CHAPITRE II
L'ESPRIT D'ORAISON DU BIENHEUREUX JEAN
« Si je fais bien mon oraison, disait Berchmans, je ne courrai pas le risque d'abandonner ma vocation et de perdre mon âme : le principe de toute apostasie dans la Compagnie, c'est l'abandon de la prière. De là vient la sollicitude extrême de la Compagnie pour l'oraison de ses fils : elle leur donne un quart d'heure, le soir, pour la préparer -, on les visite pendant qu'ils la font, etc. Je veux donc mettre en œuvre tous les moyens pour devenir un homme de prière, comme le démon met tout en œuvre pour me détourner de la prière, dont il a horreur, parce qu'elle est la source de tout bien. Qui fait bien son oraison aura un ciel sur la terre par l'abondance des consolations divines, et puis le bonheur éternel.
« Le succès de l'oraison du matin, ajoutait-il, dépend surtou de la manière dont on passe les premiers instants qui suivent le réveil : il me faut donc régler l'emploi de la première demi-heure du jour : l'emploi réglé de ce temps sera ma préparation à l'oraison » (i).
Voici les détails des sentiments et des actions du Bienheureux durant cette demi-heure : lui-même va parler :
« Au premier signal du lever, songe que Dieu lui-même t'ap-
(i) A ce préambule on reconnaît un disciple de saint Ignace : Jean, en effet, n'eut pas d'autres méthodes d'oraison, que celle des Exercices, et il en observa les règles avec une fidélité parfaite : c'est le témoignage de son confesseur, le Père Jean-Baptiste Ceccotti : — « Nella medita\ione quotidiana era essatissimo di quanto sinsegna nel libro degli Eserci^i spirituali del santo Padre Ignacio ».
i62 LE B. BERCHMANS A ROME.
pelle; fais aussitôt le signe de la croix et lève-toi, en disant : Seigneur, que voule\-vous que je fasse? Mon cœur est prêt, mon Dieu, mon cœur est prêt. Ou bien, avec un grand sentiment d'amour, je me figurerai tenir dans mes bras le corps sanglant du Seigneur Jésus, attaché à la croix, et élevant mon cœur vers la très sainte Trinité, je dirai : Mon Dieu, mon Dieu, dès l 'aurore, je me réveille pour vous servir, et j'offrirai au Père céleste son Fils Jésus, en action de grâces pour tous ses bienfaits, spécialement pour le remercier de m'avoir préservé, pendant la nuit, de tout péché et de la mort subite, et de me permettre encore de revêtir l'habit de la Compagnie. Par l'intercession de la Bienheureuse Vierge, de l'Ange Gardien, du Bienheureux P. Ignace, du patron du mois, de tous les Saints, je demanderai la persévérance ».
« J'ai passé un an dans la chambre de Berchmans, dit Pierre Alfaroli, et j'ai toujours observé son empressement à se lever, le matin. L'excitateur avait à peine ouvert la porte, que Berchmans laissait allègrement et sans délai le sommeil. J'ai appris de lui-même qu'il révérait dans l'excitateur son propre ange gardien, et quand il entendait le Deo gratias, signal ordinaire du réveil, d'une voix à la fois modeste et joyeuse, il répondait : Semper Deo gratias, grâces à Dieu toujours. Berchmans était fidèle à son engagement écrit : Je me lèverai, le matin, au plus vite : in surgendo, mane, ero quam diligentissimus » (i).
Il poursuit : « Rejetant toute autre pensée, je parcourrai les points de la méditation, et en même temps je formerai dans mon esprit une représentation analogue au sujet. Il en est une qui pourra toujours me servir : je me représenterai Notre Seigneur
(i) Les Frères Alexandre Rimbaldesi et Jules Scotti habitèrent, en divers temps, une même chambre avec Berchmans. On lira avec intérêt les extraits de leurs dépositions : ils complèterontou confirmeront les dires des autres frères de Berchmans et du saint lui-même :
« Glifu concesso (in quest' altimo) di dormire una mattina si, ed una no, et cosi fece, <[no a tanto che se ammâlo.
« Sonato che era, la maltina, il segno délia sua levata, subito si al\ava, ed io sentivo che, appena erafornito di sonar e la campana, segnatosi incominciava le sueora-^ioni, le quali grano vocali. fino a tanto che fosse uscito fuori di letto ■•>. — Rimbaldesi.
Jules Scotti : — «La matina, subito sonato il segno del levare (il quale, corne esso me a detto, quasi sempre udiva) si vestiva, cantando frattanto salmied altre divo\ioni ».
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assis sur son trône, environné de tous mes saints patrons, comme le Souverain Pontife est entoure de sa cour, aux jours solennels,
Chapelle de la Congrégation Prima-pri maria, au collège romain.
et par là j'exciterai en moi la révérence, la dévotion ou d'autres bons sentiments.
« Je m'habillerai en m'entretenant de ces pensées. Avant de
revêtir la soutane, je la baiserai, joyeux de pouvoir, un jour de plus, porter les livrées de Jésus Christ.
« Agenouillé, je ferai le signe de la croix, et rendrai grâces à mon saint ange gardien, à mon patron du jour précédent, saint Ignace par exemple, pour le soin qu'ils ont pris de moi pendant ce jour, et spécialement durant la nuit écoulée. Je les prierai de me garder leur protection tout le reste de ma vie, et de venir à mon aide surtout à l'heure de la mort.
