‹ Vie de St. Jean Berchmans de la Compagnie de JesusChapitre 21 sur 61 · ZELE DU B. JEAN POUR SA SANCTIFICATION · texte numérisé non relu

ZELE DU B. JEAN POUR SA SANCTIFICATION

Le secret pour devenir un saint, disait saint Thomas d'Aquin, c'est de vouloir l'être. Jean Berchmans voulut énergiquement être un saint : « Je n'ai pas connu, écrivait de lui le P. Piccolomini, d'âme aussi bien faite que la sienne pour les hautes pensées et les généreuses ambitions ». Berchmans luimême exprimait ainsi les aspirations de son grand cœur :

« Si je ne deviens un saint, maintenant que je suis jeune, je ne le deviendrai jamais; et que me servira de vivre longtemps dans la Compagnie, si je n'atteins pas sa fin? Ce que tu peux faire, à cette heure-ci, ne le remets pas à une autre heure. Fais chacune de tes actions comme si elle était la dernière. Ce qui peut servir à ta fin, embrasse-le aussitôt. Sois un négociant spirituel et un négociant avare : au prix même de l'univers entier, tu ne dois pas sacrifier le moindre profit de ton âme ».

Ainsi parlait Berchmans, et, non content d'exécuter fidèlement ce qu'il s'était déjà proposé, il imaginait, chaque jour, des industries nouvelles, pour hâter ses progrès.

Un jour qu'il exposait au P. Piccolomini la série de ses actes depuis le lever, et ce qu'il y voulait ajouter encore : « Quoi! lui dit le Père, déjà si fatigué par les études, vous imposez à votre âme la sollicitude de mille détails, au lieu de l'appliquer seulement aux choses principales ! En vérité, je vous l'affirme, vous n'y pourrez tenir longtemps ».

Berchmans, en effet, mourut à la peine*, mais, à vingt deux ans, il couronnait l'édifice de sa sainteté; et un vieillard, le

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Père Bisdomini, disait de lui : « Que de fois, et avec application d'esprit, j'ai considéré, suivi ce bienheureux jeune homme, pour m'assurer s'il ne déviait pas du chemin ardu de la plus haute perfection*, il m'a été impossible de noter un seul acte qui blessât une vertu quelconque, même dans les occasions où il échappe aux plus parfaits des imperfections légères » .

« Son âme possédait un tel fonds d'énergie, que rien ne pouvait l'abattre. Bien des choses, qui troublaient ou préoccupaient les autres, lui laissaient tout son calme : — Ce n'est rien, disaitil; et les changements de séjour ou d'occupations, les variations du temps ou de la santé, ne modifiaient en rien sa ferveur » (i).

De toutes les impressions naturelles qui peuvent arrêter l'homme dans le chemin de la sanctification progressive, ou du moins ralentir sa marche, il n'en est aucune qui fût plus antipathique au noble cœur de Berchmans, que le respect humain, cette peur des appréciations ou des dires d'autrui, indigne d'un homme, plus indigne d'un chrétien, et dont la présence dans une âme religieuse ne saurait être expliquée.

Berchmans ne comprit jamais que des appréhensions, des ménagements mondains, pussent l'autoriser à parler, à agir contrairement à l'esprit de sa vocation. Il affirmait, il affichait la résolution qu'il avait prise de devenir un saint, en marchant sur les traces des saints.

« Un jour, raconte Octave Falconi, c'était au fort de l'hiver, le bon F. Jean était venu à la campagne, et le froid lui avait, en plusieurs endroits, enlevé la peau du visage et couvert de plaies les mains. Quelques Frères, le voyant dans cet état, lui dirent : — Jean, vous voulez trop vous mortifier. — Il n'en est rien, répondit Berchmans; mais quand ce serait vrai, je n'en aurais pas honte » (2).

« Je n'ai pas d'ami, disait-il encore, à qui je ne sois prêt à ré?

