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acte de dévotion en leur honneur; et il n'y manqua jamais

« Le Saint qu'il paraissait aimer plus tendrement, était le Bienheureux Louis de Gonzague. Il savait par cœur sa vie et arrêtait fréquemment, avec dévotion, ses regards sur l'image du Saint, fixée à son pupitre. Un jour, il prêcha en français, au réfectoire, le panégyrique de son Saint bien- aimé, et le fit avec une telle animation, avec de tels transports de ferveur, que j'en eus des appréhensions sérieuses pour sa santé.

« Tant que dura son noviciat, au moins sept fois le jour, il visitait Jésus Christ dans l'Eucharistie, et en s'éloignant de la chapelle, il priait saint Louis de Gonzague et saint Stanislas de tenir sa place, auprès de Notre Seigneur. L'examen du soir terminé, trente, quarante novices allaient, à son exemple, visiter le Très Saint Sacrement : — Que je suis heureux, disait-il, que je suis heureux de voir qu'un si grand nombre honore ainsi l'Eucharistie (1)!

« Telle était, pendant son oraison, l'animation de son visage, qu'il suffisait de le voir, pour comprendre que son âme était vraiment dévorée des flammes de l'amour de Dieu. Les yeux doucement fermés, les mains jointes ou arrêtées immobiles contre la poitrine, les genoux en terre, il demeurait longtemps uni à Dieu, sans que le moindre mouvement interrompît la paix de son oraison. Il disait : — A moins qu'une maladie grave ne m'y contraigne, je ne ferai jamais l'oraison à une heure autre que l'heure de la communauté; car, unie à celle des autres, ma prière aura plus d'efficacité (2).

« Chargé de la direction de ses Frères, il put dire : — Je n'ai jamais rien communiqué au Supérieur que je n'en eusse d'abord traité avec Jésus Christ, à la chapelle; j'ai toujours craint de troubler la paix des autres, en cédant à un mouvement d'amour-propre blessé, ou en suivant un faux jugement. — Au

(1) « Gaudeo , gaudeo venerabile Sacramentum ita a plerisque coli ! ».

(2) « Nisi summa œgritudine , numquam meditationis horam mutabo, ut meam , aliorum orationibus junctam, efficaciorem efficiam ».

Jean, si nous en croyons un de ses frères du noviciat, prévenait les autres à l'oraison sans se séparer d'eux : « Maxime oralioni dedilus fuit : statim ab hora quar ta, média hora prœveniebat tempas orationis: illum reperi devothsime orantem, immoto corpore, magna cum modestia et plane ad pietatem compositum » — Nicol Gregor.

io8 LE B. BERCHMANS EN BELGIQUE.

sujet de cette communication douce et familière avec Dieu, il disait : — Elle naît de l'esprit d'oraison, et qui l'aura y trouvera le remède très assuré de toutes les imperfections.

« Quant à l'obéissance, il fallait, selon lui, obéir plus exactement dans les petites choses que dans les grandes; car on montre ainsi clairement au Supe'rieur le cas que Ton fait de ses volontés, et si d'ailleurs on s'habitue à accomplir les moindres ordres avec cet empressement, quelle perfection d'obéissance n'aura-t-on pas pour de plus importants? Il ajoutait : — Si Louis et Stanislas obéissaient, à la lettre, en de très petites choses, ce n'était pas pour éviter un péché; ils savaient fort bien que telle ou telle omission n'eût pas été un péché : ils obéissaient par l'inclination de leur âme grande et constante, et par l'effet d'un amour ardent pour la vertu d'obéissance.

« Il n'interprétait jamais lui-même les ordres des supérieurs, mais recourait à eux dans ses doutes. Un jour, qu'avec permission il s'entretenait au parloir, il survint un second visiteur : — Je n'ai pas la permission de traiter avec vous, lui dit Berchmans; mais si vous voulez m'attendre, un moment, je reviens et nous pourrons causer librement. — Les novices devaient, afin d'apprendre peu à peu la langue italienne, traduire, chaque jour, quelques lignes en cette langue. La multiplicité des occupations eût pu aisément faire oublier à d'autres cette prescription; Berchmans ne la viola pas une seule fois.

« Je lui dis, un jour, d'aller avec quelques Frères, visiter Notre-Dame de Montaigu, et j'ajoutai : — Vous pourrez, si vous le voulez, voir votre père en passant à Diest. — Je vous en prie, me dit Jean, décidez vous-même ce que je dois faire. — Non, non, lui répondis-je; c'est vous qui déciderez. — Quand les pèlerins eurent satisfait leur piété, comme ils reprenaient le chemin de Malines : — Mes Frères, dit Berchmans, dois-je aller à Diest, voir mon père? — Oui, répondirent ses compagnons; il n'y a pas loin, allons-y, puisque vous avez permission. — J'ai permission, en effet, reprit Berchmans, mais mon esprit hésite : dites-moi votre pensée; elle me tiendra lieu de la volonté du Supérieur. Les novices, après avoir sérieusement exposé devant lui les raisons pour et contre, décidèrent qu'on irait à

Diest, et sans répliquer un mot, Berchmans accepta leur décision V.

