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plusieurs lui demandèrent pardon avec larmes de l'avoir abandonné dans sa maladie par une lâche complaisance. Quei(iuesunss*emportèrentconiredonAlvare, sans ménager rien , il y en eut qui dirent tout haut ce que dit ensuite le vice-roi des Indes , don Alphonse de Norogna , qu'Alvare d*Atayde avait fait mourir le père François , et par ses persécutions à Malaca , et par la cruaulédessiensàSancian. Dans ces sentimentsdepiéié^ ayant remis sur le corps la chaux qu'on en avait ôtée pour le voir , ils portèrent au navire ce sacré dépôt, et roirentii la voile peu de temps après, s'estimant heureux de porter aux Indes un si grand trésor.
Us arrivèrent k Malaca le 22 mars , sans avoir rencontré sur leur route nul de ces tourbillons terribles qui infectent toutes ces mers, comme si la présence du corps les eut dissipés. Avant que de gagner le port, ils envoyèrent la chaloupe pour avenir la ville du présent qu'ils venaient lui faire. Quoiqu'il n'y eût plus personne de la Compagnie dans Malaca , et que la peste y fût très violente , toute la noblesse et tout le clergé vinrent , avec Jacques Pereyra, jusqu'au rivage, recevoir le corps, chacun un cierge à la main , et ils le portèrent en cérémonie à l'église Notre-DameduMont, suivis d'une foule de chrétiens , de mahométans et d'idol&tres , qui , à cet égard , semblaient tous n'avoir qu'une môme religion.
Le seul don Alvare d'Atayde manqua de révérence pour le Saint : il jouait actuellement dans son palais lorsque la procession passa , et , au bruit du peuple , mettant la tète à la fenêtre , il traita ta dévotion publique de simplicité et de sottise ; après quoi il se remit froidement au jeu : mais son impiété ne demeura pas impunie , et les prédictions de l'homme de Dieu commencèrent bientôt à se vérifier.
Le vice-roi des Indes , sur les plaintes qu'on lui fit des vexations tyranuiques de don Alvare , le priva du gouvernement de Malaca , et , Tayaut fait amener à Goa comme prisonnier d^état , l'envoya en Portugal sous bonne garde. Là , tous ses biens furent confisqués à la chambre royale , et , pour lui , il fut condamné à une prison perpétuelle. Avant que de partir des Indes, ii
avail une maladie honleuse, qui s'augmenta extrêmement eu Europe , et dont il mourut enfin , sans aucun secours, tant la puanteur de son corps le rendit insupportable à tout le monde. Pour Pereyra , qui avait sacrifié tout à la religion , et que le gouverneur dépouilla si injustement, le roi don Jean III , lui rendit son bien avec usure , et le combla de faveurs les années suivantes, selon la prophétie de Xavier.
Mais la dévotion du peuple fut récompensée sur-lechamp. La peste, qui depuis quelques semaines , désolait la ville, comme le Saint Tavait prédit avant sa mon en écrivant au père François Pérez , cessa tout à coup, en sorte que le mal ne se communiqua plus , et que ceux qui en avaient été frappés guérirent sans aucun remède. Outre la maladie contagieuse, la famine faisait mourir tous les jours une infinité de personnes. Ce second fléau fut détourné au même temps ; car , avec le navire qui était chargé du corps de ThommedeDieu, divers vaisseaux arrivèrent au port de Malaca, et y apportèrent toutes sortes de provisions et de vivres.
Des faveurs si considérables devaient obliger les habitants à honorer leur bienfaiteur d'une sépulture digne de lui ; cependant, soit que la crainte du gouvernenr les retint, soit que Dieu le permît pour la plus grande gloire de son serviteur, ayant tiré le corps du cercueil ils Tenterrèrent hors de l'église, dans le lieu où Ton enterrait ordinairement les gens du commun.
Ils ne firent pas même la fosse assez grande; de sorte que, pressant Iq corps pour l'y faire entrer par force, ils rompirent quelque chose aux épaules, et il en sortit du sang qui répandit une odeur très agréable. Ils furent encore si indiscrets que de fouler la terre qui cx>uvrait le corps, et ils le menririrent en plus d'un endroit, comme si c'eût été la destinée du saint homme d'être tourmenté par les gens de Malaca pendant sa vie et après sa mort.
Ce sacré dépôt demeura ainsi sans honneur jusqu'au mois d'août, que le père Jean Beira vint de Goa pour retourner aux Moluques, avec deux compagnons que le vice-provincial, Gaspard Barzée, lui avait donnés, sui vaut l'ordre du père Xavier.