(1) « Era constantissimo nelle cose spirituale, ne mai ù per infirmité, b per altro, le tralasciava o mutava : e ne suoi buoni propositi e modo di vivere era tanto costante, che ne per ricreazioni, ne per Vigne, ne per Frascati ô per altro, si mutava ». — P. François Bargagli, ministre du collège romain.

(2) « Il freddo gli aveva levato délia faccia in varii luoghi délia pelle. Le mani erano piagate bene per lo freddo... Giovanni, vi voleté troppo mortificare? — Questo no, ma si fusse non mi vergognarei di farlo ».

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pondre, s'il me demandait une chose contraire à la règle : Gela, je ne puis pas, je ne dois pas le faire ».

Berchmans aimait, on le verra, la vie commune; mais la vie commune n'est pas toujours le genre de vie du commun des religieux, et le Bienheureux ne craignait pas de s'isoler du mouvement d'un grand nombre, dès que ce mouvement s'écartait de la perfection de la règle :

« C'était le jour de saint Apollinaire : presque tous, raconte Paul Fiordilisio, allaient au collège germanique entendre des vêpres en musique. Berchmans demeura à la maison : — Je n'aime pas, me dit-il, sortir en dehors des jours marqués par l'Institut, etceux-làsuffisentbien ». Le narrateur intelligent ajoute aussitôt : « C'est ainsi qu'il s'attachait constamment à la vie commune ».

Berchmans ne consentait jamais aléser les intérêts de son âme, pour donner à ses Frères une satisfaction que la règle n'approuvait pas. Dans les rues, dès qu'on rencontrait affluence de passants, Berchmans s'interrompait brusquement, laissant là un raisonnement, une pensée entamée, afin d'obéir à la règle. Jean- Marie Valério, Marcel Spinelli et d'autres déclarent en avoir été plusieurs fois témoins (i).

Nicolas Ratkai, l'ami intime du B. Jean, atteste que les instances de l'amitié, même appuyées de raisons spécieuses, ne triomphaient pas de l'invincible énergie de Berchmans : « La veille de Sainte- Agnès, dit-il, j'allai avec lui visiter l'église de la Sainte. Dès que nous fûmes arrivés aux quartiers où le concours est plus grand : — Mon cher Nicolas, médit Jean, vous savez qu'il n'est pas permis déparier là où il y a foule; récitons donc ensemble le chapelet. — J'objectai que la pensée des supérieurs n'était pas de nous interdire toute parole, mais seulement la conversation à haute voix. Jean ne voulut pas admettre mon interprétation; il fit tout le chemin, les yeux baissés et tenant à la main son rosaire. Nous récitâmes bien ainsi trois ou quatre chapelets. — Plusieurs autres fois, allant avec lui à la Maison professe, je ne pus le déterminer à y entrer par la porte de l'é-

(i) — « Quando per le strade incontrava moltitudine di gente, non solamente non ragionava, ma, si avesse incominciato qualche ragionamento, lo tralasciava; e cio è occorso moite volte a me istesso » (Marcel Spinelli).

glise. A mes instances réitérées il n'opposait que cette réponse, redite avec fermeté : — Non, on a dit, une fois, au réfectoire, que c'était défendu.

« Bien des fois, dit encore Ratkai, je l'ai prié de partir avec moi, de grand matin, pour la promenade, lui disant que nous ferions la méditation en chemin ; mais tel était son zèle pour l'oraison, qu'il n'y voulut jamais consentir. Il me disait : — Moi, je ne puis pas bien faire oraison en marchant » (i).

« Un dimanche, jour de communion générale à l'église de la Trinité du Pont-Sixte, j'étais allé avec le Frère Jean, raconte Alexandre Gottifredi, aider à tenir la nappe de communion. Au retour, comme l'heure du dîner approchait, Jean, tout à coup, me dit : « Faisons l'examen, car nous n'arriverons pas à temps, pour le faire à la maison » ; et moi, qui ne pensais à rien moins qu'à l'examen, je dus, grâce à cette invitation et à son exemple, de faire un peu d'examen ».

