‹ Vie de St. Jean Berchmans de la Compagnie de JesusChapitre 12 sur 61 · lun. anno 161g. cetatis S g j s · texte numérisé non relu

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contrister un père et une mère, dont on connaissait les pieux sentiments et les nécessités urgentes. Berchmans devait donc obtenir leur consentement.

7o LE B. BERCHMANS EN BELGIQUE.

L'année scolaire touchait à sa fin; après avoir prié et demandé conseil, Jean écrivit à ses excellents parents, vers le mois d'août 1616 :

« Mon vénéré père et ma très chère mère,

« Voilà trois ou quatre mois, environ, que Notre Seigneur frappe distinctement à la porte de mon cœur; et j'ai voulu d'abord arrêter, pour ainsi dire, sa main. Mais quand je me suis aperçu que partout et toujours, à l'étude, à la promenade, en quelque endroit que je fusse, il ne se présentait d'autre idée à mon esprit que la nécessité où je suis de me déterminer sur le choix d'un état de vie, j'ai résolu et, après beaucoup de communions et d'autres bonnes œuvres, j'ai fait vœu de servir, moyennant sa grâce, Notre Seigneur en religion.

« Qui peut, en effet, sans être saisi d'horreur, voir les misères, les dangers et les très graves péchés des hommes, dans tous les autres genres de vie; et au contraire, qui peut, sans désirer s'y vouer pour toujours, considérer la régularité, l'humilité, les autres vertus, et, par dessus tout, l'ardent amour de Dieu et du prochain, dont on fait profession dans l'état religieux?

« Il est dur, j'en conviens, pour des amis, pour des parents, de se détacher d'enfants chéris; mais que feraient-ils si Dieu leur épargne cette affliction!), si, dis-je, Notre Seigneur les appelait à lui?

« Voici encore une autre pensée qui me revient quelquefois : — si je voyais près de moi, d'un côté, mon père, ma mère, ma sœur... et d'autre part Dieu Notre Seigneur, avec sa Mère qui, je l'espère, est aussi ma mère bénie, et que les premiers me parlassent ainsi : « Cher enfant, demeure avec nous; nous t'en prions par les ennuis et les fatigues que nous avons endurés pour toi, etc.. ». Et Jésus-Christ, de son côté : — « C'est moi que tu dois suivre, moi qui pour toi suis né, qui pour toi ai été flagellé, couronné d'épines, et enfin crucifié. Voici mes cinq plaies sacrées : n'est-ce pas pour toi que j'en ai subi les douleurs?

Ignorerais-tu que de mon très saint corps j'ai nourri ton âme, et que mon sang adorable Ta abreuvée; et toi maintenant, en refusant de me suivre, tu te montrerais à tel point ingrat...? ». Mes très chers parents, quand je considère ces choses, mon cœur s'enflamme tellement, que, s'il m'était possible, je volerais subitement en religion, et mon âme et mon cœur n'auraient point de repos, qu'ils n'eussent trouvé leur bienaimé.

« Mais, direz-vous, c'est trop tôt-, attends d'être promu aux saints ordres. — Je vous le demande, mes chers parents, s'il venait à votre porte un mendiant demander une aumône, et que, vous croyant disposés à lui donner quelque chose, il vous dît : — Je viendrai le chercher dans un ou deux ans, — incertain si vous le lui donnerez alors, — ne le regarderiez-vous pas comme un malavisé, comme un fou? — Mais devant le Dieu tout-puissant, ne sommes-nous pas tous des mendiants? — Voilà qu'après les suppliques nombreuses que je lui ai présentées, il lui plaît de me faire une de ses précieuses aumônes, celle de m'appeler à la vie religieuse et dans la Compagnie de Jésus, dans un Ordre qu'on peut appeler le marteau de toutes les hérésies, l'asile de toutes les vertus; et moi je mépriserais ce don et je le foulerais aux pieds? Je ne sais si Notre Seigneur voudra, après deux ans, me l'offrir encore : bien plutôt doisje appréhender qu'il ne me jette à la face (oh ! le souverain malheur!) ces désolantes paroles : — Je ne te connais pas : Nescio te.

