DÉVOTION DU B. JEAN A LA TRÈS SAINTE VIERGE
Des nombreux témoins appelés, après la mort de Berchmans, à dire ce qu'ils savaient de ses vertus, il ne s'en trouva aucun qui ne parlât avec admiration de son amour pour la très sainte Vierge.
On ferait un livre d'attestations telles que les suivantes :
« J'ai observé, dit le Frère coadjuteur Biaise Pedretti, qu'il assaisonnait quasi toujours ses entretiens de quelque louange de la Madone, ou de quelque acte de dévotion à cette glorieuse Vierge, notre Mère ».
« Quand j'étais triste ou troublé, je tâchais de passer la récréation avec le Frère Jean, et je me retirais tout consolé. Il aimait particulièrement à raconter des traits de la miséricorde de Notre Dame. Un jour, il m'en raconta un où la miséricorde paraissait moins; il s'agissait d'un homme qui, après avoir reçu de grandes grâces, par l'entremise de la Bienheureuse Vierge, avait porté l'ingratitude jusqu'à proférer contre Elle des paroles injurieuses : Dieu le punit. L'histoire achevée, je dis au Frère Jean : « Maintenant, racontez-moi, je vous prie, une histoire de la « douceur et miséricorde de Marie » : et Jean aussitôt répondit : — « Cette histoire, c'est la vôtre, mon Frère : que Notre Dame « vous ait fait recevoir dans la Compagnie, est-ce là, pensez- « vous, une petite miséricorde » ?
Ainsi parle un autre coadjuteur temporel, le Frère Jean Cerruti, — et un troisième, le Frère Hyacinthe Gori : — Jean, ditil, ne se contentait pas d'aimer la Bienheureuse Vierge, il vou-
lait que Ton sût qu'il faisait profession de lui être dévot; aussi parlait-il d'elle souvent, et je me sentais excité à aimer Notre Dame, en voyant l'ardeur de son amour. Cet amour incroyable qui remplissait son cœur, il l'épanchait dans le cœur de tous. C'était l'effet de ses pieux entretiens, mais aussi l'effet de ses actes. J'ai observé, par exemple, qu'il ne prononçait jamais le très saint nom de Marie sans quitter la barrette et faire une inclination de tête, et il demeurait ainsi un moment incliné (i).
Les jeunes scholastiques n'oublient pas davantage ce bel aspect de l'âme et du cœur de Berchmans : — ils disent tous, comme Innocent Massi :
(( Jean avait une extraordinaire dévotion à la Bienheureuse Vierge et parlait d'Elle avec une extraordinaire affection; de sorte que moi-même, en l'entendant, je sentais s'allumer dans mon cœur une grande dévotion à Notre Dame ».
Tels cependant, comme Paul Oliva, Nicolas Ratkai, Pierre Alfaroli, Jérôme Bargagli, etc., expriment leur sentiment, à ce sujet, avec une vivacité plus marquée :
« Je ne saurais dire quelle fut sa dévotion envers la glorieuse Vierge; qu'il le dise lui-même, lui qui parlait de Notre Dame si souvent, et beaucoup plus de l'intime du cœur que de la langue. Il fallait que le feu de son amour trouvât enfin à s'épancher, et c'est pour cela qu'il ne passait pas de récréation sans amener l'entretien sur ce sujet. Quand il ne l'avait pu faire, il disait : — Frères, j'ai perdu ma journée! Je l'ai entendu répéter souvent : — Celui-là ne saurait périr, qui est dévot à la Bienheureuse Vierge : être dévot à Notre Dame, c'est une marque de prédestination ». Ainsi parle Paul Oliva.
« Chacun sait, dit Ratkai, de quel amour il brûlait pour la très sainte Vierge; il ne l'appelait pas autrement que sa mère. Tous les jours, il récitait en son honneur des prières très dévotes, qu'il avait transcrites de plusieurs livres. Pas une fois je ne suis sorti en sa compagnie, qu'il ne m'ait mené visiter une église dédiée à Notre Dame. Là, il priait avec une telle atten-
(i) La remarque est de plusieurs autres. Ainsi, Ignace Tudisio : « Quando parlava délia Màdonna santissima, cavava la berreta, nominando il suo nome, ed inchinando la testa a teneva un pezzo inchinata ».
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tion et une telle ferveur, qu'il ne s'apercevait pas, le plus souvent, que je m'étais levé pour partir; de sorte que je devais l'en avertir en l'appelant par son nom.
N.-D. délia Strada. dans l'église du Gesù.
« Jean parlait de la Bienheureuse Vierge, comme un bon fils parle de sa mère, avec une tendresse extrême-, et bien des fois il m'a exhorté, comme du reste il le faisait avec tous, à l'aimer tendrement moi-même. J'ai souvent observé qu'en lui adressant
BERCHMAN'S.
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des prières, il avait le sourire aux lèvres et le visage rayonnant de joie (i). Il profitait, lui-même me l'apprit, d'une occasion de l'honorer, semblable à celle qu'avait saint Bernardin de Sienne. Il y a au Ritiramento une chapelle de la très sainte Vierge, devant laquelle il ne passait jamais sans entrer pour saluer et prier sa Mère bénie. Une fois seulement, en récréation, déjà entouré par des Frères nombreux, il s'aperçut qu'il avait oublié de saluer Notre Dame dans sa petite chapelle; aussitôt il demanda permission aux Frères d'aller réciter Y Ave Maria ».
