‹ Vie de St. François Xavier de la Compagnie de JésusChapitre 73 sur 79 · TII · texte numérisé non relu

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» poct et par bienséance; car je suis persuadé que, pour 1» exécuter de pareils desseins on n'a besoin du congé de )> personne. Si je suis assez malheureux pour ne pas obtenir » celui que je tous demande , je serai enfin conlraint d'user » du droit que Dieu me donne ; j'irai m'enfermer cbez les » Pères ; il n'auront pas le courage de me chasser , sachant n quMIs doivent plus de respect aux ordres de Dieu qui n m'appelle chez eux, qu'à la volonté des hommes qui » veulent m'empécher d'y entrer. Quand ils me fermeraient » la porte , j'aurais assez de hardiesse pour en écrire au V Père général , et je crois même que mon zèle me porte- » rait à implorer l'assistance du souverain pontife. Au pis b aller , je trouverai toujours quelque coin dans les extré- » mités du monde pour y vivre de racines et d'eau ; car si » Dieu est pour moi, qui sera contre? Si ce que je vous » écris ici est trop fort , jugez par-là de l'ardent désir que » j'ai de suivre ma vocation. J'espère qu'un cardinal de la » sainte Eglise n'emploiera pas l'autorité que loi donne une » dignité si auguste , pour empêcher qu'une personne qui » a rhonueur d'être son neveu , ne jouisse d'un si grand » bien , et qu'ayant toujours aimé la Compagnie , comme n VOUS avez fait, vous m'aiderez de votre faveur et de votre » crédit pour y i^ntrer. »

Le cardinal , qui avait de la vertu , et qui éprouvait de bonne foi la vocation de son neveu pour connaître si elle était bonne , non , comme font une infinité de gens , pour Ten dégoûter et l'en distraire , voyant tant de fermeté et de constance , crut qu'il n'y avait plus à douter que cette vocation ne vint de Dieu , et lui envoya son consentement qui portait celui de toute la famille. On ne peut dire avec quelle joie le jeune comte reçut cette nouvelle. Sa promptitude à quitter le monde aussitôt qu'il Jui fut permis, fit voir combien il en était détaché; car il n'eut pas plutôt reçu la lettre du cardinal , qu'il Talla communiquer aox Pères , et qu'ayant dit adieu à ses amis, il entra au noviciat de Noie le 23 décembre ltf84 , âgé pour lors d'environ vingt ans.

Il commença la vie religieuse avec une application et une ferveur qui le rendit en peu de temps digne d'être proposé aux autres comme le modèle d'un parfait Jésuite. Il fit la première année de son noviciat à Noie , la seconde à Lèche , et ses vœux à Naples , la veille de Noél , avec on sentiment particulier de dévotion , en considérant les liens du Sauveur enfant , dont ses vœux lui semblaient être une parfaite imitation. Il devait faire sa philosophie au même lieu ; mais s'étant trouvé mal durant la logique, d'un grand

eraehement de sang , on fut obligé de le faire changer d*air. Celui de Borne Payant un peu remis , il y é(udia quelque temps en mathématiques, sous le célèbre Clavius; d'où étant envoyé à Milan , il y rétablit si bien sa sanfé , que ses supérieurs le trouvant en état de continuer ses éludes et de s'acquitter des autres fonctions de sa profession , renvoyèrent à Bréra , où il acheva sa philosophie , et enseigna une classe de graniimaire , après laquelle , comme il avait du génie pour les mathématiques, pn voulut qu'il les allât enseigner à Milan , en même temps qu'il étudierait en théologie.

Dans tous ces lieux et dans tous ces états , on le vit (ou jours marcher d'un pas égal dans le chemin de la perfection. Quelques-uns de ceux qui avaient en le plus de part à sa confidence , firent , après sa mort , cette courte mais vive peinture de ses vertus : « Que c'avait été un religieux d'une i> régularité exemplaire , ennemi de ses propres commodités » et grand amateur de la Croix , également appliqué et cons- » tant en tout ce qui regardait la gloire de Dieu. »

Il était assidu à Toraison , et y employait plus de temps que les autres; mais loin de la conduite de ceux qui , par un esprit de singularité , négligent les choses communes pour ne faire que ce qu'ils font tpus seuls , il ne faisait aucune prière avec plus d'application et de soiu que les prières ordinaires et prescrites par la règle.

Un de ses amis avait remarqué que , depuis le temps de son noviciat, il faisait toujours à genoux Theure de méditation qu'on fait dans la Compagnie;, et dans une situation de corps si modeste , qu'on eût dit qu'il eût été immobile. Il avait composé quelques prières vocales qu'il récitait tous les jours : on les trouvera à la fin de cette histoire , avec ane nouvelle manière de couronne , • qu'il avait inventée à Thonneur de la sainte Vierge , à laquelle il était fort dévot ^ persuadé , contre Terreur de ceux qui méprisent ces menues pratiques de dévotion , que la force chrétienne dont on a besoin dans les grandes entreprises , telles qu'étaient celles qu'il méditait, ne s'entretient que par l'onction d'une tendre et àfièctueuse piété.