« Il ne lui arriva jamais de prolonger son sommeil, le matin, qu'il n'eût demandé la permission, à cet effet, dès la veille; et s'il se sentait malade, après le lever, il ne se recouchait pas qu'il n'eût prévenu le supérieur.

« Très souvent il s'examinait sur les règles, arrêtant, un moment, sa pensée sur chacune, afin d'observer en quoi il avait à se corriger ou à s'amender encore : — Comment faire, lui disait quelqu'un, pour garder toutes les règles delà Compagnie; et, en particulier, est-il bien possible de garder la règle du silence?— Voici, répondit Berchmans, quelleestma méthode, pour l'observation de cette dernière règle : je salue affectueusement celui que je rencontre; s'il me demande un service, je me mets tout à sa disposition; s'il me parle, je l'écoute et je lui réponds ensuite, me gardant bien de dire le moindre petit mot inutile (2).

« Le zèle de saint Ignace pour la vertu d'obéissance augmentait l'amour de Berchmans envers lui, et il révérait la lettre célèbre que le fondateur de la Compagnie de Jésus adressa à ses religieux de Portugal, sur la pratique de l'obéissance.

« Je citerai quelques traits de sa charité fraternelle : Un novice songeait à quitter la maison ; Berchmans l'apprit, et aussitôt allant à lui, il se mit à genoux à ses pieds et le conjura, en pleurant, d'attendre encore quelques jours. Le no vice y consentit, et les prières de Berchmans, unies à celles des autres Frères, que le saint jeune homme avait provoquées, obtinrent au novice un puissant secours de la très sainte Vierge. La tentation n'est pas revenue depuis. Il gagna de même en pleurant à ses pieds, un autre novice, de qui on n'avait pu obtenir qu'il renonçât à ses projets de sortie.

1 Un des novices, compagnons de Berchmans, expose ainsi le lait : « Nous essayâmes de tous les moyens pour lui persuader que, sans aucun doute, l'intention du Supérieur était qu'il allât voir son père, et que sa visite pourrait servir à la gloire de Dieu. Lui, de son côté, opposait de bonnes raisons. Enfin, après discussion, voyant que nous ne cédions pas : « Examinez donc encore, dit-il, et voyez ce que vous jugez être plus à propos : je vous promets d'en passer par votre décision ». Nous fîmes alors une courte prière à la Bienheureuse Vierge, et nous déclarâmes à Jean qu'il devait visiter son père : A quoi il se rendit, sans ajouter un seul mot ».

(2) « Hoc taliterago : occurrenlem saluto bénigne : petenti quidpiam exhibeo me paratissimum : loquentem audio. respondeoque, verbulo etiam super fluo evitato ».

no LE B. BERCHMANS EN BELGIQUE.

« Deux jeunes Frères vinrent, un jour, portera son. tribunal leurs contestations. Berchmans essaya vainement de les apaiser, et comme il vit que la dispute allait s'animant, il se mit à genoux devant eux et les pria de laisser là leur querelle. — N'en parlons plus, ajouta-t-il, et je m'offre à subir pour vous, ce soir, la pénitence. — L'irritation des deux novices tomba tout à coup; ils se mirent à pleurer et s'embrassèrent, en signe de réconciliation. Il lui arriva très souvent de mettre ainsi fin à des discussions, en priant, à genoux, qu'on les interrompît.

a Un des Frères étant mort, le soir, Berchmans, quand les autres se retirèrent pour prendre leur repos, me demanda la permission de réciter d'abord les trois chapelets d'usage, pour Pâme du défunt.

a Nul, comme lui, ne louait les vertus des autres et ne se réjouissait de leurs bonnes actions-, il s'en informait, les racontait, et le bien de ses Frères lui était plus cher que ne le sont au riche ses trésors. Si Ton parlait des défauts ou des manquements de quelqu'un, Berchmans l'excusait ou gardait le silence. Jamais il ne se moqua de personne et ne reprit personne, en dehors du devoir de son emploi ; mais ses exemples étaient pour plusieurs comme une correction continuelle. Exempt de misères spirituelles, il compatissait intimement à celles des autres, et, sensible à leurs douleurscorporelles, il passait une grande partie de la récréation, à consoler et à servir les malades retenus à l'infirmerie.

« Sa vocation lui était très chère. Élevé au sacerdoce, son père venait quelquefois le voir à Malines : Berchmans ne le laissait point partir qu'il ne lui eût fait promettre de célébrer quelques messes à Notre-Dame de Montaigu, pour lui obtenir la persévérance et une pleine sanctification dans la Compagnie de Jésus. Il sortait avec les autres, les jours de promenade; mais son cœur demeurait à la maison, et quand, au retour, il l'apercevait de loin, il chantait à demi-voix ces paroles, familières au Bienheureux Louis : — C'est là le lieu de mon repos; j'y habiterai, car je l'ai choisi : Hœc requies mea, hic habit abo , quoniam elegi eam. — Cette affection tendre pour la Compagnie

LE B. JEAN BERCHMANS AU NOVICIAT. m

lui faisait redouter le malheur d'en être rejeté : — J'aurais peur, disait-il, que ma vocation ne fût en péril, si je laissais s'attiédir, le moins du monde, la ferveur première que Dieu m'a donnée (1). Mais ce péril était loin pour lui : ses deux maîtres du noviciat et les autres Pères du collège parlaient de lui, dans leurs entretiens privés, comme d'un modèle accompli, et on les entendit exprimer la pensée qu'il n'était pas une vertu des Saints, convenable à sa condition, que Berchmans ne possédât parfaitement.

