‹ Vie de St. Jean Berchmans de la Compagnie de JesusChapitre 11 sur 61 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

LA VOCATION DU BIENHEUREUX JEAN BERCHMANS. ( De juillet à septembre 1616 .)

Les vanités du monde, ses folles joies, ses plaisirs trompeurs ne séduisirent jamais le cœur de Berchmans-, ils n'eurent même pas la puissance de rémouvoir, car il détourna d'eux ses regards, ou ne les vit que pour les mépriser. Il eut l'âme trop grande, pour estimer For et l'argent, l'intelligence trop éclairée pour ne pas voir l'inanité d'une gloire humaine, et ses nobles instincts ne lui permirent pas d'aspirer à d'autres joies qu'à la possession de Dieu. Comme Salomon, aux jours de sa jeunesse, il disait : — C'est la divine sagesse, que j'ai aimée dès l'enfance; sa beauté m'a ravi le cœur, et je ne veux pas d'autre épouse.

Mais Berchmans ne songeait pas à dire adieu à la maison de son père. Les pures affections de la famille avaient en son cœur de profondes racines, et dans les projets d'avenir qu'il méditait devant Dieu, il ne séparait pas de lui un père et une mère dont il voulait réjouir la vieillesse, et des frères dont il serait le protecteur : — « J'eus d'abord beaucoup de répugnance à embrasser la vie religieuse, dans la Compagnie de Jésus». — Berchmans lui-même, déjà novice, parlait ainsi à Henri de Vrièse, un ami des Berchmans, qui devait plus tard imiter la générosité du Bienheureux : mais Dieu sut amener son serviteur à l'accomplissement de ses propres desseins.

Tout le monde connaît aujourd'hui les lettres de saint Jérôme. On sait les chaleureuses indignations de cette grande

âme, qui avait vu les hontes de la Rome païenne et en avait été saisie d'horreur; les ardentes admirations de ce cœur qu'avait passionné le spectacle des vertus pratiquées au désert. En 1616, ce livre était rare : pour la première fois, le bienheureux Pierre Canisius le publia, en Allemagne, à la fin du seizième siècle. Avant cette époque, les lettres du saint Docteur n'étaient point séparées des volumes qui renferment ses œuvres.

Louis de Gonzague était mort à Rome, le 21 juin 1 5g 1 : le bruit de ses miracles retentit bientôt en Europe, et le récit de sa vie, écrit aussitôt après, se répandit rapidement, surtout dans les contrées où la Compagnie de Jésus fondait ses maisons et ses collèges.

Or, tandis que Berchmans édifiait, par sa piété, les maîtres et les disciples au collège de Malines, la Providence mit ces deux livres en ses mains. Lui-même révèle l'effet qu'ils produisirent sur son âme : — « Élève des Pères de la Compagnie de Jésus, à Malines, disait-il, je lus les lettres de saint Jérôme et la vie du bienheureux Louis de Gonzague : le premier de ces livres m'inspira la détermination de quitter entièrement le monde; le second me fit particulièrement aimer la Compagnie de Jésus, et me mit au cœur le désir de lui appartenir » (1).

L'Évangile propose à tous la voie des conseils; mais outre cette vocation générale, à laquelle chacun peut, s'il le veut, obéir, l'Esprit de Dieu fait entendre à des âmes privilégiées des appels plus intimes et plus pressants. Berchmans croyait entendre un de ces appels de Dieu; il n'omit rien pour préparer son âme à y répondre : plus ardentes furent ses prières, plus dures les rigueurs qu'il infligeait à sa chair innocente : le dimanche et le jeudi, sans compter les jours de fête, il recevait l'Eucharistie, et durant les longues actions de grâces qui sui-

(i) Les lignes suivantes de la déposition de Guillaume Van Aelst, ami du Saint, permettent de conjecturer que les deux livres lui furent prêtés par le P. Sucquet, recteur du collège, et que ce Père, le premier, inclina le cœur de Jean vers la vie religieuse : « (P. Sucquet) interrogavit Joannem quid esset facturus. Respondit : Credo me iturum Lovanium ad Universilatem. Pater monuit illum ut consideraret quid faceret. deditque illi aliquid Lonsiderandum. Ipse rediit ad patrem dicens se velle esse de Societate ». Le P. Sucquet lui-même, trois mois après la mort de Jean, écrira au P. Cepari : « Gaudeo equidem me cum illo de Societate délibérante egisse, vementem suscepisse, et vidisse florem istum apparentem in terra nostra., qui toto orbe talent spargeret odorem »

vaient ses communions, il conjurait Jésus d'affermir sa volonté (i). Déjà Berchmans avait découvert à son directeur les impressions que la lecture des lettres de saint Jérôme et de la vie du bienheureux Louis avait laissées dans son âme : — « Jean, dit le P. de Greeff, me manifesta la pensée qu'il avait conçue d'entrer dans la Compagnie, et, dès lors, au moins deux fois la

Portrait de Louis de Gonza^ue, enfant.

semaine, c'est-à-dire aux jours de ses communions, il venait m'entretenir à ce sujet » .