Il ne parlait guère que de Dieu , soit dans les conversa^ tîons ordinaires qu'on a dans la Compagnie après les repas , soit dans les promenades qu'on fait une fois la semaine en été pour prendre l'air à la campagne ; où assemblanft ceui qu'il connaissait de même goût sur cela que lui , Il faisait des conférences spirituelles , dont il tirait beaucoup de profit pour son avancement dans la vertu. Il eut le bonheur de trouver partout des amis d'une sainteté extraordinaire. A

Noie, il eut pour maître des uovices le père Barthélemi Ricci , celui qui lui avait prédit , lorsqu'il était encore écolier, son entrée dans la Compagnie et son martyre au Japon. A Lèche » il acheva son noviciat sous la conduite du père fiernardin Réalin , homme comparable à saint François de Paule , par un don de miracle et de prophétie qui a fait délibérer au Saint-Siège de fe mettre au nombre des Saints. A Naples , il se vante lui-même d'avoir contracté amitié avec le bienheureux Louis de Gonzague , jeune prince de la Maison de Mantoue, plus illustre par sa sainteté que par réclat de sa naissance.

De si grands modèles de vertus ne pouvaient que contribuer beaucoup à la perfection de notre Charles . qui allait croissant de jour en jour avec un progrès surpreoant. Il aimait la mortification et les souffrances , macérant continuellement son corps par le cilice , par le jeûne et par d'autres sortes d'austérités qui sont en usage dans la Religion. Il fuyait également le plaisir et la gloire : on eut de la peine à le faire consentir à soutenir des thèses de théologie , parce qu'il crut qu'il y avait eii cela quelque sorte de distinction et d'honneur.

Ayant vu que , dans les traités de mathématiques qu'il avait donnés , quelques-uns de ses écoliers avaient mis son nom , il l'effaça partout où il put. Il disait que trois principales raisons l'avaient déterminé ^ demander la mission du Japon: la première, pour avancer le salut' de ces peuples; la seconde . pour être dans un lieu, où, loin de ses parents, son nom fût toui^à-faii inconnu : la troisième, pour éviter d'entrer dans les charges de la Compagnie.

On ne peut dire avec quelle ardeur il demanda celte mission ; elle avait été l'attrait de sa vocation, et dés sa seconde année de noviciat , se trouvant sous la direction du père Remardin Réalin , ce fut une des premières choses sur lesquelles il le consulta. Le saint homme s'étant mis en prières pour savoir la volonté de Dieu , confirma Charles dans son dessein , lui promettant d'en écrire lui-même au Père général , et de se rendre caution, auprès de lui , que ce voyage réussirait à la gloire de Dieu et au bien des âmes. Charles affermi par celte réponse dans une si sainte résolution , ne pensa plus qu'à obtenir la permission de l'exécuter, n'ayant jamais douté depuis ce temps-là , comme il l'a dit souvent lui-même , du succès de sou entreprise , quoique la faiblesse de sa santé y parût un obstacle invincible.

En attendant cette permission , qu'il sollicitait avec des empressements incroyables , il se disposait à travaillei" au salut des Japonais en travaillant au salul de ceux dont on

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lui confiait la conduite , soit dans les classes qu*on lui fit enseigner , soit dans les congrégations de Notre-Dame , dont on lui donna la direction longtemps même avant qu'il fût prêtre. Il faisait son principal emploi de cultiver ces jeunes^ plantes ; et il croyait son temps si bien employé , que non content des exhortations qu'il leur faisait à tous en public , il avalises heures réglées pour entretenir chacun en particulier et entrer dans le détail de da conduite.

Son zèle ne se bornait pas là , quand il trouvait occasion de rétendre. Durant les vacances il parcourait les bourgades elles villages delà campagne, préchant et faisant le catéchisme ; emploi qu'il estimait si fort qu'il dit au père Jean- Baptiste Pore , qui était son ami intime , que s'il ne fût point allé au Japon , il avait pris résolution d'y employer le reste de sa vie , il en avait même déjà demande permission.

Il y avait environ dix ans que Charles était dans la Compagnie, lorsqu'ayant achevé ses études, on lui fit prendre Tordre de prêtrise. Le sacerdoce renouvela sa ferveur, ^t augmenta la dévotion qu'il avwit au saint Sacrement; il se préparait avec un soin particulier aux saints mystères. 11 se confessait plusieurs fois la semaine pour approcher de TAutel avec plus de pureté , et il le faisait avec tant de larmes , qu'on l'entendait pleurer des chambres voisines. Il disait son office à genoux, et il g^rda constamment cette coutume niéme parmi les fatigues des missions. Il attendait alors plus que jamais ses ordres pour celle du Japon , pour laquelle , en finissant sa théologie , il avait recommencé ses instances; mais il ne put encore l'obtenir.

Afin néanmoins de lui donner une occupation qui eût quelque rapport à celle qu'il désirait , on l'envoya à Crémone avec un autre pour y faire une mission. Il y travailla beaucoup , préchant non seulement dans les Eglises , mais souvent même dans les places publiques : aussi y fit-il beaucoup de fruit. Il y rétablit Tusage du catéchisme qui y était presque aboli , instituant des congrégations d'hommes et de femmes de qualité , pour pratiquer cette bonne œuvre envers ce<ix qui en auraient besoin. Il réforma un couvent de filles , qui , par un grand relâchement , avaient leur bien chacune en particulier, et sut si bien leur inspirer l'amour d« la pauvreté religieuse, que, d'un commun consentement elles firent un décret sévère contre celles qui se trouveraient désormais coupables de propriété, et le firent confirmer par t'Evéque. Celte action plut tant à ce prélat, qu'elle lut fit prendre le dessein de fonder un collège de la Compagnie à Crémone , comme il fit en efiet depuis. Il est à croire que les choses importantes que fit le père Spinola dans cette

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mission plarent encore plus à Dieu qu'aux hommes , puisque ce fui en cet heureux temps qull obtint de lui la chose du monde qu'il désirait avec le plus d'ardeur , par un ordre qui lui vint de Rome de se préparer au vgyagc du Japon.

