CHAPITRE III
A Rome comme à Diest, on admira le zèle et Tangélique ferveur avec laquelle Berchmans assistait le prêtre à l'autel (i) :
« A Tépoque où le F. Jean Berchmans étudiait la métaphysique, raconte un F. coadjuteur, Benedetto de Molle, il y avait au collège un Père, qui ne célébrait pas la messe à des heures réglées, mais à celles qui lui étaient commodes. Les condisciples du serviteur de Dieu faisaient difficulté de la servir, parce que leurs études en étaient interrompues, et alors moi, qui étais compagnon du sacristain, j'allais avertir le F. Jean de venir servir cette messe, et je lui dis, un jour : — « Cette heure vous est incommode, F. Jean? — Il me répondit : — Mon Frère, servir la messe m'accommode toujours ».
« Souvent, ajoute un des prêtres les plus vénérables du collège romain, quand je le voyais m'assister à l'autel, sa piété, son innocence, toutes les vertus qui brillaient en lui me pénétraient d'un sentiment de confusion ; j'avais honte, le sachant près de moi, de mon indignité et de ma froideur dans la célébration de ces saints mystères (2) ».
Berchmans lui-même nous révèle les sentiments de son cœur durant l'auguste sacrifice :
« Quand l'heure de la messe est venue, écrit-il, demande-toi :
(1) « Sacro ministrans, signum sanctissimœ crucis, gennjlexiones, etc., cutn devotione par ticulari faciebat et optime verba pronuntiabat ». — Summar.
(2) Le Père Diego Sicco, d'abord professeur de théologie au collège romain, et plus tard patriarche d'Ethiopie.
iSo LE B. BERCHMANS A ROME.
Où vas-tu? à Dieu; que vas-tu faire? lui offrir son divin Fils. « Arrivé à la chapelle, demande à Dieu sa grâce; renouvelle les intentions du matin, c'est-à-dire : tout pour la gloire de Dieu, tout en actions de grâces pour la communion précédente ou comme préparation à la communion prochaine, et pour obtenir telle grâce ou telle autre. Unis enfin le sacrifice non sanglant qui va être offert sur l'autel au sacrifice sanglant du Calvaire, et toutes tes intentions et actions au sacrifice lui-même ».
Puis Berchmans se propose trois méthodes : deux ne diffèrent que par quelques détails. Les Saints éprouvaient, eux aussi, le besoin de soutenir et de raviver leur piété par la variété des industries, et ils renouvelaient ainsi, d'un jour à l'autre, une ferveur que la monotonie des exercices eût attiédie.
« Première méthode. — Pendant le temps de VAvent et le temps de Noël. — Quand le prêtre sort de la sacristie, imaginetoi que tu vois la Bienheureuse Vierge et saint Joseph quitter Nazareth, pour se rendre à Bethléem et, depuis Y Introït jusqu'à l'Évangile, accompagne-les dans leur pénible voyage.
« Au Credo, excite ta foi à ces mystères de la vie de Jésus Christ.
« A V Offertoire, vois la Bienheureuse Vierge qui mendie un abri pour la nuit; étonne-toi, et offre-lui l'hospitalité dans ton cœur. Considère ensuite comme elle prend joyeusement le chemin qui mène à la Grotte; vois les Anges qui attendent Jésus.
« A l'Élévation, contemple le petit Enfant- Jésus, comme s'il venait de naître : adore-le; fais des actes de foi, d'espérance et de charité; admire l'extrême pauvreté à laquelle il s'est réduit, et entretiens-toi dans ces sentiments jusqu'à la communion (i).
(i) Le Père Savignani observe que Jean Berchmans demeurait les yeux arrêtés sur la sainte Hostie et sur le calice, tandis que le prêtre les tenait élevés : la coutume française de courber la tête, à cet instant, est contraire à l'intention de l'Eglise, qui élève le Corps et le Sang de Jésus Christ, pour qu'on les voie et les regarde. A cela s'ajoute la considération que faisait valoir Berchmans :
« Conforme una rivelazione di santa Brigida. non gli piaceva l'umiltà di quelli che, ail' elevazione del Santissimo Sacramento, abbassano gli occhi. perche si persuadeva che a chi la guarda si comparusse una grande abbondanza di grazia ».