« Aussi, je m'offre de tout mon cœur à Jésus Christ, et je désire combattre avec lui dans sa Compagnie. Vous n'aurez pas, je l'espère, le malheur de vouloir vous opposer à Jésus Christ. J'ai lu, dans l'histoire, que les Égyptiens immolaient leurs enfants à leur dieu : ce dieu était un crocodile; et, voyant démembrer leurs fils par l'animal, les parents se réjouissaient. Combien plus devez-vous vous réjouir, louer Dieu et lui rendre grâces, puisque vous aurez l'honneur, sinon de donner, puisqu'il n'est pas vôtre, au moins de rendre un fils à Dieu?

« Je me recommande à vos saintes prières, afin qu'il plaise

à Notre Seigneur de m'accorder la persévérance jusqu'à la fin de ma vie, et puis à vous et à moi la vie éternelle. « Le fils obéissant de Jésus Christ et le vôtre.

« Jean Berchmans » (i .

ni On possède le texte de dix lettres du B. Jean Berchmans. Cinq sont écrites en flamand, et les cinq autres en latin. Nous nous sommes aidés des travaux du P. Yanderspeeten,du P. Deynoodt et du P. Carpentier.

Voici le texte flamand de la lettre qu'on vient de lire :

Eerweerdige Vader en seer lievejj Moeder fis nu bijnaer drij ofte vier maendendat ons L. Heere merkelyk voor mijn doore geklopt heeft, ende dat ik hem om soo te seggen die toegehouden heb : maer als ik heb gesien dat of ik studeerde, speelde, oft wandelde, oft iet anders dede, mij niet anders te vooren en quam als te kiesen eenen seekeren staet des levens, hebbe geconcludeert, ja ook gel.ooft, onsen L. Heer met sijne gratie te dienen in de Religie naer veele Communien ende goede werken. wan, wie isser die siende aile de miserien Perykelen ende ook de grouwelijke sonden in aile staeten des levens daer geenen schroom en soude af hebben? bemerkende wederom die perfecte orden ootmoedigheijt etc. ende ook ten lesteen die brandende liefdesoo tôt god als oock tôt sijnen evenaesten, hem daer toe niet en sou begeeven? fis wel waer. fis enigsins swaer aende ouders ende vrienden haere kijnders te verlaeten maer wat soude sy doen, dat se ons L. Heere, die se lanc wilt gespaeren, naer hem riep, weederom als ik somtijds in mijn hert ben peijsende dat ik hier voor mij saeghe aen de eene syde Vader Moeder Suster etc. aen die ander syde God den Heere met sijne, ende soo ik hoope oock de mijne gebenedijde moeder, d'een sou seggen mijnen lieven soone ik bidde u etc. doer de moeijte ende arbeijd die ik met u gehad hebbe etc. Volght my naer, aen d'ander syde sou Christus Jésus roepen ik heb voor u gebooren gegeesselt gekroont ende ten laesten ook gekruijst gewijst, siet hier mijn vijf. H. Wonden en heb ik die voor u niet geleeden ? en weet gij niet dat ik u siele fot nog toe met mijn Heijligh lichaem gespeijst ende mijn heijligh bloed gelaeft hebbe ? Ende suldij nu soo ondankbaer weesen? Als ik dit peijse seer lieve ouders mijn hert ontsteekt mij alsoo, dat waert mogelijk ik terstond wel naer de religie viliegen soude enne mijn herte, mijn siele en sal nietmetrust sijn, voor sij en heeft haeren alderliefsten gevonden; maer u lieden sal seggen fis nog te vroegh, beijt tôt dat gijge promoveert sijt. ik vraege U L waer 't saeke dat voor U. L. doore eenen armen mensch quam een almoesse bidden ende dat gij hem yet soudt willen gheeven, en soudij hem niet vaor dwaes ende sot reekenen dat hij soude seggen ik sal dat koomen haelen binnen een of twee jaer, t'is misselyk oft gy het hem soudt willen gheven, en sijn wij niet altemael bedelaers in 't aenschyn van God Almachtigh ? het belieft hem nu naer veel biddens door sijn goedheijt, een van sijn beste almoessen te geven te weeten de Religie ende namentlyk die Socteteijt Jesu, den Hamer van aile de ketterijen een vat der deughden ende perfectien, ende sal ik die metten voet stooten, oft verachten, t'is misselyk oft ons L. Heere binnen twe jaer die soudelaeten volgen ende dan soude ik (ô Ellendigheijt) mogelyk moeten hooren ik en ken u niet soo dan uut ganscher herte offere ik my aen Christus Jésus willende onder sijn compagnie ook vechten ik hoope dat L". L. soo onreedelijk niet en sijt die u tegen Chrus suit stellen. maer dat gij met die van .Egijpten (de welke soo ik in de historié leseï haren kijnderen opofferden aen haeren afgod Crocodilus om van hem verscheurt te worden ende als sij verscheurt waeren groote feesten hielen u suit verblyden ende God den Heere looven en danken, dat uwen soone soo weerdigh gevonden is aen God niet geschonken te syn (aengesien by U. L. nit toe en beboorden) maer wederom gegeven te syn, ik recommandeere my in U. L. goede gebeeden dat ons L. Heer my tôt d'eijnde mijns levens volstandigheijd geven wil en U. L. met mi) hier naermaels het eeuwig leeven.