On peut juger de l'extrême joie que lui causa cette nouvelle, par rimpatience avec laquelle il Fattendait depuis si longtemps. Il avait un si grand désir du martyre , qu'il n'en parlait jamais qu'avec des transports capables d'enflammer les plus tiedes. Il recueillait soigneusenaent les noms de ceux de la Compagnie qui avaient souffert la mort pour la Foi parmi les infidèles et les hérétiques, afin de les invoquer souvent. On ne peut dire combien ces exemples qu'il se rpetiait continuellement devant les yeux , augmentaient en lui le désir du martyre. Pendant le temps qu'il fut k Gènes , où , après sa mission de Crémone ^ il alla attendre le temps de s'embarquer, il écrivit à un de ses amis une lettre sur ce sujet , où ses sentiments sont marqués avec une vivacité que je ne. pourrais exprimer.

« Depuis que je suis ici, pour n'être pas oisif, j'aî com- » posé une espèce de lilanif s de tous ceux de la Compagnie o oui ont répandu leur sanj; iM>ur Jésus-Christ. J'ai trouvé » dans la vie du père François de Borgia , écrite par Ribao denevra , en espagnol , les noms de ces quarante martyrs » qui furent, il y a quelque temps, jetés dans la mer par » les hérétiques en haine delà ReFigion. Outre cela, j'ai » trouvé les noms de neuf autres martyrisés dans la Floride. » J'ai cru vous les devoir envoyer , afin que vous eussiex le » nombre complet de nos martyrs , el que vous les priassiez » de m'obtenir la grâce d'imiter leurs vertus. Si jo n'ai pas » la force de souffrir comme eux , au moins j'aurai toujours » le plaisir de repasser souvent en mon esprit ce qu'ils ont » souffert pour la gloire de Dieu , et d'animer mon coorajge » par leur constance. O quand viendra le temps ^ mon » cher Père? O jour! 6 heure ! ô moment heureux ! O père » Pompile, qu'il y a de douceur seulement à penser à mou- » rir pour Jésus-Cb BIST I Que sera-ce donc de mourir même? » Au reste , je vous demande , poun récompense du présent » que je vous envoie , que , regardant le clou qui altacbe » les pieds du Sauveur à la Croix, vous lui demandiez qu'il » perce mon cœur de ce clou sacré et qu'il l'altache à sa o Croix avec lui. »

Comme il était persuadé , p^r ses pressentiments propres et par la prédiction qu'on lui en avait faite , que la palme l'attendait au Japon , cette terre barbare devint pour lui une terre de promission. L'espérance d'y parvenir l'avait soutenu dans toutes ses maladies; car craignant qiie son peu

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de santé ne mit obstacle à ses desseins , il vécut toujours comme s'il en eût beaucoup , ne se dispensant jamais de rien , et s*acquittant de tous ses emplois avec la môme exactitude que ceuK qui se portaient le mieux. ^

Il eut besoin que cette ardeur apimât son courage contre les attamies que lui livrèrent ses parents. On ne peut faire plus d^etTorts qu'ils en firent pour Tarréter , soit auprès des supérieurs , soit auprès de lui. Il eut même ce rude combat à soutenir deux diverses fois ; car s'élant on jour embarqué, après avoir dit adieu à tout le monde , la galère qui le portait heurta contre un rocher en sortant du port, et fut si fort endommagée de ce coup qu'elle fut en danger de faire naufrage. Pendant le temps qu'on mit à la raccommoder, les parents du père Spinoia redoublèrent leurs efforts pour le retenir , ajoutant aux raisons de la chair et du sang , <{ue Taccideat qui lui venait d'arriver était une marque que Dieu voulait qu'il demeurât en Italie. €e nouveau combat fut au saint homme l'occasion d'une nouvelle victoire , qui lui fut d'autant plus facile qu'il était sorti du vaisseau après en avoir remporté une signalée sur l'itupaticnce et sur l'amourpropre. Quelque soin qu'eussent eu ses parents de le recommander au capitaine, afin (|u'il fût bien placé et bien traité dans le vaisseau , je ne sais comment il arriva qu'il fut mis dans le lieu le plus bas et le plus incommode de la galère, parmi les valets et les matelots. Pour comble d'humiliation , cette canaille naturellement insolente , perdant le respect pour son caractère et pour sa qualité, en fit son jouet pendant toute une nuit. Ce fut de quelques-uns d'eux que le lendemain on sut à Gènes cette aventure, et qu'on apprit en même temps la patience avec laquelle ce saint religieux avait souffert ces outrages , qui leur avait donné à euxmêmes de rétonoement et de l'admiration , car ils assurèrent que, durant tout ce temps-là, on ne remarqua jamais sur son visage aucun signe d'altération , sinon qu'il y paraissait plus de gaieté et qu'on eût dit qu'il prenait plaisir aux injures qu^on lui disait. Tel homme aurait assez de force pour soutenir les menaces d'un tyran, dont la vertu se trouverait trop faible pour ne pas marauer de l'indignation dans une pareille rencontre ; mais celle du père Spinoia était à l'épreuve de tout : Il savait que rhuroiliation est la plus précieuse partie de la Croix de Jésus-Christ, et qu'en vouloir séparer les opprobres , c'est en vouloir ôter ce qu'il y a de plus divin et de plus digne d'une 4me apostolique : amsi , bien loin que cette épreuve, non plus que le danger du naufrage , ralentit l'ardeur de l'homme de Dieu , M n'en eut que plus d'empressement de se rembarquer dés

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que la galère put souffrir la mer. Celte galère le porta jo&^ qu'à Barcelonne , d'où ayant pris son chemin par terre, pour se rendre à Lisbonne , avant le départ de la Gotte des Indes, il arriva si à propos , que , sans avoir le temps de s'eonoyer il eut le loisir de faire à sou aise tous les préparatifs nécessaires à son embarquement.

