‹ Vie de St. François Xavier de la Compagnie de JésusChapitre 6 sur 79 · LIVRE PRBMIBR · texte numérisé non relu

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manda 9x1 roi Jean III ce qu'il lui avail déjà mandé de Paris, sur le bruii commun, que des hommes comme ceux-là , savants , humbles , charitables, brûlants da zèle des âmes , infaii$?;ibles au travail , amateurs de la croix , et qui ne cherchaient que la plus grande gloire de Dieu , éiaieni lous propres à planter la foi dans les Indes orîeniales. I! ajoutait que , si Ton voulait avoir de ces excellents <iuvriers, il ne fallait qu'en demander au souverain Pontife, qui disposait d'eux absolument.

Jean III, le plus religieux prince de son siècle , écrivit là-dessus à son ambassadeur don Pedro Mascaregnas, et lui ordonna d'obtenir du Pape pour le moins six de ces hommes apostoliques dont parlait Govea. Le Pape, ayant entendu la proposition de Mascaregnas, renvoyti Talfaire au père Ignace, qu'il considérait déjà extrêmement , et qui avait présenté depuis peu à Sa Sainteté le plan du nouvel ordre que Itii et ses compagnons voulaient établir.

Ignace, qui ne se proposait pas moins que de réformer toute la terre, et qui voyait les besoins pressants Ae TËurope , que l'hérésie infectait de tous côtés , ré- {pondit à Mascaregnas que, de dix qu'ils étaient, il ne {pouvait lui en donner que deux tout au plus. Le Pape lapprouva cette réponse, et voulut qu'Ignace fît le choix .lui-même. Ignace nomma donc Simon Rodriguez, jportugais , et Nicolas Bobadilla , espagnol. Le premier jetait occupé à Sienne , et l'autre dans le royanme de Naples, suivant les intentions du saint Père. Quoique Rodriguez eût la fièvre quarte quand il fut rappelé de Sienne f il ne laissa pas de s'embarquer , peu de temps après, sur un navire de Lisbonne, qui partait de Civita-Vecchia, et il emmena avec lui Paul de Caroerin, qui s'était joint à eux depuis quelques mois.

Pour Bobadilla , à peine eut-il gagné Rome, qu'il tomba malade d'une fièvre continue, et on peut dire que son mal fut un coup du Ciel , qui en avait destiné nn autre que lui à la mission des Indes ; car ce qui semble quelquefois un hasard ou im effet purement naturel dans la vie des hommes, est une disposition de la Providence divine , qui va , par des voies secrètes , aux fins qu'elle se propose , et qui prenfl plaisir à /

I exécuter ses desseins d'une manière également douce } et forie.

Mascaregnas, qui quittait son ambassade, et qui voulait mener en Portugal le second missionnaire qu'on lui avait promis , était à la veille de son départ, lorsque le missionnaire arriva. Ignace, voyant Bobadilla hors d*étal de se mettre en chemin, pensa devant Dieu à renfiplir sa place , ou plutôt à choisir celui que Dieu même avait élu. Un rayon céleste Téclaira d'abord , et lui fit connaître que François Xavier était ce vaisseau ' d'élection. Il l'appelle au même moment, et, tout rempli de Tespril divin : Xavier, lui dit-il, j'avais nommé Bobadilla pour les Indes ; mais le Ciel vous nomme aujourd'hui , et je vous l'annonce de la part du vicaire de JésuS' Christ, Recevez l'emploi dont Sa Sainteté vous charge par ma bouche, comme si Jésus' Christ vous le présentait lui-même, et réjouissez^ious d'y trouver de quoi satisfaire ce désir ardent que nous avions tous de porter la foi au delà des mers- Ce n'est pa^ ici seulement la Palestine, ni une province de l'Asie, ce sont des terres immenses et des royaumes innombrables , c'est un monde entier. Il n'y a qu'un champ si vaste qui soit digne de votre courage et de votre zèle. Allez y mon frère, où la voix de Dieu vous appelle , où le Saint-Siège vous envois , et embrassez tout du feu qui vous brûle,

Xavier, attendri et confus du discours d'Ignace, répondit , les larmes aux yeux et la rougeur sur le front, qu'il ne pouvait assez s'étonner qu'on pensât à an homme aussi faible et aussi lâche que lui , pour un emploi qui ne demandait pas moins qu'un apôtre; qu'il était pourtant prêt à obéir aux ordres du Ciel, et qu'il s'offrait de bon cœur à tout pour le salut des Indiens. Ensuite, faisant éclater la joie qu'il sentait au fond de l'âme , il dit confidemmeot à son père Ignace que ses vœux étaient accomplis; que depuis longtemps il soupirait après les Indes sans oser le dire, et qu'il espérait recevoir des terres idolâtres la grâce de mourir pour Jésus-Christ, que la Terre-Sainte lui avait refusée.

