‹ Vie de St. François Xavier de la Compagnie de JésusChapitre 45 sur 79 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

seulement sur pied celle-là, qui leur était la plus chère.

Au reste , en quelque lieu que fussent les églises dédiées au père François, il y avait un si grand concours de peuple pour honorer le saint homme , qu'au rapport de François Nugnez, vicaire de Cuulan , il fallut faire eo faveur des pèlerins un puits près de Téglise Mtie à Coulan niéme. Nugnez dit aussi que celles qui étaient consacrées aux Apôtres et à d'autres Saints perdaient leur litre en quelque façon , dès qu'on y avait exposé l'image de Xavier ; et que le peuple , tournant toute sa dévotion vers lui , ne manquait pas de les appeler les Eglises du père François.

Mais, ce qui est le plus admirable, les.ennemis même de Jésus-Christ le révéraient après sa mort comme ils avaient fait pendant sa vie, et le nommaient l'homme de prodiges, l'ami du Ciel , le maître de la nature , le Dieu de la terre. Quelques-uns faisaient de très longs voyages , et venaient k Goa exprès pour voir son corps exempt de corruption , et qui, au mouvement près, avait toutes les apparences de vie. Il y eut des gentils qui parlèrent de lui élever des autels; et quelques peuples de la secte de Mahomet lui dédièrent en effet une mosquée dans la côte occidehtale de Comorin.

Le roi deTravancor, mahométan, lui bâtit aussi un temple superbe, et les infidèles avaient une telle révérence pour ce lieu où le grand Père était honoré , qu'ils o'osâient y cracher à terre , si nous en croyons le témoignage des uaturels du pays.

Les païens avaient coutume^ pour confirmer la vérité, de tenir à la main un fer ardent , et de pratiquer d'autres superstitions pareilles ; mais , depuis que le père François fut en une si grande vénération dans les Indes, ils juraient par son nom, et c'était entre eux la preuve la plus authentique qu'on disait vrai. On ne mentait pas même impunément en jurant de cette sorte, et Dieu autorisa plus d'une fois une pratique si religieuse par des prodiges manifestes. En voici un terrible exemple : un idolâtre devait h un chrétien une llfrosse somme d'argent ; comme il niait la dette, et qu'on ne pouvait le convaincre en justice , le chrétien l'obligea à jurer dans l'église sur l'image du père Fran-

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çois. L'idolâtre fit un faax serment sans aucun scrupule ; mais à peine fut il retourné chez lui , que , jetant le sang en abondance par la bouche, il mourut dans des transports de fureur et de rùge qui tenaient plus du démoniaque que du frénétique.

On ne rendait guère moins d'honneur h sa mémoire dans le Japon que dans tes Indes. Les chrétiens du royaume de Saxuma gardaient religieusement une pierre sur laquelle il avait souvent prêché, et la montraient comme quelque chose de précieux. La maison où il avait demeuré à Amanguchi était regardée comme un lieu saint , et on la conserva toujours parmi les guerres sanglantes qui ruinèrent plusieurs fois la ville.

Au res2e, les Indiens et les Japonais ne furent pas les seuls peuples qui honoraient le père Xavier après sa mort. L'odeur de sa sainte vie se répandit au-delà des mers en d*autres contrées infidèles oit il n'avait point été; et Alphonse Léon Barbuda, qui a parcouru les côtes d'Afrique , rapporte que , dans les royaumes de Sofala , au-delà du fleuve de Cuama , et dans les îles d'alentour , le nom du père François était très célèbre, et que les Mores y parlaient de lui comme d'un homme merveilleux.

Tant de témoignages si illustres et si peu suspects engagèrent tout de nouveau le roi de Portugal à solliciter la canonisation du saint homme; et, dans cette vue , on fit un recueil fort ample de ses vertus , àont voici l'extrait.

Tous les emplois extérieurs ne détournaient pas le père Xavier de la contemplation des choses divines. Etant à Goa , il se retirait d'ordinaire , après le dîner , dans le clocher de l'Eglise , pour n*étre interrompu de personne , et il s'entretenait là deux heures avec Dieu. Mais, parce qu'il n'était pas assez maître de lui-même en ces rencontres pour régler son temps , et qu'il devait quelquefois sortir , il chargea un jeune homme du séminaire de Sainte - Foi , nommé André , de venir l'avertir quand les deux heures qu'il s'était prescrites seraient passées.

Un jour que le Père avait à parler au vice-roi , André étant allé pour l'avertir , le trouva assis sur un petit

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