Tout étant prêt pour le voyage , les missionnaires de h Compagnie , qui devaient passer cetle année-là aux Iodes , se divisèrent en deux bandes , et entrèrent en deux vaisseaux , trois dans Pun et cinq dans l'autre. Le père Spinoia fut ufi des cinq avec un jeune sicilien nommé Jérôme des Anges, dont Je fais mention en particulier, parce qu'il fut son compagnon fîdéle depuis Lisbonne jusqu'au Japon , où il eut le même sort que lui. Ce fut le dixième d'avril de l'année mil cinq cent quatre-vingt-seize ,que les missioiH naires sortirent du port. Le père Spinoia dit , dans une de ses lettres , que la pensée qui leur vint alors qu'ils élaleot enfin morts au monde , entièrement séparés de leurs proches , de leurs amis et de leurs connaissances , les remplit d'une extrême joie.

Cetle joie fut beaucunp augmentée par les heureux commencements de cette navigation. En peu de jours ils se virent à la côte de Guinée , et , après de légères incommodités et un peu de retardement , que leur causa une tempête, ils passèrent la ligne , ayant la mer si favorable qu'ils faisaient en un jour deux degrés. Durant ce temps-là, les Pères avaient soin des choses qui regardent le service de Dieu ; de faire la prière et le catéchisme , d'administrer les sacrements , de faire chanter à certaines heures les hymnes et les psaumes de l'Eglise. Ces grands exemples qu'ils donnaient de toutes sortes de vertus chrétiennes , étaient encore plus forts que leurs paroles pour porter chacun à son devoir.

Le père Spinoia s'était acquis tant d'autorité dans le vaisseau , que les soldats et les matelots étant un jour sur le point d'en venir aux mains , il les réconcilia heureusement en se jetant entre les deux partis , au momeut qu'ils s'allaient charger.

Il n'y avait pas deux mois qu'ils étaient en mer, et ils avaient déjà passé le Tropique , se trouvant entre la côte du Brésil et le cap de Bonne Espérance , lorsqu'un coup de vent fit rompre leur gouvernail ^ et déconcerta tonte la navigation.

Ils furent obligés de relâcher au Brésil, où ils séjoaroèrent cinq mois. S'étant remis en mer , une nouvelle tempête les repoussa vers Porto- Rico , et en étant repartis deux mois après ^ ils furent capturés par un vaisseau anglais qui

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les transporia en Angleterre. Le père Spinola et son compagon s'étant fait connaître au capitaine anglais pour Jésuites et Italiens , celui*ci les fit embarquer sur un vaisseau neutre , qui les transporta en peu de jours à Lisbonne.

La première chose à laquelle ils pensèrent fut d'obtenir la permission de se rembarquer pour continuer leur voyage : mais les supérieurs du Portugal ne crurent pas devoir le leur permettre sans avertir le Père général.

Cette résolution des Pères portugais donna de grandes inquiétudes au Père Spinola : il ne douta poiut que , si le bruit de son retour venait à se répandre en Italie , ses parents ne fissent de noùveanx efforts pour Ty rappeler et l'y retenir; ce qui arriva en effet. Mais le saint homme sut les prévenir ; car il écrivit au Père général avec une force et une ferveur surprenante. Voici les termes par lesquels il finît une de ses lettres écrite de I^isbonne :

« Nous sommes arrivés en cette ville en bonne santé , o et plus résolus que jamais à continuer notre voyage , tout » prêts à recommencer mille fois le chemin que nous ve- » nons de faire. Nous nous attendons à bien d'autres souf- » frances que celles que nous avons eues jusqu'ici. Pour » moi j'y étais déjà accoutumé , et ce qui parait difïicile à * » ceux qui n'en ont pas l'expérience , m'a paru à moi fort » aisé. J'ai tant de confiance en Dieu que , quand tous les ï> moyens humains me manqueraient , je crois qu'il me » donnerait des ailes pour voler où J6 sens qu'il m'appelle » si visiblement depuis tant d'années. »

Des lettres si ferventes et si courageuses marquaient trop évidemment la volonté de Dieu , pour que le général en pût douter. Il résista aux parents de Charles ; et, sans écouter leurs remontrances , quelque plausibles qu'elles lui parussent , il lui donna une seconde fois , et à son compagnon , la permission de passer aux Indes.

Gomme cette négociation les avait obligés de laisser par^ tir la flotte de l'année 1598 et d'attendre celle qui devait^ partir au prhatemps de l'année suivante , ils passèrent ce temps-là au collège de Saint-Antoine , où le père Spinola fit sa profession , avec le quatrième vœu touchant les missions ; Jérôme des Anges , qui n'était pas encore prêtre reçut les ordres sacrés.