« Ce n'était point là ce qu'il pensait de lui-même. Il ne songeait qu'à se corriger des défauts qu'il croyait avoir, et sa plus vive joie était d'être repris par le Supérieur ou par ses Frères, ou de demander lui-même publiquement le pardon de ses fautes. Le premier il s'offrait, et joyeusement, pour faire des pénitences au réfectoire. Quant aux autres actes d'humilité ou autres mortifications communes, il s'y livrait comme les autres, mais sa vertu et sa dévotion le distinguaient toujours.

« Il disait que le religieux doit, comme un soldat intrépide, se tenir, à tout moment, prêt à combattre trois ennemis de sa perfection, la paresse, l'orgueil et l'intempérance.

« De son propre aveu, il ne pensait même pas à la nourriture du corps, avant que la cloche eût donné le signal de descendre au réfectoire (2). A table, comme si Dieu eût été son convive, il laissait toujours la meilleure part de ce qui lui était servi. Avant même de toucher à aucun aliment, il demeurait recueilli, le temps d'un Pater noster. C'était encore une de ses pratiques de mortification d'abandonner inachevée une portion, dès qu'une autre lui était apportée. Le R. P. Provincial, lui recommanda, quand il fit sa visite au noviciat, d'être moins sévère sur ce point. Un de ses Frères constate, en ces termes, l'obéissance de Berchmans : — J'étais, une fois, assis auprès de lui à table, et sachant qu'il avait coutume de se mortifier beaucoup, je fus très surpris de le voir manger, du commencement du repas jusqu'au dernier signal. Je pensai bien qu'en cela il obéissait, mais désirant m'en assurer, je l'interrogeai lui-même : — Il est vrai, me

i; « Metuo ne de vocatione periclitarer, si vel minimum de fervore Dei gratia indulto remitterem ».

(2) « Numquam de corporea refectione vel cogito, nisi cum dato campance signo ad eam vocor ».

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dit-il, qu'auparavant je laissais une partie de ce qui m'était donné; mais le R. P. Provincial m'a ordonné d'achever mes portions. Pour lui obéir, je mange, en effet, sans me hâter cependant. Si j'ai le temps de tout achever, j'ai obéi. Si le signal du départ est donné avant que j'aie pu tout finir, la seconde obéissance me délivre de la première.

« Ses souliers, ses habits étaient ordinairement les plus usés, et Ton ne put voir, ni sur lui ni dans sa chambre, aucun objet superflu. Il disait agréablement : — Je suis, au fond, indifférent entre un vieil habit et un habit neuf; mais une vieille soutane contente davantage ma sensualité (i).

« Ces vêtements, dont il se parait, il les rapiéçait lui-même, afin de donner le moins de peine possible à ses Frères.

« Son visage, toujours serein, rayonnait d'une joie plus vive, quand des séculiers le surprenaient dans une de ces occupations, viles aux yeux des gens du monde, et riaient de l'y voir appliqué : — Eh! mon petit ânon, se disait-il plaisamment à lui-même : on se rit de vous : tant mieux.

« Repris, même par quelqu'un qui n'avait pas le droit de le reprendre, il écoutait ses avis en silence. Absorbé dans la considération de ce qui lui manquait, il ne ressentait pas les mouvements désordonnés de l'orgueil. A propos d'un entretien sur la vie d'un saint, quelqu'un lui dit : — Et vous, Jean, ne redoutez-vous pas l'orgueil? — Par la grâce de Dieu, répondit-il, je n'ai pas grand'peur de cette bête (2). — Il s'estimait heureux d'être portier et d'avoir longtemps rempli cet office; mais la raison qu'il donnait de sa joie était que cet emploi soumet, plus que tous les autres, à des contrariétés, à des mortifications et à l'obéissance, celui qui en est chargé.

« Après son départ du noviciat, on trouva un petit cahier qu'il y laissa; il contenait un recueil d'histoires choisies, que le saint Frère s'était promis de raconter en récréation. Ces récits, adroitement amenés, lui donnaient le moyen de transformer une conversation indifférente en un entretien édifiant, sans que, le

(1) « Nihil moveor quibuscumque induar ; malo tamen vilibus, quia tum sensualitati mece

mugis satisfit ».

(2) <■ Non,... per Dei gratiam,illam bestiam ita timeo ».

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plus souvent, ses interlocuteurs remarquassent la transition :

— A la récréation qui suit le dîner, disait Berchmans, je fais, grâce à la ferveur de mes Frères, provision de dévotion pour la fin du jour, et la récréation d'après souper me dispose à mieux faire l'oraison ou à mieux communier, le lendemain :

— Ça été, ajoutait-il, l'effet d'une inspiration divine, que les Pères de la septième Congrégation aient maintenu les récréations, en usage dans la Compagnie.

« S'il ne pouvait parler de choses spirituelles, on le voyait garder modestement le silence. Tous, au reste, désiraient et goûtaient délicieusement sa conversation.