Joannks Berchmans Christi Jesu ende U. L. onderdaenige soone.

« Il n'est pas malaisé, dit le P. Frizon, de se figurer l'impression que fit dans le cœur des bons parents de Berchmans une telle déclaration, et les divers mouvements qu'elle y produisit. Ils aimaient trop tendrement ce cher fils, pour ne pas ressentir une vive douleur, à la nouvelle qu'il leur donnait de vouloir les quitter; mais ils étaient chrétiens; ils ajoutaient même à un grand fonds de religion une piété peu ordinaire à des personnes du siècle. Dans ces dispositions, ils n'avaient garde de désapprouver le dessein qu'avait Berchmans de se donner à Dieu : ils n'avaient pas oublié qu'ils le lui avaient offert dès sa plus tendre enfance; ils étaient bien éloignés d'en prétendre désavouer ou révoquer la donation ; mais ils auraient bien voulu qu'il se fût contenté de le servir dans l'état ecclésiastique, et qu'il eût borné sa dévotion au ministère des autels, dans le diocèse où Dieu l'avait fait naître, et où il n'aurait pas manqué de bénéfices, sans la porter jusqu'à vouloir entrer dans un Ordre qui fait profession d'y renoncer ».

Peu de jours après, une scène attendrissante se passait au parloir du collège de Malines : — « Sur mon conseil, raconte le P. de Greeff, Jean fit connaître à ses parents sa vocation par une lettre. Elle était à peine reçue, que son père arrivait à Malines, et, conduit par Berchmans, venait à moi pour me livrer un vrai combat : — C'est, me dit-il, c'est en me condamnant à des travaux pénibles, c'est en me ruinant, que j'ai pu faire élever cet enfant : j'en ai encore d'autres, mon Père, et en nombre; celui-ci est l'espérance unique de la famille, et vous nous l'enlevez. Oui, mon Père, c'est vous qui avez mis ces projets dans sa tête; sans vous, il n'y eût point songé! ».

« Le pauvre père m'accusa ainsi longtemps, et ma réponse fut toujours la même: — Non, lui disais-je, c'est votre fils qui, le premier, obéissant à l'impulsion divine, m'a communiqué ses pensées à ce sujet; puis, il m'a demandé des conseils. Il m'a interrogé sur ce qu'il devait faire pour réaliser son dessein, et alors j'ai présenté l'enfant au P. Scribani, provincial. J'ai fait pour lui ce que j'aurais voulu que l'on fît pour moi-même, en pareille occurrence.

« Comme le père de Berchmans insistait toujours plus for-

tement sur la gêne extrême de la famille et sur le peu de ressources qu'il retirait de son travail : — Je vous comprends bien, lui dis-je, car je suis enfant d'une famille pauvre. Mon vieux père était tanneur comme vous; il comptait sur moi, comme vous sur Jean; plus encore, parce que j'étais le seul soutien de ma mère et de lui : mes bons parents combattirent longtemps le dessein que j'avais d'entrer dans la Compagnie de Jésus; et ils faisaient valoir les arguments que vous proposez. Mon père cependant s'adoucit peu à peu, touché qu'il fut de quelques pensées que je lui suggérai : celle-ci, entre autres, fut efficace : — Quand des parents, disais-je, détournant les yeux de la grandeur du bien que Dieu fait à leurs fils, en les appelant à la vie religieuse, les empêchent, sans y être tout à fait contraints par la nécessité, de marcher dans la voie que Dieu leur montre, ils s'abusent étrangement, s'ils attendent de ces fils dérobés à Dieu une assistance ou des consolations temporelles. — J'ajoutai ensuite : — Croyez-moi, Jean, dans la religion, attirera sur vous, sur sa mère, sur toute sa parenté, des bénédictions autrement précieuses que le petit bien-être qu'il leur pourrait procurer, si, demeurant dans le monde, il obtenait enfin une bonne cure ou un important bénéfice.

