‹ Vie de St. François Xavier de la Compagnie de JésusChapitre 53 sur 79 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

» Plaise à Dieu , dit-il sur le même sujet , que nous » connaissions par sa bonté quels sont ses desseins sur i> nous, afin que nous nous y conformions entièrement » aussitôt que la lumière divine nous les aura décou- ^ verts; car il nous commande' d*ôtre toujours en état o de lui obéir au moindre signe, et il faut que nous y> soyons coriime des étrangers en ce monde , toujours » préparés à suivre ta voix du Seigneur. »

« Je souhaite, dit-il en un autre endroit, que Dieu » nous déclare sa très sainte volonté touchant les mi- » nistères et les lieux où il veut que je m'occupe davan- » tage pour sa gloire; nous sommes très prompts par sa » grâce à exécuter les choses qu'il nous fait entendre lui v> être agréables, de quelque nature qu'elles soient.

y> Il a, au reste, des voies admirables pour nous t> déclarer sa volonté , telles que sont les sentiments y> intérieursetlesilluminationscélestes,quifontqu'une » âme ne peut pas douter où Dieu veut qu'elle aille , y> ni ce qu'elle doit entreprendre pour lui plaire. A. » l'exemple des voyageurs , qui n'ont nul attachement n dans les pays où ils passent , nous devons nous tenir » prêts à voler d'une contrée à une autre , ou plutôt » à dés régions opposées où la voix du Ciel nous np- » pellera. L'orient, l'occident, le midi ou le septen- » trlon , tout m'est indifférent, pourvu que j'aie occa- » sion d'avancer de plus en plus la gloire de Dieu. i>

Il dit autre part : a Je voudrais que vous eussiez i> toujours dans l'esprit qu'une volonté prompte et » soumise, par laquelle on se dévoue entièrement au D service de Dieu , est un sacrifice plus agréable à la '» majesté divine que- tout ce qu'on pourrait faire de >^ plus éclatant sans cette disposition intérieure. »

Comme il était persuadé que la perfection de la créature consiste à ne vouloir que ce que veut le Créateur, il parlait sans cesse de la volonté divine , et il finissait presque toutes ses lettres par souhaiter de la connaître et de l'accomplir. Il sacrifiait tout à cela, même les désirs ardents qu'il avait de mourir pour Jésus-Christ de la main des barbares; car, quoiqu'il soupirât aprè« le martyre , il savait bien que le sacrifice de notre vie n'est point agréable au Ciel quand la Providence ne le

deniaode pas ; et il craignait encore plus de déplaire à Dieu qu'il ne souhaitait d*éire martyr : aussi mourut il content , en mourant dans une cabane , de sa mort naturelle , sur le point de porter la foi au royaume de la Chine ; si bien qu'on peut dire qu'il sacrifia non-sealementsa propre gloire, mais aussi celle de Jésus-Christ à la volonté de Dieu.

Un homme si soumis aux ordres du Ciel ne pouvait pas manquer de soumission à Végard du supérieur qui lui tenait la place de Dieu. Il avait pour le père Ignace, général de la Compagnie de Jésus-Christ, une vénération et une déférence mêlées de tendresse, qui passent tout ce que nous en pouvons imaginer. Il a exprimé lui-même une partie de ses sentiments là-dessus, et on ne peut les lire sans cousolation. En une de ses lettres qui commence de la sorte : Mon Père, uniquement cher dans les entrailles de Jésus-Christ , il dit à la fin : « Père de mon âme , et pour qui j'ai un profond res- » pect , je vous écris à genoux , comme si vous étiez » présent et que je vous visse de mes yeux. » C'était sa coutume de lui écrire en celle posture , tant Ignace tenait un haut rang dans son esprit.