« Dès qu'il parlait de la Bienheureuse Vierge, ou du bienfait de la vocation, il entrait comme en ravissement, et la rougeur qui, peu à peu, animait ses joues, manifestait les transports de son âme (i). Le Très Saint Sacrement, les saints de la Compagnie, les grands mérites de nos Frères coadjuteurs, les missions des Indes, étaient encore les sujets fréquents de ses entretiens.

« En promenade, il avait coutume de réciter, avec ses compagnons, quatre petits chapelets, en l'honneur des Bienheureux Ignace, François Xavier, Louis de Gonzague et Stanislas Kostka, — de cette manière : Béate Pater Ignati, — Ora pro nobis, etc.

« Il avait fait avec plusieurs un pacte spirituel : chacun devait solliciter pour les autres pureté parfaite, fidélité à la vocation, et grâce de devenir utile instrument de la Compagnie. Les survivants devraient aussi venir en aide aux défunts par des suffrages spéciaux.

(.< Il estimait beaucoup le degré des Frères coadjuteurs : — Nos bons Frères, disait-il, ont plus que nous l'occasion d'exercer des actes d'humilité et de charité. — Leur bien spirituel était pour lui l'objet d'une sollicitude tellement vive, que j'en demeurais surpris : il craignait toujours que quelque chose ne leur manquât, surtout pour l'instruction religieuse. Il avait obtenu de leur faire le catéchisme, et il y ajoutait des conseils pour Pacqui-

(i) « Yidebatur rapi, cum in colloquium incideretvel de B. Virgine, vel de bénéficie» vocationis; quod persœpe indicabat, interni fervoris prœco, rubor gênas perambulans ».

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sition de la vertu. Il leur répétait souvent celui-ci : — On ne peut pas faire grancTchose en un seul coup, mais on arrive à faire beaucoup à petites reprises ; et il leur racontait confidemment comment il était parvenu à se passer, sans peine, de déjeuner, en faisant, chaque jour, un peu plus petite la portion qu'on lui donnait. Quand on apprenait des nouvelles intéressantes, par exemple, sur les travaux des missionnaires aux Indes, Berchmans usait de son autorité de portier pour retenir, pendant la récréation, les Frères coadjuteurs, et il leur racontait tout ce qu'il avait entendu dire. Aux étrangers, il savait parler avec tant de conviction et de charme des avantages de la vie religieuse que, grâce à ces entretiens, plusieurs se vouèrent à Dieu dans la Compagnie et dans d'autres Ordres.

« Portier, il sut se rendre si cher à tous, qu'aucun de ses Frères, ni publiquement, ni en secret, n'a fait une plainte à son sujet. Pressé par Berchmans de lui révéler ses défauts, un novice l'observa, plusieurs fois, attentivement, et vint enfin lui faire une remarque, qu'il reconnut ensuite être sans fondement : — Je vous remercie, lui dit Berchmans, et vous promets, en témoignage de reconnaissance, de réciter pour vous trois chapelets. J'en ferai même autant, chaque fois que vous me rendrez ce charitable office. — Bien que fort alléché par cette promesse, disait plus tard le bon novice, je ne pus réussir à surprendre un manquement qui m'eût valu trois chapelets.

« Sollicité par lui, je recourus moi-même à ses Frères et les priai, l'un après l'autre et sous le secret, de me porter, après réflexion, une liste des défauts qu'ils auraient remarqués dans le saint jeune homme. Or, les billets n'exprimèrent, sous toutes les formes, que cet unique témoignage : — Je n'ai rien noté de répréhensible dans notre Frère Berchmans. — L'ouverture des billets se faisait dans la salle commune, devant tous les Frères, et je fus moi-même fort étonné du résultat. J'avais pensé que, parmi plus de cent novices, quelques-uns trouveraient à redire à la conduite de leur Frère. On sait, en effet, quelle clairvoyance donne aux novices pour discerner les défauts des au-

LE B. JEAN BERCHMANS AU NOVICIAT. n5

très, le soin qu'ils mettent à étudier leurs propres défauts (i).

a C'est d'eux que j'ai appris qu'ils ne pouvaient le rencontrer sans éprouver une sorte d'impression divine, tant la grâce dont il était rempli semblait s'épancher de ses yeux, de son sourire, de toute sa personne. Ce que je vais dire est le résumé des impressions de ses Frères :

« Quand il les reprenait, par ordre du Supérieur, ils pensaient être plutôt caressés que repris. L'un d'eux, dont l'humeur altière supportait très difficilement les réprimandes, disait plus tard : — - Je m'étonnais moi-même, envoyant que les corrections de Berchmans m'émouvaient sans m'irriter.

« Je l'ai beaucoup considéré, dit un autre, et je n'ai pu observer jamais la moindre altération sur son visage : jamais un indice de demi-colère, un premier mouvement d'indignation. Dans la chambre, je le voyais épancher seul sa joie intime, en riant et en louant Dieu, avec une expression de regard toute céleste; et hors de la chambre, je le retrouvais semblable à luimême. Il nous abordait, comme s'il eût voulu se donner tout entier, et à cette expansion attachante, s'unissait une retenue qui ne ravissait pas moins. En approchant d'un Frère, il élevait à demi ses paupières, que la modestie tenait un moment tremblantes, et les abaissait de nouveau, dès qu'il l'avait reconnu. S'il ne devait pas s'arrêter, il laissait, par respect, entre lui et le Frère qu'il rencontrait, un intervalle de deux ou trois pas. Son rire cordial et fréquent réveillait la langueur des mélancoliques (2). « Quel est cet ange »? demandait un nouveau venu, en apercevant Berchmans pour la première fois. Un autre disait : « Je ne lis pas la vie de Louis de Gonzague; je l'ai, tous les jours, vivant sous mes yeux ».