« Je dus travailler ainsi longtemps à consoler cet excellent père, à qui la violence de la douleur n'avait pas permis de contenir ses larmes. Peu à peu, la piété chrétienne reprit le dessus, et il me parut acquiescer à tout » (i).

Le triomphe de la grâce sur la nature ne pouvait si tôt être complet. L'affection et l'autorité paternelle firent, tour à tour, entendre à Berchmans leur attendrissant ou austère langage. Dieu fortifia son serviteur contre les vives impressions qu'é veillaient en lui les paroles d'un père si digne de son respect et de son amour : Jean fut bon et tendre pour son père, mais il demeura inébranlable dans sa fidélité à Dieu, dont la voix lui disait toujours : — Quitte ton père et ta mère, et suis- moi.

Elisabeth Vanden-Hove comptait, parmi les membres de sa famille qui s'étaient consacrés à Dieu, un religieux franciscain

li) Epist. ad P. Buscvum, supr. cit.

alors résidant à Malines. Le digne père de Berchmans ne crut pas s'opposer aux desseins de Dieu, en priant ce religieux et le supérieur de sa maison d'examiner la vocation de son enfant, et de soutenir vivement auprès de lui les intérêts de son cœur paternel. Il ordonna, en même temps, à Jean d'ouvrir entièrement son âme à ces deux juges de sa vocation. Berchmans promit d'obéir et, un peu consolé, le généreux artisan se hâta de retourner à Diest, où l'appelaient ses travaux, et où l'attendaient, dans l'anxiété et la prière, la pieuse mère et les pieuses tantes de Berchmans (i).

Jean, de son côté, se rendit au couvent des Franciscains et ouvrit son âme au gardien, avec une candeur d'enfant. Le vénérable religieux fut aussitôt convaincu que la détermination de Berchmans était selon Dieu. Il l'éprouva cependant, et fit valoir auprès de lui toutes les raisons qui pouvaient l'ébranler. Mais le saint enfant répondit avec tant de sérénité, de sagesse et de force, que le gardien, au lieu de songer désormais à le détourner de son pieux dessein, le pressa d'en poursuivre courageusement l'exécution. Entre les réponses de Berchmans, qui impressionnèrent le gardien, une surtout détermina son assentiment : le digne religieux exposait à l'enfant, en les exagérant, les difficultés d'un dessein qui, selon lui, était fort au dessus de ses vertus encore imparfaites. Il lui disait encore : Vous n'aurez pas une santé assez ferme pour supporter les labeurs apostoliques ; et d'ailleurs, ne redoutez- vous pas la responsabilité de la direction des âmes au confessionnal?... — A toutes les objections de ce genre, Berchmans se contenta de répondre, avec une humilité énergique : Omnia possum in eo qui me confortât : Je puis tout, avec l'aide de Jésus, qui me fortifie (2).

Le Franciscain, parent de Berchmans, eut moins de prudence

(1) Un témoin du procès romain, Stanislas Phenicio, apprit de Berchmans que la démarche à faire auprès des religieux de Saint-François fut inspirée par Elisabeth, et que la pauvre mère leur fournit elle-même les arguments qu'ils devraient faire. valoir : — « Dixerat mihi charissimus Joannes Berchmans, dum simul r -émaner émus nel Ritiramento, matrem suam, quœ illum unice amabat, instruxisse aliquos Religiosos, qui dissuadèrent Societatem Jesu Joanni : — quos ipse constanter et egregie refulavil et vicit » .

(2) « Ad objectiones, prœsertim de magno onere, ut aiebant, audiendi confessiones, respondit : Omnia possum in eo qui me confortât. Hac responsione viros illos religiosos prostravit, quibits ea cura demanddtdfuerat a V. S. D. parentibus, ut ab ingressu in Societatem filîum removerent, quique ministerii difjicultatem exaggerabant ». — Summar.