Sainte Marie d'Ognies remerciait, tous les jours, Jésus Christ, de lui avoir donné les yeux, à cause de la joie qu'elle éprouvait à regarder la sainte Hostie.
Rien de pieux et de beau comme une bénédiction du Très Saint Sacrement en Espagne,
DÉVOTION DU B. JEAN A L'EUCHARISTIE. 181 « Deuxième méthode. — Me représenter d'abord le lieu du
Sacrifice comme si j'y étais; y considérer les saints Anges, mes saints patrons, etc.
« Voir Jésus Christ Notre Seigneur, qui marche portant sa croix tout ensanglantée : les Juifs le poussent rudement; au dessus, Dieu le Père, courroucé. Jusqu'à 'l'Élévation, regarde attentivement ce qui se passe : Jésus arrive, il dépose sa croix;
où le prêtre, pendant longtemps, tient Jésus Christ exposé aux regards d'un peuple agenouillé.
i82 LE B. BERCHMANS A ROME.
on lui offre à boire du vin mêlé de myrrhe; on lui arrache ses vêtements; on dispose les instruments du supplice; on jette Notre Seigneur, dépouillé, sur la croix. Obéissant à ses bourreaux, il leur tend, pour être percés et cloués, sa main droite, sa main gauche, ses pieds. Observe Jésus Christ : il élève les yeux vers le ciel; il s'offre à Dieu4e Père pour tes péchés; parle-lui, entretiens-le avec une grande affection jusqu'au moment de TElévation.
« A V Élévation, vois la croix se dresser; entends Jésus Christ qui prie pour ses ennemis; regarde comme de tout son corps le sang ruisselle; arrête les yeux sur ses plaies.
« An Chef adorable de Jésus Christ, prie pour les supérieurs ecclésiastiques.
« A la couronne d'épines, prie pour les supérieurs séculiers.
« A la main droite, pour mes parents, pour mes frères spirituels, en général et en particulier; pour mes frères du monde, pour mes bienfaiteurs et pour mes amis.
« A la main gauche, pour mes ennemis, pour ceux que j'ai contristés, pour ceux qui m'ont contristé, qui m'ont fait tort, ou fait tort à la Compagnie.
« Au côté, pour moi-même, afin que je puisse aimer Dieu de tout mon cœur, brûler de zèle pour le salut du prochain, persévérer dans la Compagnie, bien observer mes trois vœux, acquérir un grand amour pour la Bienheureuse Vierge et le Très Saint Sacrement.
« Aux pieds, pour la Compagnie, pour tous les religieux bons et mauvais et pour les séculiers bons et mauvais.
« Troisième méthode. — Depuis Y Introït jusqu'à Y Offertoire, suis les paroles du prêtre et considère les cérémonies.
« A VOffertoire, je commencerai à parcourir la Passion de Jésus Christ, depuis la prière du Jardin des Oliviers, et je tâcherai d'être arrivé à la scène du crucifiement, au moment où le prêtre dira : Sanctus, Sanctus, etc.
« Alors je considérerai Jésus, qui s'étend sur la croix, et les bourreaux qui le percent de clous, et, élevant le cœur vers Dieu le Père, je l'inviterai à contempler ce triste spectacle : — Regardez, Seigneur, le visage de votre Jésus.
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u Je prierai en considérant, l'un après l'autre, les membres de Jésus Christ, et en offrant les mérites de leurs tourments.
a A la tête de Jésus Christ et à la couronne d'épines, je prierai pour le Souverain Pontife, pour l'empereur (i), pour les rois, pour les princes chrétiens, et je demanderai pour eux la grâce de bien gouverner leurs peuples et d'être les défenseurs de la sainte Église. — A la tête de Jésus, je prierai encore pour le très Révérend Père général, pour le provincial, le recteur, le ministre, le Père spirituel, mes professeurs, etc., etc.
