpris d'un typhon terrible. Les Portugais qui étaient intéressés dans le vaisseau , alarmés d'un péril si inévitable , cherchèrent le père François pour se consoler avec lui; mais le Père les assura qu'il n'y avait rien à craindre pour eux, et que le navire était heureusement arrivé au port. Ils se tinrent l'esprit en repos , sur la parole du Saint, jusqu'à ce que, ne voyant point revenir le navire, qui devait ne s'arrêter que peu de jours au Japon , ils le crurent tout-à-fait perdu. Xavier les reprit de leur défiance , et leur dit positivement que le navire reviendrait avant la fin de la semaine : en effet, il revint deux jours après, chargé de richesses et tout glorieux de s'être sauvé des typhons.

Au même temps, Xavier connut le démêlé qu'avaient

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