‹ Vie de St. François Xavier de la Compagnie de JésusChapitre 54 sur 79 · LIVRE SIXIÈME. 39tt · texte numérisé non relu

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Sur mer , les cordages du navire , ou de simples aïs , lui servaient de lit ; sur terre, une natte, ou la terre même. Il mangeait si peu , qu'un de ses compagnons assure que, sans miracle, il n'aurait pu vivre. Un autre dit qu'il ne but presquejamaisdevin qu'à la table des Portugais; car là il évitait la singularité, et prenait ce qu'on lui servait ; mais aussi , après , il vengeait un de ces repas par des abstinences de plusieurs joqrs.

Lorsqu'il était au cap de Comorin, le vioeroi , don Alphonse de Sousa , lui envoya deux barils d*un vin très ex« quis. Il n'en goûta pas , quoiqu'il fût fort abattu des fatigues deson ministère, et ille distribua tout aux pauvres.

Du riz cuit dans l'eau, ou un peu de poisson salé , était sa nourriture ordinaire dans les Indes ; mais , durant les deux ans et demi qu'il demeura au Japon , il s'abstiqt de poisson entièrement, pour bien édifier le peuple , et il écrivit aux Pères de Rome qu'il aimerait mieux mourir de faim que de donner à personne sujet de scandale. Il dit encore : a Je compte pour une in- » signe faveur que Dieu nous ait amenés dans un pays » dénué de toutes les douceurs de la vie , et où , quand >^ nous le voudrions , nous ne pourrions nourrir notre y» corps délicatement. »

Il faisait à pied tous ses voyages de terre, même au Japon ,^ où les chemins sont très rudes , et il marchait souvent pieds nus dans la saison la plus rigoureuse ; mais il se faisait un plaisir de la souffrance , et on peut l'en croire sur sa parole.

« Les fatigues d'une si longue navigation , dit-il , » un long séjour parmi les Gentils , et dans une terre » brûlée des excessives ardeurs du soleil , toutes ces » incommodités étant souffertes cotnme il faut pour » l'amour de Dieu , sent , en vérité , une source abon- » dante de consolations. Pour moi , je me persuade » que les amateurs de la croix de Jésus-Christ vivent •> heureux au milieu des peines , et que ce leur est une » mort , de n'avoir rien à souffrir ; car peut-il y avoir n une mort plus dure , que de vivre sans Jésus-Christ, » après que nous l'avons une fois goûté , et que de le » quitter pour satisfaire nos inclinations? Croyezmoî , » il n'y a point de croix pareille à celle-là. Quel bon-

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» heur , au contraire , de vivre eu mourant tous les » jourà et en domptant ses passions , pour chercher , » non nos propres intérêts , mais les intérêts de Jësus- » Christ î »

La mortification intérieure était ie principe de.ces sentiments du saint homme. Dès les premières années de sa conversion , il s'étudia à se vaincre en tout, et il exhortait sans cesse les autres à ne se laisser jamais emporter par leurs désirs naturels. « J'ai toujours dans » l'esprit , munde t il de Mataca aux Pères et aux Frè- » res du collège de Coîmbre , ce que je me souviens » d'avoir ouï dire à notre bienheureux Père Ignace, » que les vrais enfants de la Compagnie de Jésus doi- » vent travailler beaucoup à se surmonter eux-mêmes.

» Si vous cherchez Dieu en vérité , dit-il aux Jésuites » de Goa , et que vous marchiez générenseaient dans » les voies qui nous conduisent à lui , la joie spirituelle » que vous goûterez en son service vous adoucira tout 9 ce que la victoire de soi même peut avoir de difficile » et de fâcheux. Mon Dieu , que les hommes sont gros- » siers , de ne pas comprendre qu'en résistant faible- » ment aux attaques du démon , ils se privent des plus » purs plaisirs de la vie ! »

C'est en pratiquant ces maximes que Xavier était devenu si maître de ses passions , qu'il ne savait ce que c'était qu'un mouvement de colère ou d'impatience; et de là venaient en partie cette tranquillité d'esprit, cette égalité de visage , cette gaieté perpétuelle qui le rendaient si commode et si aimable.