La Compagnie de Jésus accomplissait alors de grandes œuvres, et soutenait de rudes persécutions pour la gloire de Dieu : — « Berchmans fut touché du zèle apostolique de ces Pères eu Flandre et de l'abondante moisson qu'ils y faisaient. Il n'apprit

(i) « Ad illttm finem, singulis Dominicis et fcslis, post etiam feria quinta non fesliva communicare solitus ». — P. de Greeff.

pas sans émotion les combats qu'ils livraient aux novateurs en France et en Allemagne, et il accueillait avec attendrissement les nouvelles qui venaient tous les jours d'Angleterre, qu'ils avaient l'honneur d'y être confinés dans d'affreux cachots, et d'y être livrés à la mort la plus cruelle, à laquelle ils s'exposaient avec plaisir, pour ramener au sein de l'Eglise et au centre de l'unité tantd'àmes que le schisme et l'hérésie en avaient arrachées » (i).

A ces récits, Berchmans tressaillait et se reprochait les hésitations de son âme. La très sainte Vierge sembla s'être réservé de mettre fin aux incertitudes du fervent congréganiste. Un jour, le chanoine de Froymont donna à Berchmans 25 florins. Berchmans en sut faire un noble usage : une première part fut destinée aux pauvres, une seconde envoyée à l'église Saint- Pierre, à Louvain, pour que des messes y fussent célébrées à l'intention du donateur. La troisième fut offerte à Notre-Dame de Montaigu. Le cœur de Marie fut touché de ce généreux et touchant souvenir de Berchmans. Peu de jours après, il courut chez son directeur : — « C'en est fait, lui dit-il, je n'hésite plus : veuillez, je vous prie, me faire agréer par les supérieurs, et je promets de tout faire pour devenir un saint dans la Compagnie de Jésus )). Cette assurance, il avait la coutume de la donner au P. de Greeff, chaque fois qu'il l'entretenait de sa vocation (2).

Avec la permission de son directeur, Berchmans s'engagea par vœu à poursuivre de toutes ses forces la réalisation de son généreux dessein, et, suivant ses conseils, il sollicita sa réception, auprès du Père Scribani, provincial de Flandre, lors du passage de ce Père à Malines.

La Compagnie de Jésus ouvrait, avec bonheur, ses bras

(1) P. Frizon. La seule prospérité des œuvres de la Compagnie de Jésus en Belgique était bien faite pour charmer Berchmans. De Bruxelles, le 3o juillet i6i5, le P. Le Jeune écrivait au P. Ayrault : « Votre Révérence ne croirait pas les progrès que font les deux Provinces de ces pays, tant en bâtiments de belles églises et maisons, qu'au nombre des sujets rares en toute sorte de perfection. Il y a cent novices à Malines, tous enfants de très bonnes maisons, et tellement versés aux Humanités que je ne le pourrais croire si je ne l'avais vu. La plupart ne passent pas seize ou dix huit ans. Au collège de Louvain, ils sont cent vingt; et entre autres, il y a une Académie et douze de nos Pères, déjà consommés en toute science, qui s'y accomplissent pour les langues, controverses, etc., pour pouvoir servir à toute sorte de missions. Les autres collèges vont à proportion, et ne bâtissent pas moins spirituellement que temporellement ».

(2) « Quoties de vocatione sermo cum magistro inciderat. spondebat fore se, quantum divina gratin opitularetur, sanctissimum ». — P. Bauters.

au saint jeune homme; mais il avait compris qu'on ne pourrait l'admettre si son entrée en religion devait trop amèrement

R.PCAROLVS SCRIBAttIVS 3riucelknsis, è Societate lESV, m qua. jintucrmcz £ï Bruxçlhz JUdTar, ac TUndro-BeUlcœ. Trovincialis , ver -rnukûs annosjutt: Pietate,

doclrma., conftlio, rébus bono pufflico ae/ïïs, bbris edttis claryj. Obyt Untuerpice.

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