CHAPITRE PREMIER
Sa Foi.
Dans son Epitre aux Hébreux, St.
Paul leur dit ces paroles: ‘ Puis donc, ‘“ mes frères, que nous avons la con- “ flance d’entrer dans le sanctuaire des * Saints, par le sang de J.-C., en suivant ‘ cette voie nouvelle «et vivante gril “ nous a lui-même tracée, à travers un “ voile qui est sa chair, et que nous “avons un grand Prêtre qui est établi ‘sur la maison de Dieu, approchons ‘ avec un cœur vraiment sincère et avec ‘ une foi entière,”
. St. Hermas montra dans sa vocation cette sincérité de cœur et la plénitude de l& foi que recommande ici PApôtre.
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Elevé dans le paganisme, accoutumé dès l’enfance à cette fausse doctrine, qui autorisait tous les vices, qui flattait la nature et tous ses penchants, la nouvelle de l'Evangile que St. Paul lui annonce est la contradic.ion frappante de ce qu’il avait cru ou aimé. Ayant reçu une brillante éducation, il avait été nourri dès le bas-âge des principes erronés des philosophes grecs ses compatriotes, et plus tard de ceux de Rome sa patrie adoptive. Ils lui prêchent une vie sensuelle, l’amour des plaisirs et les jouissances terrestres. Mais la voix de Paul lui révèle le mystère d’un Dieu crucifié, elle lui fait entendre une morale qui surpasse celle des plus sages de l'antiquité. La grâce de Dieu descend dans son cœur, tlle y allume le flambeau de la foi. (Ç’en est fait, il croit.
Sa foi est si vive qu’elle éclate au dehors. Il veut la faire partager à tous ceux qui l’entourent. Loin d’être rebuté par les supplices et les longues privations auxquels les chrétiens sont condamnés, il renonce de bon cœur aux richesses qu'il ne peut garder sans tran-
siger avec sa foi, Loin d’envier le bonheur des heureux du siècle, il ne voit et ne désire que les biens de l’autre vie.
Sans raisonner avec sa foi, il devient humble et petit. Après avoir entendu la prédication de son maître St. Paul,
la folie de la croix Jui paraît être la vlus haute sagesse.
Il oublie ce qu’il a pu apprendre des
aux sages, dont il avait suivi les leçons.
Ii nous raconte lui-même dans son livre du Pasteur ses craintes et ses défiances de lui-même que sa foi lui suscitait, afin de le mettre en garde contre les erreurs de l’esprit et les penchants de son cœur.
IL faut que l’Ange qui l’instruit le ranime et lui donne du Courage, tant il a peur de perdre le bienfait d’être enfant d’un Dieu crucifié.
Quelle différence entre: cet esprit de foi, qui fut si vif dans ce Saint, et le nôtre qui prétend tout soumettre à la raison, même nos penchants! Sans avoir les mêmes difficultés du côté des obstacles qui peuvent noue empêcher de croire, après avoir été nobrrie et élevés dans cette Religion, que St. Hermas n’a
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connue que tard et lorsqu’il était familiarisé avec ure secte qui préchait le contraire, cependant quel contraste ! Nos pasteurs nous répètent le même enseignement qui nous fut annoncé dès le bas-âge, ils nous reprennent des défauts que nous savons nous-mêmes opposés aux maximes de l’Evangile, et pourtant ils sont pour nous des censeurs importuns ! Hélas! St “ermas entend St. Paul qui brise sa croyance, qui anéantit sa foi, i! l’écoute cependant avec re”ect. [l reconnaît en lui un envoyé céleste.
Bien loin de chercher à expliquer ce qu’on lui enseigne, bien loin de faire plier sa foi aux exigences de ses passions, il soumet cette raison qui peut le tromper à la doctrine qu’on lui révèle, il oublie même la sienne qui l’a fait bril-
ler dans le monde. La grâce triomphe
de tout. N’avons-nous pas raison, en voyant tant de soumission et tant de respect dans les Saints pour la parole de Dieu et tant de révolte de notre côté, de nous écrier comme les Apôtres : “ Sei.
gneur, augmentez notre foi,” St, Lu, chap. 17.
La foi humble et vive en même temps de St. Hermas lui mérita de recevoir des communications célestes, d’avoir des entretiens avec un Ange, et d’apprendre à connaître davantage la doctrine qu’il avait embrassée avec tant de zèle et d’humilité. | -
N’avons-nous pas à redouter pour nous la privation des grâces qui pourraient fortifier la nôtre ?
Nos murmures, nos vains raisonnements ne nous exposent-ils pas même à perdre complètement cette divine lumière que Dieu a refusée à tant d’autres, et que les nations infidèles mériteraient peut-être plus que nous ?