que son supérieur. Egaré par une fausse affection, et prêtant trop l'oreille à des sentiments de famille, dont son état lui faisait un devoir de se moins souvenir en cette occasion, il s'acharna à traverser l'accomplissement des désirs que Dieu inspirait à son serviteur. Jean n'oubliait pas ses obligations de parent ; il respectait surtout l'habit de celui qui pourtant remplissait, auprès de lui, un rôle si peu convenable à sa profession; mais, un jour, poussé à bout par la vivacité des instances de son tentateur : — a Mon Père, s'écria Berchmans, j'aurais dû attendre de vous d'autres conseils. Longtemps, j'ai contenu mes impressions : j'espérais que vous respecteriez enfin la volonté évidente de Dieu, qui m'appelle. Puisqu'il n'en est rien, pardonnez si je semble oublier moi-même le respect qui vous est dû. — Et, d'un geste énergique, indiquant au religieux la porte de la maison, et l'y entraînant même après lui : — Par là vous êtes entré, ajouta-t-il, par là vous pouvez sortir, si votre zèle ne vous inspire rien de mieux à me dire; et que la rue qui vous a amené chez moi vous ramène chez vous » (i).

Le gardien des Franciscains, et peut-être aussi le parent d'Elisabeth, apprirent aux habitants attristés de Diest l'inutilité de leurs tentatives. On ne songea donc plus à combattre de front une détermination reconnue inébranlable; mais les parents de Berchmans se flattèrent que l'action du temps serait plus puissante que celle de leurs efforts, et ils écrivirent à leur enfant, pour lui demander un sursis de quelques mois à l'accomplissement de son dessein. Il fallait bien, disaient-ils, ce temps pour se préparer à un si cruel sacrifice.

Berchmans demanda conseil à son directeur; il pria plus encore et répondit, vers les premiers jours de septembre 1 6 1 6 (2 :

« Mon vénéré père et ma très chère mère, ce Je suis très heureux d'apprendre que vous êtes en bonne

m (. ... Joannes noster contra subindignari, eique aliquando ferventiori spiritu, sermonîs istiusmodi impatiens, cubicidi domusque oslia ostendere, ut nisi de aliis rébus loqui in animum induceret, qua venerat via egrederctur ». — P. Bauters. — « Lo tiro verso la porta di casa... : Padre, ... ecco la porta; andatevene per la strada che siete venuto ». — P. Cepari.

(2) « Essendo entrato il servo di Dio in noviziato, ai 24 septembre del 1616, questa lettera deve essere dei primi di questo mese ». — Lettere del V. G. Berchmans; 1S08, Rom a.-.

santé; j'espère que Notre Seigneur vous y maintiendra tous et je l'en prie de tout mon cœur.

« Dieu m'appelle à la vie religieuse; il m'invite à entrer dans un Ordre où Ton mène une vie angélique : c'est pour vous, comme pour moi, un insigne bienfait dont vous devriez lui rendre grâces; et c'est vous, j'en suis dans un étonnement extrême, c'est vous qui me pressez de ne pas écouter l'invitation de Notre Seigneur, ou de différer de cinq ou six mois ma réponse à son appel. Vous en devez convenir, il ne me sied pas de vous obéir, au mépris des ordres de Dieu.

« Notre Seigneur, invitant un adolescent à le suivre, ne voulut pas même lui donner le temps d'ensevelir son père déjà mort; et cependant, l'œuvre était bonne et pouvait s'achever en peu de temps. En une semblable occasion, il défendit à un autre d'aller dire adieu à ses amis, et il ajouta : Nemo mittens mamim snam ad aratrum et respiciens rétro, aptus est regno Dei (1). Pourquoi, pensez- vous, Jésus a-t-il ainsi agi, ainsi parlé ? Uniquement pour montrer que nous devons tous, sans délai, suivre notre vocation.

« Je veux, mes vénérés parents, obéir à Dieu Notre Seigneur, pourvoir à mon salut, me soustraire à cette horrible sentence : Vocavi et renuisti, ego quoque in interitu tuo ridebo (2). J'espère donc avoir le bonheur d'être, avant quinze jours, au milieu de mes nouveaux frères, dans la maison religieuse; j'espère que les prières de mes frères, les vôtres et aussi les miennes, toutes faibles qu'elles sont, m'obtiendront du Seigneur la grâce de persévérer, jusqu'à la fin, dans une détermination que lui-même a daigné m'inspirer.

« Votre fils obéissant,

« Jean Berchmans » 3).

Celui-là n'est pas apte au rojaume de Dieu, qui, ayant mis la main à la charrue, regarde derrière lui » (Luc. ix, 62).

« Je t'ai appelé et tu n'as pas voulu obéir : et moi aussi, je me rirai de toi, dans ton malheur » (Prov., 1, 24, 26). — Si Berchmans ne traduit pas les textes latins qu'il cite, c'est qu'il écrit surtout pour son père, et l'on sait que Jean-Charles Berchmans avait étudié les lettres latines.

