ÉLOGE
Sersuadent , ses ayis sont des lois. Il arrive à Socotora , et en peu e Jours toute l'ile est changée. Il parait au cap de Gomorin , et vingt mille idolâtres viennent le reconnaître pour l'ambassadeur du vrai Dieu. Les insulaires de Nannar l'entendent , se font chrétiens , et meurent tous pour la foi.
Dans le sein de rinndélité et de la barbarie, la prédication de Xavier élève tons les jours de nouvelles églises : et quelles églises! disons-le , mes chers auditeurs , à Ta gloire de l'Evangile , à la confusion des réformateurs et de quelques mauvais critiques qui
Sarlent toujours de l'Eglise primitive pour déprimer l'Eglise des emiers temps ; des églises dont le seul aspect devenait nne
Xavier des ont
illustré les premiers siècles du christianisme ; des églises c[di renfermaient autant de saints que de néophytes , autanf de dépouilles arrachées pour jamais à l'enfer , que de barbares soumis une fois au christianisme : Spolia multitudinis gentium !
Mais , outre cette multitude de nouveaux chrétiens que Xavier amène lui-même à Jésus-Christ , j'en vois d'autres qui arrivent en même temps , et d'autres encore qui , quoiqu'éloignés , arriveront enûn aussi , et toujours sous les auspices et par les travaux de Xavier : Filii tut de longé ventent , et filiœ tuœ de latere surgent (Isai. 60. ). Car combien d'infidèles qui , sans être convertis par Xavier en personne , étaient néanmoins convertis par Xavier , parce qu'ils étaient convertis par le zèle , les instructions , le saint exemple de ceux que Xavier lui-même avait cqnvertis;
Sarce qu'ils devenaient enfants des églises fondées par Xavier , tanis que le saint apôtre en fondait ailleurs de nouvelles ? Filiœ ttia de latere surgent. Et combien d'infidèles qui ne vivaient pas même du temps de Xavier, lui sont néanmoins redevables de leur foi et de leur salut , et font partie de ses glorieuses conquêtes ! Les églises que Xavier a établies dans leur pays , le soin qu'il prit d'y perpétuer la foi , son esprit apostolique qui y a passé avec ses successeurs, qui les a formés, consolés , instruits, fortifiés, voilà ce qui rend Xavier l'apôtre des eénérations les plus reculées dans les vastes provinces de l'Inde , du Japon , de la Chine même uù il n'a pu pénétrer, où il a tant désiré de pénétrer. Cachés dans Tobscurité des siècles futurs , ces enfants de la foi rendent déjà hommage aux victoires de leur libérateur , comme les enfants de Lévi , suivant la pensée de saint Paul, honorèrent , avant que de naître , le sacerdoce de Melchisedech : Filii tut de longé venient. Déjà ils se déclarent appartenir à Xavier , ils se comptent entre ses conquêtes , et s'ajoutent eux-mêmes aux dépouilles dont il est chargé : Et atcepit spolia multitudinis gentium.