Il y eut cette année- là à Lisbonne une maladre contagieuse, qui causa une grande mortalité dans la ville. Les pères de la Compagnie , s'étant dévoués au service des pestiférés , s-étaient partagés de telle manière quMI y en avail , à toutes les heures du jour , une troupe qui parcourait les rues , pour aller où on aurait besoin d'eux , et une

autre dans notre Ëglise , pour y administrer les Sacrements. Le père Spinoîa signala sa charité en celte occasion , ei employa presque toute cette année dans ces œuvres ée niiséncordc.

Mais il fallut enfin penser au départ. La flotte fut plus forte qu*à l'ordinaire, parce que celle qui était partie Tannée d'auparavant , avait été obligée de retourner assez honteusement à Lisbonne , s^éiant trouvée trop faible pour résister aux Hollandais. La maladie avait tellement éj^onvanté les prêtres , que pas un ne voulut s'embarquer pour servir d'aumônier sur cette flotte , craignant que le mauvais air n'entrât dans les vaisseaux avec ceux qui s'y embarqueraient? Ce qui ayant obligé les magistrats d'avoir recours aux Jésuites , on leur en donna jusqu'au nombre de viogl, qu'on partagea en divers vaisseaux. Le père Spinola et )e père des Anges s'embarquèrent ensemble avec quelques autres dont Thomme de Dieu fut déchiré supérieur. On fit voile sur la fin de mars 1599.

Je ne raconterai point en détail les particularités de ce second voyage : le saint homme s'y acquitta , comme au premier , de tous les devoirs d'un vrai apôtre , particulièrement durant la peste , qui comme l'avaient pressenti les prêtres Portugais , entra dans le vaisseau avec les passagers , et ne finit point qu'ils n'eussent passé la ligne. Il y fut en cela plus heureux, puisqu'il arriva enfin où ses désirs le portaient depuis si longtemps; car quoiqu'une fièvre continue de deux mois , qu'il eut à Mozambique , le réduisit à un état où Ton croyait qu'il fût devenu physique , il ne laissa pas de continuer son chemin presque aussitôt qu'il put quitter le lit , et de s'embarquer pour Goa : d'où étant passé à Malaca , où il ne demeura que huit jours , après une navigation de cinquante-cinq , il fit voile pour Macao dans la Chine , où il resta près de deux ans , soit faute de vaisseaux , soit par quelque autre aventure .

Durant ce temps-là il fut employé à prêcher tous les vendredis le sermon de la -Passion. C'est nn sermon qui se fait aux Indes dans nos Eglises depuis le temps de saint François Xavier. Le père Spinola le fit d'une manière» apostolique, que les fruits en furent extraordinaires.

Comme il était bon mathématicien, on lui fit tracer en même temps le plan d'une nouvelle église pour le collège de Macao , dont le feu avait détruit l'anctennc.

Les grands talents que trouvèrent en lui les pères Einmanuel Diaz et Vaientin CarvagKo, supérieurs des missions dé la Chine , leur firent faire de grands efibrts pour qu'il changeât la mission du Japon en celle du parys dont ils

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avaient le soin, où ils disaient que les mathématiques lui seraient d'un plus grand usage , parce que les Chinois en sont fort curieux ; mais le saint homme se sentait trop visiblement appelé au Japon, et, comme il disait lui-même , le Japon lui avait trop coûté pour Tabandonner au moment

3u'il y allait entrer. Il s'excusa toujours sur ce que ses erres étaient pour le Japon et non pour la Chine ; et ^ à la première occasion qu'il put trouver , H se rembarqua avec le père des Anges , et acheva enfin sa carrière , arrivant heureusement à Nangazaqui au mois de juillet de Tannée 1602.

Je ne m'arrêterai point ici à raconter les commencements et les progrès de, 1 église du Japon, déjà assez connus par rhistoire du fameux saint François Xavier, qui en a été le premier apôtre. Il est seulement à remarquer que la Religion n'y fut plus tranquille depuis que Taîcosama , poussant encore plus loin ses conquêtes que Nobunanga son prédécesseur, eut achevé de réunir tous les royaumes du Japon sous la domination d'un seul monarque.

Ce prince qui , du temps de Nobunanga , paraissait aimer les chrétiens, parce que son maître les aimait, en conçut depuis de la haine , soit par la défiance qu'on lui donna de la puissance d'Espagne dans les Philippines, soit par quelque autre prévention ; néanmoins , comme il était politique , il ne laissa pas de garder des mesures tant qu'on se ménagea avec lui.

Depuis l'an 1549 , que saint François Xavier avait porté la Foi au Japon , jusqu'à l'an 1593 , les missionnaires de notre Compagnie avaient seuls cultivé cette Eglise. On y comptait alors plus de trois cent mille chrétiens adultes , et parmi ces chrétiens un nombre considérable des plus grands seigneurs du pays , deux rois et un autre souverain . On y faisait les exercices de la* Religion plus ou moins publiquement , selon la diversité des temps et l'humeur de ceux qui gouvernaient. Nous y avons eu quelquefois jusqoes à 150 missionnaires et des maisons presque dans toutes les bonnes villes , où l'on avait longtemps vécu avec la même liberté qu'on a en Europe , préchant publiquement, enseignant, administrant les Sacrements , et passant d'un lieu dans un autre , selon le besoin des Eglises .