« Je me choisirai ensuite un patron pour le jour présent; saint François-Xavier, par exemple : je le prierai de m'accorder la même assistance que le Saint de la veille, et comme prémices de la journée, je lui offrirai, pour qu'il les présente à Dieu, les prières suivantes :
« Premièrement, le Symbole des Apôtres, afin de protester que je veux être un véritable enfant de la sainte Eglise catholique, apostolique et romaine.
« Secondement, la prière de la Congrégation, pour protester que je veux être un véritable enfant de la Bienheureuse Vierge (i).
« Troisièmement, la formule des vœux, afin de protester que je veux être un véritable enfant de la Compagnie de Jésus.
« Puis, je prendrai quatre résolutions :
« La première : Tout ce que je penserai, dirai ou ferai aujourd'hui, sera purement pour la gloire de Dieu, en action de grâces de la dernière communion ou comme préparation à la communion prochaine, et enfin pour obtenir quelque grande grâce;
(i) Cette prière, que l'on a trouvée écrite de la main de Berchmans, est exactement la formule actuelle de consécration des congréganistes. Il est regrettable que, dans quelques Manuels de congrégation, on ait substitué à cette belle et ancienne formule des actes de consécration qui ne sauraient avoir la même valeur. Voici la prière du Bienheureux Jean et des congréganistes de son temps :
Sancta Maria, Mater Dei et Virgo,ego, J ' oannes Berchmans, te.hodie in dominant, patronam, et advocatameligo,firmiterque statuo ac proponome nunquam te derelicturum, neque contra te aliquid unquam dicturnm, aut facturum. neque permissurum ut a meis subditis aliquid contra tuum honorem unquam agatur. Obsecro te igitur. suscipe me in servum perpetuum, adsis mihi in omnibus actionibus meis, nec me deseras in hora mortis. Amen.
« Sainte Marie, Mère de Dieu et Vierge, moi, Jean Berchmans , vous choisis aujourd'hui pour ma Souveraine, ma Patronne et mon Avocate. J'en prends la ferme résolution, jamais je ne vous abandonnerai ; je ne ferai ni ne dirai jamais rien de contraire à votre honneur, et ne permettrai pas que ceux qui dépendront de moi vous offensent en quelque manière. Et vous, ô Marie, acceptez-moi, je vous prie, à titre de perpétuel serviteur; assistez-moi dans toutes mes actions, et ne me délaissez pas à l'heure de la mort. Ainsi soit-il ».
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par exemple, un véritable amour pour la Bienheureuse Vierge et une véritable humilité de cœur; et jaunirai le tout aux pensées, aux paroles, aux actions de Jésus Christ Notre Seigneur.
« La seconde : Je m'appliquerai à vaincre le défaut ou à acquérir la vertu, qui est l'objet de mon examen particulier.
« La troisième : Avec la grâce de Dieu, je ne commettrai vo lontairement aucun péché véniel, et ne transgresserai aucune règle ni aucune disposition des supérieurs, si petite qu'elle puisse être.
« La quatrième : Je veux vivre et mourir dans la Compagnie de Jésus.
« Cela fait, je réciterai Notre Père et Je vous salue, et je baiserai la terre trois fois.
« S'il demeure encore du temps, je dirigerai vers Dieu quelques aspirations, par exemple : Seigneur, enseignez-moi à prier; Seigneur, faites que mon cœur s'enflamme dans la prière; Seigneur, ouvrez les lèvres de mon cœur, et mon cœur célébrera vos louanges, etc. »
« Dès que Berchmans était levé, dit Pierre Alfaroli, il s'agenouillait et baisait, à plusieurs reprises, son crucifix*, puis, tandis qu'il achevait de s'habiller, les soupirs qui s'échappaient de sa poitrine montraient que les affections de sa piété allaient s'animant de plus en plus. Deux fois, s'imaginant que j'étais sorti, il commença à dire et à redire, à haute voix et avec l'accent de la plus vive allégresse, divers passages de l'Ecriture sainte, ou d'autres prières; enfin, après m'être tenu longtemps immobile, je fis quelque bruit, et il retint aussitôt sa voix, mais non pas son cœur; puis, comme il vit que je le regardais en souriant, son visage se couvrit d'une rougeur virginale (r).
(i) « Ma. subito che poneva i piedi in terra (il s'habillait donc, avant de descendre, et même avant de sortir entièrement du lit), dopo de aver decentemente accomodato il suo letto, s'inginocchiava,ed ivi stava per mezzo quarto (de 5 à 7 minutes), con tanto sollevamento di spirito, che pareva avesse fatto tutta la note orazione, ora prorompendo in sospiri, ora baciando la terra ed altri simili eccitamenti esteriori.
« Dopo questo se drizzava (ceci doit se rapporter à l'emploi de ce qui restait de temps libre : s'il demeure encore du temps), ed andato al suo tavolino, scriveva in una cartuccia per lo spazio d'un miserere in circa, e poi si meteva a rifare il suo letto; il quale finito, se ne stava dritto in piedi, al luogo dell'orazione, aspettando che si desse il segno per que lia ».
