‹ Vie de St. François Xavier de la Compagnie de JésusChapitre 72 sur 79 · PRÉCIS DE LA VIE · texte numérisé non relu

PRÉCIS DE LA VIE

DE LA. COMPAGNIE DE JÉSUS, ET RELATIOM DU «RAND MARTYRE DU JAPON , EH 1622 ;

Par 1« R. P. 9m WfUOAjUKB y de Ift mêind Compagnie.

Ghablbs-Spinola, fils d'Ociave comte deTassarole, oac|uit à Gènes l'an 1564. Aussitôt qu'il fut en â^e d'apprendre le latin , on le mit au collège ; maïs ses études furent interrompues par an iroyage que le comte son père fit en Espagne , où il mena sa famille.

Ce Toyage ne fut pas néanmoins fort long. Le comte, qui voulait que son fils étudiât , le ramena incontinent en Italie , et comme l'eipérience fait voir que les enfants de qualité ne s'élèvent presque jamais bien dans la maison paternelle , il renvoya à Noie au cardinal Spinola , son frère , qui en était alors évéque. Le cardinal , qui savait les bennes dispositions qu'avait son neveu pour recevoir une éducation heureuse ,. en prit volontiers le soin , et lui donna un appartemenl dans son palais , d'où il l'envoyait tous les jours aux Jésuites pour eontinuer ses études.

Charles avança si fort en peu de temps , que le cardinal , jugeant qu'il était capable de joindre les exercices de l'âcadémic à cens du collège, fit venir des maîtres pour les lui apprendre.

L'application qu'il apporta à tant de diverses occupations, marque qu'il agissait dès lors par cette belle maxime qui a servi depuis de règle à toutes les grandes actions de sa vie ; Faites bien ce que vous faites ,• car il fut susceptible , dès ses plus tendres années^ de tous les sentiments des hommes sages. Il avait le jugement solide et le sens droit, l'âme noble , grande , capable d'un dessein extraordinaire , et dans ses entreprises un courage et une constance à Tépreuve de tous les obstacles. Après sa mort un de ses amis fit voir une lettre de lui , dans laquelle il avouait qu'il était né plein d'ambition , qu'il aimait naturellement la gloire , et que , s'il fût demeuré dans le monde , il n'eût point voulu de fortune que celle qui est le fruit d'une belle réputatioti.

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Avec de semblables dispositions , ouoiqu^il ne se déclarât ' point encore ni pour répée ni pour I Eglise , il était aisé de juger que, quelque profession qu'il embrassât^ il y serait un jour un grand homme.

Le jeune comte vécut ainsi jusqu'à Tàge de dix-neuf ans, selon la prudence des enfants du siècle, attendant, pour choisir un état de vie , ou que la libéralité du cardinal son oncle lui ouvrit la porte aux honneurs ecclésiastiques , ou que TËmpereur , dont le comte son père était grand écuyer, lui donnât quelque emploi qui loi aervU d'entrée dans le monde. Mais Dieu qui en voulait faire un enfant de lumière, effaça bientôt de son esprit toutes ces vaines idées de la grandeur humaine, et lui inspira le désir de cette gloire solide que trouvent les humbles de cœur en la Croix de Jésos* Christ.

Sa vocation commença d'une manière qui n'est pas ordinaire à cet âge. La Providence qui agit avec douceur et qui accommode ses grâces au tempëramment de ceux qui tes reçoivent, a coutume d'appder les jeunes personnes à la vie religieuse par les sentiments d'une dévotion tendre, et assez souvent même par je ne sais quel attrait qu'a naturellement cette vie tranquille ; parce que l'esprit encore peu éclairé à cet âge suit aisément le penchant du cœur : mais elle n'en use pas d'ordinaire ainsi à l'égard des hommes faits, à qui Texpérience et un long usage du monde ont donné plus de lumière. Elle leur gagne au contraire le coeur par l'esprit , et leur inspire le désir de se donner à Dieu , en leur faisant comprendre , par les profondes méditations qu'elle leur fait faire sur les vérités étemelles , que l'on ne trouve de repos et de solide bonheur qu'en lui seul. L'esprit mûr et avancé de Charles Spinola se trouvant tout disposé à cette dernière sorte de vocation , Dieu lui découvrit le danger (|u'il y a de se perdre dans le monde , au moment qu'il y allait entrer ; il eut horreur du siècle , lorsqu'il l'envisagea de près , et plus il en considéra toutes les routes , plus elles lui parurent incertaines et pleines d'écueils.