Il est naturel qu'un homme extrêmement mortifié soit chaste : aussi Tétait-il à un tel point qu'on a su de ses confesseurs, et entre autres du vicaire de Méliapor, qu'il a vécu et qu'il est mort vierge. Dès sa jeunesse il eut hoiTeur de l'impureté , quoiqu'il fût d'une complexion sanguine et qu'il aimât naturellement la joie.

Lorsqu'il étudiait à Paris et qu'il demeurait au C'Ollége de Sainte-Barbe, son maître de philosophie, qui était un homme perdu de débauches et qui mourut d'une maladie honteuse , menait la nuit ses écoliers dans des lieux infâmes. Ce malheureux homme fit ce qu'il put pour débaucher François , qui était beau et

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bien fait; mais il n'en put jamais venir à bout, tant le jeune homme était éloigné des sales plaisirs de la chair.

Rien, au reste , ne marque davantage l'amour qu'il avait pour la pureté , que ce qui lui arriva une fois à Rome. Simon Rodriguez étant tombé malade, le père Ignace ordonna à Xavier d'avoir soin de lui durant sa maladie. Une nuit , le malade étant éveillé , vit Xavier qui dormait au pied de son lit, remuer les bras en songe comme un homme qui repousse violemment quelque personne importune ; il lui vit même jeter du sang en abondance par le nez et par la bouche.

Comme Xavier s'éveilla au même moment , Rodriguez lui demanda d'où venaient cette agitation et ce sang. Xavier ne voulut point le lui dire , et il ne s'ex> pliqua là- dessus qu'étant sur le point de s'embarquer pour les Indes. Car alors, étant pressé tout de nouveau par Rodriguez, après l'avoir obligé au secret : Sachez , lui dit-il , mon frère maître Simon, que Dieu, par une insigne miséricorde , m'a fait la grâce de me conserver jusqu'à cette heure dans une entière pureté, et que , cette nuit 'là, je songeais qu'étant en une hôtellerie, une filU peu modeste s* approchait de moi. Ce mouvement des bras était pour la repousser et pour m'xn défaire , et le sang que je jetai vint du grand effort que je fis*

Mais, quelque horreur que Xavier eut de l'ombre ^ule du péché , il se défiait de lui même , et s'éloignait de tout commerce des femmes quand la charité ne l'obligeait pas de travailler à leur conversion : encore, dans ces rencontres , gardait-il toutes les mesures imaginables , ne s'entretenant jamais avec elles que dans un lieu public et à la vue de tout le monde , ne leur parlant que de choses nécessaires , le faisant en peu de mots et d'un air sérieux , grave et modeste. Il disait même qu'à parler en général , on ne pouvait trop éviter la conversation des femmes , et que , quelque bonne intention qu'eussent les directeurs , il y avait plus à craindre pour eux dans ces entretiens qu'à espérer pour celles qu'ils dirigeaient.

Outre cela , il tenait ses gens fort recueillis , examinait sa conscience plusieurs fois le jour , et se confessait

tous les jours quand il avait la commodité d'un prêtre. Il acquit par là une telle pureté et de corps et d'âme , queceuxquiTont pratiqué davantage ont déclaré qu*ils n'ont jamais remarqué rien en lui qui ne fût dans toutes les règles d'une exacte bienséance.

Aussi ne se pardonnait H rien à lui même , et ou ne peut croire jusqu'où allait la délicatesse de sa conscience en quelque matière que ce fût. Sur le vaisseau qui le porta de Lisbonne aux Indes , un enfant qui était en âge d'être instruit , mourut un jour subitement. Xavier demanda d'abord si l'enfant assistait tous les jours au catéchisme avec les autres du navire : on lui dit que non ; et , dans le même moment^ l'homme de Dieu , qui avait toujours le visage gai , parut extrêmement triste. Le vice-roi don Alphonse Sousa s'en aperçut , et sachant pourquoi le Père était affligé, voulut savoir du Père même s'il avait eu connaissance auparavant que l'enfant ne vînt point an catéchisme : Si je l'avan su, repartit Xavier , je n'aurais pas manqué de l'y faite venir. D'où vient donc , répliqua le vice roi , que vous vous affligez tant pour une chose que vous avez ignorée , et qui ne -peut vous rendre nullement coupable ! C'est , dit le Saint, que je dois me reprocher comme une faute, de ce que je n'ai pas wu qu'une personne qui ^tait embarquée avec moi n'apprenait pas la doctrine chrétienne.