Frère Scotti : « Dipoi, subito, s'iniginocchiava, per alquanto spazio di tempo, e rifaceva
(( Quand je fus ministre, di sopra, j'observai que le Frère Jean était le premier levé, le premier que Ton rencontrait hors de la chambre. Il s'empressait de se rendre à la chapelle, où il se tenait, jusqu'à l'heure de la méditation. Dès que la cloche donnait le signal, il rentrait vite dans sa chambre, pour l'oraison ». Ainsi parle le Père Camille Gori (i).
« L'heure de la prière venue, continue Berchmans, je me demanderai : Où vas-tu? à Dieu... Que faire? m'entretenir avec lui... Je prendrai de l'eau bénite : au coup de la cloche, je ferai le signe de la croix, et, debout à un ou deux pas de l'endroit où je devrai m'agenouiller, je songerai que Jésus Christ est là devant moi, regardant ce que je vais faire. Je lui témoignerai mon respect par un signe extérieur d'humilité; j'avancerai, je me mettrai à genoux, je dirai à Dieu :
« Mon Dieu, dirigez, je vous prie, toutes mes intentions, réglez toutes les opérations de mon âme, afin que tout en moi soit consacré au service et à la gloire de votre divine majesté.
« Applique, après cela, au sujet de méditation , ta mémoire, ton intelligence et plus encore ta volonté; — ou bien considère, dans les mystères, les personnes; écoute leurs paroles; contemple leurs actions , et tire profit de tout pour ton âme. Entre, enfin, en colloque avec Dieu, et sois, ici, plus respectueux que jamais (2). Dis, en terminant, le Pater noster; courbe le front jusqu'à terre et relève-toi.
il letto; e pou andava a vedere la sua meditazione, e, un poco avanti, andava a prepararsi, in predi ».
(1) Le lecteur observera, dans les dépositions destémoins, des assertionscontradictoires : ainsi, pour n'en donner qu'un exemple, le Père Gori dit que Berchmans allait à la chapelle, dès qu'il était levé; tandis que les Frères Alfaroli et Rimbaldesi nous le montrent s'agenouillant alors, écrivant, etc.
Cescontradictions ne sont qu'apparentes. Berchmans, d'une part, modifia plus d'une fois son petit règlement (le Père Thesauri nous apprend qu'il en dressait un nouveau à chaque rénovation des voeux) et, d'autre part, les usages de sopra n'étaient pas' de tout point, conformes à ceux de da basso : or, les dépositions sont de Pères ou de Frères, qui observèrent Berchmans, en divers temps, et les uns di sopra, les autres da basso. Ces remarques générales nous dispenseront désormais de toute explication de faits particuliers.
(2) Le colloque est comme l'entretien d'un ami avec son ami, d'un serviteur avec son maître. Tantôt on sollicite une grâce, tantôt on s'accuse d'une faute; d'autres fois on communique ses pensées, ses projets ou ses préoccupations intimes, et l'on demande conseil. Il est bon de multiplier et d'ordonner les colloques. On s'adresse, par exemple d'abord à Notre Dame, afin qu'elle intercède pour nous auprès de son Fils Notre Seigneur; — puis, on s'entretient avec Jésus Christ, afin qu'il intercède pour nous auprès du
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« Après la prière, une courte réflexion ou revue. — Si la prière a été bien faite, remercie; sinon, repens-toi et cherche les causes de ce peu de succès. Note enfin brièvement la réussite ou rinsuccès, la résolution prise et le motif sur lequel elle s'appuie ».
Ainsi parle Berchmans, et ses maîtres ou ses condisciples ajoutent à ces pages si instructives de touchantes révélations :
« Jean, dit le P. François Bargagli, ministre du Juniorat, Jean faisait son oraison du matin avec une diligence et une ferveur extraordinaires : il passait l'heure entière à genoux sur le plancher, dans une immobilité absolue, sansjamais s'appuyer ni à la table, ni à aucun autre objet quelconque (1).
« Un jour qu'il était indisposé : Pourquoi, lui dis-je, ne feriezvous pas votre méditation ou assis ou debout, au lieu de la faire à genoux? Il se contenta de me répondre : — Je puis la faire à genoux » (2).
Un autre témoin : « Quand le serviteur de Dieu priait, c'é-
Père céleste; enfin, on traite avec le Père céleste, implorant de sa bonté et de sa souv raine puissance les grâces que l'on désire. — Dans ces colloques, il faut se comporterselon la disposition actuelle de l'âme : le fond et le mode varient nécessairement, selon que l'âme est tentée ou consolée, selon qu'elle veut s'exciter à la douleur ou à la joie, obtenir telle grâce ou telle autre. — [Exercices spirituels de saint Ignace, première et troisième se maines) .
