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LE BIENHEUREUX JEAN BERCHMANS AU NOVICIAT. SECONDE ANNÉE

(27 sept. 1Ô17 — 25 sept. 1618).

Après un an de noviciat, Berchmans était dans une sainte impatience de se lier à la Compagnie de Jésus par les vœux de religion ; mais les Constitutions exigeaient deux années d'épreuve. Pour donner quelque adoucissement à la peine que lui causait ce retard, on lui permit, comme on en use quelquefois à l'égard des plus fervents, de faire des vœux de simple dévotion. Ce fut le 27 septembre 161 7 que Berchmans jura secrètement à Dieu qu'il garderait fidèlement la pauvreté, la chasteté, l'obéissance dans la Compagnie de Jésus, et qu'il vivrait et mourrait dans cette famille de son choix.

C'est ainsi qu'il demeurait fidèle à la détermination qui l'avait conduit au noviciat, et dont il avait écrit, en ces termes, la formule sur le registre d'admission :

« Moi, Jean Berchmans, de Diest, interrogé par le R. P. Antoine Sucquet, recteur du noviciat d'après la teneur de l'examen général de la Compagnie de Jésus, les diplômes apostoliques et les constitutions de Grégoire XIII et de Grégoire XIV, je déclare désirer et vouloir les observer toutes, nommément ce qui regarde l'obéissance. Je m'offre à accepter indifféremment le degré qui me sera attribué dans la Compagnie. J'entends avoir toujours une entière ouverture de conscience pour mes supérieurs, et je verrai avec satisfaction que mes défauts et mes

manquements leur soient manifestés par d'autres. Je suis prêt à me dévouer, dans la Compagnie, à tout emploi qui me sera confié; je m'offre spécialement à enseigner, toute ma vie, les Lettres à la jeunesse. En foi de quoi j'ai signé de ma main : Jean Berchmans ».

A deux époques postérieures, le 29 décembre 16 16 et le 24 juin 16 17, sur le même registre, Berchmans avait écrit encore : « Examiné de nouveau, j'ai tout ratifié ». Il est, après cela, aisé de concevoir que Berchmans ait pu avec sagesse se lier à Dieu par la formule plus explicite des vœux.

Rien d'ailleurs ne devait plus bientôt le rattacher au monde : le 24 janvier 16 18, son père allait recevoir la tonsure cléricale; le 9 et le 10 mars de la même année, les ordres mineurs et le sous-diaconat; le 3i mars, il serait diacre; le 14 avril, Dieu couronnerait ce père chrétien de la gloire du sacerdoce; et peu de temps après, Jean-Charles Berchmans devait recevoir de l'archevêque de Malines un titre de chanoine de l'église collégiale de Saint-Sulpice, à Diest. En se donnant pleinement à Dieu, Jean semblait maintenant imiter les généreux exemples qu'il avait provoqués (1).

Désormais, les vertus du Bienheureux brillèrent d'un éclat nouveau. Le P. Antoine Sucquet venait d'être déchargé de la direction des novices, et avait eu pour successeur dans cet emploi le P. Guillaume Bauters. C'est à ce dernier que l'on doit la révélation de cette beauté nouvelle de l'âme de Berchmans (2).

Le 16 avril 1624, le P. Bauters, alors recteur du collège de Louvain, écrivait au P. Virgile Cépari, recteur du collège Romain :

« Le R. P. Provincial m'a communiqué, ces jours passés, la première partie de la Vie de notre béni Frère Jean Berchmans, de sainte mémoire, que Votre Révérence a écrite avec tant de

fi) Le 11 mars 1618, Adrien, l'aîné des frères du Bienheureux, reçut la tonsure cléricale.

(2) A dater du mois de septembre 1617, le P. Sucquet. absorbé par la direction du Collège, laissa au Père Bauters le gouvernement spirituel du noviciat. Il demeurait néanmoins recteur des novices, et Berchmans devait encore, à des intervalles marqués, lui manifester sa conscience. Cette observation expliquera pourquoi le Bienheureux s'adresse encore à lui. à la fin de 1618, comme il l'eût fait au directeur actuel de son âme.

