‹ Vie de St. François Xavier de la Compagnie de JésusChapitre 8 sur 79 · LIVRE PRBIIIBR · texte numérisé non relu

LIVRE PRBIIIBR

Tuniversité de Coimbre, ayant appris Tarrivée de son neveu, écrivit au roi des lettres très fortes, par lesquelles il suppliait Sa Majesté de lui envoyer le père François. Il ajoutait que , si on voulait le lui laisser jusqu'au déipart de la flotte , il s'obligerait à deux leçons nouvelles « sans autres appointements que les siens, Tane de droit canon , l'autre de théologie mystique ; que fflénie, dans peu d'années, il irait joindre Xavier et prêcher l'Evangile avec lui aux idolâtres de l'Orient.

Ces lettres furent inutiles. Un homme qui n'avait pas voulu se détourner du chemin pour rendre une visite à sa mère, n'eut garde de faire un voyage et de quitter des occupations importantes pour voir un de ses parents. Le roi retint Xavier dans Lisbonne, à la prière de Xavier même, et le Père écrivit une lettre d'excuse au docteur Navarre , qui lui en avait écrit deux pleines d'amitié. Comme le docteur était en peine de la forme de vie que son neveu avait embrassée, Xavier lui répondit de la sorte sur ce point : « Pour ce qui est de ce que vous » ajoutez qu'on dit bien des choses de notre Institut , » je n'ai présentement qu'un mot à vous dire (à-dessus. » Il importe peu, illustre docteur^ d'être jugé des hom- * mes , principalenient de ceux qui jugent avant que » d'entendre et que de connaître p.

Du reste , il lui conseilla de ne point penser aux * Indes , ainsi que Navarre le rapporte lui-même dans son Manuel. J'aurais fini là mes jours, dit ce savant homme, si Xavier, à cause de mon âge, ne m'eût jugé incapable des fatigues de sa mission, et s'il ne m'eût écrit, en partit, que je me consolasse de son absence par l'espérance de nous voir au del.

Les deux missionnaires ne travaillèrent pas en vain à Lisbonne. Dès les premiers jours , la dévotion se mit dans le peuple , on .vit tout le monde fréquenter les sacrements, dont personne ne s'approchait guère que le carême ; et ce saint usage se répandit insensiblement par toutes les villes. Plusieurs , qui différaient leur conversion de jour en jour, se donnèrent tout d'un coup à Dieu, et renoncèrent même au siècle ; les plus niortels ennemis se réconcilièrent de bonne foi , et les fameuses courtisanes quittèrent leur vie libertine.

Mais ce changement de mœurs éclata particulièrement à la cour. Le roi , qui avait un grand fonds de religion et de probité , se déclara le premier contre tous les vices qui infectent d'ordinaire les palais des princes ; et , pour réformer peu à peu non seulement sa maison , mais tout son royaume , il obligea les jeunes courtisans de se confesser tous les huit Jours ; car il disait que , si tes gentilshommes et les seigneui^s- s'accoutumaient, dès leurs plus tendres années , à craindre Dieu et à lesemr , ils vivraient chrétiennement dans un âge plus avancé; que , si les gens de condition étaient une fois gens de bien , le peuple , qui se forme toujours sur eux , ne manquerait pas de régler ses mœurs, et qu'ainsi la réformation de tous les ordres de l'Etat consistait principalement dans une bonne éducation de la noblesse.

L'exemple du prince et des jeunes courtisans entraîna le reste , et Xavier écrivit là-dessus au père Ignace en ces lermes :

« Il n'y a rien de plus régulier que la cour de Por- » tugal ; elle ressemble beaucoup plus à une société ï) religieuse qu'à une cour séculière. Le nombre des » courtisans qui se confessent et qui communient cons- » taminent tous les huit jours , est si grand , que nous » en sommes dans l'admiration , et qne nous en ren- » dons de continuelles actions de grâces à Dieu. Nous » sommes tellement occupés à confesser, que , si nous » étions deux fois autant que nous sommes, tous au- » raient abondamment de l'emploi. Nous demeurons » au confessionnal les jours entiers et une partie de la » nuit, quoiqu'on ne laisse venir à nous que les }>er- }^ sonnes de la cour.

» Je me souviens d'avoir remarqué que le roi étant » à Almeda, ceux qui se rendaient auprès du prince, » de tous les endroits du royaume , pour leurs affaire^ , >^ comme c'est la coutume, ne se pouvaient lasser d'ad- » mirer une pratique si nouvelle , surtout en des oour- » tisans ; et, lorsqu'ils les voyaient communier , chaque » dimanche et chaque fête, avec beaucoup de rêvé- » rence, ils étaient tout hors d'eux-mêmes. Mais la » plupart, imitant ce qu'ils admiraient, s'approchaient • aussi et du tribunal de la pénitence et de la sainte

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