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Comme il aiàiait tendrement le Saint , ii eut une très sensible affliction de sa mort , et il ne put se résoudre à partir pour les Moluques sans voir le corps dont on lui disait tant de merveilles. S*éiant ouvert là-dessus à Jacques Pereyra et à deux ou trois autres amis du dér funt , ils le déterrèrent secrètement une nuit. Le corps fut trouvé entier, frais, et sentant très bon , sans que l'humidité de la terre, pendant cinq mois, l'eut aliéré le moins du monde: on trouva même le linge qui avait été mis sur son visage, teint d'un sang vermeil.
Un spectacle si surprenant les toucha , et ils ne crurent pas devoir remettre le corps en terre, dans le dessein qu'ils prirent de le transporter à Goa. Pereyra fit faire un cercueil d'un bois précieux, et, après qu'on l'eut garni d'un riche damas de la Chine, on y mit le corps enveloppé d'un drap d'or, avec un oreiller de brocard sous la tête. Le cercueil fut posé ensuite dans un lieu trèspropre, qui n'était connuque de ces fidèles amis du père François : Dieu voulut bien déclarer , par un miracle évident, que leur zèle lui plaisait; car un cierge qu'ils allumèrent devant le cercueil, et qui en moins de dix heures devait être consumé , dura dix-huit jours entiers, brûlant jour et nuit; et ou prit garde que la cire qui dégoutta pesait plus que ne faisait le cierge au commencement.
Cependant il se présenta une occasion pour le voyage des Moluques , tandis qu'on en attendait une pour le voyage de Goa. Beira partit donc plus embrasé que jamais du zèle des âmes , et rempli d'un nouvel esprit apostolique que la vue du saint Apôtre semblait lui avoir inspiré. Mais , des deux compagnons qu'on lui avait donnés pour la mission des Moluques, il en laissa on à Malaca pour la garde du sacré dépôt, ei ce fut Emmanuel Ta vora. Pierre d'Âlcaceva vintdansle même temps du Japon, d'où il était envoyé à Goa pour les affaires de cette nouvelle chrétienté ; et tous deux, peu de temps après, conduisirent le saint corps sur le vaisseau de Lopé Norogna.
C'était un vieux bâtiment, si usé et si mal en ordre qne personne n'osait s'embarquer dessus ; mais quand on viàii h savoir que ce navire devait porter le corps du
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père François , chacun s'empressa pour y avoir place, ne doutant pas qu'on n'y fùl en sûreté; et les passagers n'eurent pas lieu de se repentir de leur con6ance; car enfin Dieu les délivra plus d'une fois niiraculeasement du naufrage.
Une furieuse tempête jeta d'abord le navire sur des bancs de.sable , et la quille y entra si avant qu'on ne pouvait en sortir, lorsque, contre toutes les apparences, il se leva du côté de la proue un vent qui dégagea le vaisseau ; et, afin qu'on vft que c'était la main de Dieu qui agissait , ce souffle cessa en un instant , dès que la quille fut hors du sable.
Peu de temps après , à l'entrée du golfe de Ceyian , ilsdonnèrent impétueusement dansdesécueils couverts. Le gouvernail ayant sauté de la violence du coup , on demeura engagé par la quille dans le rocher , et c^ fut un miracle que le navire, qui était si vieux, ne se bnsât point tout à-fait.
Les matelots firent, en cette rencontre, ce qu'on fait ordinairement en un extrême péril : sis coupèrent les mâts à coups de hache ; et , comme cela ne servit de rien , ils voulurent jeter toutes les marchandises dans la mer pour soulager le navire ; mais la furie des flots qui le battaient de tous côtés et qui l'agitaient étrangement, ne leur permit pas de faire ce qu'ils voulaient.
Alors ils enrent recours à l'intercession du Saint dont ils portaient le corps à Goa. L'ayant tiré de la chambre du pilote et posé sur le tillac ; Ils se mirent tous à genoux à rentour, avec des flambeaux allâmes ; et, comme si le père Xavier eôt été encore vivant et qu'il les eût vus et les eût ouïs, ils le conjurèrent de les sauver de la mort.
A peine leur prière fut*elle finie, qu'on entendit ud grand bruit sous le vaisseau , et qu'on le vit en même temps dans le canal , par où ils jugèrent que le rocher s'était fendu et avait fait un passage au navire.
