‹ Vie de St. François Xavier de la Compagnie de JésusChapitre 74 sur 79 · VIS · texte numérisé non relu

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la constance quMI eut à conserver sa foi , pour laquelle H mourut banni de sa patrie et déchu de toutes ses dignités: aussi Thonora-t-on à Manille^ où il alla finir sa vie , comme un vrai confesseur de Jésus-Christ , ses obsèques ayant plutôt été une espèce de triomphe qu'une pompe funèbre.

Les ennemis du nom chrétien ne doutaient pas que le troupeau de Jésos-Chmst n*all&t être bientôt dispersé, croyant qu'ils n'avaient plus de Pasteurs, mais ils furent bien étonnés quand ils virent le courage des fidèles à braver les tyrans et les supplices.

Jamais la primitive Eglise ne vit de plus illustres exemples de constance et de ferveur, que Téglise du Japon en vit alors. €n jour, dans la ville de Méaco, où Ton avait fait publier un édit qui portait que tous ceux qui s^obstineraient à suivre la foi des Chrétiens eussent à préparer un poteau pour y être brûlés tout vîfs , on trouva des poteaut plantés devant la porte de tous les chrétiens, et le nombre de ceux qui se déclarèreot en cette première émotion fut si grand qu'il épouvanta les magistrats. On vit une jeune vierge de vingt ans, nommée Madeleine , aâ - milieu des flammes , prendre des charbons ardents , les baiser et les porter sur sa tète , comme pour s*en faire une couronne : ce qui enflamma tellement les chrétiens qui assistaient à ce spectacle, où Ton faisait brûler huit martyrs, que sans craindre ni les juges ni les soldats, ils se jetèrent au milieu do bûcher, pour se saisir des corps saints et leur rendre l'honneur qui leur était dû.

^ussi les tyrans se trompaient-ils de croire que les pasteurs du Japon eussent abandonné leur troupeau : car il en était resté beaucoup , dont le nombre alla toujours s*augmentant les années suivantes , soit par ceux des exilés qui retournaient, soit par d'autres venus de nouveau , soit par ceux que les divers ordres religieux qui étaient alors au Japon reçurent en ce temps- là m: me dans leur corps , demeurant tous déguisés, et se cachaut dans les maisons de ceux des chrétiens qui avaient assez de coura|;e pour les recevoir.

Le père Spinola fut un des vmgt-trois Jésuites qui restèrent ; ee qui fut une joie incroyable pour lui et un bienfait dont il assurait qu'il se tenait encore plus obligé à Dieu, que la première vocation qu'il avait eue à ces missions.

Il fallait des gens de ce caractère pour vivre parmi les Japonais comme les ouvriers de TEvangile furent obligés d'y vivre alors , cachés , ^comme dit saiol Paul de ceux

de son temps, daos les antres et dans les cavernes» errant dans les forêts et dans les déserts, souffrant la faim et la soif, le froid et la nudité, et, avec les mésaises de la vie, ayant toujours devant les yeux Tirnag^ du supplice et de la mort.

Ce fut dans cette conjoncture que les vertus du saint missionnaire parurent avec un nouveau lustre aux yeux des fidèles qui en fureot témoins. On ne vit jamais un plus grand mépris de la vie, ni une plus grande Intrépidité, jusque-là que ceux qui n'en pénétraient pas assez le principe Tattribuaient à témérité.

Ceux qui étudiaient de plus près sa conduite , voyaient bien au contraire que c'était un effet de la magnanimité la plus épurée; car quoique dans le fond du cœur il eût un ardent désir du martyre, il n'omit rien de tout ce^ que la prudence peut suggérer, pour éviter d'être pris : de sorte que , quoiqu'il ^e craignit rien tant que de perdre Toccasion de mourir, il prit autant de précautions que ceux qui aiment le plus la vie. Il changea d'habit et de nom , se faisant appeler Joseph de la Croix ; il n'avait aucune deineure fixe, et ne marchait jamais que la nuit, la figure des Japonais étant si différente de celle des Européens qu'un étranger ne peut se montrer sans être incontinent connu. Voici ce qu'il en écrit au père Pompile Lamhertingue :

.« 11 Y a déjà près de deux ans et demi que je travaille » au salut des chrétiens de ce pays ; je passe secrètement » de maison en maison , j'entends les confessions la nuit^ » et je dis la messe où je me trouve , parce que je n'ai » point de demeure stable ; je suis la plupart du temps tout x> seul , privé de toute conversation et de toute consolation » humaine , n'ayant que celle que Dieu donne à ceux qui » souffrent pour l'amour de lui. Ce qui me tourmente le » plus, c'est de voir non seulement des fleurs abattues dans » cette vigne du Seigneur par le vent de la persécution , » mais des fruits même déjà presque mûrs qui étaient » l'espérance de tous nos travaux. Cependant je me porte » assez bien ; etquoique je mange presque de toutes choses, T> et que je ne fasse qu'un médiocre repas par jour, je n'a- » maigris pas encore , expérimentant en moi-même ce que 0 le Sauveur a dit , que 1 homme ne vit pas seulement de » pain. »

^ Le soin qu'il prenait de se cacher ne lui réussissait que trop à son gré. Ce qui lui donna une vraie inquiétude, fut qu'ilcourut un bruit, parmi les chrétiens, que les magistrats avaient résolu de ne faire mourir aucun prêtre étrao-

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ger; maïs il fut bientôt rassuré là-dessus. Quelques miS' sîoDDaires zélés , mais un peu de ce zèle qui n'est pas selon la science , n'approuvant pas la conduite des autres , et disant qu'il était honteux à des apôtres de se cacher et de témoigner de la crainte , firent connaître aux idolâtres qu'il y avait encore des prêtres au Japon. Xongunsaaia, qui avait succédé à son père, jeune prince naturellement cruel, élevé dans un monastère de bonzes ennemis jurés du nom chrétien , en ayant été averti , donna ordre de les chercher et de les faire tous mourir. Le père Jean-Baptiste Machade , jésuite, et le pèi^e Pierre de l'Ascension, de Tordre de saint François , furent pris dès la première recherche , et eurent tous deux la léte tranchée.