« A la main droite de Jésus Christ, je prierai pour tous ceux qui me sont unis par les liens du sang, et je demanderai pour eux la grâce d'observer les commandements de Dieu. — Je prierai encore pour mes amis spirituels, et d'abord pour ceux qui habitent le même collège que moi, et pour chacun d'eux nommément, je demanderai ces trois grâces : une chasteté angélique, un utile emploi de leurs aptitudes pour le salut des âmes, et la persévérance dans la vocation.
« A la main gauche de Jésus Christ, je prierai pour tous mes ennemis, pour les hérétiques, pour les païens, pour tous ceux qui sont en état de péché mortel.
« Au pied droit de Jésus Christ, je prierai pour ceux qui mènent une vie tiède dans la Compagnie, et je demanderai que leur relâchement n'empêche pas la Compagnie de porter ses fruits.
« Au pied gauche de Jésus Clwist, je prierai pour ceux qui ont déserté la Compagnie, afin que Dieu daigne les prendre en pitié.
« A V élévation du Corps et du Sang- de Jésus Christ, je me figurerai assister à l'élévation véritable de la croix du Sauveur, et je dirai : — Je vous adore, Jésus Christ, et je vous bénis, parce que, par votre sainte Croix, vous avez racheté le monde.
« Puis je réciterai la prière Anima Chris ti (2).
(1) On sait que le titre d'empereur d'Occident ou d'empereur des Romains, concédé d'abord à Charlemagne par le pape Léon III, devint, à partir d'Othon Ier, le privilège des souverains de l'Allemagne. De 1619 à 1637, l'empereur était Ferdinand II, un prince accompli. Il avait constitué la très sainte Vierge généralissime de ses armées, et il signait : Ferdinandus, Cliens B. Virginis.
(2) On trouvera cette prière au frontispice des Exercices spirituels de saint Ignace.
« Au Nobis quoque peccatoribus, je penserai à la plaie du côté de Je'sus Christ, et aussitôt je lui demanderai qu'il daigne y cacher sa Compagnie et qu'il la conserve, la défende, la fasse grandir. En second lieu, je lui recommanderai mon père, ma mère et mes autres parents défunts, tous mes amis du monde qui ont quitté la vie, les défunts de la Compagnie, et les pauvres âmes qui sont oubliées sur la terre, ou qui ont un plus pressant besoin de secours.
« Je le prierai de me cacher, moi aussi, dans son côté, et là je demanderai pour moi des grâces : une vraie charité, la joie spirituelle, la sainteté, la science (si la gloire de Dieu en doit être plus grande), une chasteté angélique, la grâce de devenir un bon ouvrier de la Compagnie, la persévérance dans ma vocation, l'amour de la Bienheureuse Vierge, la vertu que je m'exerce à acquérir par l'examen particulier, la charité par exemple, ou la vraie humilité intérieure.
« Pendant le reste du temps, écoute les paroles du prêtre, et, avec lui, rends grâces à Dieu.
« Après la messe : premièrement, demande pardon ; secondement, remercie; troisièmement, unis au sacrifice de Jésus Christ l'action que tu viens de faire. Récite enfin le Magnificat, pour obtenir le pardon de toutes les fautes que tuas commises pendant la messe »,
Quand Berchmans adorait Jésus Christ dans l'Eucharistie, l'animation de son visage inspirait à tous ceux qui le voyaient les sentiments de *foi et d'amour dont il était lui-même pénétré. Plus d'une fois, quand l'heure de sortir de la chapelle était venue, Berchmans demeurait comme captivé par le divin objet de ses affections, et ses compagnons durent le secouer pour le retirer de son repos extatique. Mais Berchmans s'observait quand il devait remplir un office à l'autel, et sans cesser d'être édifiant, il ne laissait pas son âme s'absorber dans la contemplation de Jésus Christ. Le P. Ignace Tudisio lui rend ce témoignage : « Je n'en ai point trouvé, dit-il, de plus prompt que lui pour accepter un office aux messes solennelles de la Maison professe. Avec sa modestie accoutumée et un extérieur irréprochable, il y
DEVOTION DU B. JEAN A L'EUCHARISTIE. i85
tenait d'ordinaire un chandelier. Presque tout le temps, il récitait le chapelet. Une seule fois, j'eus à l'avertir d'être un peu plus attentif aux cérémonies, pour les faire au temps convenable, et il le fit parfaitement.