Il avait déjà résolu de quitter le monde , et il en était sur le choix d'une religion , lorsqu'on apprit en Italie la mort illustre du père Rodolphe Aquaviva , fils du due d'Atri, qui , avec quelques autres missionnaires de la Compagnie , venait de souffrir le martyre pour la Foi dans les Indes Orientales. Charles trouva dans cette mort quelque ckKise de si glorieux et de si digne d'envie , qu'il se ^euttl au même instant transporté de désir pour le martyre , et ne pensa plus qu'à s'y disposer , en embrassant le inéme genre de vie qu'avaient suivi ces hommes apostoliques : à quoi ne con-

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' tribua pas peu aussi le discours que lui tint un jour un fort grand serviteur de Dieu , qui , le tirant à quartier , lui dit ces paroles , qu'il eut toujours depuis ce temps-là profondément gravées dans le cœur : « Charles , vous serez jé- » suite ; vous irez au Japon , et vous aurez le bonheur d'y » répandre votre sang pour Jésds-Ghbist ».

La grâce de la vocation religieuse est pressante : quand une âme en est touchée , elle regarde le monde comme le peuple dlsraél regardait TEgypte pendant qu'il y était en captivité, et soupire après la Beligion comme après une terre promise , où elle a établi son repos et tout le bonheur de sa vie. Charles , qui était d'ailleurs d'un naturel plein de feu , ne fut pas longtemps sans découvrir son dessein au recteur des jésuites de Noie , et il en écrivit bientôt après au provincial ; mais quelque impatience qu'il eut d'être reçu , il fallut attendre que les Pères eussent examiné sa vocation , et que ses parents Fensscnt éprouvée»

Il eut besoin de toute la constance et de toute la fermeté de son courage pour surmonter leur résistance. Comme il . savait bien néanmoins que le cardinal Spiuola , son oncle, serait maître de Taffaire , et que l'autorité qu'il avait dans sa famille ferait aisément joindre à ses sentiments le comte son père et le reste de ses proches , il cr^it qu'il devait sur toutes choses s'attacher à le gagner. Il écrivit à Rome , où il était alors , des lettres fort empressées , et il n'omit rien de ce qu'il s'imagina capable de le fléchir , mais enfin voyant qu'il n'en recevait point de réponse positive , et qu'il trouvait toujours quelque préteste pour différer , un jour que le cardinal avait mandé qu'il fallait attendre le retour du recteur de Noie , qui était allé faire un voyage , et qu'il lui ferait savoir plus particulièrement ses intentions par ce père , il lui écrivit celte lettre pleine d'une sainte impatience, et qui marquait un esprit résolu. à mettre en usage les moyens les plus eitraordinaires pour venir à bout de son entreprise :

a On m'a dit que le père recteur ne reviendrait pas de » longtemps : ainsi ne le pouvant attendre , je supplie vo- » tre éminence de m'envoyer par le premier ordinaire la » permission que je lui demande , afin que^e puisse entrer » dans la Compagnie le jour de saint Thomas. Je la conjure » de ne différer plus , car je ne puis plus souffrir de retari> dément. Nousn'avoi^s pas besoin du père recteur; le père » provincial est ici qui me recevra. Si votre éminence avait » dessein de me remettre jusqu'à ce que j'eusse eu réponse » -de mon père , je lui déclare que je ne l'attendrai point : » j«n'ai même traité cette affaire avec vous quepar res^

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