Un corps si chaste et un cœur si pur ne peuvent être que d'un fidèle serviteur de la sainte Vierge. Xavier l'honora et l'aima toute sa vie avec des senti agents pleins de révérence et de tendresse. Ce fut dans l'église de Montmartre , consacrée à la Mère de Dieu , et le jour de l'Assomption, qu'il fit ses premiers vœux. Ce fut dans celle de Lorette qu'il eut lu première inspiration et qu'il conçut les premiers désirs d'aller aux Indes. Il ne demandait rien à Notre-Seigneur quepar l'entremise de sa mère ; et , dans l'explication qu'il faisait de la doctrine chrétienne , après s'être adressé à Jésus-Christ pour obtenir la grâce d'une foi vive et constante , il s'adressait ppur la même raison à Marie. Il finissait toutes ses instructions par le Salve, Regina. Il n'entreprenait jamais rien que sous les auspices de ia Vierge ; et, dans les périls, il avait toujours fecours à elle comme à sa patronne.

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Aru reste , pour montrer qu'il était soo serviteur et qu'il faisait gloire de l'être, il portait d'ordinaire un chapelet pendu an cou ; et , afin que les chrétiens s'affectionnassent à dire le chapelet , il en usait le plus souvent pour opérer des miracles.

Quand il passait les nuits en oraison dans les églises, c'était presque toujours devant une image de la Vierge. Il lui offrait surtout des vœux pour la conversion des grands pécheurs, et aussi pour la rémission de ses propres péchés, comme il dit dans une de ses lettres qui ne marque pas moins son humilité que sa confiance en l'intercession de la sainte Vierge. J'ai pris la Reine du ciel pour ma patronne , afin d'impétrer le pardon de mes innombrables péchés. Il était particulièrement dévot à son immaculée Conception, et il avait fait vœu de la défendre autant qu'il pourrait.

Dans l'entretien , il parlait ordinairement des grandeurs de la divine Marie , et il portait tout le monde à la servir. Enfin , étant sur le point de rendre l'âme , il rinvoqua avec de tendres paroles , et la pria de montrer qu'elle était sa mère.

Ce sont là les principales vertus qui furent recueillies pour être présentées au Saiul-Siége. L'archevêque de Goa et tous les évéques des Indes secondèrent le dessein du roi de Portugal , Jean III , en agissant de leur côté auprès du Pape pour la canonisation de Xavier ; mais personne ne la sollicita dans la suite avec plus d'éclat que le roi de Bungo.

Ce prince, qui avait été sur le point de se convertir avant que Xavier quittât le Japon, n'eut pas plutôt perdu ce saint homme, quç, regagné par les bonzes , il tomba dans tous les désordres dont un païen est capable. Il avouait que la loi chrétienne était la meilleure; mais il disait qu'elle était trop rigoureuse, et qu'un jeune prince comme lui , né dans les délices , ne pouvait pas s'en accommoder. Ses plaisirs ne l'empêchaient pas d'aimer les armes, ni d'être fort brave, et il eut tant de bonheur à 4a guerre , qu'il réduisit sous son obéissance quatre ou cinq royaumes.

Au milieu de ses victoires , les dernières paroles que le père François lui avait dites sur la vanité du monde

et sur la nécessité du baptême, lui revîorenl en l'esprit. Il y fit des réflexions très sérieuses , et il fui sî«touché un jour, qu'il parut en public avec un chapelet au cou, comme pour professer ouvertement le christianisme.

Les effets répondirent aux apparences. Il fit jeterdans la mer deux idoles de grand prix qu'il avait dans son palais , et qu'il adorait tous les jours en se prosternant devant elles , lu tête contre terre , selon la coutume des idolâtres del'Orient. S'étaiU appliqué ensûiteà des exercices de piété et de pénitence , il renonça tout-àfait aux plaisirs des sens , et fut enfin baptisé par le pèpe Cabrai , de la Compagnie de Jésus. A son baptême, il prit le nom de François Xavier , en mémoire du saint apôtre François Xavier, qu'il reconnaissait pour le père de son âme et qu'il appela ainsi toute sa vie.