11 eut, un jour, occasion de manifester plus clairement encore les soins jaloux qu'il avait des intérêts de son âme pour la gloire de Dieu : « Le bon Frère Jean, dit Octave Falconi, me rencontra à la campagne et m'invita à me promener avec lui dans l'ai" lée des Lauriers. Tout à coup, on donna le signal de quitter le parc pour se rendre au réfectoire. Il était permis de parler en y allant*, mais Berchmansme dit aussitôt : — Frère, j'ai la coutume défaire, en chemin, un petit examen*, — et prenant les devants, sans me dire autre chose, il me laissa ».

A ce même Octave Falconi, Bsrchmans avait dit qu'il fallait rompre avec un ami, plutôt que de violer, pour lui plaire, une règle obligatoire. Il le lui disait plus énergiquement, en se sépa-

(i) Les Saints ne sont pas également imitables en tout, et, là où l'usage est établi de faire la méditation en se rendant à la campagne, il serait tout aussi louable de se conformer à l'usage, que de vouloir imiter Jean Berchmans. Ainsi encore est-il mieux de ne point l'imiter, tout en l'admirant, en quelques actes analogues de sa haute piété :

Alors, comme aujourd'hui, il était permis de communier, un jour de congé ou de promenade, et l'on pouvait, après une action de grâces ordinaire, se récréer. Jean n'usait pas ou de l'une ou de l'autre des deux facultés. Ainsi encore , il n'acceptait pas facilement d'accompagner quelqu'un en ville, un jour de communion.

Agir différemment ne serait pas s'éloigner de la perfection de la vie commune, et, vu notre infirmité, nous devrions nous garder d'omettre une communion, pour le seul motif qu'il est difficile, en un jour de vacances, de se recueillir et de prier à volonté : là n'est pas le fruit principal de l'Eucharistie, aliment nécessaire de notre vie surnaturelle, et remède nécessaire de tous nos maux.

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rant un moment de lui, plutôt que de négliger une pratique utile, mais facultative.

Cette apparente rigueur, Berchmans la rendait tellement acceptable par la suavité du mode, que personne n'en fut jamais blessé. Quand la parole ne tempérait pas l'austérité de la pensée, le ton du moins, l'accent, le regard, le sourire, corrigeaient

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ce que les instincts naturels y eussent trouvé de rebutant", mais la rondeur délibérée de ses procédés conquérait à Berchmans une indépendance sans laquelle, même en un milieu très saint, une âme rencontre des entraves.

« Enseignez-moi donc le secret de n'avoir jamais que des entretiens vraiment dignes de ma vocation, disait Alexandre Gottifredi à Berchmans. — Le secret, répondit Berchmans, c'est de faire comprendre à tout le monde que vous entendez vivre en parfait religieux. — Mais, répondit Gottifredi, je risque de m'attirer ainsi la malveillance de quelqu'un. — Pour moi, répondit le Bienheureux, je n'ai pas eu encore, grâce à Dieu, ce malheur; il est vrai que je me suis bien déclaré : on sait que je ne veux parler que de Dieu-, et, je vous le demande, ajouta Berchmans, qu'a-t-il donc à faire des choses du monde le religieux? ».

Avide de progresser dans la science des saints, Berchmans aima passionnément, dès l'enfance, les livres qui en renferment les leçons, et cette soif de lecture spirituelle alla toujours croissant dans son âme : « Je demeurerai souverainement affectionné et adonné à la lecture spirituelle ». C'est une de ses résolutions écrites.

Berchmans donnait, chaque jour, une demi-heure à la lecture d'un livre de piété : « La première récréation d'après souper terminée, dit le Frère Rimbaldesi, Jean se retirait dans sa chambre, et en attendant la fin de la seconde récréation, il écrivait dans ses petits cahiers de notes. Puis, au premier coup de cloche qui donnait le signal de la lecture spirituelle, il posait la plume et se mettait à lire : cela, il le faisait avec un tel empressement, une telle ferveur, que j'eus plus d'une fois cette pensée : — le Frère Jean veut t'exciter à laisser, toi aussi, sans retard, pour la lecture spirituelle, l'occupation précédente », et la leçon ne me fut pas inutile. Quant à lui, rien ne put jamais lui faire perdre de la lecture spirituelle le temps d'un Miserere » (i).

