‹ Vie de St. François Xavier de la Compagnie de JésusChapitre 40 sur 79 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

(lient qui les satisfit. Il leur engagea sa parole qu*ii ne passerait point à la Chinequ'ils n'eussent terminé toutes leurs affaires, etqu*ils ne fussentpartis deSancian.Cela donna lieu au marchand chinois avec qui il avait traité, de faire un petit voyage, sous promesse néanmoins de revenir en un certain temps.

Sur ces entrefaites, lePère tomba malade d'une fièvre assez violente qui lui dura près de'quinze jours. Les Portugais prirent de là occasion de lui dire que le Ciel se déclarait contre le voyage de la Chine ; mais , étant guéri, il suivit son dessein avec plus de chaleur que jamais.Tandisqueles marchands chargeaient leurs vaisseaux, il s'entretenait lui-même , jour et nuit , de la convei^ion des Chinois, et tout son plaisir était de penser quel bonheur ce serait pour lui d'affi*anchir de la tyrannie du démon le plus vaste empire de la terre : Si toutefois, disait- il , Dieu veut bien employer un aussi vil instrument que moi pour une si glorieuse entreprise.

Occupé de ces pensées , il se promenait souvent au bord de la mer, et tournant les yeux du côté de la Chine, il poussait de profonds soupirs. Il disait quelquefois en confidence h ses amis, qu'il ne souhaitait que d'être exposé aux portos de Canton , et qu'il ne se souciait pas du reste, heureux s'il annonçait Jésus-Christ aux Chinois, plus heureux s'il mourait pour Jésus- Cbijst.

Cependant tous les navires portugais firent voile vers les Indes, hors la Sainte Croix, qui n'avait pas encore sa charge complète. Xavier dohna aux marchands qui partaient diverses lettres pour Malaca et pour Goa. Il écrivit à son ami Jacques Pereyra en des termes pleins dereconnaissance etdecharité. « Dieu vous récompense

* abondamment, disait-il dans sa lettre, puisque je ne

* puis le faire moi-même. Du moins , tant que je vî-

* vrai , je ne manquerai pas de prier la bonté divine » qu'eHe vous donne, pendant votre vie, sa sainte grâce

* avec une parfaite santé, et, après votre mort, la fé-

* licite éternelle. Mais comme je suis persuadé que je "» ne saurais m'acquitter par là des grandes obligations « que je vous ai, je srupplie tout ceux de la Compagnie » qui sont aux Indes de demander à Dieu les mêmes

*» choses pour vous. Au reste, sî j'entre dans la Chine,

» ei si l'Evangile y entre avec moi , c'est à vous, après

» Dieu , à qui on en sera redevable : vous en aurez le

» mérite devant Dieu , et la gloire devant les bommes.

» Ainsi, elles Chinois qui embrasseront la foi de Jésus-

» Christ, et ceux de notre Compagnie qui seront à la

• Chine, devront offrir sans cesse des vœux au Ciel eo » votre faveur. Dieu nous fasse la grâce de nous voir » un jour à la cour du roi de la Chine. Je pense, pour » mpi , que si j'enire dans le royaume, et que vous y

• veniez, vous me trouverez prisonnier à Canton ou à « Pékin , qui est la ville royale; et je prie le Seigneur, » par son inûnic miséricorde ,* de nous joindre dans le » royaume de la Chine, ou au morns dans le royaume » du Ciel. ï>

Il écrivit par la même voie au père François Pérez, supérieur de Malaca. Il lui ordonnait , en vertu delà sainte obéissance , de sortir au plus tôt d'une ville si malheureuse , et de conduire ses inférieurs à Cochin, où il rétablissait recteur du Collège, en la place d'Antoine Hérédia , qu'il envoyait h Goa.-

Quoique le père Xavier déplorât tout de nouveau le malheur de don Alvare , et souhait&t plus que jamais que Dieu lui pardonnât ses péchés , il ne laissa pas d'enjoindre au père Barzée, par la lettre qu'il lui écrivit, de faire en sorte que l'évéque donnât ordre au grand-vicaire de Malaca de déclarer le gouverneur excommunié; et il en usa ainsi non seulement par la raison que les pécheurs endurcis et scandaleux comme don Alvare devaient être déshonorés publiquement pour revenir à eux mêmes et pour ne pas corrompre les autres , mais encore parce qu'il (allait intimider les gouverneurs qui lui succéderaient , de peur qu'à son exemple ils ne s'opposassent aux vogages des missionnaires qu'on enverrait aux Moluques , au Japon et ailleurs.

Il priait , dans la même lettre, le père Barzée de recevoir peu de gens en la Compagnie, et de bien éprouver ceux qu'on recevrait. « Car je crains, dit-il, que » beaucoup de ceux qui ont été reçus , et qu'on reçoit » tous les jours , ne fussent mieux dehors. Il faut que » vous trai liez ces sortes de personnes comme vous avez

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