Le roi de Bungo avait été si heureux jusqu'à ce tempslà , que sa prospérité était passée en proverbe ; mais Dieu voulut l'éprouver. Deux mois après son baptême, les plus puissants de ses sujets, ligués contre lui , en haine du christianisme , avec plusieurs princes ses voisins , le déûrent dans une bataille rangée et le dépouillèrent de tous ses étals. Il soutint la mauvaise fortune constamment ; et , surceque les gentils lui reprochaient que son changement de religion était la cause de sa ruine , il fit vœu , au pied des autels, de vivre et de mourir chrétien, en ajoutant, par un transport de zèle, que si tout le Japon et toute l'Europe , si les Pères de la Compagnie, et le Pape même, renonçaient à Jésus- Christ , pour lui , il le confesserait jusqu'au dernier soupir, toujours prêt, avec le secours du Ciel , à répandre tout son sang en témoignage de la foi.

Comme la piété du prince ne diminuait rien ni de sa valeur, ni de son habileté, ayant ramassé ce qui lui restait de troupes , il se rétablit peu à peu , et par la force des armes , et par des traités de paix. Ses principaux s'iins, après son rétablissement , furent de bannir l'idolâtrie de ses états et d'y établir la foi catholique. La dévotion le porta même à envoyer une solennelle ambassade vers le pape Grégoire XIII , qui en ce teraps-là gouvernait l'Eglise. Don Mancio, son ambassa<|eur, étant arrivé à Rome avec ceux du roi d'Arima et du

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prince d'Omura , ne se contenta pas de rendre obéissance au Yicaire de Jésus-Christ , en lui présentant nne lettre du roi don François , pleine de respect et de son* mission envers le Saint-Siège : il le supplia, au nom de son maître , de mettre TApôtre du Japon parmi les Saints que les fidèles honoraient , et il déclara à Sa Sainteté qu'elle ne pouvait faire une plus grande grâce au roi de Bungo.

Cependant la mémoire de Xavier était révérée plus que jamais dans toute TÂsie. Un ambassadeur du Graad-Mogol étant venu à Goa , pour demander des Pères de la Compagnie qui expliquassent à l'emperenr les mystères de la loi chrétienne , voulut voir le corps du père François Xavier ; mais il n'osa pas en approcher, qu'il n'eût ôlé ses souliers auparavant, avec toute sa suite qui était nombreuse : alors , s'inclinant tous jusqu'à terre , par diverses fois, ils rendirent leurs devoirs an Saint , commes'îis n'eussent pas été de la secte de Mahomet.

Les navires qui passaient h la vue de Sancian , sa* luaient de tout leur canon le lieu de sa mort. On descendait quelquefois dans l'île, seulement pour voir l'endroit oii son corps reposa deux mois et demi , et pour prendre de la terre d'un lieu si sacré , tellement que les Chinois, croyant qu'il y avait là un trésor caché, mirent des gardes à Tentour pour empêcher qu'on ne l'enlevât.

Un des nouveaux fidèles des Indes et des plus dévots à l'homme de Dieu , non content d'avoir vu le lieu de sa mort , eut la curiosité de voir celui de sa naissance ; si bien qu'il traversa des pays immenses , et passa les mers^ pour aller au château de Xavier. Entrant dans la chambre ou le Saint naquit , il se jeta à genoux , baisa dévotement le plancher et l'arrosa de ses lai*mes : après quoi , sans se soucier de rien voir davantage en Europe , il. reprit le chemin des Indes , comptant pour un grand trésor une petite pierre qu'il avait détachée des murailles de la chambre et qu'il emportait avec lui.

Au reste , les miracles éclataient partout. Cinq ou six personnes qui faisaient voile de Malaca vers la Chine , dans le navire de Benoît Coêglio, tombèrent malades

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jusqu'à être en danger de mort. Dès qu'on eut gagné Sancian , ils se firent porter dans le pré où Xavier fat enterré la première fois ; et là , se couvrant la tète delà terre qui avait touché le saint corps , ils furent sur-lechamp tout-à*fait guéris.

Xavier apparut à diverses gens de la côte de Travancor et de celle de la Pêcherie, tantôt pour guérir ou pour consoler des moribonds , tantôt pour délivrer des prisonniers et pour mettre des pécheurs dans la honne voie.