On lit dans son petit cahier de notes quotidiennes : — « Je cultiverai avec soin l'amour que Dieu m'a inspiré pour le Très Saint Sacrement. Au moins cinq fois le jour, je le visiterai (i), et chaque jeudi, en son honneur, je ferai une pénitence publique au réfectoire. Le dimanche, je n'oublierai pas de parler en récréation du Très Saint Sacrement ».
Pour le faire avec plus d'intérêt, il notait, dès qu'il les rencontrait, les pensées pieuses ou les faits édifiants qui avaient trait à ce touchant mystère, et quand il en parlait, c'était avec une ferveur tellement ardente, que ses compagnons disaient : Nous retirons plus de dévotion de ses entretiens, que de la lecture des plus pieux traités.
On trouve dans ses notes ce cri du cœur : « Seigneur, y a-t-il pour moi, sur la terre, d'autre douceur et d'autre joie que la sainte communion »?
Le règlement du saint jeune homme révèle aussi les dispositions intérieures qui le préparaient à cette fête de son âme : c'est une quatrième manière d'entendre la messe : tout y est dirigé vers la communion, comme vers le centre des préoccupations du cœur :
« En me rendant à la chapelle, dit Berchmans, je penserai : Que vais-je faire? recevoir véritablement la Chair et le Sang de Jésus Christ, Fils de Dieu et Fils de la Bienheureuse Vierge. J'inviterai mes saints patrons à lui préparer mon cœur.
« Arrivé à la chapelle, demande à Dieu sa grâce; renouvelle
(i) La piété de Berchmans saisissait avec empressement toutes les occasions de multiplier ces visites : Paul Oliva nous apprend qu'après avoir servi ses Frères au réfectoire , Jean se hâtait d'aller à la chapelle pour y adorer son bien-aimé Jésus, jusqu'au signal de la seconde table.
Le P. Gori, ministre du Ritiramento, prévint les désirs de Berchmans, et, dès son arrivée, il lui donna la charge de sacristain de la chapelle domestique : « gli diedi cura délia cappella, laquale esercitava molto volentieri, id ivi si occupava anco nel tempo délia ricreatione ».
les intentions du matin-, puis, jusqu'à Y Offertoire, pense à tes misères, à tes péchés, à tes imperfections. Repens-toi, d'abord, de tout péché commis, et propose-toi sincèrement de t'amender. « De Y Offertoire au Sanctus, je réciterai quelque dévote prière vocale. A partir du Sanctus, je parcourrai en esprit toute la Passion de Jésus Christ.
« Au moment de Y Elévation , je penserai que ce Jésus Christ, qui descend du ciel sur l'autel, y vient pour entrer bientôt après dans mon âme*, je l'adorerai en disant avec saint Thomas d'Aquin : Tu, Rex gloriœ, Christe, etc., jusqu'à Salvum fac, etc. (i).
« Je ferai des actes de foi, d'espérance, de charité jusqu'au Pater noster.
« Au Pater, je commencerai à appeler Jésus Christ de mes désirs ; je dirai par exemple : Qui vous donnera à moi, vous, mon frère, que je vois suspendu au sein de ma mère? Comme le cerf disire les eaux vives, ainsi mon âme vous désire, ô mon Dieu : mon âme a soif de Dieu, du Dieu fort, du Dieu vivant! Quand donc pourrai-je aller à lui, paraître devant la face de Dieu? Qu'il vienne, mon bien-aimé, qu'il vienne visiter son parterre !
« J'offrirai, par la main de la Bienheureuse Vierge, ces désirs à Jésus Christ, et je m'imaginerai que je l'entends répondre à sa Mère : J'irai et je le guérirai.