Le colloque est V oraison proprement dite, l'entretien immédiat de l'âme avec Dieu ou les Saints. La méditation prépare le colloque et l'active quand il est établi; elle fournit le bois auquel le feu de l'oraison s'allume etqui l'alimente au besoin. La part faite au colloque dans l'oraison grandit, à mesure que l'âme, connaissant davantage la vérité, éprouve moins le besoin de l'étudier. Elle veut y adhérer par la volonté, par l'affection, par le cœur, et le colloque est l'acte même de cette adhision ou la tendance qui y élève. Rien n'empêche d'ailleurs, de raisonner, d'étudier, de méditer par le moyen de colloques, en interrogeant, par exemple, Jésus Christ, comme un disciple interroge son maître. C'est la penséedesaint- Ignace : — Dans les colloques, dit-il, nous devons raisonner et demander : In colloquiis debemus ratiocinari et petere (Prima contemplatio, 3,Hebdom .)•
(1) Le frère coadjuteur Alexandre Saraceni ajoute : « Non dandogli fastidio pulci, mosche, etc. ». Le bon Frère veut dire que Jean se comportait comme s'il n'eût pas observé la fastidieuse présence de ces insectes, ou senti leurs piqûres.
(2) « Il segnodato, dit ici le Frère Rimbaldesi,sibutavainginocchioni, e comminciavala suaorazione, nella quale pareva del tutto immobile, non si sentendo mai, salvoche,alcune volte, sospirava in modo che pareva se gli spezzasse il cuore : ed io, piu volte, mi sono curiosamente voltato, e l'ho visto tutto infiammato como un cherubino, con la faccia voltata verso una Madonna, che teneva davanti; la quale era solito ancora de baciare forte spessissimo, nel progresso délia suaorazione, e particolarmente verso il fine, facendolo, alcune fiate, per dieci o dodici volte alla fila ».
Frère Scotti : — « Poi, subito, sentito il segno, faceva la meditazione, sempre in ginocchioni; e mai mi ricordo di averlo vistoafarla in altro modo. Nell' orazione, baciava spesse volte, un'immagine, e faceva affettimolto veementi, i quali,dormendo io alla seconda moite volte, essendomi raddormentato, mi risvegliava ».
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tait les yeux doucement fermés, les mains jointes devant la poitrine : son visage, d'abord paisible, s'animait par degrés, à mesure que croissait l'ardeur de son âme, et lui, qui ne prétendait pas s'élever à Dieu par des méthodes extraordinaires d'oraison, il atteignit, par les voies simples que saint Ignace a tracées et auxquelles il s'attacha invariablement, un si haut degré de contemplation que, durant sa prière, il n'avait ni distractions, ni divagations d'esprit, et qu'il devenait insensible à la piqûre des insectes. La violence de l'amour divin tirait de son cœur des gémissements plaintifs et quelquefois ces soupirs furent, à l'insu de Jean, assez véhéments pour réveiller ceux de ses compagnons à qui l'obéissance permettait un sommeil plus prolongé ».
« Samedi, 18 décembre, Dieu m'a envoyé un fleuve de joie paisible », dit Berchmans lui-même dans ses notes. Ces paroles et d'autres semblables, sans en dévoiler pleinement le mystère, ne laissent pas cependant ignorer les tendres caresses que l'amour de Jésus prodiguait à l'âme innocente et généreuse de son serviteur : il recevait dans l'oraison de grandes lumières et y goûtait de douces consolations. Il était aisé de comprendre que Dieu le traitait en enfant bien-aimé, et que la Reine du ciel lui Jonnait abondamment le lait de la dévotion, comme une mère à son fils.
« Quelque fréquentes que fussent ces douceurs sensibles, observe le P. Frizon, elles ne coulaient pas cependant en son âme si constamment que la source n'en parût quelquefois tarie : il souffrait, de temps en temps, d'insupportables sécheresses qui l'obligeaient de s'écrier : « Rendez-moi, Seigneur, la joie de votre grâce salutaire : faites luire dans mon âme un rayon de votre lumière ». Il supportait ces privations avec une résignation parfaite, et quoiqu'il fût accoutumé, cet heureux enfant de la grâce, à boire à longs traits le lait des joies divines, et qu'il ne pût par conséquent s'en voir sevrer qu'avec douleur, sa ferveur, égale à son abandon, était toujours la même. Fidèle à Dieu dans ses pénibles dispositions, il courait aussi vite dans les voies de la sainteté, lorsque la Providence y semait des épines, que quand elle y faisait germer des fleurs*, et malgré les ténèbres que cette espèce d'absence du Soleil de justice causait dans son
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âme, il y entretenait un calme aussi profond que s'il eût joui de ses plus douces clartés ».
« J'ai été désolé, disait-il au P. Cépari; mais dans ma désolation, j'ai senti en mon âme une grande paix ». Il avait compris, de bonne heure, cette vérité trop oubliée, que la dévotion véritable n'est point inséparable des joies sensibles : « Un jour, raconte le Frère coadjuteur Jean Cerruti, discourant avec moi sur la dévotion, il me dit cette parole, qui s'imprima dans mon cœur et m'a été depuis d'un grand secours : — La vraie dévotion n'est point autre chose qu'une promptitude de la volonté à tout faire pour le service de Dieu » .
Les épreuves auxquelles Dieu soumettait le cœur de Berchmans n'étaient point longues, et bientôt l'oraison lui rendait ses joies accoutumées; mais c'était surtout à l'époque de la retraite annuelle de huit jours, et aux deux petites retraites de trois jours, dont est précédée la rénovation des vœux, que Dieu enivrait Berchmans de délices célestes : — C'est alors, disait-il lui-même, que j'emplis ma bourse, pour acheter du pain, aux jours de famine (1).