(3) Texte original de la lettre du B. Jean : Eerweerdige Vader ende Alderliefste Moeder 1k ben seer verblijdt verstaende U L

L'esprit chrétien qui animait le père et la mère de Berchmans, l'amour qu'ils avaient pour un enfant dont ils désiraient le bonheur, au prix même des joies de leur vieillesse, ne leur permirent pas d'insister pour obtenir un long délai. Mais, depuis quatre ans, Jean était venu rarement à Diest, et encore n'avait-il fait qu y passer. N'était-il pas bien juste qu'au moment de quitter, peut-être pour ne plus les revoir, un père, une mère, une sœur, des tantes, qui l'aimaient si tendrement, il leur donnât la joie de le posséder quelques jours, sous ce toit qui avait vu son enfance grandir, protégée par leur affection? Ils écrivirent donc à leur bien-aimé Jean, le conjurant de ne pas refuser à leur tendresse cette visite d'adieux. Mais la Providence ne permit pas une démarche dont l'effet le plus ordinaire est d'attiédir l'ardeur généreuse de l'enfant que Dieu appelle, et d'irriter la douleur et les regrets de la famille. Voici la réponse de Berchmans. Elle est du dimanche 18, ou du lundi 19 septembre 16 16 :

a Mon vénéré père et ma très chère mère,

« Je suis heureux d'apprendre que vous êtes en bonne santé. Je prie Dieu de vous la garder longtemps.

goede gesondheijt. in de welke ik hoope ende bidde hertelyck dat ons L. Heere U L altesaemen ait jt wil gespaeren. voorts verwonder ik mij grotelicx dat U Lieden in stede van God te lowen ende te danken van't groot weldaet dat hij mij ende ook U. L. heeft wilen doen,als isinde H. Religie ende sulke religie in de welcke men eens Inghels leven leeft te roepen, dat gij mij segge ik gaedt vermaenen ons L. Heere niet te hooren ende mijn vocatie uijt te stellen vyf of ses Maenden fis onbetamelyk gelvk U Lieden wel vi cet, om U Lgehoorsaem te weesen, in de ongehoorsaembeijt tegen God te vallen ons L. Heere roepende eenen jongelink en heeft niet begeert dat hij sijnen vader die nu overleeden was soude begraeven t'welk nogtans een goedt werk was, ende van corten tyd. Weederom eenen anderen roepende, heeft hem verboden sijn vrienden adieu te segghen seggende : niemand sijn hand aen den ploegh steekende, ende agterwaerts siende en is bekwaem tothet rijke Gods. Waerom meijnt U. L. dat hi) ditgedaen heeft, dan om te toonen, dat wij sonder vertouven onsen roep terstont soude volgen soo dan Eerweerdige Ouders om God den Heere geoorsaem te weesen mijne saeligheijt waer te neemen ende ten lesten die grouvelijke sententie te ontgaen Vocavi et renuisti ego quoque in interitu tuo ridebo Ik heb u geroepen ende gij hebt mij verstooten. ik salookin u verdoemenisse lachen. meijne met de graetie Gods binnen veerthien daesen mij met mijne Broeders in de H. U L eude ook door Religie te verblyden, verhoopende door God den Heere als door myn broeders, als door myne krancke gebeden te verknjgen dat. die mij deesen goeden wilgegeven heeft mij ook wil tôt den les'en volstandigheijd verleenen.

Joannes Berchmans U. L. onderdaenighen sone.

« Pour plusieurs motifs, mon maître n'approuve pas que je vienne à Diest, comme vous le désirez. Mais, par notre commune affection, je vous en prie humblement, mon vénéré père, et je vous en prie aussi, ma très chère mère, venez vousmêmes à Malines, mercredi soir au plus tard, par la voiture d'Etienne, ou par celle qui fait le trajet de Montaigu à Malines. Il me sera très doux de vous revoir : je vous ferai mes adieux, vous me ferez les vôtres, et vous me rendrez à Dieu Notre Seigneur, qui m'a donné à vous.

