‹ Vie de St. Jean Berchmans de la Compagnie de JesusChapitre 16 sur 61 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

DERNIERS JOURS DU B. BERCHMANS EN FLANDRE. (26 septembre au 24 octobre 1618.)

Introduite à Anvers par le P. Jacques Lainez, vers Tan 1 563, la Compagnie de Jésus n'y fut pleinement acceptée qu'après de longues résistances. L'éloquence du Père belge François Coster et du Père français Robert Claisson lui concilièrent quelques amis puissants. Les négociants espagnols ajoutèrent à cette action leur influence commerciale et les secours généreux de leur charité; mais ces appuis ne suffirent point à protéger les Jésuites contre les malveillances combinées de l'autorité religieuse et de l'autorité politique. Le duc d'Albe ne leur permettait pas d'acquérir ou de bâtir une maison. L'évêque interdisait les églises où ils essayaient d'exercer leurs ministères, et fondait un gymnase, pour rendre inutile le projet d'un collège de la Compagnie.

La main de la Providence se montra enfin : grâce à la noble initiative du Sénat d'Anvers et aux largesses d'un bienfaiteur insigne, Ferdinand de Friaz, les oppositions furent vaincues, et les Jésuites installés dans un hôtel, qu'avaient occupé Charles- Quint et sa sœur Marie de Hongrie. Là fut établi le collège, et au milieu même des troubles de la guerre des États, Ferdinand de Friaz parvint à bâtir, à côté du collège, une assez belle église.

Chassés d'Anvers en i5y8, avec ceux qui demeurèrent fidèles à l'autorité royale, les Jésuites n'y retournèrent qu'en 1 586. Le local primitif du collège fut, quelques années après,

cédé aux Pères qui fondaient la Maison professe, et le Sénat d'Anvers favorisa l'acquisition de l'Hôtel-Anglais, pour y établir le collège. La Maison professe ne fut pleinement constituée qu'en 1616. Le collège fonctionnait dès l'an 1607, et l'on y enseignait non seulement les lettres, mais la philosophie et la théologie. La Maison professe d'Anvers fut la première fondée dans les provinces de Germanie, et la magnifique église, qui s'éleva bientôt près d'elle, devait être le premier temple dédié à Dieu, sous le vocable de Saint-Ignace de Loyola.

Les fondements en furent posés l'an 1614, et quand Berchmans arriva, le 28 octobre 16 18, à la Maison professe d'Anvers, pour y prendre les ordres du Provincial, il put déjà admirer le magnifique édifice que l'évêque Jean Malder devait consacrer en 162 1.

Le collège d'Anvers avait alors pour supérieur le P. Walter de Clerck, et le P. Jacques Tirin, le célèbre commentateur de l'Écriture sainte, natif d'Anvers, gouvernait la Maison professe.

Le P. Scribani remplissait encore les fonctions de provincial. Berchmans fut heureux de revoir celui qui l'avait accueilli dans la Compagnie et, plus d'une fois, aidé de ses sages conseils. Le provincial méditait pour Jean un projet d'avenir, qu'il ne voulut pas lui révéler encore : « Vous irez, lui dit-il, au collège, et y^ étudierez la philosophie jusqu'à ce que je vous en retire ».

Le soir du même jour, Berchmans entrait au collège, et il avait à peine reçu la bénédiction du recteur, qu'il le priait d'entendre son compte de conscience (1).

« Secrétaire du provincial, avant d'être recteur, écrivait plus tard le P. de Clerck, j'avais déjà vu Berchmans à Malines, et son supérieur, le P. Guillaume Bauters, qui l'aimait tendrement, m'avait donné une haute idée de sa vertu; mais j'en eus une idée bien plus grande quand j'étudiai de près sa conduite : je demeurai ravi de son respect pour les règles, de son union avec Dieu, de son humilité, de sa charité fraternelle, de sa pureté et de sa patience. Pendant le peu de jours qu'il passa au

i Conscientiam omncm suant, prima statim hora qua Antuerpiam venerat, cum Redore m salut asset, eident exposuit ». — P. Bauters.

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