Le P. Bauters poursuit : «Autant que les novices, j'admirais

(1) Interrogés, plus tard, au procès de Béatification, ces anciens compagnons de Berchmans répondent de même :

— François Berges : « Exactissime statua etiam minima quœque servabat... ».

— Charles Bonart : — « Numquam vidi in illo actum minimœ inobedientiœ... Numquam vidi Joannem transgredientem ullam regulzm, etiam minimam; cum tamen diligenter eum observarim... ».

— Michel Grysius : « Rogatus sœpe a supjriore, nihil potui in dicta Joanne reperire, quod esset reprshendendum... », etc..

(2) « Excitabat melancholicos, cordialissime sape ridendo ».

n6 LE B. BERGHMANS EN BELGIQUE.

la modestie de Berchmans, et je leur dis, un jour, en son absence, ce qu'il m'avait appris lui-même; qu'il lui était plus pénible d'élever les yeux que de les tenir baissés. Sa seule vue excitait chez plusieurs des désirs efficaces de sanctification, comme eux-mêmes Font confessé. Ce sera une douce récompense de sa vertu, car il brûlait de zèle pour les âmes ».

« Un de ses désirs les plus vifs était d'être envoyé aux Indes, au Japon, en Chine, pour y porter la lumière de l'Evangile. La seule idée qu'il pourrait, un jour, arroser ces terres païennes de ses sueurs apostoliques et peut-être de son sang, le transportait de joie et le faisait fondre en larmes de dévotion. La Chine, ce vaste empire dont les provinces sont autant de grands royaumes capables de contenter l'ambition de plusieurs rois, était un objet qui lui paraissait digne de la sienne.

« Mais Berchmans n'était pas dans l'illusion de ceux qui se repaissent de la vaine idée de faire, un jour, de grandes actions, et qui négligent les petites œuvres qu'ils ont entre les mains. Avec la permission du Supérieur, il allait évangéliser les pauvres gens des environs de Malines. Il les conduisait lui-même à Téglise du village, où il leur enseignait à devenir heureux dans l'autre vie, en profitant des malheurs de celle-ci. Ces pauvres gens, charmés de l'entendre discourir du royaume de Dieu, l'écoutaient avec avidité. Les pères et les mères lui amenaient leurs petits enfants; et ces innocents, gagnés par la douceur avec laquelle il leur apprenait la doctrine chrétienne, recevaient ses instructions avec docilité, le suivaient en foule à la sortie de l'église, et le reconduisaient jusqu'au noviciat. Berchmans, de sa part, touché de leur innocence et de leur empressement, les renvoyait chargés de ses petits présents : c'étaient des images, des médailles, des chapelets, et l'apôtre de la très sainte Vierge avait ensuite la consolation de rencontrer dans les champs ces petits anges récitant le rosaire » (i).

(i) La traduction de ce récit du Frère Gilles Jenin est empruntée au P. Frizon. Le Frère Jenin ajoute : « L'instruction faite, Jean assistait au commencement d'une messe, qui se célébrait tout de suite après, mais il n'en attendait pas la fin, pour reprendre le chemin du noviciat : « Je fais ainsi, me dit-il, bien qu'il me fût agréable d'entendre la messe entière, parce que les Frères, qui nous précédèrent dans cette oeuvre, n'attendaient pas que la messe fût terminée ».

« A ce zèle des âmes, il faut rapporter le soin qu'il eut d'étudier activement la langue française : tous les jours, sans y manquer jamais, il traduisit quelques lignes, ou de français en flamand, ou de sa langue maternelle en français : — Je fais cela, disait-il, pour devenir plus apte à tous les ministères de la Compagnie, et je ne voudrais pas d'ailleurs que mon ignorance de la langue française préjudiciât aux âmes, ou même à une seule âme (1).

« Je reviens et je m'arrête à sa charité pour ses Frères : il ne les rencontrait pas, qu'il ne priât aussitôt pour eux, et ne saluât leurs anges gardiens. On lui apprit la mort de l'un des nôtres; il s'écria : — Que mon âme meure ainsi de la mort des justes : Moriatur anima mea morte justorum! — Il ne voyait, en effet, dans ses Frères, que des saints ou des anges, auxquels il n'eût osé se comparer. Sa charité excusait, refusait de voir leurs fautes ; elle ne les croyait pas possibles; il disait : — Je ne sais vraiment pas comment un religieux pourrait commettre un péché, alors que, toute occasion de péché lui manque. Non, non, ajoutait-il, il est impossible qu'un religieux commette un péché (2).