« Il est aussi une autre chose que je désire de vous, mes vénérés parents. Chaque heure de délai me semble un jour; rendez-moi donc le service de visiter, puisque je n'ai pas le temps de le faire moi-même, Notre-Dame de Montaigu, vous et avec vous mes tantes, mon frère et les autres amis qui désirent le salut de mon âme (1). Là, faites la sainte communion, puis, présentez à Notre Dame et à son Fils béni l'offrande de votre Jean, avec cette allégresse de cœur que la Bienheureuse Vierge ressentit quand elle offrit Jésus Christ à son divin Père. Si cependant le pèlerinage devait retarder votre venue à Malines, vous le feriez après votre retour.

« Je vous recommande vivement l'ami qui, pour obliger mon maître et me faire plaisir à moi-même, me rend le grand service de vous porter la présente lettre. Traitez-le bien, et logezle, je vous prie, ou dans notre maison, ou dans celle de ma grand'mère (2).

« Recommandez-moi cordialement à mon grand-père, à mes grand'mères, et surtout à mon excellent bienfaiteur, M. le chantre de Groenendonck; qu'il daigne se souvenir de moi dans ses prières. Je n'oublie pas mon oncle Pérégrin et ma tante Catherine (3 .

(1) Le frère dont parle le Bienheureux est, probablement, Charles, qu'il aimait plus tendrement, à cause de sa vertu. Charles avait alors douze ans.

(2) Sa grand'mère maternelle, Marie Vleugels.

(3) Le grand-père paternel du Bienheureux mourut le 21 novembre 1618, un mois après le départ de son petit-fils pour Rome,

Catherine Vanden-Hove, sœur d'Elisabeth, épousa Pérégrin Van Hamel. Leur fils, Adrien Van Hamel, cousin germain du Bienheureux, fut un juriste distingué. Pérégrin Van Hamel fut nommé tuteur de Berchmans et de ses frères, après la mort de leurs parents.

So LE B. BER'CHMANS EN BELGIQUE.

« J'ai encore d'autres choses à vous dire; mais, je l'espère, vous les apprendrez ici.

« Tous, de cœur, priez pour moi, afin que le Seigneur daigne mfaccorder la persévérance jusqu'à la fin de ma vie. De grâce, faites à tous mes amis cette même recommandation, et qu'elle leur soit comme mon dernier adieu.

« Jean Berchmans, votre fils obéissant ».

— « Monsieur le président Jean Berchmans, je vous en prie, ne laissez pas échapper la première occasion que vous aurez de venir me voir, cette semaine » (i).

L'adresse de la lettre, tracée de la main du Bienheureux, était ainsi conçue : — A mon vénéré père, Jean Berchmans, demeurant à la Lune-cTOr, à Diest. Cito, cito, cito (vite, vite, vite). Par ami (2).

(1) Ce post-scriptum est du chanoine de Froymont,. Le père du B. Jean était alors président des Décemvirs de Diest.

(2) Texte original de la lettre du B. Jean :

Eerweerdighe vader ende Alderliefste moeder, le verblijde ende verheuge grootelijcx in V. L. goede ghesontheijt in de welcke ons Lieven Heer V. L. lanc wil ghesparen. Voorts soo laet ic V. L. weten hoe mijn heer nijet goet en vin dat ic naer V. L. begheerte tôt Diest soude gaen om veel redenen : soo bidde ic V. dan ootmoedelijc Eerweerdighe vader ende alderliefste moeder door U moederlijcke ende mijn vus soons affectie die V. L. tôt mij ende ic tôt V. ben dragende dat V. belieft woensdach t' savons ten lanxten te comen oft met die wagens van Mechelen op Scherpenheuvel of met Stevens kerre om dat ic aen U ende willecom ende adieu en gij aen mij moocht seggen mij uwen sone wederom ghevende aen godt den Heer die mij aen V. L. heeft ghegheven. Een dinghen soude ic nochtans wel van U, Eerw. Ouders. begheren dat V. L. toch soo veel doet dat gij ( : aenghesien ic nu nijet en can ende mij elecke ure dunckt eenen dach te wesen : ) dat gij segge ic met mijn begijne moeijkens ende mijn broeder ende andere goede vrinden die soo veel willem voor mij ende mijn sielen salichijt doen weens wilt tôt onse lieve Vrou van Scherpenheuvel wilt tôt ons lieven heere gaen met die selfde blijschap des herten mij haren ghebenedi jden soon ende ooc haer opofferende met die welcke ons lieve vrouw christum jesum haeren soon godt den vader opghecffert heeft. Xoctans ist saec dat dese devotie u reijse beletten soude heb liever dat se U. L. wtstelt tôt u wedercompste. Ic recommandere V. L. hertelijcken desen goeden vrint die om mijn heers ende ooc om mijnen wille mij sulcken grooten vrientschap doet tracteert hem wel ende ic bidde ooc dat gij hem logeert oft tôt grootmoeders oft tôt onsen tuijs.