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soin. Cette lecture m'a été fort agréable, et je n'en sais aucune qui m'ait charmé davantage. Il me semblait, en effet, voir revivre, avec ses vertus angéliques, ce saint jeune homme, tel que je l'ai connu au noviciat de Malines et que l'y ont admiré plus de cent novices. Vous avez ravivé dans mon âme le souvenir d'actes héroïques de vertu, que je n'avais pu contempler autrefois, sans en être édifié et consolé, mais qui, racontés par vous, nous ont tous vivement émus et excités à glorifier Dieu dans son serviteur, et à imiter avec plus d'ardeur les exemples qu'il nous a laissés.

« Je le confesse avec vérité, mon Père, bien que chargé par les supérieurs de gouverner et de diriger Jean Berchmans, dès

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Vœux de dévotion de Jean Berchmans.

que je connus son âme, je devins son admirateur, et tous les jours encore, je demande à Dieu la grâce de l'imiter en quelque chose. Je me sens couvert de confusion, chaque fois que mes yeux rencontrent (et c'est plusieurs fois le jour) une petite image, qu'il me laissa à son départ pour Rome, sur laquelle il m'appelle son Père et se dit mon fils indigne. Je ne puis lire ces mots sans éprouver de la douleur et de la honte, me voyant si loin d'une perfection qu'en si peu de temps il avait lui-même acquise, et j'ai bien sujet de craindre que Notre Seigneur ne m'oppose ses exemples, pour confondre ma négligence et mon ingratitude.

« Je me reproche souvent aussi d'avoir perdu le souvenir d'une multitude de choses, qu'il disait ou faisait afin de glorifier Dieu, d'édifier le prochain, de promouvoir l'exacte observance

des règles, et de faire avancer ses Frères dans les voies de la perfection. Ce que je vous ai envoyé est, en effet, peu de chose auprès de ce que j'ai pu voir; car l'activité du saint jeune homme ne connaissait point de repos : il ne savait pas dire assez, quand il s'offrait à lui des œuvres saintes-, mais, comme le cœur de Xavier, son grand cœur redisait toujours : Encore, encore, amplius. amplius.

« J'ajoute que ce qui paraissait, au dehors, de ses vertus n'était pas comparable à ce que recelait l'intérieur de son âme. Avec une sincérité, une candeur parfaite, il me découvrait ces richesses, non pas seulement, comme il est d'usage, de quinze en quinze jours, mais bien plus fréquemment, et je ne les pus contempler sans me dire à moi-même : Voilà un enfant prévenu par les plus douces bénédictions du Seigneur, et choisi de lui pour devenir un temple très pur de l'Esprit Saint; un enfant qui, dès l'aurore de sa vie, a ouvert son âme aux influences de la grâce, et qui, loin d'en contrarier l'action, y a toujours prêté le concours d'une volonté prompte et énergique.

« Entré dans la Compagnie, il y est apparu comme un vrai type de la perfection religieuse; et tout ce que j'ai vu ou entendu dire de lui me persuade qu'il a répondu à toute la plénitude de la grâce de sa vocation. C'est, en effet, la voix commune parmi nos Pères que son innocence, sa modestie, la convenance admirable de ses manières, son humeur pacifique, sa constance dans les bonnes œuvres, la promptitude et l'intégrité de son obéissance, la continuité et la ferveur de son union avec Dieu, l'avaient rendu semblable aux anges. Volontiers je citerais, à sa louange, ces paroles saintes : — La bénédiction du Seigneur est venue sur sa tête; il Va choisi entre mille et lui a proposé sa loi : une ceinture de justice Va maintenu dans les droits sentiers, et DieuVy a glorifié entre les hommes; il l'a sanctifié et lui a enfin donné un vêtement de gloire.

« Telles sont mes impressions, au sujet de ce bon Frère. Continuez, mon Révérend Père, à mettre en lumière la beauté de son âme. Louis de Gonzague et Jean Berchmans seront pour vous ce qu'étaient à Joseph ses deux fils, Manassé et Ephraïm, et si je ne me trompe, le dernier-né grandira, et lui aussi donnera

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des joies à Votre Révérence, comme lui en a donné le premier. A combien d'âmes, en effet, n'a pas été profitable la lecture de la vie du Bienheureux Louis!

« Je ne voulais vous dire qu'un mot, et j'ai écrit une longue lettre, et je dois pourtant vous demander pardon d'écrire si peu de chose sur un enfant riche de tant de vertus».

