‹ Vie de St. François Xavier de la Compagnie de JésusChapitre 44 sur 79 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Jeanne Pereyra fui de ce nombre; après une maladie de irois mois, éianl presque à l*exlrémilé, elle n'eul pas plutôt imploré le secours du Saint , qu'elle se sentit guérie parfaitement. Une autre jeune fille, qui était déjà à Tagonie, et qui tenait le cierge béni à la main, ayant été recommandée par sa mère au serviteur de Dieu, revint tout d'un coup et se leva en bonne santé tandis que la procession passait.

Après plusieurs tours , on gagna le collège de Saint- Paul, et on déposa le cercueil dans la grande chapelle de l'église. On avait fait un retranchement devant la chapelle contre la foule du peuple j mais ce retranchement fut bientôt rompu , malgré les soldats qui le défendaient.

Pour apaiser le tumulte , il fallut montrer trois fois le Saint et le tenir droit , afin que tout le monde le vît aisément. On jugea même h propos de le laisser trois jours découvert pour la consolation des habitants , qui ne se lassaient point de le regarder, et qui , en le regardant , étaient pénétrés d'une dévotion sensible.

Il se fit de nouvelles guérisons en présence du saint corps : des aveugles virent , des paralytiques marchèrent , et des lépreux devinrent nets comme des enfants. A la vue de ces miracles , le peuple publiait tout haut les choses surprenantes qu'on savait du père Xavier; et son ancien compagnon Jean Deyro , alors religieux de Saint-François , qui se trouva là , raconta , en pleurant de tendresse et de dévotion, comme le Saint lui avait prédit tout ce qui lui était arrivé. Cependant ce jour-là, qui était un vendredi, les 'chanoines de la cathédrale chantèrent solennellement la messe de la Croix. Le lendemain, les religieux de Saint-François, que l'homme de Dieu avait toujours honorés et chéris extrêmement , vinrent chanter la meisse de la Vierge dans l'église de la Compagnie. Après qu'on eût satisfait ainsi à la dévotion publique, la nuit du dimanche le cercueil fut mis en un lieu élevé, près du grand autel , du côté de l'évangile.

Je ne dois pas omettre ici que le navire qui avait apporté à Goa un si précieux trésor , s'ouvrit de luimême, et alla au fond de l'eau dès que les marchandises

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el les hommes furent débarqués, comme pour faire voir que Dieu ne l'avait conservé miraculeusement qu'en faveur de ce sacré corps , et qu'un vaisseau gui avait été emplo3fé à un usage si saint ne devait plus servir à rien de profane.

Aussitôt qu'on sut en Europe la mort du père Xavier, on commença à y parler de sa canonisation ; et y pour ce sujet , don Jean III , roi de Portugal , donna ordre au viceroi des Indes, don François Barreto, de faire dresser des procès-verbaux de la vie et des miracles du serviteur de Dieu. Cela s'exécuta à Goa , à Cochto, à la côte de la Pêcherie, à Malaca , aux Moluques et ailleurs ; et des hommes de probité, mais éclairés et habiles, qui furent envoyés sur les lieux, ouïrent les témoins , et examinèrent les faits avec toute l'exactitude possibte.

A la vérité , les peuples trouvèrent mauvais que ces informations se fissent, étant persuadés de la sainteté du Père, et ne pouvant souffrir que l'on en doutât. Aussi n'attendireni-ils pas que toutes les procédures ecclésiastiques fussent faites, ni que le Saint-Siège eût parlé , pour lui rendre un culte religieux ; ils l'invoquaient tout dès lors dans leurs besoins, et particulièrement dans les périls où ils se trouvaient. Quelques-uns mirent son portrait à leur oratoire; et même l'archevêque de Goa, don Christophe de Lisbonne, car le siège épiscopal avait été érigé en archevêché ; l'archevêque, dis-je, portait sur sa poitrine une petite imagede Xavier qu'il baisait souvent avec une tendresse respectueuse : sa dévotion ne demeura pas sans récompense ; car ayant été cruellement tourmenté de la pierre namoi& entier, il fut guéri en' un instant, et ne ressentit plus de douleurs.

Il arriva même que, dans plusieurs lieux des Indes, les nouveaux fidèles bâtirent des églises en l'honneur du père François , par une piété précipitée et indiscrète , que la bonn» foi et la ferveur seule peuvent excuser.

Parmi ces églises , ity en eut une fort célèbre dans la côte de Travancor. Les Sarrasins l'ayant ruinée avec onze autres anciennes , les chrétiens , qui ne pouvaient les rétablir toutes , à cause de leur pauvreté , remirent*

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