Le martyre de ces deux religieux réveilla les espérances de Charles , et il écrivit au Père général qu'il eût été indubitablement participant de leur couronne , si un érysipéle 2ui lui était venu à la janf4)e , ne l'eût empêché de sortir urant deux mois et de parcourir les bourgades dont il avait soin. Mais, comme il dit lui-même dans cette lettre, ce qui lui fut alors différé ne fut pas perdu pour lui.

Il en eut de grands pressentiments. Quelque temps avant qu'il fut pris , on remarqua en lui un redoublement extraordinaire de ferveur ; il était plus long dans ses prières et à dire la messe qu'auparavant, et il paraissait comme un homme en extase. Un jour » sortant de l'oraison , il appela son catéchiste, et lui ayant donné quelque chose à serrer, il Iqi mit entre les mains une boite d'images , qu'il le pria de distribuer à ses amis après sa mort. Il lui âi aussi quel-

Sue petit présent, et le pria de le garder pour se souvenir e lui. Le catéchiste , attendri à ces mots , lui répondit d'un air fort touché: « Ah! mon Père, je n'ai pas besoin que » rien me fasse souvenir de vous; outre que vous m'avez » trop fait de bien pour vous oublier , je ne veux pas tous » survivre et je vous tiendrai si bonne compagnie , qu'on » ne vous fera pas mourir sans moi. » — « Pour moi , ré- » pondit le saint homme , il m'arrivera totU ce qu'il plaira » à Dieu; mais pour vous, vous n'aurez point de mal» » L'événement lit bientôt voir que ces pressentiments n'étaient pas de ceux que donnent le chagrin et la peur. Gonroc, gouverneur de NaOgazaqui , nouvellement arrivé de la cour et chargé des ordres du prince pour la découverte des missionnaires , fit faire de si exactes perauisitioiis , qn^ l'ott en découvrit beaucoup, et le père Spitiola fut du nombre.

Ce fut (Chez un pauvre Portugais, nommé Dominique Georges , que l'homme de Dieu fut arrêté le treizième de

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décembre de Tannée 1618. Il avait eu dessein de changer de maison, parce qu'on Tavalt averti , de bonne part , quMl n'était pas en sûreté où il était : il avait même pris des mesures pour en sortir le soir d'auparavant; mais la Providence , qui avait marqué son heure , permit que divers incidents Ten empêchassent. Deux personnes considérables chez qui il avait accoutumé de se retirer, le prièrent de différer jusqu'au lendemain: un^Père arrivé le même jour à Nangazaqui , s'occupa à loi trouver un logis et à le pourvoir des choses nécessaires; et par-dessus cela la femme de son hôte , voulant faire ses dévotions le lendemain , le pria de différer jusque-là pour la confesser et pour lui dire la messe. 11 s'éveilla sur le minuit, ayant rêvé que des voleurs étaient entrés par force dans sa chambre. Ce songe était un avertissement de ce qui arriva demiheure après ; car il n'avait pas encore recommencé à dormir , qu'il entendit enfoncer les portes par les gardes du gouverneur. Ils n'avaient pas remarqué sa chambre , qui était la première à l'entrée du logis, et ils étaient allés tout droit à 'Celle d'Ambroise Feroandez, son compagnon, duquel s'étant saisis-, aussi bien que du maître de la maison , criminel pour les avoir retirés , ils s'en retournaient avec leur proie, lorsqu'un d'eux ayant aperçu la chambre où était le saint homme, ouvrit la porte et le trouva.

Il était en prières^ et s'offrait à Dieu en sacrifice, lorsque ces barbares l'apercevant se jetèrent sur lui, et le lièrent par le cou, par les pieds et par les mains, mais d'une manière si crbelle que les cordes demeurèrent marquées sur sa chair et qu'il en porta le reste de sa vie les vestiges et les meurtrissures. Les gardes manquèrent son catéchiste , qui était allé dans la maison voisine.

Les captifs furent conduits chez le gouverneur , où on amena bientôt après deux Pères de l'ordre de saint Dominique, avec lesquels il passèrent ce jour-là et la nuit suivante dans une basse-cour, prés d'une écurie, exposés au froid de la saison. Là , quelques domestiques du gouverneur qui étaient chrétiens , relâchèrent les liens du père Spinola , qui employa cette nuit à entendre leurs confessions. Ce fut là aussi que les quatre religieux se firent apporter chacun l'habit de son ordre, et s'en revêtirent.

Le lendemain le gouverneur les fit comparaître devant lui ; et après leur avoir demandé leur nom , leur âge et leur pays, il leur parla ainsi : « Je ne comprends pas, » dit-il en adressant la parole au père Spinola, comment » vous l'entendez vous autres, quand vous dites que vous )> venez ici pour donner la vie aux Japonais , puisque votre

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