La demi-heure lui semblait courte, et il ne laissait échapper au-

(i) Le Frère Hyacinthe Gori dit, à ce propos : « Ho notato che quando sonava il tempo per la le^ione spirituale, si trovava vicino alla caméra, col lume. per non perder di quel tempo ».

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cune occasion de prolonger ses chères lectures. Pour épargner sa poitrine trop faible, on l'empêcha de faire la lecture publique dans le vaste réfectoire du collège romain; mais il obtint d'aller, à certaines heures, lire quelques pages d'un beau livre aux infirmes, et il disait, en s'applaudissant : « C'est toujours un peu plus de lecture spirituelle ». Quand il avait servi en seconde table, il renonçait au bénéfice d'un prolongement de récréation et se retirait au plus tôt dans sa chambre, pour y consacrer à quelque bonne lecture le temps dérobé à la récréation.

Ces faits nous sont révélés par le recteur du collège. Pierre Alfaroli, condisciple de Berchmans, ajoute : « Jean gagnait le plus de temps possible par sa diligence, et tout le temps gagné, il le donnait à la prière ou à la lecture spirituelle : c'était, je le sais, une de ses résolutions : — Tout le temps que les études ne réclameront pas, je le donnerai à Dieu. — J'avais aussi remarqué que, lorsqu'il avait mal de tête, son remède ordinaire était ou la récitation du chapelet, ou la lecture d'un livre pieux. « Pendant les grandes vacances, il lisait chaque jour, durant une heure entière, le livre admirable de V Imitation de Jésus Christ. Il en faisait autant les jours de grand congé, et chaque semaine au jour où la classe du soir était remplacée par la promenade.

« Le dimanche et autres jours de communion, durant toute la matinée, quand il ne priait pas, il lisait les plus pieux traités des Pères de l'Église, ou d'autres ouvrages pleins de doctrine et d'onction, entre autres les écrits d'Alvarez de Paz (i).

« Mais c'était surtout dans les Constitutions, les Règles, les Annales, les Vies des Saints ou des Bienheureux de la Compagnie de Jésus, qu'il cherchait ses lectures de prédilection (2). Berchmans lisait, non pour satisfaire une curiosité avide, mais

(1) Le P. Jacques Alvarez de Paz, né à Tolède en i56o, mourut le 17 janvier 1620. Le V. P. Louis du Pont a écrit le récit de sa sainte vie. Les principaux ouvragesascétiques du P. de Paz sont : un Traité de la vie spirituelle et de sa perfection; — un Traité de la sainte Paix; — un Traité de l'exercice quotidien des vertus. 11 a aussi composé des Méditations sur la Vie de Notre Seigneur Jésus Christ, et des Méditations sur la Vie de la très sainte Vierge. Les œuvres du P. Alvarez de Paz ont été traduites en plusieurs langues.

Aloys. Orlandini observe que Jean ne lisait guère les livres ascétiques d'auteurs étrangers à la Compagnie : « Leggeva libri spiriluali solo dei Nostri,per ordinario, per mantenere lo spirito délia Compagnia, delquale era molto ^eloso ».

(2) « Mea delectatio sunt Regulae , Exercitia vitae nostrorum Beatorum ».

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pour nourrir son intelligence de la vérité divine, et exciter, par la considération des exemples des Saints, l'ardeur de sa bonne volonté*, et comme il n'ignorait pas que ces effets surnaturels ne sauraient être produits en nous sans une spéciale intervention de la grâce, il ne manquait jamais d^allier la prière à la lecture. On trouve écrit dans son règlement :

« Avant la lecture spirituelle et aussi avant les exhortations, intention pure et courte prière : Ouvrez, Seigneur, les oreilles et les yeux de mon cœur, etc. (i).