« En même temps que le prêtre, je dirai humblement : Domine, non sum dignus, etc., et j'ajouterai : Seigneur, je remets mon âme entre vos mains et vous la recommande.
« Près de recevoir la sainte Hostie, je dirai : Que le corps de Jésus Christ Notre Seigneur garde mon âme pour la vie éternelle. Ainsi soit-il.
« Dès que tu as reçu la sainte Hostie, fais un acte de foi; proteste que ce que tu viens de recevoir est vraiment le Fils de Dieu et de la Bienheureuse Vierge (2); puis, en toute humilité,
(1) Ces prières sont extraites du Te Deum : « Saint Thomas d'Aquin avait des oraisons vocales pour toutes choses. Quand il tonnait et éclairait, il disait : Verbum caro factum est. Quand on élevait l'hostie, il proférait ces paroles : Tu, Rex gloricv, Christe, etc. ». — P. Ribadeneyra, Vie de saint Thomas d'Aquin.
(2) « Je lui ai entendu dire, — c'est le Frère coadjuteur Joseph Finali qui parle, — qu'au moment de la communion, il avait coutume de faire un acte de foi en cette forme : « Io
demande-lui : D'où peut me venir un tel bonheur, que mon Seigneur descende jusqu'à moi?
« Je commencerai à rendre grâces par une courte prière vocale, et je prierai mes saints patrons de remercier pour moi. J'offrirai à Jésus Christ mon corps et mon âme-, je lui ferai, en outre, un petit présent, quelques actes de vertu, de mortification, par exemple : je lui offrirai encore mes vœux, et, à cet effet, je les renouvellerai; enfin je renouvellerai le ferme propos de servir la Bienheureuse Vierge sa Mère, et, pour cela, je dirai la prière de la congrégation.
« Je me tournerai ensuite vers Dieu le Père, le priant de regarder le visage de son Fils Jésus Christ, et par ses plaies sacrées je demanderai les mêmes grâces qu'à la sainte Messe.
« Je finirai par de nouvelles actions de grâces : je demanderai pardon à Jésus Christ de l'avoir si mal reçu, et je dirai : Laudate Dominum omîtes gentes, etc. ».
Dieu se plaît à converser avec les cœurs simples et purs : aussi la présence de Jésus Christ remplissait-elle l'âme deBerchmans d'une allégresse incroyable (2).
Berchmans trouvait le secret d'une préparation très efficace à ces opérations du Sacrement, dans de fréquentes communions spirituelles. Chaque jour, à la messe, et six ou sept fois le jour, durant ses visites à la chapelle, il priait Notre Seigneur d'opérer en lui, par l'influence de sa grâce, les effets de la communion sacramentelle. Lui-même nous apprend comment il faisait ces communions :
« Je communierai spirituellement, dit-il, et j'userai d'une des deux méthodes suivantes :
do licenza algran diavolo dell' inferno, cheadesso mi porti via, in anima e corpo, se quivi, sopra la mia lingua, non e il vero real Corpo del Signore, che quivi adoro ». — La présence réelle de Jésus Christ dans l'Eucharistie était alors, de tous les dogmes catholiques, celui contre lequel se déchaînait le plus la fureur des nouveaux hérétiques. On comprend que l'audace de leurs négations blasphématoires ait pu inspirer à la foi indignée de Berchmans l'étonnante énergie de sa formule. Elle est, du reste, citée au procès, comme preuve de la vivacité de sa foi.
(2) « Ab hoc Sacramento incredibilem spirilus hilaritatem percipiebat ». — Summar.
Ace propos, Guillaume Van Aelst disait : « Aver, più volte, notato, con moltialtri, che Giovanni, prima e dopo délia santa communione, moveva identie le labbra, corne si fa nell* atto del mangiare : poichè, tanta era in esso l'abbondanza del gusto interiore, da sembrareche gli si eccitasse pure... l'esteriore appetito ».
i88 LE B. BERCHMANS A ROME.