Il ajouta , dans le transport où il était , qu'il voyait clairement ce que Dieu lui avait montré plusieurs fois sous des figures mystérieuses. En effet, Xavier son-

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geait, la nuit, très souvent, qu'il portail sur ses épaules un grand Indien fort noir; et ces songes le fatiguaient de telle sorte , qu'il gémissait et soupirait en dormant, comme s'il eât souOerl beaucoup et qu'il eût été hors d'haleine, jusque-là que ses gémissements et ses soupirs éveillaient ceux qui couchaient dans la même chambre que lui ; et une nuit le père Layncz s'étant éveillé, lui demanda ce qu'il avait à se plaindre; Xavier conta sur-lechamp son songe à Laynez , et dit même qu'il en suait à grosses gouttes.

Outre cela, il vit une fois, durant son sommeil , ou dans une extase , de vastes mers pleines de tempêtes etd'écueils, des îles désertes, des terres barbares, et partout la faim , la soif et la nudité , avec des travaux infinis , des persécutions sanglantes et des dangers de mort évidents.

A cette vue , il s'écria : Encore plus, Seigneur, encore plus; et le père Simon Rodriguez entendit distinctement ces paroles ; mais quelque instance qu'il fît pour savoir ce qu'elles signifiaient^ il ne le sut point alors, et Xavier ne lui en révéla le mystère qu'en s'embarquant pour les Indes.

Ces idées, dont Xavier avait l'imagination remplie, le faisaient parler, à toute heure, du Nouveau Monde et de la conversion des infidèles : il n'en parlait point, ao reste, que son visage ne s'enflammût et que les larmes ne lui vinssent aux yeux. C'est le témoignage que rendit de lui le père Jérôme Domenec, qui, avant que d'entrer h la Compagnie, l'avait pratiqué à Bologne et avait lié avec lui'une amitié très étroite.

Comme Kavier ne fut averti pour le voyage des Indes que la veille du départ de Mascaregnas, il n'eut que le temps qu'il fallait pour faire raccommoder sa soutane, pour dire adieu à ses amis et pour aller baiser les pieds au Saint Père.

Paul III, ravi de voir, sous son pontificat « la porte ouverte à l'Evangile dans les Indes-Orientalés, le reçut avec une bonté toute paternelle, et l'excita à prendre des sentiments dignes d'une si haute entreprise, lui disant, pour l'encourager, que la Sagesse étemelle nous âonne toujours de quoi soutenir les emplois qu'elle

nous destine , quand même ils seraient au-dessus des forces humaines ; qu'à la vérité il trouverait bien des occasions de souffrir , mais que les affaires de Dieu ne réussissaient que par la voie des souffrances , et qu'on ne devait prétendre à Thonneur de l'apostolat qu'en suivant les tjraces des Apôtres , dont la vie avait été une croix et une mort continuelles; que le Ciell'envoyait sur les pas de l'apôtre des Indes, saipt Thomas, à la conquête des âmes; qu'il travaillât généreusement h faire revivre la foi dans les terres où ce grand apôtre l'avait plantée ; et que , s'il lui fallait répandre «on sang pour la gloire de Jésus-Christ, il s'estimât heureux de mourir martyr.

Il semble que Dieu parla lui-même par la bouche de son vicaire , tant ces paroles firent d'impression sur l'esprit et sur le cœur de Xavier. Elles le remplirent d'une force toute divine ; et , en répondant à Sa Sainteté , il fit paraître, avec une humilité profonde, une telle grandeur d'âme, que Paul III eut dès lors comme un présage certain des événements merveilleux qui arrivèrent dans la suite. Aussi , le saint Père , après lui avoir souhaité une spéciale assistance de Dieu dans tous ses travaux , l'embrassa tendrement plus d'une fois, et lui donna une très ample bénédiction.

Xavier partit , en la compagnie de Mascaregnas, le 15 mars de l'année 15^0 , sans autre équipage qu'un bréviaire. En disant le dernier adieu au père Ignace > il se jeta à ses pieds, et lui demanda sa bénédiction; et, en prenant congé de Laynez, il lui mit entre les mains un petit mémoire qu'il avait écrit et signé. Ce mémoire, qui se conserve encore à Rome, porte qu'il approuve , autant qu'il dépend de lui , la règle et les constitutions qui seront dressées par Ignace et par ses compagnons; qu'il élit Ignace général, et Le Fèvre au défaut d'Ignace; qu'il se consacre à Dieu par les trois vœux de pauvreté , de chasteté et d'obéissance , dans la Compagnie de 'Jésus, pour le temps qu'elle sera en religion avec l'autorité apostolique.