« Dès que la fin de l'oraison était venue, obéissant, pour cela comme pour le reste, au premier signal de la cloche, Berchmans se levait; puis, modestement assis, immobile et les yeux baissés, il réfléchissait, pendant un quart d'heure, selon le conseil de notre Bienheureux P. Ignace, sur les lumières qu'il avait obtenues, les résolutions qu'il avait prises, les fautes qui lui étaient échappées, afin d'animer davantage sa reconnaissance envers Dieu, et d'assurer son amendement. Puis il prenait des notes sur un petit cahier ». Pierre Alfaroli, qui fournit ces détails, habita longtemps une même cellule avec Berchmans (2).
« L'ardeur que l'oraison du matin avait allumée dans son âme, Berchmans l'entretenait, durant le jour, par de petites
(1) Berchmans avait enseigné au Frère Falconi le secret de retrouver la dévotion dans l'oraison :
« Mi diede, una volta, alcuni documenti... : che con Dio usassi spesso alcuni affetti di figlio colla Madré, e che mi sarei intenerito, e mosso a confidenza ».
(2) Frère Scotti : — « Dopo l'orazione. notava in un libricciuolo i frutti dell" orazione; il quale ho, piu volte, per curiosita, preso e visto *.
prières vocales souvent répétées ; on le voyait presque toujours les lèvres en mouvement, tant il avait à cœur de pratiquer le précepte de saint Paul : Priez sans relâche ». Ce témoignage est de Bernardin Victorio (i). — « Je ne l'ai pas vu une fois, dit de son côté Alexandre Rimbaldesi, entrer dans la chambre sans qu'il fît le signe de la croix avec de Peau bénite et priât un moment, agenouillé devant sa table. Il n'y manquait jamais, alors même qu'il était obligé d'entrer et de ressortir plusieurs fois en un quart d'heure ».
La prière vocale lui était savoureuse, parce que les paroles que redisaient ses lèvres n'étaient que l'expression des cris intimes de son cœur : aussi, comme l'affirmèrent plusieurs de ses Frères, semblait-il, au mouvement de sa bouche et au léger bruit qui s'en échappait, qu'il savourât du miel ou quelque autre mets délicieux (2).
On a dû le remarquer, diriger son intention vers Dieu, c'était la sollicitude de Berchmans dans toutes ses œuvres : qu'il s'agît d'une action grande ou petite, agir pour Dieu, pour sa plus grande gloire, était sa préoccupation constante, et il avait pour principe qu'il faut faire grand cas des moindres œuvres, quand elles sont accomplies pour Dieu avec un ardent amour et une fidélité parfaite (3) :
« C'est le précepte du Seigneur, écrit-il, soj'e^ parfaits comme votre Père céleste est parfait : donc, comme Dieu fait bien ce qu'il fait, ainsi dois-je faire moi-même. Tu ignores si l'action présente ne sera pas la dernière : accomplis-la donc comme tu voudrais que fut accomplie la dernière. Une action bien faite, c'est comme du miel dans la bouche de Dieu, un mets exquis, dont son goût est délicieusement charmé, un beau spectacle qui ravit ses yeux : garde-toi, ô mon âme, de frustrer de cette joie ton Père très aimant.
(1) « Quasi sempre fu veduto muover dolcemente le labbra, recit.indo le suc orazioni; dal che se poteva conoscere ch'egli osservava quel precetîo di S. Paolo : Sine intermissione or a te, etc. »
(2) « Fu notatoche... faceva con la bocca quel moto e suono, che suole chi alcuna cosa dolce e soave mastichi ». — P. Grassi. — « In oratione vocali pronuntiabat verba bene , » ajoute J. Benci.
(3) « Maximi facere minima... Facere ex corde et cum tota applicatione qucvcumqne facis, p lacet ».
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« Voici des moyens généraux pour bien faire tes actions : — le premier : Souviens-toi, en toutes choses, de la présence de Dieu-, — le second : Détermine, à l'avance, de quelle manière tu feras chacune de tes actions en particulier, et soumets ta détermination à l'approbation du Père spirituel ; — le troisième : Mets tout ton zèle à bien faire l'oraison du matin.
« Quant aux moyens particuliers, en toute action observe les points suivants : — d'abord, avant de commencer, demande à Dieu sa grâce ; secondement, renouvelle ton intention ; — troisièmement, unis ton action à une action semblable de Jésus Christ.
« L'action finie , demande pardon à Dieu pour le mal que tu as commis, remercie-le du bien qu'il t'a donné de faire ».
Chaque fois que l'horloge sonnait, Berchmans, comme s'il eût entendu un avertissement divin, ranimait dans son cœur le feu de son activité surnaturelle :
« Au son de l'horloge, dit-il, salue Jésus crucifié : O Croix, je vous salue. O bon Jésus, pour moi, vous avez été flagellé! Que vous rendrai-je pour tant de douleurs ([)? Puis : — Ai-je fait mes actions avec intention pure , — en présence de Dieu, — en renouvelant souvent mon intention? Souviens-toi de l'examen particulier. — Seigneur, pardonnez-moi, aidez-moi, afin que je puisse mieux passer l'heure qui commence » (2).
