LIVRE SIXIÈlfB
siège, les deux- mains en croix devant l'estOTnac et les yeux attachés au ciel. Quand il T^ui regardé quelque temps à son aise , il l'appela ; mais voyant que le Père ne répondait point , il parln plus haut et fit.du bruit. Tout cela fut inutile, Xavier ne remua point ; et André s'en alla, se faisant scrupule de troubler le repos d'un hommequi lui paraissait avoir l'air d'un Ange et goûter les délices des bienheureux. Il retourna néanmoins deux heures après, et il le trouva dans l'état où il l'avait laissé. La crainte qu'eut le jeune homme de ne pas faire son devoir, s'il s'en allait une seconde fois sans se faire entendre , l'obligea de tirer le Père et de le secouer. Xavier étant revenu enfin h lui, témoigna d'abord s'étonncfr que deux heures fussent déjh passées, mais ayant su qu'il y en avait plus de quatre qu'il était là , il sortit avec André pour aller au palais du vice-roi. A peine eut il mis le pied hors du logis , qu'il fut ravi en esprit. Après avoir fait plusieurs tours sans savoir ou il allait, il retourna sur seis pas lorsque la nuit commençait à venir , et il dit à son compagnon : Mon fils , nous verrons une autre fois le gouverneur^ Dieu a voulu que cette journée fût toute four lui.
Allant une autre fois par les rues de la même ville, il était tellement occupé de Dieu , qu'il ne s'aperçut pas d'un éléphant furieux qui faisait fuir tout le monde. On eut beau lui crier qu'il se délourn&t, il n'entendit rien : l'éléphant passa assez près de lui sans qu'il y prît garde.
Dans ses voyages de mer , il vaquait règlement à l'oraison depuis minuit jusqu'au lever du soleil; et de là vint que les matelots disaient qu'on n'avait rien à craindre durant ce temps là , parce que le père François gardait le vaisseau , et que les tempêtes n'osaient s'élever tandis qu'il parlait à Dieu.
Un homme de Manapar, chez qdl il logeait, et qui l'observait la nuit à diverses heures , le trouvait toujours à genoux au pied d'un crucifix , et voyait souvent la chambre éclairée des rayons qui lui sortaient du visage.
Lorsqu'il séjournait en des villes des chrétiens, le de repos qu'il donnait à la nature , il le prenait ordinairement dans l'église , afin d'être plus près du saint
Sacrement, devant lequel il prîaii le reste de la nuii. Mais, dans les pays où il n'y avait point encore d'église, il passait dehors la plus grande partie des nuits, et rien n'élevait tant son esprit à Dieu que la vue du ciel tout seiné dV.toiles, ainsi qu'il disait lui-même.
Le pape lui avait permis , en considération de ses emplois et de ses iravaux apostoliques, de dire un bréviaire qui était plus court que le romain, e: qui n'avait jamais que trois leçons : on l'appelait l'office de la Ci»oîx , et on l'accordait aisément en ce temps-là aux personnes fort occupées. Néanmoins Xavier n'usa jamais de sa permission , quelques affaires qu'il eût pour le service de Dieu : au contraire, avant que de commencer chaque heure canoniale , il disait toujours l'hymne Veni Creator, et on remarquait qu'en la disant son visage s'allumait , comme si rEsprit-Sainl qu'il invoquait fût visiblement descendu sur lui.
Il célébrait tous les jours le sacrifice de la messe avec la méma révérence et la même dévotion qu'il le célébra la première fois , et c'était d'ordinaire au point du jour. Les douceurs célestes qui inondaient son âme à l'autel se répandaient jusque sur les assistants ; et Antoine Andrada racontait de lui-même qu'étant jeune soldat il sentait une telle satisfaction intérieure toutes les fois tju'îl servait la messe au père Xavier , que , pour cela, il chjerchait l'occasion de la lui servir.
Au milieu d'un entretien avec les personnes du monde, le saint homme était quelquefois appelé de Dieu par certaines illustrations subites qui l'obligeaient de se -retirer ; et quand on le cherchait après , on le trouvait, ou devant le Saint-Sacrement , ou en un lieu solitaire, abîmé dans une contemplation* profonde, souvent suspendu en l'air , avec des rayons autour dn visage. Plusieurs témoins oculaires ont déposé de ce fait; mais quelques-uns disent qu'au commencement ils voyaient le Saint à genoux et immobile, qu'ils remarquaient ensuite qu'il s'élevait pen à peu de terre , et qu'alors, saisis d'une sainte horreur, ils ne pouvaient le regarder fixement , tant son visage était lumineux. D'autres prolestent que, quand il leur parlait des choses de Dieu , ils s'apercevaient qu'il s'éloignait