L'aversion que Taîcosama avait conçue de la Religion chrétienne ayant \ine fois éclaté par un édit portant défense à tous ses sujets de Tembrasser, et ordre exprès aux missionnaires de se retirer à Nangazaqui , les Pères virent bien que désormais il fallait éviter le bruit et ménager l'bu^ meur du prince.

Celle conduite leur réussil ; car ayant fait semblant d'obéir , ils retournèrent déguisés chacun au lieu de sa mission , et y firent tant de fruit que , sans compter les petits enfants , ils baptisèrent, en Tespace de neuf ans, plus de OJSOOO âmes. Cependant cette soumission apparente adoucit beaucoup Fempereur , et , diminuant peu à peu ses ombrages , il remit les choses presque au même état qu'elles étaient auparavant.

On avait vécu de la sorte , jusques à ce que de nouveaux missionnaires étant venus s'établir au Japon , y furent occasion d'un grand changement.

Si leur zèle fut bien pur , il éclata un peu trop ; car ils voulurent faire le^ choses hautement , quoiqu'on les avertit souvent que cette conduite était dangereuse. Ils ctaieut trompés apparemment par le bon accueil que l'empereur leur avait fait ; et ne savaient pas que ces faveurs étaient l'effet d'une autre tromperie que leur faisaient à eux-mêmes leurs truchements , qui portaient, de leur part , parole au prince , que le gouverneur des Philippines , de la part duquel ils étaient envoyés , s'allait rendre son tributaire. Car Taïcosama , irrité de voir ses espérances trompées , et rentrant bien plus que jamais dans ses défiances contre les chrétiens , que les ennemis de la Foi allaient augmentant de jour en jour , fit de sanglants édits contre eux , et alluma dans cette Eglise un incendie qui ne s'est jamais bien éteint. Il est vrai qu'après quelque temps de persécutions les choses revinrent dans un état assez doux et assez tranquille ; mais au travers de tout ce calme , on apercevait de temps en temps à la cour certaines étincelles de ce feu que l'on craignait de rallumer ; et l'événement ne fit que trop voir qu'on ne le craignait pas eu vain.

Ce fut pendant que les choses étaient dans celte tranquillité, timide , que le père Spinola arriva au Japon avec son compagnon le père des Anges. Daîfusama , qui avait usurpé l'empire sur le fils de son prédécesseur, y régnait avec une apparente modération à l'égard des chrétiens , qu'il ae croyait pas devoir. irriter^ au commencement d^in nouveau règne ; mais il recevait facilement les mauvaises impressions qu'on lui donnait d'eux.

Ce fut là où les deux missionnaires furent' obligés de se sé|>arer', pour travailler chacun de son cété à la vigne du Seigneur , mais pour se rejoindre un jour au martyre , par un même genre de mort.

La première chose qu'on fit faire au père Spinola fut d'apprendre la langue du pays. Dans ce dessein, on l'envoya à Arima , capitale d'un royaume de ce nom , où nous

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avions alors ua collé^; et pour lui d^nor plus d'occasion de parler la langue qu'il apprenait, on le mit dans le séfoi'^ uaire où Ton élevait de jeunes Japonais , et on lui donna à gouverner une congrégation de la -sainte Vierge, où il fit tant de fruit en peu de temps, que celui qui en était préfet mourut en odeur de sainteté , ayant à peine été six mois entiers sous sa conduite.

Après qtill eut passé un an dans ce séminaire, on le ju« gea capable d'une mission plus importante. On le donna pour pasteur à une grosse bourgade qu'on nomme Aria , éloignée d'Arima d'environ une lieue , où il demeura près de deux ans, ne venant que tous les deux mois au collège^ pour assister aux conférences que les missionnaires taisaient entre eux touchant les nécessités de leur troupeau et leur propre perfection.

Charles trouva dans cet emploi de quoi satisfaire le désir qu'il avait de travailler au salut des âmes et de souffrir pour Jésus-Christ. Il y trouva des içlolâtres à convertir, des enfants chrétiens à instruire, une église fort étendue à gouverner ; de sorte qu'à peine était-il revenu- d'administrer les sacrements dans un lieu, que souvent, sans loi donner le temps de manger, on l'appelait pour aller dans un autre. Il pouvait dire , comme Noire-Seigneur, que sa principale nourriture était de faire ia volonté de celui qui l'avaii envoyé; car c'était en effet Tunique chose qui le pouvait soutenir parmi tant de fatigues, et lui donner on tant de diverses occupations cette admirable égalité d'application et de ferveur , qu'il est si difficile de conserver quand le corps est las et abattu.

Aussi, quand quelque chose réussissait à la gloire de Dieu et au salut des âmes , c'était une si grande consolation pour lui , qu'un jo\ir ayant adroitement baptisé un enfant qui s'en allait mourir , en prenant de l'eau avec son niouchoir , afin que les idolâtres qui étaient présents ne s'en aperçussent pas, il protesta que cette action lui avait causé une joie, capable de lui tenir lieu de récompense de tout ce qu'il avait fait jusqu'alors et de tout ce qu'il ferait jamais. Dieu , qui est libéral envers les siens , lui fournit souvent des sujets d'une semblable consolation , car il lui donna un talent particulier pour convertir les idolâtres;, de sorte que nonobstant la persécution qui fut au Japon comme une funeste nuit, pendant laquelle il fut difficile aux ouvriers évangéliques de faire beaucoup pour le salut des païens intimidés de toutes parts par le glaive et les bûcbers , il ne laissa pas d'en baptiser de sa main jusqu'au nombre de tfOOO.