Les œuvres les moins surnaturelles en elles-mêmes devenaient, pour Berchmans, grâce au soin qu'il avait de les diriger vers Dieu, des sources de grands mérites. Il écrit :
« A table : — Pure intention; souvenir attentif des règles
(1) « O cruxave. O bone Jesu, tu pro me jlagellatus es-,quid rétribuant tibipro tantis doloribus»? — On aura déjà remarqué et l'on remarquera, jusqu'à la fin, la dévotion de Jean à la Passion de Jésus, à la croix, au signe de la croix. Jérôme Albergotti avait observé que Jean faisait souvent le signe de la croix : « usava spesso il segno délia Croce». C'est dire que le saint faisait, plus souvent que d'autres, le signe de la croix, et qu'il le faisait avec un respect et une dévotion remarquables : — Du reste Jean Bencius nous le dit plus clairement : « Signum sanctissimse crucis et genuflexionem ante sanctissimum Sacramentum cum dévot ione particulari faciebat ».
(2) « Ignosce, Domine, et adjuva me, ut melius sequentem horam possim transigere ».
du bienheureux Père, sur la manière de se modérer dans Tusage de la nourriture (i).
« En récréation : — Pure intention, présence de Dieu, résolution de parler de choses édifiantes.
« Après la récréation : — Demander pardon pour les fautes commises, et offrir à Dieu le bien ».
Aux petits travaux manuels, Jean mêlait l'assaisonnement de la prière, et il invitait à prier ceux qui travaillaient avec lui : « Un jour, qu'il était occupé à polir les couteaux, je l'entendis « prier dévotement, en compagnie du Frère Nicolas Bianchi ». Ainsi parle Jean Benci.
Berchmans n'aimait guère les jeux : on l'a vu ne s'y prêter que modérément, dès l'enfance ; adolescent, consacrer à la prière les heures que ses compagnons donnaient aux divertissements; jeune homme, il parut se réconcilier avec des passetemps, qui semblaient moins convenir à son âge. Berchmans était religieux : la règle permettait, conseillait à ses Frères et lui conseillait à lui-même ces exercices innocents, nécessaires à quelques-uns et utiles à tous; le jeu devint pour lui une action que son grand cœur sut élever à la hauteur des autres.
« Aux jours de grand congé, dit le P. Gépari, les scholastiques allaient passer la journée entière à la maison de campagne. Il était permis d'y jouer aux anneaux, au palet, etc. La difficulté du premier de ces jeux consistait à faire passer une boule à travers un ou plusieurs anneaux mobiles; c'était le jeu que préférait Berchmans.
« Dès qu'il était invité à jouer, il acceptait gaiement et jouait avec une application si animée, qu'il ne parlait point alors d'autre chose, et ne semblait pas avoir d'autre pensée; au reste, il était fort habile, et son adresse était connue de tous.
(t) Exercices spirit. de saint Ignace, troisième semaine.
Antonio Passardi observa que Jean allait au réfectoire en priant : — « Sempre. quando veniva in Refettorio, parevami andasse dicendo orazioni vocali ».
Frédéric Weclamen : « Mai l'ho visto che. avanti o doppo, non dicesse la benedizione ed il rendimento di grazia con molta divozione. »
Deux frères déclarent avoir admiré la dévotion de Jean au Be?iediciteet a.uxGraces : « In tavola, dando e rendendo le grazie, com molta divozione, io sempre lo guardavo, per. maraviglia ».
L'ESPRIT D'ORAISON DU B. JEAN
« Quand les joueurs se divisaient en deux camps opposés, Berchmans acceptait les premiers venus, et leur faisait bon vi-
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Frascati, maison de campagne du collège.
sage alors même que leur maladresse devait inévitablement faire perdre son camp. Après un coup heureux, ou une victoire de sa bande, il ne témoignait aucune joie extraordinaire ; encore
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moins insultait-il aux vaincus. On ne l'entendit pas, une seule fois, disputer, pousser un cri. Vainqueur, ii se taisait modestement*, vaincu , il s'empressait de se mettre à genoux et de réciter pour les vainqueurs Y Ave Maria convenu.
« L'animation vraie que Berchmans mettait au jeu n'avait pas, on le comprend, pour unique principe l'entraînement naturel; il l'excitait aussi lui-même par vertu, et par vertu il l'entretenait, sans jamais se laisser posséder par elle. Il n'en faut point d'autre preuve que ce fait, attesté par plus de cent témoins oculaires : quand venait son tour de lancer la boule vers les anneaux, Berchmans faisait d'abord avec respect le signe de la croix*, et on ne le vit pas, une fois, lancer la boule, qu'il n'eût accompli cet acte de piété » (i).
Ce soin scrupuleux de diriger les intentions vers Dieu semble assujétissant à l'excès ; il devint peu à peu familier à Berchmans, au point de lui être comme naturel et de ne nuire en rien à l'aisance de ses rapports extérieurs. Le P. Van Doorne, qui fut confesseur de Berchmans, rend à sa vertu ce témoignage : « Il avait, dit-il, la coutume de faire précéder toutes ses œuvres un peu notables d'une petite prière jaculatoire, pour obtenir la grâce de les bien faire, et d'un acte intérieur par lequel il les offrait, au moment même, à Dieu, ordinairement par amour. Cet exercice lui était déjà devenu facile et semblait être chez lui une habitude naturelle ».