Cette lettre fait allusion à un envoi antérieur de notes sur la vie du bienheureux Jean au noviciat. Ces notes se retrouvent, en effet, dans les actes du procès, sous ce titre : Collée tanea de Vcnerabili Joanne Berchmans. Elles sont l'œuvre du P. Bauters, qui en acheva la rédaction, le 10 novembre 162 i, trois mois environ après la mort du saint jeune homme, et les adressa au P. Gépari :

« Je transmets à Votre Révérence mes impressions au sujet de notre F. Jean Berchmans, que j'ai dirigé pendant la seconde année de son noviciat, et j'y ajouterai quelques remarques de ses compagnons. Lorsqu'il arriva au noviciat, au mois de novembre 1616, je fus chargé de l'examiner et, au premier abord, je crus voir en lui un ange revêtu d'un corps mortel : ce sentiment devint bien plus vif, quand il me fut donné de pénétrer jusqu'à l'intime de son cœur et d'y contempler les trésors d'innocence, de modestie, d'obéissance, décourage, incessamment accrus par une oraison continuelle, où Dieu l'inondait de lumière et l'enflammait du zèle de sa gloire.

« Je veux d'abord signaler sa dévotion envers la Bienheureuse Vierge. Dans ses entretiens les plus familiers, il la désignait par des titres honorifiques, tels que ceux de Souveraine, de Reine; mais, le plus souvent, cédant aux mouvements de son affection, il l'appelait Mère. Il avait la coutume de mettre sous son patronage toutes les actions de sa journée : — J'ai remarqué, disait-il, deux choses dans la vie des Saints de nos derniers temps : c'est leur dévotion à la Bienheureuse Vierge et au Très Saint Sacrement. — Dieu, ce me semble, a fait naître Berchmans pour propager le culte de la Bienheureuse Vierge (1). Il s'engagea, et, excités par lui, plusieurs s'enga-

(1) « Videtur natus fuisse ad propagandum honorent Bealai Virginis ».

io6 LE B. BERCHMANS EN BELGIQUE.

gèrent aussi à répandre, de toutes leurs forces, l'amour de Notre Dame parmi les peuples, au moyen d'instructions, de catéchismes, de traités sur les privilèges de Marie, et d'édifiants récits où seraient manifestées sa bonté et la puissance de son intercession. Il ne passait guère de récréation sans parler d'elle, et usant, pour la gloire de Marie, de son autorité de portier, il introduisait dans chaque bande de novices un Frère, qu'il savait disposé à saisir ou à faire naître l'occasion de raconter un fait ou de citer un texte, glorieux à la très sainte Vierge : — C'est elle, disait-il, qui m'a nourri et élevé-, c'est elle qui m'a fait progresser dans les études; elle qui m'a obtenu la vocation à la Compagnie de Jésus : par elle j'espère me sauver; sans elle, je suis presque désespéré. — Ce sont ses propres paroles (i).

« Il exhorta un grand nombre de ses Frères, et il le fit souvent, à honorer saint Joseph, et plusieurs comme lui contractèrent la pieuse coutume de réciter fréquemment l'oraison ou collecte que l'Eglise adresse à Dieu, le jour de la fête du glorieux époux de Marie. Avec l'un d'eux il convint qu'ils s'efforceraient ensemble, en toute occasion, de faire connaître et aimer le grand patriarche, et qu'aux litanies de la très sainte Vierge ils ajouteraient toujours l'oraison de saint Joseph.

« L'amour de Notre Dame rendait très cher à sa dévotion le saint abbé de Clairvaux. Le seul nom de Bernard lui dilatait le cœur. Un jour, il alla, avec quelques novices, visiter une abbaye de Bernardins, peu éloignée de Malines : « Nous pouce vions à peine le suivre, disent ses compagnons : la joie et la « dévotion lui donnaient des ailes ».

« Il honorait tous les saints et les conjurait de l'aider à rendre grâces à Dieu, spécialement pour le bienfait de sa vocation. Il disait, au sujet de cette grâce : — Elle m'est, à elle seule, matière et source suffisante d'humilité , quand je songe combien peu j'y corresponds (2). Une de ses préparations aux fêtes des Saints consistait à raconter, la veille, pendant la récréation, quelques traits de leurs vertus, ou à exhorter les Frères à quelque

(1) « Illi adscribo educat ionem. progression in studiis, vocLitioncm : per eam spero salutem, sine ea propemodum despero ».

(2) « Ex hoc uno beneficio snfficientcm humilitatis materiam haario. qnod illi tam parum respondeam ».

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