Son nom était propice sur mer dans les périls les plus évidents. Le vaisseau d'Emmaauel de Silva étant parti de Cochin et ayant pris la route de Bengale, au milieu du golfe , il s*éleva une si horrible tempête , qu'on fut contraint de couper les mâts et de jeter toutes les marchandises dans la mer. Lorsqu'on n'attendait plus que le naufrage , tous implorèrent le secours de l'Apôtre des Indes, François Xavier. Au même moment, une vague , qui venait fondre comme une montagne sur le navire pour le submerger , retourna en arrière et s'en alla en écume. Les matelots et les passagers , à la vue de ce miracle , invoquaient le Saint à haute voix , dès que la tourmente augmentait , et les vagues se retiraient toujoui*s au nom de Xavier ; mais, quand ils cessaient de l'invoquer , les flots s'enflaient excessivement , et battaient. le navire de toutes parts.

On peut dire que le Saint faisait ces miracles luimême , et presque en personne ; mais on ne saurait s'imaginer combien il s'en fil par les souscriptions de ses lettres, par les grains de son chapelet, par les pièces de ses habits , et enfin par toutes le&chosesqui avaient quelque rapport à lui.

Les croix qu'il avait plantées de sa main en diverses côtes, pour être vues de loin des mariniers et des voyageurs, étaient chargées des vœux et des dons que les chrétiens , les Sarrasins et les Idolâtres y attachaient tous les jours, en reconnaissance des gr&ces qu'ils recevaient par l'intercession du saint homme. La plus fameuse de ces croix était celle de Corate, où pendait une image de Xavier. Un aveugle recouvra la vue en embrassant cette croix; et deux malades furent guéris

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tant à coup, dont l'un, déjà vieux, avait une paralysie formée, et Taiitre se mourait d'un flux'de sang.

On fit des copies de l'image miraculeuse qui était à Corate, et Gaspard Gonzalez en apporta une à Cocbin. Il était onze heures de nuit qnaud il entra dans le port. Une heure après, le feu prit à la maison de Christophe Miranda, voisine decelle de Gonzalez. Comme un vent du nord soufflait alors, et que le bâtiment était presque tout de bois , l'embrasement commença avec furie, et d'abord une fille du logis fut brûlée. Les voisins s'étant éveillés au bruit du feu , jetèrent leurs meubles en confusion par les fenêtres , n'y ayant pas d'apparence de sauver les maisons, parce que celle de Miranda était la plus haute , et que les charbons ardents qui en sortaient de toutes parts, avec les flammes que le vent poussait, tombaient sur les toits, qui ne sont en ce pays-là que de feuilles de palmier toutes sèches et très propres à s'allumer. Dans un péril aussi extrême, Gonzalez se ressouvint de la sainte image qu'il avait apportée : s'étant mis à genoux avec tous ses domestiques, il la montra aux flammes et appela le père François à leur secours. Au m%me moment, le feu s'éteignit de lui-même, et la ville fut ainsi préservée de l'incendie, lorsqu'elle allait être réduite en cendres.

Une médaille, qui avait d'un côté l'image du Saint, et de l'autre celle de la Vierge tenant le petit Jésus , faisait encore de plus merveilleux effets. Elle était entre les mains d'une veuve très vertueuse de Cochin , née à Tamuçai , dans la Chine , et nommée Luce de Vellanzan , qui avait été autrefois instruite à Malaca des mystères de la foi par le père Xavier même, et qui avait cent vingt ans quand on l'interrogea juridiquement sur les miracles que sa médaille a opérés. Toutes les personnes infirmes qui venaient chez Luce recevaient leur guérison , dès qu'elles avaient fait le signe de la croix avec sa médaille sur la partie malade, ou qu'elle l'avait arrosée de l'eau où la médaille avait trempé, en disant seulement ces paroles : Au nom de Jéius et du père François , la êanié vous soit rendue.

J'en ai vu plusieurs , dit un témoin oculaire , qui ont été guéris en un instant par le seul attouchement de

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cette médaillé i leeuns, qui, tout gâtée au dedans , jetaient par le nex des chairs pourries et un pus d'une insupportable puanteur ! les autres, qui, réduits d une extrême maigreur par une phthisie de plusieurs années, ne paraissaient que des squelettes.

Mais les plus célèbres guérisons furent celles de Goozalve Rodriguez , de Marie Diaz et d'Emmanael FernandezFigberedo.