Il continuèrent ensuite leur route gaiement ; et, ayant tourné vers le cap de Comorin, ils prirent terre i^ Cochin. Toute la ville vint rendre ses devoirs à son maître et à son père bien-aimé ; et il n'est pas croyable quels furent les sentimeuts de piété que le peuple fit
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paraître. De Cochinils firent voilejusqu'àfiatieala.La femme d'Antoine Rodrîguez, officier royal , qui était malade depuis longtemps , espéi*a de guérir si elle pouvait voir le père François : elle se fit porter au navire , et, à la vue du Saint mort, elle recouvra sa santé en un instant. Non contente de sa guérison , elle voulut avoir une petite pièce du bout de la chasuble dont le Père était revêtu ; et on^ne saurait s'imaginer combien elle guérit elle-même de malades avec cette précieuse relique.
Le navire étant à vingt lieues de Goa, et ne pouvant guère avancera cause d'un vent contraire, le capitaine se mit dans la chaloupe avec quelques-uns de ses gens, et gagna la ville à force de rames, pour donnerlui*méme au vice-roi et aux Pères de la Compagnie les premières nouvelles de la venue du saint corps. Le père Gaspard Barzée était mort , et le père Melchior Nugnez avait été déclaré son successeur en la charge de recteur du collège de Saint-Paul et en celle de vice-provincial des Indes, par la lettre que le père Xavier laissa fermée en partant pour la Chine, et qu'on ouvrit après la mort du père Gaspard , selon l'ordre de Xavier même.
Le vice-roi ûl donner incontinent une fuste légère à Nugnez, sur laquelle lui et trois autres delà Compagnie s'étant embarqués avec quatre jeunes hommes du séminaire, ils firent voile du côté de Baticala pour lever le corps du Saitit. Ils le reçurent au bruit de l'artillerie non-seulement du navire de Lopé , mais de six autres vaisseaux qui venaient de compagnie et que le vent avait aussi arrêtés vers Baticala.
Le 15 mars de l'année 1554, la fuste prit terre à Rebendar, qui est à une demi-lieue de Goa. Elle demeura là le reste du jour et toute la nuit, tandis qu'on se préparait dans la ville à faire une réception solennelle au saint Apôtre des Indes.
En efiet, le lendemain matin, qui était le vendredi de la semaine de la Passion , on vil venir six barques à rames; environnées de torches ardentes et ornées très superbement , où était la fleur de la noblesse portugaise. Douze autres barques suivaient, avec trois cents des principaux habitants, qui tenaientcbacun un cierge à la
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main; et il y avait dans chaque barque des chœurs de musique et des instruments de toutes façons.
Toute l*escadfe se divisa en deux ailes pour accompagner la fuste , qui prit le milieu. Le corps du Saint, couvert du drap d'or de Pereyra, était sur la poupe, sous un riche dais , avec des flambeaux allumés et de riches banderoles des deux côtés du bord. «
Us voguèrent ainsi vers Goa , mais lentement et en très bel ordre. Toute la ville était sur le rivage , dans l'impatience de voir son bon Père. Dès qu'on T'aperçnt de loin , ce ne furent que des cris d'allégresse et que larmes de dévotion. Quelques-uns, plus impatients que les autres , se jetèrent dans la mer , et , ayant gagné la fuste à la nage, l'accompagnèrent jusqu'au rivage, en nageant toujours.
Le vice- roi l'y attendait, escorté de ses gardes et du reste delà noblesse, du conseil royal et des magistrats, tous eu habits de cérémonie. Dans le temps qu'on débarqua le saint corps , une compagnie de jeunes gentilshommes consacrés au service des. autels , entonna le cantique Benedietu$ Dominus Deus Israè'L Cependant on régla la procession et on la commença de la sorte :
Quatre- vingt-dix enfants marchaient à la tête, vêtus de robes blanches, couronnés de fleurs, et tenant chacun à la main une branche d'olivier. La confrérie de la Miséricorde venait après avec un étendard m:ignifique. Le clergé suivait les confrères, et précédait immédiatement le corps, qui était porté par les Pères de la Compagnie. Le vice- roi avec tout son cortège fermait la marche, et était suivi d'une multitude innombrable de peuple. Toutes les rues étaient ornées de tapisseries , et quand le bienheureux corps paraissait, on jetait des fleurs de toutes les fenêtres et de tous les toits.
Mais rien ne rendit la pompe plus célèbre que les miracles qui se firent alors; car il semblait qu'il s'exhalât de ce sacré corps une vertu salutaire avec une odeur céleste. Plusieurs malades . qui s'étaient fait apporter dans les ruçs , furent guéris à la vue du Saint; et quelques-uns même , qui ne purent quitter leur lit , reoou vrèrent leur santé en invoquant seulement son nom.