C'est ce qui s'attendait au premier jour , et ce qui se fit avant la fin de l'année, d'une manière presque miraculeuse , ainsi qu'on peut voir dans la Vie de saint Ignace.

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Le voyage de Rome à Lisbonne fut toujours par terre, et dura plus de trois mois. On avait donné un cheval à Xavier , par Tordre de Tambassadeur , mais dès qu'on fut en chemin , ce cheval devint commun. Le Père descendait souvent pour soulager les valets qui SQiviiienl à pied , ou changeait de cheval avec ceux qui n'étaient pas bien montés. Aux hôtelleries, il se faisait le valet de tout le monde , et pansait quelquefois les chevaux , par un excès de ferveur qui lui fit oublier en ces rencontres la dignité de son caractère. Il cédait sa chambre et son lit aux gens qui n'en avaient point, et ne couchait guère qu*à terre ou sur la paifle. dans une écurie : toujours gai au reste, et tenant des discours agréables, qui faisaient rechercher sa compagnie, mais y mêlant toujours quelque chose qui édifiait les maîtres et les serviteurs , et qui inspirait des sentiments de piété aux uns et aux autres.

Ils allèrent par Lorette , où ils demeurèrent plus de huit jours , et après ils continuèrent leur chemin par Bologne. Xavier écrivit de là au père Ignace , et il le fit en ces termes :

« Pai reçu, le saint jour de Pâques, la lettre que ^ vous m'avez écrite, et que vous m'avez envoyée dans <> le paquet de M. l'ambassadeur : Dieu seul sait quelle '^ ^ été ma joie en la recevant. Conrme je ne crois pas » que nous traitions jamais ensemble sur la terre que » par lettres , nî que nous nous voyions qu'au Ciel , " il faut que , durant le peu de temps qui nous reste ^^ vivre dans ce lieu de bannissement, nous nous » coDsolionsl'un l'autre par des lettres fort fréquentés. " ^e serai , de mon côté , très exact ; car étant per- ** soadé de ce que vous me dîtes si sagement à mon ' départ, qu'il doit y avoir un commerce réglé et une

* correspondance mutuelle entre les colonies et les ' métropoles , ainsi qu'entre les filles et les mères , j'ai ' résolu , en quelque pays du monde que je sois , ou

* que soit avec moi une partie de notre société , d'avoir

* des liaisons étroites avec vous et avec les Pères de

* Kome, et de vous mander de nos nouvelles le plus

* en détail qu'il sera possible.

* J*ai pris mon temps pour voir le cardinal Invrea ,

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» comme vous me l'aviez ordonné , et je l'ai entretenu i> à loisir. Il m'a reçu avec beaucQup de bonté, et m'a >) offert très honnêtement son crédit pour nous tous. » Au milieu de l'entretien que nous avons eu ensem- » ble , je me suis jeté à ses pieds , et je lui ai baisé ta i main au nom de toute la Compagnie : autant que je » puis juger par ses paroles , il approuve fort notre » manière de vivre.

y> Pour M. l'ambassadeur, il me comble de tant de » grâces , que je ne finirais jamais si je voulais vous les » raconter ; et je ne sais comment je pourrais souffrir » tous les bons offices qu'il me rend , si je n'espérais » de les payer dans les Indes aux dépens de ma vie » même. Le dimanche des Rameaux , j'entendis sa con- » fession et celle de plusieurs de ses domestiques ; je » les communiai ensuite dans la sainte chapelle de Lo- » rette , où je dis la messe : je les confessai encore et je » leur donnai la communion le jour de Pâques. L'an- » mônier de M. l'ambassadeur se recommande fort à y> vos prières ; il me promet de venir avec moi aux To ludes. Je suis ici plus occupé à confesser que je n'é- » tais à Rome dans Saint- Louis. Je salue de tout mon » cœur tous nos Pères ; et si je ne les nomme pas cha- » cun par leur nom , je les prie de croire que ce n'est » pas manque de souvenir.

» De Bologne, le 31 de niars 1540.

« Votre frère et serviteur en Jésus-Christ ,

Toute la ville de Bologne se remua au passage de Xavier ; elle lui était très affectionnée, et le regardait , en quelque sorte, comme son apôtre. Les petits et les grands voulurent le voir : la plupart lui déco^ivrirent l'étal de leur conscience ; plusieurs s'offrirent à lui pour aller aux Indes : tous pleurèrent en le voyant partir , pensant qu'ils ne le reverraient jamais. Jérôme Casalinî, curé deSainte-Luee, qui l'avait logé l'année précédente, fut ceiui qui lui témoigna le plus d'amitié; il l'obligea encore de prendre sa maison , et c'est dans son église que Xavier ouït les confessions d'une Infinité de per^ sonnes.

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