Combattre , vaincre des ennemis sans nombre et les soumettre à l'empire d'une domination inconnue, n'est pas toujours et dans toutes les circonstances le sujet d'une gloire éminente ; mais , quand ces ennemis sont dispersés par des distances énormes dans une grande partie de la terre , quand il faut un temps infini non seulement pour les soumettre , mais pour les découvrir et pour les Joindre , les combattre tous et les mettre sous le joug en fort peu de temps ^ sans autres armes que eelles de Xavier , est uh
exploit dont rantiquité prpfane n'a point d'exemple , et c'est l'ex-r
Ï»loit de Xavier. En dix ans, tout le pays depuis Goa jusqu'à 'extrémité de l'Asie, est parcouru , instruit, converti : Feriransitt usqw ad fines terrœ. Je porte les yeux vers l'occident , et je les porte vers l'orient; je regarde le septentrion et le midi , partout je vois la croix adorable du Sauveur des hommes plantée par Xavier; je vois les nations séparées par de vastes solitudes , par des mers immenses , par un groupe a*iles et de royaumes; et partout je vois Xavier , et presque en même temps. Toutes ces nations s'empressent à l'entendre et à lui obéir. Vous l'avez vu au milieu devons, peuples malabares, pataves, socotorains; insulaires de Ceylan , de Ternate , des Moluques ; habitants de Macazar , de l'île formidable du More , vous l'avez vu , ce grand ministre de Jésus-€hrist, cet invincible apôtre de son Évangile, au milieu de vos déserts stériles , de vos sables brûlants , de vos sombres forêts , dans vos chariots errants , sur- vos barques flottantes. Et vous , Japonais, dernier peuple de notre hémisphère, n'a-t-il pas pénétre jusqu'à vous, où jamais prédicateur de l'Evangile n'avait paru ? Quihus non est annuntiatum de eo (Rom. 15). Et n'est-ce pas chez vous qu'il a fondé une Eglise que toute la rase des persécuteurs n'a pu pervertir , et où il reste encore des chrétiens comme autant de semences précieuses prêtes à germer , quand il plaira au maître des temps de visiter ce champ désolé ? Pertranstit usque ad fines terrœ (1). Je ne finirais pas, si je voulais faire ici le journal de ses longs voyages et de ses victoires en tant de pays de la terre. 11 faudrait passer de Goa au Japon , du Japon à Malaca , de Malaca aux Moluques ; retourner de rechef au Japon , du Japon à Macazar , à Ceylan , aux îles de la Chine ; il faudrait vous expli^ quer l'état géographique de ces vastes contrées de l'orient, et vous parler d'une infinité de côtes et de pays barbares , que ce grand ouvrier de l'Evangile parcourait avec Une rapidité que j'essaierais de donner en vain à mon discours. Ce que j'ai dit suffit pour vous convaincre que Xavier était rempli de la force et de la ▼ertu de Dieu ; et la gloire de la prédication de Xavier n'est-ce pas la gloire de l'Ëvangilf. qu'il a prêché , et dont le divin auteur seul peut opérer de si grandes cnoses? Estr-ce une telle force
2 n'ont fait paraître nos prétendus réformateurs , auand, sur les ébris de l'Eglise catholique , ils ont assemblé quelques chrétiens séduits par la mollesse ae leur morale et par des déclamations
(i) u Cette terre, dit un faislorien, cultivée avec lant de soin , si féconde en » vertus éminenifs, arrosée de la sueur de t;int d'apôtres et du sang de tant n de martyrs , serait-elle fnippced'un analhème éternel ? le sang des martyrs , » qui» dans toutes les apires Eglises, a été le germe le plus fécond du chrislini> nisme, n'aurait-il servi au Japon qu*à la miner sans ressource? Cette chrér » tienléy si brillante des sa nairsance, ayant donné à lu Jérusalem céleste, en n moins décent ans, plus de citoyens que la plupart des autres Eglises durant » une longue suite de siècles, présumerons-nous que le nombre des élus, » compté pour elle comme pour chacune des autres, fût rempli dès lors? A » Dieu ne i>laise que nous mettions des bornes à ses miséricordes , ou que nous » entreprenions de sonder les voies de sa justice ! O profondeurdes conseils et » dcsjugementf du Tivs-tlaul ! nous écrierons-nous on voyant que la nation , )) la plus propre en apparence au ro}'aume de Dieu, est retombée dans les tén Délires les plue difficiles à dissiper que jamais. t> Histoire de l'Eglise , par l'abbé Hérault- Bercastel.
418 ÉtOGC
injurieases contre nos dogmes , pour former deç éslises. isolées, stériles f resserrées dans une ou oeux provinces de 1 Europe? Estce une telle force qu'a fait paraître le prophète de l'Arabie , lorsqu'attachant des idées religieuses au brigandage , il établit , avec le fer et le feu , le règne de la superstition des passions ? Le moyen de- faire connaître la force du saint apôtre des Indes dans toute son étendue, n'est-ce pas de lui opposer la faiblesse des maîtres de l'erreur ? Plenus fortitudine. Encore un peu d'attention , et je finis.