LIVRE SISIÈHE
d'eux tout h coup, et que ^on corps montait de luimême en haut. ^
Ces ravissements extraordinaires, qui tiennent quelque chose de la gloire des bienheureux , lui arrivaient de temps en temps durant le sacrifice de la messe , lorsqu'il venait de prononcer les paroles de la consécration ; et on le vit élevé de la sorte , particulièrement à Malaca et à Méliapor. Il le fut encore plusieurs fois à Gon , en communiant le peuple ; et , ce qui est remnrquable , comme c'était sa coutume, de donner la communion à genoux , il paraissait élevé de terre dans cette posture.
Pour les extases communes , il en avait presque tous les jours, surtout à l'autel et après le sacrifice de la messe ; desorte que souvent on ne pouvait le faire revenir en le tirant par sa robe et en le secouant avec violence.
Les délices qu'il goûtait alors ne peuvent être comprises que par les âmes à qui Dieu fait des faveurs pareilles. Chacun néanmoins voit bien que si l'homme peut jouir sur la terre des plaisirs du ciel , c'est lorsque l'âme, transportée hors d'elle-même, est plongée et comme perdue en Dieu. Dans ce bienheurenx état ^ les plus longs espaces de temps ne semblent qu'un moment; toutes les grandeurs du monde disparaissent à la vue de l'éterniié ; on oublie le sommeil et la nourriture ; on ne voit et on n'entend rien , parce que le corps étant devenu en quelque façon insensible , comme si rame en était séparée , les sens demeurent privés de leurs fonctions , et toutes les puissances naturelles paraissent éteintes.
Mais ce n'est pas seulement pendant ces transports extatiques que Xavier était uni intimement à Notre- Seigneur : aii fort du travail , il avait l'esprit recueilli eo Dieu , sans être jamais dissipé ni par la multitude, et par l'embarras des affaires , si bien qu'il était tout entier dans ce qu'il faisait et dans celui pour l'honneur duquel il travaillait.
Une si intime et si continuelle union ne pouvait venir que d'une tendre charité : aussi le divin amour l'ombrasait-il jtellement qu'on lui voyait d'ordinaire le visante
tout en feu, ei que, poi^r tecnpérer les ardeurs du dedans et du dehors , il fallait lui jeter de l'eau dans le sein. Souvent, eu préchant ou en marchant , il se sentait si épris et si enflammé que , ne pouvant soutenir cet embrasement intérieur, il ouvrait sa soutane tout à coup devant Testomac : c'est ce qu'on lui a vu faire en plusieurs rencontres dans les places publiques de Maiaca et de Goa , dans le jardin du collège de Saint- Paul et sur le rivage de la mer.
Il lui échappait à toute heure de la bouche des paroles vives et ardentes, qui étaient comme les étincelles de ce feu sacré dont son cœur brûlait; par exemple : 0 très sainte Trinité! 0 mon Créateur I 0 mon Jésus ! 0 Jésus l'amour démon ccsur! Il les disait en latin , pour n'être pas entendu du peuple; et, étant à la côte delà Pêcherie , au royaume de Travancor et aux Moluques , on lui entendait dire tant de fois le jour O sanctissima Trinitas! que les barbares les plus idolâtres , quand ils se trouvaient dans un grand péril ou qu'ils avaient sujet de s'étonner de quelque chose, proféraient les mêmes paroles sans y rien entendre, sinon que c'étaient des mots sacrés et mystérieux .
Le sommeil n'interrompait point ces tendres aspirations , et on lui entendait dire toutes les nuits : Omon Jésus, Vamour de mon cœur! ou d'autres parcries pleines de tendresse qui marquaient la disposition de son âme.
Etant même hors de lui par la violence d'une fièvre chaude , au Mozambique et à Sancian , il parlait de Dieu et à Dieu avec plus d'ardeur que jamais , en sorte que son délire semblait n'être qu'un redoublement d'amour.
Il était si sensible aux intérêts de la Majesté divine, que, touché très vivement des péchés énormes qui se commettaient dans le Nouveau- Monde, il écrivit à un de ses amis en ces termes : « J'ai quelquefois la vie en » horreur, et j*aime mieux mourir que de voir tant » d'outrages faits à Jésus-Christ, sans pouvoir ni les » empêcher ni les réparer. «>
Au reste, pour entretenir toujours le feu de l'amour divin, il avait sans cesse devant les yeux lessou£Pranees de Notre-Seigneur. A la vue des plaies et du sang d'un