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La charité d^ te bon pasteur ne se boroait pas aux nécessitës spirituelles de son troupeau ; elle s'étendait jusqu'aux b^oins corporels* 11 avait une tendresse particulière pour les pauvres ; il conversait volontiers avec eux , et il s'abaissait pour les secourir jusqu'à demander Paumdne pour la leur donner , quand il leur avait distribué tout ce qu'il pouvait se retrancher à lui-même de ce qu'on lui donnait pour vivre.

D'Aria , le saint missionnaire fut euToyé à Méaco , ville .capitale du Japon , où nous avions alors un collège , pour y faire la charge du Père ministre , importante dans nos maisons pour l'observance de la discipline régulière , et pour le soulagement des particuliers, aux besoins desquels il doit pourvoir. Dans cette charge , quoiqu'il fût exact et vigilant , il crut néanmoins que Tessentiel était d'y être charitable, persuadé que ceux qui , dans les communautés , veillent à faire porter le joug du Seigneur , manquent au capital de leur devoir, quand ils n'y mettent pas Fonction qui le doit rendre doux et léger. C'est à quoi le père Spinola s'appliqua durant tout le temps qu'il fut dans cet emploi. On lui trouvait toujours un visage ouvert, un air affable , une envie de faire du bien , qui , loin d'augmenter en ceux qui s'adressaient à lui la peine qu'il y a naturellement à demander , persuadait qu'on lui faisait plaisir de lui donner occasion de rendre service. Il n'était sévère qu'à lui-même, et, en ce qu'il était obligé d'exiger d'autrui , il le faisait toujours le premier.

On le proposait à ceux de la maison comme un parfait exemple de toutes sortes de vertus; il semblait que la demeure du Japon leur eût encore donné un nouveau lustre. Le père François Paciéco , si fameux par ce qu'il a fait en ces missions , conseillait à tout le monde de faire habitude avec lui, afin, disait-il, d'en apprendre une manière toute particulière de pratiquer la charité.

Sa vie était un jeûne continuel. Il fut deux ans sans manger des fruits du Japon , dont ceux <;^ui allaient alors d'£aropc'en ce pays-là faisaient leur principale nourriture, parce que le reste est fbrt mauvais , et il ne commença à en manger que quand les supérieurs, s'étant aperçus de son abstinence, Ini ordonnèrent d'en user comme les autres. 11 prenait tous les jours la discipline, et le carême il la prenait jusqu'à verser beaucoup de sang.

Mais Dieu avait soin d'adoucir ses pénitences par une abondance de consolations extraordinaires, ses prières étant souvent accompagnées de très douces larmes, particulièrement quand il disait la messe. Les exercices de saint

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Ignace, qu'il faisait tous les ans durant un mois, lui étaient sans doute d'un grand secours pour entretenir cette ferveur.

Cette union avec Dieu ne diminuait rien de son zèle. Il gouvernait une coopération de catéchistes, qui étaient des personnes laïques destinées à enseigner le catéchisme aux autres , dans laquelle il fit de fort grands fruits. A quelque heure qu'on rappelât pour entendre les confessions , on ne le vit jamais ni s'excuser ni différer d'y aller, ni même témoigner qu'il y eùi de la peine ,. toujours au-dessus delà peine et du travail , par le désir ardent qu'il avait de travailler et de souffrir. Quand son emploi lui permettait de sortir de la ville, il allait prêcher à la campagne. Ce zèle lui pensa cofUter la vie ; car un jour , en passant une rivière dans un petit bateau , le haleau ayant tourné , il tomba dans l'eau et fut longtemps au fond ; d'où il est à croire qu'il ne fut retiré que par un secours extraordinaire de la Providence , qui le réservait à une mort plus glorieuse.

Le génie qu'il avait pour les mathématiques lui fut de grande utilité à Méaco , même pour accréditer la religion. Comme il expliquait plausiblement le système du ciel , et qu'il prédisait les éclipses, en quoi levers bonzes étaient très ignorants , ils tiraient de là cet argument qu'il y avait de l'apparence que des gens qui parlaient si juste sur ces sortes de choses , ne se trompaient pas sur le fait de la religion. Il lit des machines de mécanique propres à aider l'imagination , pour faire comprendre ce qu'il leur enseignait touchant le mouvement des planètes , et ces machines plurent si fort qu'on le fit venir à la cour pour les v expliquer.'

Le saint homme avait passé sept ans à Méaco dans cette manière de vie , lorsqu'on jugea qu'il fallait lui donner un emploi de plus grande étendue. On l'envoya à Nangazaqui , en qualité de ce que nous appelons procureur de la province , pour prendre le soin de pourvoir aux nécessités de tous les missionnaires de la Compagnie alors répandus par tout le Japon.

On eut de la peine à le retirer d'entre les mains des chrétiens de la capitale , qui l'aimaient tous comme leur père : ils interposèrent auprès du proviueial l'intercession du roi d'Arima pour le retenir , mais ils n'en purent venir à bout ; car , quoiqu'il eût de l'aversion pour la charge qu'on lui donnait, parce qu'il appréhendait que Tadministration des choses temporelles ne le dissipât trop , il voulut néanmoins suivre la voie que la Providence lui marquait.