Il vint à Rodriguez une grosse apostume au cAté gauche, près du ôœur, et cela lui dura plusieurs mois. Les chirurgiens, de peur d'irriter le mal en faisant une incision dans un endroit si dangereux, tâchèrent de dessécher cette humeur par d'antres remèdes ; mais l'apostume dégénéra en un cancer, qui causait au malade de vives douleurs avec des maux de cœur et d'estomac continuels. Rodriguez , ayant appris ce que la chrétienne chinoise faisait par le moyen de la roâlaille dupère Xavier, Talla irouveraussiiôt et se mita genoux devant elle. La Chinoise ne fit que le toucher trois fois en faisant le signe de-la croix sur lui , selon sa coutume et dans le même moment le cancer disparut , la chair devint belle à l'endroit où était l'ulcère, et Rodriguez se sentit comme s'il n'eût jamais en de mal.

Marie Diaz était non seulement aveugle, mais paralytique de la moitié de son corps , du oMé droit; en sorte que le bras lui pendait de l'épaule comme mort, et qu'elle ne pouvait se soutenir sur une jambe. N'espérant plus rien des remèdes, elle se fit conduire au logis de Luce. La bonne veuve retint sept jours Marie Diaz , et la lava chaque jour avec l'eau où sa médaille avait trempé; le septième, elle fit le signe de la croix sur les yeux de la malade avec la médaille même, et alors Diaz recouvra la vue :8a paralysie se dissipa aussi tellement qu'elle vint toute seule et sans nul secours à l'église de la Compagnie, où elle laissa ses potences.

Pour Emmanuel Fernandez Figheredo , il avait depuis loug-terops les deux jambes tont ulcérées et si pourries qu'il en sortait des vers continuellement. Les médecins, pour détourner les humeurs qui tombaient sur les jambes du malade , mirent en œuvre loos les secrets de leur an ; mais ils ne gagnèrent rien par là :

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au contraire ^ les nerfs se rétrécirent si fort d'un côté, qu'une jambe en demeura plus courte que l'autre . Pour comble d'affliction , il survint à Figheredo une furieuse dyssenterie, qui , dans un homme âgé de soixante ans comme lui, et abattu par ses autres maux, fut jugée mortelle, et l'aurait été en effet , s'il n'eût eu recours à la médaille de Xavier. Il but de l'eau où avait trempé la médaille, après quoi il guérit parfaitement et de ses ulcères et de sa dyssenterie.

•Mais ce qu'on voyait tous les jours à Goa semblait effacerce qui se faisait ailleurs de plus merveilleux. Le corps dû Saint, toujours entier , avec un chair tendre et une couleur vive, était un miracle perpétuel. Ceux qui voyaient ce sacré corps avaient peine à croire que l'âme en fût séparée; et Diaz Carvaglio, qui avait connu Xavier particulièrement pendant sa vie, le voyant plusieurs aniifées après sa mort , lui trouva le teint si frais et le coloris si beau, qu'il ne put s'empêcher de s'écrier plus d'une fois : Ah! il est vivant!

Le viicaiire général de Goa, Âmbroise Ribera, voulut examiner lui-même si le dedans répondait au dehors. Ayant mis le doigt dans la blessure qu'on fit au Saint quand on l'enterra à Malaca , il en vit sortir du sang et de l'eau. La même chose arriva une autre fois à un frère de la Compagnie.

Le Saint fut un jour exposé publiquement, avec les pieds nus , à l'instance du peuple , qui , par dévotion , voulait les baiser. Une femme qui souhaitait passionnément d'avoir une relique de Xavier , s'étant approchée d'un des pieds comme pour le baiser , le mordit , et coupa avec les dents un peu de la chair : le sang coula aussitôt en abondante, mais un sang vermeil et tel qu'en ont les personnes les plus saines. Les médecins, qui visitaient le corps de temps en temps , et qui dé^ posaient toujours qu'il n'y avait rien de naturel dans ce qu'ils voyaient, jugèrent que le sang qui venait d'un corps privé de chaleur et sortait d'une partie aussi éloi> gnée du cœur qu'est le pied , ne pouvait être que l'effet d'une vertu toute céleste, qui non seulement préservait de corruption toutes les parties, mais qui faisait couler les humeurs et les maintenait dans le mouvement que la vie seule leur donne.