« Après la lecture spirituelle ou l'exhortation : Confirmez, mon Dieu, ce que votre grâce vient d'opérer en nous : c'est, j'en suis assuré, votre désir, votre volonté » (2).

Le fruit de ces saintes lectures fut une science tellement approfondie de la vie spirituelle, que le P. Piccolomini, professeur de Berchmans et plus tard général de la Compagnie, disait : « Je n'ai encore vu personne qui possédât aussi pleinement que ce bienheureux jeune homme la science de la perfection religieuse ».

Enfin Berchmans recueillait, comme des perles précieuses, les exemples de vertu de ceux qui, près de lui, travaillaient également à leur sanctification : de tous les livres, le meilleur est la vie d'un saint, et le saint qui vit sous nos yeux nous est meilleur que sa vie écrite.

On lit dans les notes de Berchmans :

« Observe attentivement ce qui te plaît dans les autres, et fais comme eux; imite-les; ainsi imite, puisque cela te plaît en eux :

Du Père général, la modestie, l'affabilité, la cordialité, l'expression joyeuse du visage, sa fidélité à la vie commune;

Du Père provincial, le zèle de la science;

Du Père recteur et du Père spirituel; — toujours semblables à eux-mêmes;

Du Père préfet des études, respect à l'égard de tous;

De mon professeur, l'amour de ses disciples et la joie de leurs progrès;

(1) Aperi Domine, aures et oculcs curdis mei, etc...

(2) Confirma hoc, Deits, quo.i operatus es in notis; scio liane esse voluntatem tuam.

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Du Père X..., la patience dans la maladie;

Du Père X..., le silence;

Du Père X..., la modestie, la réserve, l'amour de la solitude;

Du Père X..., le zèle des âmes, l'ardeur infatigable;

Du Père X..., l'amour de la cellule et la simplicité;

Du Père X..., l'amour de l'Institut;

Du Père X..., l'amabilité, l'affabilité;

Du Père X..., l'alliance de la gaieté aux entretiens spirituels;

Du Père X..., l'humble et joyeuse subordination à tous, l'ardeur au travail;

Du Père X..., s'offrir à tous, pour les accompagner;

Du Frère X..., la haine de l'oisiveté;

Du Frère X .., toujours prêt à l'office du suppléant;

Du Frère X..., toujours alerte;

Du Frère X..., la douceur, la docilité;

Du Frère X..., la propreté, la netteté parfaite, le bon accueil des hôtes;

Du Frère X..., sa franchise et ouverture de cœur;

Du Frère X..., — faire chaque chose en son temps;

Du Frère X..., — la fréquente visite aux malades;

Du Frère X..., la dévotion ».

Tel fut le zèle de Berchmans pour la sanctification de son âme.

Une observation doit précéder l'étude de ses vertus. Saint Ignace n'entend pas que ses fils poursuivent l'acquisition de la sainteté à la manière des sages de ce monde : la sainteté, pour lui, c'est la vie de Jésus Christ fidèlement reproduite dans les enfants de sa Compagnie; sa vie extérieure et la vie intime de son cœur.

Le B. Jean ne comprit jamais autrement la sainteté. Jésus Christ, c'était, comme il le disait lui-même, le centre de son cœur, le Dieu de son cœur. Toutes ses actions, il les unissait aux actions de Jésus Christ; et son intention unique, à chaque instant renouvelée, c'était l'intention du Cœur de Jésus Christ, la plus grande gloire de Dieu, le salut des âmes.

Ainsi Jean Berchmans réalisa parfaitement, en sa personne, le type du jeune compagnon de Jésus Christ, tel que l'avait conçu

saint Ignace, et volontiers Ton souscrira à cette conclusion d'un condisciple de Berchmans, Jérôme Albergotti : « Si Dieu avait envoyé du ciel au collège romain un ange, pour y montrer le vrai modèle du scholastique de la Compagnie de Jésus, cet ange n'eût pas été, à mon avis, autre que Jean Berchmans.

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