« Sachez, mon Révérend Père, conclut le P. Bauters, que la plupart des faits que je vous ai racontés à la louange de Berchmans, sont venus à notre connaissance, grâce aux industries persévérantes qui les dérobaient à son humilité. J'atteste la vérité de tout ce que je vous écris. — De Louvain, le 10 novembre ».

Le jour approchait où, l'âme parée de ces vertus, Berchmans allait s'immoler pleinement à Dieu par les vœux de religion. C'était le 2 septembre 1618; le saint novice écrivit à son père :

(1) « Id eo fine facio ut in minisleriis Societatis obeundis inveniar aptior, et ne vel uni animce obsitmea illius idiomatis ignorantia >>. Le Père Grassi nous fait connaître la raison si éciale qui excitait Berchmans à bien apprendre le français: « Mon vœu le plus ardent, disait Jean, c'est de devenir apte à convertir les hérétiques de Flandre; et comme on n'y saurait travailler utilement, en certaines régions, qu'en parlant français, je veux savoir le français ».

(2) « Nescio quomodo posset aliquis peccare in Religione,ubi nullœ sunt peccandi occasiones : imo,fieri non potest ut Religiosus peccet ».

« Mon très vénéré père en Jésus Christ,

« La paix de Notre Seigneur.

« C'est, pour des parents mondains et ambitieux, un sujet de joie extrême quand un mariage unit leurs fils aux grands, aux princes de la terre, surtout s'ils s'allient à des familles d'une condition et d'une fortune supérieures aux leurs. Le plus souvent pourtant, vaine, folle est leur joie; plût à Dieu, en effet, que ces parents infortunés n'eussent pas à déplorer, à détester, dans un éternel enfer, ce bonheur apparent de leurs fils, dont ils s'étaient tant applaudis.

« Ma présente lettre, ô père très aimant, vous apporte une joie bien autre, j'entends une joie pure, une joie sans mélange profane. Réjouissez-vous, réjouissez-vous : ici, vous pouvez moissonner le bonheur et un bonheur solide.

« Qu'est-ce donc? dites-vous. — C'est que le 25 de ce mois, il y a lieu de l'espérer, le 25 septembre, votre fils mourra. Il mourra ? Oui, mais de la mort des justes. O douce mort! ô mort qui n'est point une mort, mais une vie très douce : qu'elle meure donc, mon âme, de cette mort des justes.

« Mais où mourra-t-il votre fils, et par quel supplice? Il mourra sur la croix de Jésus, avec Jésus; il mourra pour Jésus, cloué à la croix par la pauvreté, la chasteté, l'obéissance. Oh! qu'il est doux de mourir dans la compagnie, dans les bras de Jésus.

« Réjouissez- vous, mon très bon père; ainsi mort, votre fils vivra, et il vivra bienheureux. Quoi de plus heureux, en effet, quoi de plus ravissant pour une âme, que de vivre unie à un tel époux! Plaise à Dieu qu'une parure de vertus rende mon âme digne de se présenter à son Bien-Aimé. Plaise à Dieu qu'il lui soit donné d'offrir à la Trinité sainte assez de pureté et d'amour, pour que ces vœux deviennent un festin, où se complaisent tous les Anges, la Bienheureuse Vierge et la Trinité sainte!

« C'est à cette préparation de mon âme que je vais travailler, selon mon faible pouvoir, ces jours prochains; mais comme l'ouvrage excède mes forces, je vous prie instamment de célébrer

pour moi, à Montaigu, trois messes du Saint-Esprit, afin d'implorer à mon intention le secours et la protection de la Bienheureuse Vierge.

« Je l'espère aussi, mon grand-père, ma grand'mère, mes oncles maternels, mes tantes maternelles, tous mes autres amis ne me refuseront pas Taide de leurs prières.

« En terminant, je me recommande de tout mon cœur aux saints Sacrifices de Votre Révérence.

« A Malines, dans la maison du noviciat de la Compagnie de

Jésus, le 2 septembre 1 6 1 8 „ « De Votre Révérence le fils très humble et très obéissant, en Jésus Christ,

« Jean Berchmans » (1).

(1) Cette lettre fut écrite en latin. En voici le texte original, tel qu'il se trouve reproduit dans les Collectanea du P. Bauters et dans la vie du Bienheureux, par le P. Vanderspeeten :

« Parens in Christo plurimum observande. Pax Christi.

« Terrenis et maie ambitiosis parentibus mirum in modum placere soient illa quae a filiis suis cum hujus mundi magnatibus et princ'ipibus contrahuntur connubia, ac praesertim tum cum feliciore quam sit propria, afflantur fortuna : sed vana plerumque, imo stulta talis est laetitia ; utinam enim parentes illi filiorum suorum quam hic adeo adamarunt sortem, aliquando deflere et detestari in œternitate non cogerentur.