' « Dieu m'est témoin , mon très cher Père , dit-il dans » une autre lettre , combien je souhaite de nous voir » en cette ville , pour communiquer avec vous deplu- » sieurs choses auxquelles on ne peut remédier sans » votre secours ; car il n'y a point d'éloignement qui » empêchât de vous obéir. Je vous conjure, dis-je, » mon très bon Père, ajouta t-il , d'avoir un peu de a soin de nous autres , qui sommes aux Indes et qui » sommes vos enfants. Je vous- conjure d'envoyer ici » quelque saint homme dont la ferveur excite notre lày> cheté. J'espère , au reste , que , comme vous connais- » sez le fond de nos âmes par une lumière d'en haut, » vous ne manquerez pas de nous fournir des moyens n qui réveillent notre venu languissante et qui nous » inspirent l'amour de la perfection. »

Dans une autre lettre dont l'inscription est telle : À Ignace, mon saint Père en Jésus- Christ , il lui oaande que les lettres qu'il a reçues de sa sainte charité au retour du Japon , l'ont rempli de joie , et qu'il a surtout été at-

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tendrî par ces dernières paroles : Tout vôtre , en sorte que je ne puis jamais vous oublier, Ignace. « Comme j*at » lu,' dit-il , ces paroles les larmes aux yeux, je les écris » ici de même, en rappelant le souvenir de cette siny> cère et sainte amitié que vous avez toujours eue et y> que vous avez encore pour moi , et ne doutant pas » que si Dieu m'a délivré de tant de périls , ce n'ait » été principalement parce qu'il a du égard à vos priè- » res paternelles. » 11 se nomme partout son enfant, et signe une lettre ainsi : Le plus petit de vos enfants, et le plus éloigné de vous , François Xavier.

Mais la haute idée que Xavier avait d'Ignace, faisait qu'il lui demandait souvent des avis pour sa conduite. « Vous ferez une très bonne œuvre ^ lui dit-il, si vous » nous écrivez une lettre pleine d'instructions spirituel- » les , comme un testament par lequel nous , qui som- » mes les plus petits de vos enfants, les plus éloignés » de vous ei comme bannis de votre présence, nous » participons aux richesses dont le Ciel vous a comblé. » Je vous supplie , ajoute-t-il, de faire en cela ce que » nous voulons. i»

tf Je vous prie par l'amour de Notre-Seigneur, diiil » ailleurs , de nous écrire la méthode que nous devons » tenir pour nous associer des compagnons , et de le » faire bien au long , vu notre petit talent que vous » connaissez; car, si vous ne nous aidez, le peu d'habi- » leté que nous avons dans les affaires nous fera perdre » des occasions de procurer la plus grande gloire de » Dieu; >

En prescrivant quelque chose de difficile à ses inférieurs, il mêlait d'ordinaire le nom d'Ignace. Je vous prie par Notr&Seigneur et par Ignace le Père de notre Compagnie. Je vous conjure par V obéissance et par Vanwur que vous devez.au père Ignace. Je vous demande cela au nom de notre bienheureux père Ignace. Souvenezvous, disait'il encore, à quel point les grands et les petits respectent notre père Ignace.

Avec ses sentiments et d'affection et d'estime, il dépendait absolument de son Supérieur. « Si je croyais , » écrivit'il des Indes au père Simon Rodriguez, que » les forces du corps égalassent en vous la vigueur de

» rallie^ je vous inviterais h passer les mers, et vous 9 prierais de venir en ce Nouveau-Monde , si cependant >* le père Ignace approuvai! el vous conseillait lui-même » un tel voyage ; car il est notice Père : il faut que nous » lui obéissions , el il ne nous est pas permis de faire » un pas sans son ordre. » '

Aussi Xavier avait-il recours au Père Ignace en toutes renœntres, autant que la distance des lieux pouvait le permettre; et les ordres qu'il en recevait étaient pour lut des lois inviolables. « Vous ne souffrirez pas, mande- » l-il au père Gaspard Barzée , recteur du collège de « Goa, qu'aucun de la Compagnie reçoive l'ardre de » préirise , qu'il ne soit suffisamment docte , et qu'il » n'ait donné pendant plusieurs années des exemples « de piété , puisque le père Ignace l'a si expressément » défendu. » .