« Le fruit précieux de ce travail fut une constante et admirable union de cœur de Berchmans avec Dieu. Tous ceux qui le connurent ont attesté que ce don lui fut communiqué à un degré sublime. Quand on observait son visage, à l'église, en récréation, dans la chambre, on pouvait se convaincre qu'il ne perdait jamais Dieu de vue; c'était toujours la même expression de recueillement et d'entretien intérieur avec son Seigneur et son Père. Toujours présent à lui-même et à Dieu, à quelque moment du jour, après quelque action, en quelque endroit que ce fût, sans effort,
(i) « Quando si giuocava, stava molto attento, e mai mi ricordo avergli visto tirare la piastrella, che prima non si facesse il segno délia Croce, benche io vi facessi, moite volte riflessione ». — J. B. Canaceli.
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sans préparation préalable, il pouvait entrer en contemplation ».
Ainsi parlait de Berchmans, à Rome, son ami, Nicolas Ratkai. Déjà le P. Bauters avait constaté ce don de Dieu, récompense de la fidélité de Berchmans. Le saint jeune homme lui avait dit, un jour, confidemment : « Sans le moindre effort, j'ai Dieu présent-, je m'entretiens avec lui, et avec lui je traite de mes moindres actions » (i).
Mais, comme toutes les âmes intérieures, Berchmans goûtait plus suavement Dieu dans la solitude; de là cet amour du silence que Ton remarquait en lui dès les premières années de sa vie, et cet attrait qui le portait à se retirer loin de la foule, loin du bruit, pour mieux entendre la voix de son Bien-Aimé, et jouir en paix de ses paroles divines, qui n'ont jamais d'amertume et dissipent tous les ennuis. A Diest, on a vu dans quel réduit l'avait caché cet amour de la solitude ; à Malines, on le surprenait en prières dans tous les recoins obscurs; à Rome, il avait sa cellule, et il ne la quittait que pour obéir : « J'aimerai ma cellule, écrivait-il, Amabo cellam. Si l'obéissance ou l'intérêt des âmes, m'en fait sortir, je dois garder le désir d'y rentrer, et ce désir doit m'y ramener, dès que la règle ou la charité ne me retiennent plus ».
Ce que Berchmans écrivait, il l'enseignait à d'autres : « Jean aimait la chambre (era amatore délia caméra), dit Aloys Orlandini; je ne me souviens pas de l'avoir jamais vu sortir sans nécessité. Il me disait : « Nous devons, nous, dans nos « chambres, désirer sortir pour aider le prochain. Sortis, nous « devons avoir le désir de retrouver la solitude : ainsi nous
(i) Le Père Félix Carminata admira bien aussi les effets sensibles de cette union de Berchmans avec Dieu :
« In qualsivoglia esercizio che facesse, appariva un certo lustro d'anima santa, molto « grata a Dio,...con tanta giovialita d'aspetto... che ben dimostrava godersi quella bene- - detta anima... un saggio délia futura gloria... In tutto le sueazioni, mipareva un ritratto « del nostro Beato Luigi, e che lo imitasse..., massime nell'orazione elevazione, di mente <• con grandissima soavita aile cose di Dio e santé meditazioni, nelle quali quanto godeva >< l'anima sua beata, tanto ridondava nel corpo ».
Le Père Gabriel Venusto dit aussi bien : « Pareva che, di continue», quell' anima be- « nedetta fosse rapita nel suo Signore ». Et, mieux encore, le Père Bisdomini :
« Aveva di Dio questa grazia, che mentre alcuno seco trattava o lo vedeva era sforzato « a sentire in se un rispetto a lui e riverenza, corne a persona non umana maangelica, e « che era pieno dello Spirito Santo e tempio vivo di Dio, nel quale, corne in una sua « propria stanza di delizie, riposava : e questo, sempre a me occorreva..., e il medesimo, « avveniva ad altri, anchi Padri gravi e molto spirituali... ».
« ne vivrons ni trop retirés, ni trop répandus au dehors ».
a II ne sortait pas, sans prendre un petit livre ou cahier spirituel, et là où il devait ensuite s'arrêter, attendre, il lisait dans son petit livre. Obligé de sortir, pour se rendre en classe, ou chez son professeur, il retenait, à Palier, au retour, son âme en quelque dévot exercice, et de ces iambeaux de temps, saintement exploités, il tirait des trésors de grâce » (i).
Ainsi vivifiées par l'activité surnaturelle de Berchmans, ses journées s'écoulaient rapides et sereines, et, le soir venu, il prévoyait et disposait, avec une sorte de sollicitude, le sujet de sa méditation du lendemain*, cardans l'oraison seule il espérait puiser, comme à leur source, les bénédictions de ses journées : « Tel était son zèle à cet égard, dit Marcel Spinelli, que Jean retardait son coucher lorsque, retenu hors de la chambre par d'autres occupations, il n'avait pu préparer sa méditation au temps marqué ». Spinelli avait passé plus d'une année entière dans la cnambre de Berchmans. — L'examen particulier et l'examen général suivaient cette préparation de l'oraison; puis venait le dernier quart d'heure, dont il réglait ainsi l'emploi :
« Le quart d'heure qui suit l examen du soir. — Immédiatement après l'examen du soir, j'offrirai à Dieu, par les mains de mon patron du jour, toutes les pensées, les paroles, les actions de la journée écoulée, et j'aurai soin de les unir d'abord aux actions de Jésus Christ.