Recommandeert mij hertelijc aen mijn Grootvader grotmoeders ende principalijc aen mijn speciael ende beste benefacteur mijn Eerw. Heer den Cantor den Groeneadonck dat (hij) mij somtijts ghedachtich wil wesen in sijn devotie. aen Pellen oom ende Catlijne moeijken ic heb noch eenige memorikens de welcke. V. L. soo ic hope van hier suit mede dragen. Bidt altemael hertelijc voor mij dat ons L. Heer mij wil volstandichijt gheven tôt het eijnde mijns levens dese recommandatie bidde ic dat gij wilt doen aen aile mijn vrienden de welcke ic haerlieden gheve voor mijnen Adieu. Mijn heer den président j<vi Berkemans kompt toeh sonder faute met den : -erst gelegendti

Jean-Charles Berchmans et Elisabeth Vanden-Hove s'empressèrent de se rendre à Malines. Les larmes coulèrent abondantes, et Jean, à la vue des pleurs de sa mère, ne contint pas les siens. Mais la grâce répandit une douceur divine sur cette tristesse de la séparation. Elisabeth surtout dilata son cœur, pour faire à Dieu son offrande dans toute la plénitude d'une générosité chrétienne. Peut-être un secret pressentiment lui disait -il qu'elle recevrait bientôt, au ciel, la récompense de son sacrifice. La pauvre mère ne devait plus, en effet, revoir son fils sur la terre (i).

La résignation du père était moins parfaite, et quand, à lui aussi, Berchmans demanda une bénédiction, gage de celle de Dieu sur son avenir : — J'y consens, mon fils, dit le pauvre père brisé de douleur*, mais le sacrifice coûte à mon âme : je vieillirai, et tu ne seras plus là; nous sommes pauvres, et tu pouvais faire honneur à la famille et l'enrichir. — Que ditesvous, mon père? reprit vivement Berchmans; ah! plutôt, songeons, vous et moi, à amasser, en quelques jours de vie, d'immenses richesses pour l'éternité. — Et comme son père ajoutait : — Tu le comprends, Jean, nous ne pourrons rien offrir à la Compagnie pour ton entretien au noviciat : — Me fallût-il, répondit énergiquement l'adolescent, m'y présenter dépouillé de ces habits mêmes que je porte, je les quitterais, et, comme le jeune homme de l'Evangile, débarrassé du linceul, je suivrais Jésus Christ (2).

Ces héroïques sentiments, il les exprimait, deux jours après, avec non moins de force : — La veille de son entrée en religion, disait Henri de Vrièze, Berchmans me raconta ce que faisait son père pour l'empêcher de suivre sa vocation ; et tout à coup, il s'écria avec un accent pénétré : — Quoi ! moi, j'abandonnerais Dieu qui m'appelle; Dieu qui pour moi averse tant

in dees veek V. L. goet vrient. J. Froymont. L'adresse portait : aen synen Eeriv. Vader Jean Berchmans woonende in de guide mane tôt Diest cito cito cito par ami.

(1) Ce fut le jour de saint Mathieu, apôtre, le mercredi 21 septembre 1616. qu'Elisabeth Vanden-Hove et Jean-Charles Berchmans firent à Dieu l'oblation de leur très cher fils.

(2) « Cum eidem parens se opponeret, negans quidquam se ad sumptus suppeditaturum, constanter Joannes : — si et hœ vestes me retinuerint, exutus omnibus, it adolescens ille relicta sindone, Christum sequar. » — P. Bauters.

de sang? Bien plutôt, s'il le faut, suis-je prêt à jeter aux pieds de mon père jusqu'à ces vêtements (i).

(i) « Egone Deum desererem me vocantem, qui tantum sanguinis pro me effudit? — lmo si opus esset, lias vestes ad pedes parenlis conjicerem. » — Summar.

Ces vêtements, qu'il eut bientôt la joie d'échanger contre l'habit religieux, le frère Linger du noviciat les nota sur son livre : ils n'avaient rien de l'éclat que la jeunesse d'alors recherchait tant dans les habits : « justaucorps de drap noir, haut-de-chausses de même couleur, manteau gris-cendré ».

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