Il observait pour la même raison les constitutions de la Compagnie très exactemeut. « Ne vous hâtez point, » écrivit-il dans la même lettre au père Gaspard, de re- » cevoir des enfants trop jeunes, et rejetez tout-à-fait » ces sortes de gens auxquels le père Ignace a .voulu » que l'entrée de uotre Ordre fut interdite pour ton- » jours. »

Mais rien peut-être ne marque mieux combien la soumission de Xavier était parfaite , que ce qu'en pensait son supérieur même. Dans le temps que Xavier mourut, Ignace songeait à le rappeler des Indes, ne doutant pas qu'au premier ordre ce missionnaire si zélé ne quittât tout par obéissance; et il lui écrivit pour cela une lettre du 28 juin de l'année 1553. Voici l'endroit qui touche l'affaire dont nous parlons : « J'ajoote, » dit Ignace dans sa lettre , qu'ayant en vue le salut » des âmes et le plus grand service de Dieu, j'ai résoin » de vous commander, en vertu delà sainteobéissanœ, » de revenir en Portugal dès que l'occasion s'en pré- » sentera , et je vous le commande au nom de Notre- » Seigneur. Mais , afin que vous contentiez aisément » Ceux qui voudraient vous retenir pour le bien des » Indes, je vous dirai mes raisons. Vous savez , en pre- » mier lieu , de quel poids sont les ordres du roi de » Portugal pour affermir la religion dans TOrienti pour

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retendre dans la, Guinée et dans le Brésil ; et vous jugez bien qu'un priirce aussi religieux que lui , fera tout ce qui est nécessaire à Tavancenaent de la gloire de Dieu et à la conversion des peuples, si un homme comme vous, habile et expérimenié, Tinsiruit de toul en personne. D'ailleurs, il imporieexlrémement que le Saint Siège apostolique soit informé de l'état des Indes parun témoin d'aulorité et digne de foi, afin que les souverains Pontifes fournissent des secours spirituels, tant à la nouvelle qu'à Tancienne chré* tienté de TAsie , sans lesquels ni r4in ni l'autre ou ne pourraient subsister, ou ne subsisteraient qu'avec peine ; et personne n'est plus propre pour cela que vous , tant à cause de la connaissance que vous avez des affaires du Nouveau-Monde qu'à cause de la ré-

» puiation oii vous êtes ici.

» Vous savez, de plus, C(«nbien il est important

» que les ouvriers qu'on envoie aux Indes soient pro-

* près à la fin qu'on se propose, et il est bon , pour » cela , que vouç veniez en' Portugal et à Rome ; car » non-seulement beaucoup plus de gens auront envie » d'aller à ces missions, mais vous ferez mieux le choix » des missionnaires, et vous verrez plus clairement à » quel endroit il conviendra davantage d'appliquer les » uns et les autres. Vous jugez vous-même de quelle » conséquence il est de ne se pas méprendre en cela ;

* et| quelque chose que vous nous mandiez, vos let-

• très ne suffisent pas pour se former une idée juste » des ouvriers qui sont propres aux Indes; il faut que

• vous I ou quelque autre aussi intelligent que vous » connaisse et pratique ceux qu'on y destine.

» Outre ce que vous ferez pour le bien commun de

» rOrieot, vous échaufferez le roi de Portugal sur les

» afibires de l'Ethiopie , qu'on remue depuis tant d'an-

» nées, mais toujours en vain. Vous ne servirez pas

» peu «Qcore à celles de Congo et du Brésil ; ce que

» vous ne pouvez faire des Indes, d'où il n'y a point de

» ûonftmerce en ces pays* là. Que si vous croyez votre

» présence nécessaire pour gouverner ceux de la com^

« pagDÎe qui sont aux Indes, vous les gouvernerez plus

» aidaient du Portugal, que vous ne feriez de la Chine

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» on du Japon. Pour le reste, je me renvoie au père