« Tibi, o Pater amantissime, litterœ hae meae aliam, puram videlicet et illimem propinant laetitiam. Laetare, Irctare; non vani sed solidi hic gaudii seges est. Quid ita? Filius tuus 25, ut sperat, septembris die morietur. Morietur? Ita, sed mundo morietur, morte justorum. Odulcis Mors! o mors, non mors, sed vita suavissima ! Moriatur anima mea morte justorum ! Ubi et quo morietur tormento? In cruce Jesu, cum Jesu, tribus paupertatis castitatiset obedientiaeperpetuasconfixus clavis, morietur pro Jesu. O quam dulceest mori in societate Jesu, in brachiis Jesu! Laetare, parens optime, vivet in morte hac filius tuus, vivet et beatus vivet. Quidlaetius, quid jucundius vita hac, quae tali cum sponso traducitur? Utinam anima mea digno dilecti sui praesentia virtutum vestiatur amictu! Utinam SS. Trinitati, B. Virgini Angelisque omnibus suavissimas illas, debito cum amore et dignitate, proponat votorum epulas!

« Ad hoc, sequentibus diebus, pro modulo meo allaborabo. Sed quoniam virium mearum non est, etiam atque etiam rogo per tria ut sacra de S. Spiritu, in Aspero Colle, mihi B. Virginis implores auxilium et patrocinium.

« Spero etiam avum meum et aviam, patruos et avunculos, amitas et materteras reliquosque amicos omnes, preces suas a me desiderari nulla ratione passuros.

« Caeterum, S. Sacrifiais R. V. me ex animo commendo.

« Mechliniac, in Domo Probationis Societatis Jesu, anno 1618, 2 septembris. Reverentiae Vestrae humillimus et obedientissirnus in Christo filius,

Joannes Berchmans ».

En post-scriptum : « Hœc quam primum mihi per D. Cantorem mittere placebit. Elf ellen Laecken, ses ellen Baeije, 3 ellen canephas, 3 ellen wit lijnwaet, 2 kalfsvellen voor mijn cleederen ». — Le Bienheureux demande qu'on lui envoie du drap, de la flanelle, de la toile, etc., pour la confection d'un habillement.

L'adresse est ainsi conçue : « Rêver endo D. D. Joanni Berchmans, Parenti suo amantissimo. Cilo. Diesthemium ».

La lettre originale est conservée à la bibliothèque de Bruxelles. .

On pria, à Diest et à Montaigu, selon les désirs du fervent novice. D'autres prières sur lesquelles Berchmans comptait, celles de sa mère, ne lui firent point défaut auprès de Dieu et de Marie, et la parure de son âme fut bientôt au gré de son Bien-Aimé. Berchmans toutefois ne se jugeait pas assez préparé, et il attendait impatiemment le 17 septembre, jour auquel il espérait s'isoler de ses Frères et commencer, selon l'usage, une retraite qui le disposerait mieux à ses vœux. Mais le P. Bauters dérogea pour Berchmans à la coutume. Il lui permit seulement d'ajouter à l'oraison commune quelques instants de méditation, dérobés aux occupations ordinaires et à la récréation (1). Un mot du P. Adrien Grucius fera comprendre quel fut, pendant ces jours, le recueillement de Berchmans : « Il fit avec une rare piété les exercices qui précèdent ordinairement les vœux. Son visage, durant ces jours, brillait d'une joie plus grande que de coutume. Je le sais, car j'habitais alors une chambre voisine de la sienne, et ce que je viens de dire je l'ai vu ». Les Frères de Berchmans ne se doutèrent donc pas qu'il n'était pas en retraite ; ils observèrent seulement qu'il y vaquait dans la maison même du noviciat, et non, comme les autres, dans une maison moins habitée.

Ce fut le mardi, 2 5 septembre 16 18, que Jean Berchmans se lia indissolublement à Dieu et à la Compagnie de Jésus, par les trois vœux de religion. Il était âgé de dix neuf ans et demi.

On garde précieusement à Rome une formule des vœux écrite de la main de Berchmans. A la bibliothèque de Bruxelles se trouve l'original de l'attestation, que le Bienheureux écrivit, le jour même de ses vœux. On y lit :

« Moi, Jean Berchmans, après avoir été examiné, aux temps voulus, j'ai prononcé, à Malines, le 25 septembre 16 18, en présence du R. P. Guillaume Bauters, qui célébrait la messe, les vœux de scholastique approuvé de la Compagnie de Jésus,

(1) A ce propos le P. Bauters écrit : « Pour de bonnes raisons, le supérieur ne lui permit pas de faire, avec les autres, les huit jours de retraite qui précédèrent les vœux. Jean se soumit; mais, à l'expression de son visage, on put alors aisément comprendre combien il lui était doux de traiter avec Dieu dans la solitude ».

LE B. JEAN BERCHMANS AU NOVICIAT, selon la formule usitée; et j'ai clairement compris que, dans ces

Portrait de Berchmans, d'après l'original de P. Champaigne.

mots : « promitto me ingressuntm », est inclus un quatrième vœu, par lequel je me suis obligé à accepter un degré quelconque, soit celui de Goadjuteur formé, soit celui de Profès,

selon qu'il paraîtra plus expédient au Général de la Compagnie, pour le plus grand service de Dieu.

« Jean Berchmans » (i).