Cette charge lui fut plus avantageuse qu'il ne pensait; car, outre qu'elle lui donna lieu d'étendre ses soins et sa charité, qui fut en effet admirée dans un temps où la persécution

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qui commenta incontinent après rendit cet emploi très difficile , ce fut encore ce qui lui fit naître Pheureose occasion de son martyre ; parce que , l'obligeant d'avoir du commerce et des correspondances en divers lieux , il demeura pins exposé que les autres et plus facile à découvrir.

De toutes les persécutions qu'ait jamais souffertes la foi chrétienne, celle qui s'éleva au Japon en Tannée 1612 a éié la plus longue, la plus continuelle, on peut même dire la plus sanglante. Il y a soixante et huit ans [en 1680] au'elie dure sans relâche el sans adoucissement. Le fer et le feu n'ont pas paru suffisants aux tyrans du Japon pour abolir le nom chrétien dans leur pays : les fameux tourments de l'eau et de la fosse ont fait voir qu'il y a des manières de supplices que Dioclétien ne connaissait pas. Encore auraiton été heureux , si les persécuteurs de la foi n'eussent été ingénieux qu'à inventer des tortures. 11 y a longtemps que la constance de ces nouveaux chrétieus aurait lassé la cruauté de leurs bourreaux ; et leur sang répandu dans cette terre , n'aurait servi qu'à y faire germer une nouvelle moisson, que les ouvriers évangéliques iraient maintenant recueillir avec cette ardeur extraordinaire qu^on a eue dans la Compagnie pour cette mission , pendant le temps qu'elle a été ouverte ou au travail ou au martyre; mais lesdamnables inventions que l'enfer a suggérées a ces barbares , pour empêcher que de nouveaux missionnaires ne se glissassent dans leur pays , y ont presque éteint avec le nom chrétien l'espérance de l'y rétablir.

On dit que , quelque temps avant que la persécution commençât , un démon qu'on- exorcisait, ayant été interrogé sur ce qu'il était venu faire là , répondit qu'il y était venu faire ce qu'il avait fait depuis quelques années en Angleterre.

Il parut bientôt que ces menaces n'étaient pas vaines ; car les mêmes ombrages qu'avait eus autrefois Taîscosama delà puissance d'Espagne dans les Indes, ayant été donnés à Daifusama , et les hérétiques négociant en ces quartierslà ayant conspiré avec les idolâtres de faire passer dans son esprit les ouvriers évangéliques pour des émissaires de cette couronne, qui, sous prétexte de religion, formaient peu à peu leur parti , il n'y eut point d'extrémités atixquelles ce prince ne se portât pour éteindre le christianisme au Japon.

La première chose qu'il fit fut de renouveler d'anciens édits portant défense à tons nobles japonais et à tous soldats de profession de suivre la religion chrétienne ; et ces édits furent bientôt étendus à toutes sortes de personnes. On fut néanmoins près de deux ans , qu'on ne les exécuta qu'en certains endroits dont les princes et les gouverneurs avaient

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p4as d'envie de plaire à l'empereur. Le grand nombre de chréliens qui se trouvait en quelques provinces , et le coui» rage qu'ils témoignaient, retinrent beaucoup les magistrats:* jusque-là que Michel, prince d'Ariroa, grand ennemi de la foi chrétienne , dont il était déserteur , et qui At les premiers martyrs de cette persécution , fut obligé de tolérer Texercice du christianisme dans cette bourgade d'Aria y dont le père Spinola avait étépasteur^

Ce fut proprement Tan 1614 que la persécution devint universelle, lorque Tempereur^ irrité de nouveau contre les chrétiens par les calomnies de leurs ennemis , fit publier, un dernier édit, par lequel il était ordonné à tous les missionnaires venus d'Europe, à tous les prêtres et catéchistes japonais, de sortir incessamment du royaume, et à tous les chrétiens qui y demeuraient, de renoncer à leur religion , sous peme de. la mort.

On dit qu'un hérétique ayant dit à cet empereur, que quelques princes et quelques rois d'Europe avaient chassé les religieux de leurs états, comme gens pernicieux au bien public , ce monarque s'excusait là-dessus de la rigueur qu'il exerçait contre eux , disant qu'il n'y avait pas d'excès à en user comme leurs princes naturels.

L'évéque du Japon , don Louis de Gerquéira , religieux de la Compagnie, comme l'avaient été tous ses prédécesseurs, étant mort au commencement de cette année, le clergé, composé de quelques prêtres et d'environ cent cinquante religieux , avait élu pour vicaire général , jusqu'à l'arrivée d'un nouvel évêque, le père Vincent de Carvayal, provincial de la Compagnie. Le Pape ordonna depuis que celui qui se trouverait revêtu de cette charge dans le Japon, serait vicaire général toutes les fois que le siège vaquerait.'

Ce Père ne put gouverner longtemps en cette Eglise , ayant été résolu que , pour céder un peu au temps , le plus grand nombre des missionnaires sortirait du Japon, en attendant une saison plus calme , afin de ne pas exposer toutes les espérances de l'Inde avec la vie de tant de grands ouvriers. Le Provincial, qui était trop connu et qui était nommément banni , fut obligé de se retirer avec soixante*quatorze de ses religieux, qui, avec les autres exilés, s'embarquèrent à Naugazaqui pour se disperser en plusieurs endroits.

Ce fut avec cette sainte troupe que sortit d|i Japon Juste Ucondono, si célèbre dans Thistoire de cette mô*. narchie pour avoir été. un des plus grands seigneurs du pays, et. pour les services qu'il avait rendus aux eiDpe* reurs par sa valeur, mais beaucoup plus encore par

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