• maître Polanque , et je vous recommande de tout » mon cœurà vos prières , en suppliant la bonté divine » de vous combler de ses grftces, afin que nous con- » naissions sa très sainte volonté et que nous l'exécu- » lions parfiaitement. »

Le père Polanque, qui était secrétaire du père Ignace et le confident de tous ses desseins, a rendu témoignage que rintention du saint fondateur était de faire Xavier général de la Compagnie. La lettre d'Ignace trouva Xavier mort. Nous pouvons juger de ce qu'il aurait fait par ce qu'il écrivit avant sa mort à Ignace même , qai lui avait témoigné une extrême envie de le voir.

« Votre sainte charité , ajoute-til dans sa lettre, dit » qu'elle désire fort de me voir encore une fois dans la » vie présente. Dieu, qui voit le fond de mon cœur, » sait combien cette marque d'amitié m'a toucbé sen- » siblement. En effet , tontes les fois que les paroles » de votre lettre me reviennent ( elles me reviennent au

• reste très souvent) je pleure de tendresse , et je ne » puis retenir mes larmes, dans la pensée que je pour- » rai vous embrasser encore une fois : à la vérité cela » me paraît très difficile; mais il n'y a rien que la sainte » obéissance ne puisse faire. »

Sans doute que si l'ordre d'Ignace eût trouvé Xavier en vie on l'aurait bientôt revu en Europe ; car, comme il s'était offert de lui-même, plus d'unefois, à laisser les Indes , le Japon , la Chine , et tout ce qu'il avait entre les mains, et qu'il disait que c'était assez du mmudre signe de son supérieur pour cela , que n'aurait-îl point fait alors, ayant un ordre précis d'abandonner tout et de repasser au plutôt les mers?

Se» maximes sur l'obéissance montrent bien encore quelle était la sienne.

« Il n'y a rien de plus sAr ni de moins sujet à l'er- » reur , que de vouloir toujours obéir. Au contraire , » c'est une chose fort périlleuse, que de vivre selon sa

• volonté et sans suivre le mouvement de ses supé- » rieurs; car, quand vous ferles quelque chose de bien » pour peu que vous vous écartiez de ce <|n'on vous » commande^ soyez persuadés que votre actionestplos » vicieuse qu'elle n'est bonne.

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» Le démon tente, par des suggestions malignes, ]a plupart de ceux qui se sont dévoués au service de Dieu. Que faitwvwulà, leur dit-il intérieurement? Ne voyez-vous pas que vous perdez votre peine ? Résistez fortement à cette pensée, qui est capable non seulement de vous retarder dans le chemin de la perfection, mais de vous en détourner toûtà fait; et que chacun de vous se persuade qu'il ne saurait mieux servir Nôtre-Seigneur que dans le lieu où son supérieur Ta mis. Soyez aussi assurésque, quand le temps en sera venu^ Dieu donnera à ceux qui vous gou~ vement la pensée de vous envoyer en des lieux où vous ferez de grands fruits. Cependant vous aurez l'esprit content et tranquille. Vous emploierez bien le temps qui est si précieux , quoique plusieurs n'en connaissent pas trop le prix, et vous avancerez beaucoup en vertu , fort différents de ces esprits inquiets qui ne profitent point dans le» lieux où ils désirent d'être, parce qu'ils n'y sont pas , et qui sont inutiles à eux et aux autres dans les lieux où ils sont , parce qu'ils pensent à aller ailleurs.