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Tant de merveilles se r^andirent de rOrîent par toute TËurope^ et touchèrent tellement le pape Paul V, qu'il exécuta enfin ce que ses prédécesseurs avaient projeté. Après un examen juridique des vertus et des miracles dont nous venons de parler , il déclara Bienheureux François Xavier ^ prêtre de4a Compagnie de Jésus f par une bulle expresse du 26 octobre de Tannée 1619.

Grégoire XV, qui succéda immédiatement & Paul V, le canonisa ensuite dans toutes les formes et avec toutes les procédures que TEglise garde en de semblables occasiens. La cérémonie en fut faite à Rome le 12 mars de Tannée 1622. Mais comme la mort empêcha ce Pape de faire la bulle de la canonisation, ce fut Urbain VIII , son successeur , qui la fit.

Cette bulle, datée du 6 août de Tannée 1523, est un abrégé et un éloge de la vie miraculeuse du Saint. Il y est dit que le nouvel Apôtre des Indes a reçu spirituel* lement la bénédiction que le Seigneur accorda au patriarche Abraham ;.qu'il a été fait le Père de plusieurs nations, et qu'il a vu ses enfants en Jésus-Christ multipliés au-dessu& des étoiles du ciel et des sables de la mer; qu'au reste son dpostolat a eu les signes d'une vocation divine, tels que sont le don des langues , le don de prophétie , le don des miracles , avec les plus parfaites vertus évangéliques.

La bulle rapporte presque tous les miracles que nous avons vus dans sa vie , particulièrement les morts ressuscites , et entre les guérisons miraculeuses qui se sont faites après sa mort, elle marque celle de Gonzalve Rodriguez , de Marie Diax et d'Emmanuel Fernandez Figberedo. Elle fait encore mention de deux guérisons célèbres dont nous n'avons rien dit : Tune est d'un aveugle , qui , ayant prié Dieu neuf jours de suite par Tordre de François , qui lui était apparu , recouvra la vue en un instant ; l'autre d'un lépreux , qui , s'étant frotté avec de Tbuile de la lampe qui brûlait devant l'image du Saint, fut guéri entièrement. Le Pape ajoute , dans sa bulle , que les lampes qui pendaient devant Timage qu'on révérait à Corate, brûlaient très souvent avec de l'eau bénite, comme si elles eussent

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été pleines d'huile, et que ce prodige étonnait les infidèles. Les autres miracles que nous avons rapportés, et dont la bulle ne parle point, sont contenus dans les actes du procès de la canoiiisation.

Depuis que le Saint Siège eut mis TApôtre des Indes au nombre des Saints , il n'est pas croyable combien la dévotion publique s*au^men|a partout envers lui. Les villes le prirent pour leur protecteur et pour leur pa* tron : on ne cessa point de lui faire des vœux et de lui dresser des autels ; on visita son tombeau avec plus de dévotion que jamais , et la chambre où il naquit fut convertie en une chapelle , que les pèlerins vinrent visiter en foule de tous les endroits du monde.

Au reste, on ne Tinvoqua pas en vain ; et si je vou* lais rapporter les miracles qui se firent tout de nouveau par son intercession, il me faudrait composer un livre aussi gros que celui-ci. Jen*ai garde non plus d'entreprendre le récit de ce qui arrivâtes années suivantes à P^tamo et à Naples. Je me contente de dire que Dieu y honora son serviteur par des merveilles qui nous paraîtraient incroyables , si celles qui les ont précédées ne nous avaient accoutumés à croire tout de Xavier.

Je ne parlerai pas même du fameux père MastrîUi , qui, étant à Tagonie, fut guéri tout à coup par le Saint, et qui, allant au Japon par le commandement du Saint même pour y être martyrisé , lui bâtit un superbe sépulcre à Goa. Il suffît qu'on sache que jamais Saint n'a été peut-être ni plus honoré ni plus aimé dans l'Eglise que saint François Xavier , et qu'il n'y a pas jusqu'aux ennemis de la Compagnie de Jésus , qui n'aient de la vénération et de la tendresse pQur lui.