Le jeune religieux allait quitter le noviciat : ce fut un deuil pour ses Frères et pour son Père maître. Près de le perdre, tous comprenaient, mieux que jamais, le prix du trésor qu'ils avaient possédé. Berchmans n'était pas moins attriste' : avec permission, il donna toutes les images qu'il avait lui-même reçues. Son cœur reconnaissant en réserva une au P. Bauters, et, prié d'y mettre son nom, l'humble jeune homme écrivit : « De Votre Révérence le fils indigne, Jean Berchmans : Rêver entiœ Vestrœ indignus filias, Joannes Berchmans ». Puis vinrent les douloureux embrassements des adieux. Chacun demandait un souvenir spécial dans les prières du saint Frère : il promit, et Berchmans, en effet, n'oublia jamais devant Dieu ceux qu'il considérait comme ses bienfaiteurs.

Le jour même de ses vœux, il écrivit au P. Sucquet, recteur du collège et du noviciat, un billet qui respire le même parfum d'humilité et de reconnaissance :

« Mon Révérend Père, P. C.

« Je m'estime heureux de pouvoir recourir à Votre Révérence, comme au Père céleste, de qui vous tenez auprès de moi la lace. Bien que persuadé de mon indignité je viens néanmoins à vous avec confiance, et vous prie, de tout mon cœur, ainsi qu'un enfant son père, de m'accorder une faveur, une seule faveur : c'est, mon Père, que vous me manifestiez à moi-même mes défauts, vous qui, pendant près de trois ans entiers, avez eu soin de mon âme.

(i) « Ego Joannes Berchmans, statis temporibus examinâtes, emisi vota Scholasticorum approbator um, juxtà formulant consuetam Societatis Jesu, Mechlinix, 25 septembris anni 16 18, célébrante R. P. Gulielmo Bauters, et clore inlcllexi his verbis « promitto me ingressurum » contineri quartum votumquome obligavi ad accipiendum quemcumque gradum, sire Coadjuloris formati, sive Professi. prout Prœposito generali, ad inajus Dei obsequium, fore videbitur.

« Joannes Berchmans >.

« Mes défauts! Ce sont mes défauts qui me ferment le ciel et empêchent la grâce d'arriver jusqu'à moi. Aussi, mon Père, par l'amour que vous avez pour mon âme, qui est l'image de Dieu, je vous en prie, indiquez-les-moi : en bon Père, faites-les-moi connaître.

« J'ai bien raison, ce me semble, de choisir cette grâce comme la dernière que je vous demande; car si, léger de vertus, je m'en vais loin de vous, chargé de défauts que j'ignore, qui me les révélera? Qui, mieux que Votre Révérence, connaît, en effet, mes misères?

« Il est pour moi cependant un autre sujet de préoccupation : je n'ignore pas les peines que j'ai causées à Votre Révérence, les bienfaits que j'ai reçus d'elle, et je ne sais que donner en retour. Que faire? Je le confesse, mon Père, oui, je le confesse, je suis grandement obligé à Votre Révérence*, mille liens m'attachent à elle : me voilà donc vôtre tout entier, et tout pauvre que je suis, je ne puis ne pas m'offrir à vous. Que Votre Révérence dispose donc de moi et qu'elle dispose de moi à son gré : vous savez mes sentiments, mon affection, comme je connais celle que Votre Révérence a pour moi.

« Depuis mon entrée au noviciat, je n'ai passé aucun jour sans offrir à Dieu des prières pour vous; et, j'en fais l'inviolable promesse, je continuerai à prier, jusqu'à la mort, en quelque lieu du monde que la Providence me conduise.

« De Votre Révérence, le serviteur en J. C,

« Jean Berch.mans » (i) .

(i) « Gaudeo, Pater, quod licet mihiad Reverentiam Vestramtanquamad Patremcœlestem recurrere; ejus enim locum tenet. Qua de re audacter licet indignus accedo, unicum ex animo, toto corde, tanquam filius a Pâtre postulans, ut nempe Pater, — qui jamtriennio pêne integro mei curam habuisti, — defectus meos aperire digneris : nam illi, illi sunt qui mihi cœlum occludunt, omnem gratiam impediunt. Quare, Pater, si animam meam Dei imagine insignitam âmes, nos indica, nos tanquam Pater mihi communica. Merito hoc unicum pro ultimo a Reverentia Vestra peto; nam si, his incognitis, levis abiero, quis amabo, mihi indicabit? Quis est qui hos melius novit quam Reverentia Vestra? Alterum est, quod labores pro mesusceptos, Reverentiae Vestrse bénéficia mihi praestita non agnorim. Sed quid pro his omnibus retribuam? Quomodo rependam? Agnosco, agnosco. Pater, plurimum me Reverentiae Vestrae obstrictum, devinctum. En me totum; tuus sum et non possum non esse tuus, qualiscumque sum. Ideo impendat et superimpendat me ad quidvis: novit affectum, animum meum ; pariter et ego Reverentiae Vestrae. Quapropter sicut hucusque infallibiliter in dies, ab iniiio Novitiatus mei, pro

Avant de quitter Malines, Berchmans revit le chanoine de Froymont et ses maîtres vénérés du petit séminaire, et, le 26 septembre, il partit, à pied, pour Anvers, où l'appelaient les ordres du provincial. Plusieurs de ses Frères du noviciat eurent la joie de l'y accompagner.

tenuitate mea, in precibus Reverentiœ Vestrae memor vixi, sic quoad vivam eamdem memoriam pie inviolateque servabo, ubicumque locorum fuero.

« Reverentiae Vestrae Servus in Christo,

« Joannes Berchmans ».

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