» Exécutez avec une grande affection ce que vos supérieurs vous prescrivent en ce qui regarde la discipline domestique, et ne vous laissez pas surprendre à ia suggestion du malin esprit , qui tâche de vous persuader que vous ferez mieux dans un autre emploi; car son dessein est que vous fassiez mal l'office dont vous êtes chargés. Je vous prie donc, par Notre-Seigneur Jésus-Christ , de penser beaucoup plus à surmonter les tentations qui peuvent vous donner du dégoût de votre emploi , qu'à vous jeter dans les occupations laborieuses qui ne vous sont point commandées: Que personne ne se flatte : on ne peut exceller dans les grandes choses, qu'on n'excelle auparavant dans les petites; et c'est une erreur de secouer, sous prétexte du salut des ftmes, le joug de l'obéissance qui est doux et léger, pour se charger d'une croix sans comparaison plus dure et plus pesante.

» Il faut soumettre votre volonté et votre jugement à vos supérieurs, dans la croyance que Dieu leur inspirera è votre égard ce qui vous sera le plus utile.

392 VlB DB SAINT FBANÇ0I8 XAVIER.

» Prenez garde» au reste, de ne ieor demander jamais » rien avec importuoité, comme font quelqoes-uns qui » pressent leurs supérieurs jusqu'à ce qu'ils leur aient » arraché ce qu'ils souhaitent, quoique la chose qu'ils r demandent soit pernicieuse; ou, si on les refuse, » qui se plaignent publiquement que la vie leur est in- » supportable. Ils ne s'aperçoivent pasque leur naalheur n vient de ce qu'ils négligent leur vœu , et t&chent de » s'approprier leur volonté, toute consacrée à Diea » qu'elle est : en effet, plus ces gens-là vivent selon leur » caprice , plus leur vie est pleine de chagrins et d'in- 9 quiétudes. »

Le saint hommeétait si persuadé que la perfection de la Compagnie de Jésus consistait dans l'obéissance, qu'il commandait souvent h ses frères en vertu de la sainte obéissance pour augmenter leur mérite.

« Je vous prie, dit-il h deux missionnaires de Ce- » morin , d'aller à l'île du More; et afin que vous ayez » plus d'occasion de mériter en obéissant, je vous le » commande absolument. »

Mais on ne peut dire avec quelle tendresse il aimait la Compagnie , ni combien il s'intéressait à ce qui la touchait tant soit peu. Etant en Portugal , avant son voyage des Indes , il n'écrivait point de lettres à Rome où il ne témoignât un grand désir de savoir le progrès qu'elle faisait en Italie. // Puisque noire règle est con- >» firmée, mande-t-il aux Pères Le Jay et Laynez, nous » souhaitons fort d'apprendre les noms de ceux qui ont • été reçus ou qui sont sur le point de l'être. » Il les exhorte à remercier le roi de Portugal du dessein qu'a* vait Sa Majesté de faire bâtir un collège ou une maisoo de la Compagnie : Et il faut remercier le Prince , dit-il , pour l'engager à commencer le bâtiment.

Les nouvelles qu'il recevait du père Ignace et des autres Pères de Rome le consolaient infiniment. • Nous » avons reçu vos lettres que nous attendions avec » impatience, et nous les avons reçues avec la joie que » des enfants doivent avoir lorsqu'ils reçoivent d'agréa* » blés nouvelles de leur mère : en effet , elles nous ont » appris l'heureux état de toute la CcMuppgnie , et les /» saints emplois ou vous vpus occupez sans relâche. «

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Il De pouvait presque modérer sa joie toutes les fois qu*il peasaità rétablissement de la Compagnie. « Parmi » toutes les faveurs que j'ai reçues de Dieu en ma vie, » et que j'en reçois tous les jours, écrivit-il des Indes » à Rome, la plus signalée et la plus sensible est d'avoir " appris que l'institut de notre Compc'ignie a été ap- » prouvé et confirmé par l'autorité du souverain Pon- » tife. Je rends d'immortelles actions de grâces à Jé- » sus-Christ, de ce qu'il a voulu que son vicaire établît » publiquement la forme de vie qu'il avait prescrite » lui-même en secret à son serviteur notre père Ignace. »

Xavier ne souliaitait rien tant que de voir la Compagnie multipliée, et il sentait un redoublement de joie à mesure qu'elle acquérait de nouvelles maisons dans l'Orient , ou qu'on mandait d'Europe la fondation de nouveaux collèges.