« Pendant l'Avent, aux fêtes delà Noël, de l'Epiphanie, etc., je me figurerai être auprès de la crèche, avec la Bienheureuse Vierge : je demanderai à Notre Dame la permission de mettre le petit Enfant-Jésus dans le berceau de mon cœur. Puis, je le prendrai, je l'embrasserai avec une grande affection, je l'offrirai à Dieu le Père, je rendrai grâces, je prierai, je tiendrai le divin Enfant, et lui dirai : Seigneur, je ne vous laisserai point aller que vous ne m'ayez accordé telle grâce et telle autre grâce.
« En d'autres temps, voir comme la Bienheureuse Vierge, accompagnée des saints anges et de tes patrons, vient à toi, pour ensevelir Jésus Christ dans ton cœur, et, avec grande humilité et charité, reçois-le de ses mains; puis, excite ta foi, rends grâces, fais des offrandes à ton hôte, offre-lui celui qui le reçoit; demande, prends des résolutions ».
Cette union spirituelle de son cœur à Jésus n'était pas pourtant le terme des aspirations de Berchmans : il savait que le Sacrement opère dans l'âme avec une efficacité dont rien ne peut tenir lieu : aussi appelait-il de tous ses vœux les jours de com munion sacramentelle.
Ecoutons Guillaume Van Aelst : « Le fruit toujours plus grand qu'il retirait de la communion, la vigueur spirituelle que lui procurait ce pain céleste, duquel il disait souvent : « C'est « ma nourriture », une autre parole de lui les fera clairement entendre : Bien des fois il me dit : « J'éprouve en mon âme, « après la communion, ce que je ressens en mon corps après le « repas; c'est-à-dire un accroissement de force, de vigueur; et « quand il n'y a pas de communion dans la semaine, je suis, après « quelques jours, dans je ne sais quelle langueur d'esprit; la vi- « gueur fait défaut à mon âme; c'est une impression a peu près « semblable à celle d'un homme, que la faim et la privation au- « raient exténué ». — « Aussi, ajoute le P. Cépari, Berchmans saisissait-il l'occasion des moindres fêtes, qui venaient dans la semaine, pour demander à communier; et lorsqu'une coïncidait avec le dimanche, on l'entendait dire en gémissant : — « Nous « perdons une communion, cette semaine » !
On voit combien Jean Berchmans était loin de partager l'idée
très fausse, et pourtant très répandue, qui fait de la communion une récompense, alors qu'elle est, dans le dessein de Jésus Christ, V aliment nécessaire de la vie et le remède nécessaire de nos maladies spirituelles. Berchmans comptait surtout, avec TÉglise, sur la vertu intrinsèque, sur l'efficacité ex opère operato du Sacrement, et la ferveur de sa piété ne suffisait pas à entretenir sa vie, à soutenir sa défaillance : comment, sans le Sacrement, des âmes moins bien disposées, des âmes malades ne périraient-elles pas?
Aussi, très sagement, une règle des supérieurs de la Compagnie de Jésus leur recommande-t-elle de multiplier les communions, dans la semaine, non pas tant selon la dévotion que selon le besoin de chacun.
Avant Jean Berchmans, Louis de Gonzague avait compris qu'il avait le droit et le devoir de solliciter des communions nombreuses, en dehors des communions de règle, qui ne sont jamais qu'un minimum obligatoire; et ceux-là se trompent bien, qui montrent Louis de Gonzague toujours entre deux communions dominicales, sans communion intermédiaire. Qu'ils lisent la déposition d'un condisciple de Louis de Gonzague, au procès de canonisation de l'angélique jeune homme (1).
(1) « Sacrosanctam Eucharisliam sumebat singulis diebus dominicis etfeslis ab Ecclesia coli prœceptis, multisque aliis non prœceptis , et feriis sextis in inensem martium incidentibus, et quotiescumque ei per superiorem licebat ». (Bolland., 21 juin, page 863).
S. Louis communiait donc :
i° Tous les dimanches; — 20 tous les jours de fête de précepte général; — 3° tous les jours de fête de précepte local; — 40 en d'autres nombreux jours de fêtes; — 5° les vendredis de Carême; — 6° en d'autres jours encore, où il demandait et obtenait permission spéciale de communier.