Mais ces sentiments ne sont pas seulement des catholiques ; les hérétiques même révèrent Xavier , et Baldeus (1) parle de lui en ces termes dans son histoire des Indes : « Si la religion de Xavier convenait avec la » nôtre , nous le devrions estimer et honorer comme » un autre saint Paul. Toutefois, nonobstant cette

(1) M. révêque de Castorie cite cet auteur en sa lettre pastorale aux catholiques des Provinces-Unies , qui est à la tête du Traité de la lecture de l'Ëcriture saiote.

» différence de religion , son zèle , sa vigilance et la » sainteté de ses mœurs doivent exciter tous les gens 1» de bien à ne point faire Tœuvre de Dieu néglîgcm- ». ment ; car les dons que Xavier avait reçus poor » exercer la charge de ministre et d'ambassadeur de » Jésus-Christ, étaient si éminents que mon esprit » n'est pas capable de les exprimer. Si je considère » la patience et la douceur avec lesquelles il a présenté » aux grands et aux petits les eaux saintes et vives » de l'Évangile ; si je regarde le courage avec lequel 9» il a souffert les injures et les affronts , je suis con- » traint de m'écrier avec l'Apôtre : Qui est capable A comme lui de ces choses merveilleuses ? » Baldeus finit l'éloge du Saint par une apostrophe au Saint même : Plût à Dieu , dit-il , qu'ayant été ce que voim anez été, vous fussiez ou vous eussiez été des nôtres I

Richard Halkvit, aussi protestant, de plus ministre en Angleterre, loue Xavier sans aucune restriction : « Sancian , dii-il , est une île dans les confins de la » Chine et proche le port de Canton , fameuse par » la mort de François Xavier, ce digne ouvrier évan- » gélique, et ce divin maître des Indiens en ce qui 3> concerne la religion , qui , après de grands travaux , » après plusieurs injures et des croix infinies souffertes » avec beaucoup de patience et de joie, mourut dans » unecabane, sur une montagne déserte, Ie2 décembre » de l'année 1552 , dépourvu de toutes les commodités » de ce monde, mais comblé de toute sorte de béné- » dictions spirituelles, ayant fait connaître auparavant » Jésus-Christ à plusieurs milliers de ces Orientaux. » Les histoires modernes des Indes sont remplies des « excellentes vertus et des œuvres miraculeuses de ce » saint homme. »

M. Tavernier , qui a toute la probité qu'on peut avoir hors de la vraie religion , enchérit sur ces deux historiens, et parle comme un catholique : a Saint François r* Xavier , dit-il , finit en ce lieu sa mission avec sa vie, » après avoir établi la foi chrétienne, avec des progrès » admirables, dans tous les lieux où il avait passé, » non seulement par son zèle , mais aussi par son » exemple et par la sainteté de ses mœurs.

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» II n*a jamais été dans la Chine; néanmoins il y a » beaucoup d'apparence que le christianisme, qu'il » avait établi dans l'île de Niphon » s'étendit dans les » pays voisins et se multiplia par les soins de ce saint » homme , qu'on peut nommer à juste titre le saint » Paul et le véritable Apôtre des Indes. »

Au reste, si Xavier a été doué de toutes les vertus apostoliques, ne s'ensuit-il pas que la religion qu'il prêchait était celle des Apôtres ? T a-t-il la moindre apparence qu'un homme choisi de Dieu pour détruire l'idolâtrie et l'impiété dans le Nouveau-Monde , fût un idolâtre et un impie , lorsqu'il adorait Jésus-Christ sur les autels, qu'il invoquait la sainte Vierge , qu'il s'engageait à Dieu par des vœux, qu'il demandait des indulgences au souverain Pontife, qu'il employait le signe de la croix et l'eau bénite à la guérison des malades, qu'il faisait des prières et disait des messes pour les morts? Peut-on croire enfin que ce saint homme, ce faiseur de miracles, ce nouvel apôtre, ce second saint Paul , ait été toute sa vie dans la voie de perdition , et qu'au lieu de jouir maintenant du bonheur des Saints , H souffre les supplices des damnés?

Disons donc, pour finir cet ouvrage par où nous l'avons commeneé, que la vie de saint François Xavier est un témoignage authentique de la vérité de l'Evangile , et qu'on ne saurait regarder de près ce que Dieu a fait par le ministère de son serviteur , sans tomber d'accord que l'Eglise catholique apostolique et romaine est l'Eglise de Jésus-Christ.

FIN DE LA VIE DE SAINT F^lANÇOiS XATIEB.

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