Enfin il n'avait pas moins d'affection pour les parti* culiers que pour le corps. Ses frères étaient toujours présents à son esprit , et il ne se contenait pas de les porter dans le cœur. « Je porte sur moi , mande-^t-il » aux Pères de Rome, les noms de chacun de vous, » écrits de votre main dans vos lettres , et je les porte » avec la formule solennelle de ma profession. » Par on il marque non seulement combien les enfants de la Compagnie lui étaient chers, mais encore combien il chérissait l'avantage d'être de ce nombre.

L'amour qu'il avait pour la pauvreté évangélique le faisait vivre d'aumônes et mendier son pain de porte en porte, lorsqu'il pouvait subsister d'ailleurs; étant même dans le collège de Goa , qui était très bien fondé, il cherchait dehors de quoi vivre, pour se conformer davantage à Jésus-Christ pauvre.

Il fut toujours habillé très pauvrement , et il y avait d'ordinaire tant de pièces à sa soutane que les enfants des idolâtres s'en moquaient. Il la 'raccommodait luimême de sa main , et il ne changeait point d'habit que celui qu'il portait ne s'en allât en lambeaux , à moins que l'honneur de Dieu et l'intérêt de la religion ne l'y obligeassent. Quand il revînt du Japon à Malaca et qu'il fut reçu avec tant d'honneur, il avait une soutane déchirée et un chapeau tout usé.

Les Portugais le voyant toujours si mal vêtu , le priaient souvent de permettre qu'on lui donnât un habit neuf; mais parce qu'ils ne pouvaient rien gagner sur lui, ils s'avisèrent un jourd'ôter sa soutane d'auprès de lui pendant son sommeil, et d'en mettre une bonne à la place. L'artifice réussit si bien que Xavier, qui avait l'esprit tout en Dieu , s'habilla sans prendre garde à la supercherie qu'on lui avait faite. Il passa même tout le jour sans s'en apercevoir , et ce ne fut que le soir qu'il y fit réflexion; car, soupant avec François Paiva, et avec d'autres Portugais qui savaient la chose : C'est petiot' être pour honorer notre table , lui dirent- ils , que voui avez pris un tel habit. Il fut alors fort surpris de se voir vêtu comme il était. Enfin , ayant su le tour qu'on lai avait joué , il dit , en riant , qu'il n'y avait pas lieu de s'étonner que cette belle soutane cherchant un maître dans les ténèbres , n'eût pas vu qu'elle en prenait an qui ne la méritait pas.

Comme il était presque toujours avec de pauvres Indiens qui n'avaient rien à donner, et qui allaient la plupart tout nus , il jouissait de sa pauvreté sans aucun obstacle. Tout son meuble était une natte sur laquelle il couchait quelquefois , et une petite table où étaient ses écrits et quelques petits livres, avec un crucifix fett d^un bois qu'on appelle aux Indes le bois de saint Thomas.

Il souffrait gaiementce que la pan vretéa de plus rude; et , en écrivant du Japon aux Pères de Goa , il leur dit : « Aidez- moi , je vous prie , mes très chers frères, » à remercier Dieu delà grâce insigne, qu'il m'a faite. » Nous sommes enfin arrivés au Japon , où il y a une » extrême disette de toutes choses: ce que je mets entre » les plus grands bienfaits de la Providence. »

La mortification accompagne toujours la pauvreté dans les hommes apostoliques. Xavier portait partout avec lui les instruments de pénitence, des cilices , des haires, des chaînes de fer , et des disciplines années de pointes très piquantes. Il maltraitait sa chair, par le motif qui obli^fea l'apôtre saint Paul à châtier son corps et à le réduire en servitude , de peur qu'après avoir prêché aux autres il ne fût réprouvé lui-même.

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