« Je réciterai le catalogue des bienfaits de Dieu : Dieu m'a fait chrétien, compagnon de Jésus, son ami; il a choisi mon âme pour épouse, l'a préservée de tout péché mortel.
« Je dirai le Symbole des Apôtres, la prière de la congrégation, la formule de vœux, et, comme le matin, je protesterai que je veux vivre et mourir véritable fils de l'Eglise, de la Bienheureuse Vierge et de la Compagnie de Jésus.
(i) Berchmans cherchait la solitude, au milieu même des foules: ici encore, le Père Félix Carminata sut bien lire dans l'âme de Jean :
k Xella chiesa del Gesù, in tempo che si aspetta la lezione, non solo non andava vagando « qua e ia, ma, fatte le sue divozioni al Santissimo Sagramento, si ritirava da parte, avanti « qualche muro, per stare, penso io. piu raccolto, e non avère avanti chi lo potesse tur- « bare dalli suoi santi esercizi, che andava facendo con un libretto scritto a mano, che « attentamente e con gran divozione leggeva e meditava ».
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« J'aspergerai mon lit d'eau bénite.
« En quittant mes habits, observer la modestie, considérer brièvement le dépouillement de Jésus Christ sur le Calvaire, prévoir comment je me lèverai et ferai la méditation le lendemain.
« En me mettant au lit, je dirai : — Incertain si je vivrai demain, incertain de mon salut éternel, voici que j'entre comme en un sépulcre. Que n'ai-je évité toute faute! Je me repens du fond de mon cœur, ô mon Rédempteur, et je prends la résolution sincère de me corriger. O Père éternel, je vous offre votre Fils, avec toutes ses douleurs et ses plaies, pour tous mes péchés et toutes mes négligences. O Bienheureuse Vierge, aidez-moi; ô vous tous, mes saints patrons, accueillez-moi ; mon Ange, gardez-moi de tout péché et des pièges du démon. Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Ainsi soit-il (i).
« A genoux sur le lit, dis trois Ave : le premier, à la Bienheureuse Vierge de Lorette, pour honorer sa maternité et lui demander qu'elle te délivre, durant cette nuit, des mauvais songes; le second, à la Bienheureuse Vierge de Montaigu, pour honorer son Immaculée Conception, et obtenir qu'elle te fasse endormir sans délai et te lever avec diligence; le troisième, à la Bienheureuse Vierge de Haie, pour honorer l'instant où, après sa mort, elle fut unie à son Fils, et obtenir d'elle l'heureux succès de la méditation du lendemain et la joie spirituelle (2).
« En entrant au lit, renouvelle la pureté d'intention, et unis ton sommeil au repos de Jésus Christ.
« Enfin, songe bien à quelle heure tu dois te lever; parcours les points de ta méditation, emploie à cela le temps qu'il faut pour dire un Ave; mets sous ton chevet le petit livre des Règles
(1) « En vitcv incertus et œternœ salutis, intro sepulchrum. Utînam te numquam offendissem! Doleo ex animo, Redemptor mi, et propono sinceram emendationem. O pater œterne. offero tibi Filium tuiim, cum omnibus dolovibus et vulneribus ejus, pro omnibus peccatis et negligentiis meis. O Beata Virgo, adjura me; o vos omîtes sancti Patroni, suscipite me. Angele mi, custodi me ab omni peccato et insidiis diaboli, in nomine Patris, etc. ».
2) Haie est une bourgade, à trois lieues de Bruxelles, sur la limite du Hainaut et du Brabant. L'établissement du pèlerinage à Notre-Dame de Haie date de l'an 1267. Juste - Lipse en a écrit l'histoire. Deux ans avant d'achever son livre, il avait offert à Marie, dans ce sanctuaire, une plume d'argent et accompagné son offrande d'une pièce de vers, qui expliquait le symbolisme de son ex-voto. Le pieux écrivain entendait faire hommage à Notre-Dame de toutes ses savantes œuvres.
et endors-toi dans le Seigneur, la pensée arrêtée sur le sujet de la méditation » (i).
On le voit, la vie de Berchmans fut une oraison continuelle, unie à la continuelle mortification.
(i) Le Frère Rimbaldesi note, à propos de ces derniers actes de la journée de Berchmans :
« Finito l'esame.., si metteva in ginocchioni, e stava mezzo quarto in circa; e dopo, si spogliava ed entrava in letto, mettendosi la corona al collo, e facendo alcune orazioni vocali : dopo le quali, si quetava talmente, che non si sentiva movimento in modo alcuno»,
Jean, en effet, demeurait immobile, toute la nuit : ce fut, dès l'enfance, une des précautions héroïques de sa pureté. Le Père Bauters nous l'apprend en ces termes :
« Sui ipsius quasi metuens, quo se modo vesperi composuisset, nec ob frigoris, nec ob caloris incommodum loco motus, eodem mane inveniebat. — Formam pudice decumbendi in Bonaventurae Speculo fnerat contemplatus ».