« S'il trouvait, dit Jérôme Bargagli, un compagnon qui eût une ardeur semblable à la sienne , il le provoquait à des luttes dignes des fils de Marie : — Voyons, disait-il, qui de nous deux pourra donner de plus nombreux et de plus beaux titres à notre glorieuse Mère. On le voyait, soutenir cette lutte était un vrai bonheur pour lui. Il trouvait de fort belles louanges, et quand l'adversaire, après s'être bien démené, ne savait enfin plus que dire (cela m'est arrivé et je me vis bientôt à sec), Jean poursuivait, et il l'eût pu faire bien plus longtemps que ne le permettaient les limites restreintes de la récréation. Il puisait ces trésors particulièrement dans les livres du P. Canisius et du P. Spinelli (2) ».
Les prêtres enfin n'admirent pas moins que les coadjuteurs et les scholastiques l'amour de Jean pour sa Mère céleste :
« Son incroyable dévotion à la Bienheureuse Vierge, il l'instillait dans le cœur de tous par de très pieux entretiens et exemples (3).
a J'ai souvent dit : Jean est vrai serviteur et fils de Notre Dame : son amour pour elle était une flamme ardente : aussi, quand, aux approches de l'Assomption dernière, je fus averti de sa maladie, quelque légère qu'elle parût, je crus pouvoir dire au Père Van Doorne, aujourd'hui recteur du collège de Gand : — « Il est probable que Jean mourra bientôt; non pas tant de
(1) « Faceva orazione ad Essa quasi ridendo e con volto giovialissimo ».
(2) De Beatisshna Maria Virgine libri V, auctore Petro Canisio S. Jesu. — Le Bienheureux Pierre Canisius mourut en 1597. — Le pieux et savant écrit du P. Pierre-Antoine Spinelli est intitulé : Le trône de Dieu.
(3) « Incredibilem suam erga Beatam Virginem dévotionem piissimis coloquiis et exemplis instillabat omnibus ».
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maladie, mais parce que Dieu voudra appeler et accueillir au Ciel un si fidèle, si pur et si cher enfant de sa très sainte Mère ».
On vient d'entendre le Père Edislas Berça et le Père Diego Sicco. A son tour, le professeur de Jean, Horace Grassi :
a Jean, dit-il, avait une dévotion vraiment signalée à Notre Dame : c'était avec une confiance entière et un amour tout filial qu'il l'appelait sa Mère, et recourait à elle en toute occasion. Je garde précieusement un petit cahier, écrit de sa main, où il a noté ce que dans les livres il avait rencontré de plus beau à la louange de Marie ».
Le Père spirituel, Thomas Massucci :
« Jean fut très dévot à la Bienheureuse Vierge : souvent et avec goût sensible, il parlait d'elle. Il allait, inventant des moyens toujours nouveaux de l'honorer : aussi dans les écrits que nous avons de lui, rien ne revient-il si souvent que ces actes de sa dévotion à Marie » (i).
Enfin, le recteur du collège romain, le P. Cepari, dit plus et mieux que tous les autres.
Il exprime d'abord son admiration, dans les termes qu'employait le P. Bauters pour exprimer la sienne : « Ce qu'on peut dire de mieux, à la louange de son amour pour la Bienheureuse Vierge, c'est qu'il sembla être venu au monde pour propager la gloire de Notre Dame ».
Le P. Cepari poursuit :
« On lit dans ses notes : « La patronne de ma sainteté, de « ma santé, de mes études, c'est vous, Vierge Marie, ma Mère » (2). Il disait : « Si j'aime Marie, je suis assuré de mon « salut, de ma persévérance dans la vie religieuse; j'obtiendrai « de Dieu ce que je voudrai; je serai tout puissant ».
« Rien dans ses écrits ne revient si souvent que la résolu-
(1) « Andava inventando varii modi di onorarla ».
(2) « Patrona sanctitatis, sanitatis et studiorum tu es. mea mater, Virgo Maria ». Sainteté, science et santé, Berchmans désirait, pour lui et ses frères, ces trois biens qu'il
jugeait convenir entièrement aux fils de saint Ignace :
« Cum qniqus agebat familiariter solitusfuit petere tria : primo, ut obtinerent eimagnam sanctitatem, et eam absolute pelèrent; secundo magnam erudilionem ; tertio, vires corporis ; sed hœc, duo sub conditione beneplaciti divini ». — P. Van Doorne.
tion d'aimer et de servir la Bienheureuse Vierge. — Il est bon, disait-il, d'avoir un lieu de refuge toujours sûr dans les périls subits; or, où se cacher avec plus d'assurance que dans les plaies de Jésus, dans les bras maternels, ou sous le manteau royal de la Bienheureuse Vierge? — On lui demandait quelles étaient ses ressources au temps de la désolation; il répondit : — La prière, le travail, la patience, les bras, le sein de la Bienheureuse Vierge : orare, occapare me,patientia, sinus et gremiwn Beatœ Virginis.
Il récitait, chaque jour, le chapelet avec une rare dévotion, tantôt à genoux, tantôt en se promenant, quelquefois debout et immobile, ou assis (i). Son recueillement était alors si profond, qu'il n'apercevait pas ceux même qui le saluaient en passant près de lui (2). J'ai trouvé dans ses cahiers une sorte de traité, en forme d'exercices pieux, sur les douze principales vertus de Notre Dame; il est intitulé : Couronne de dou\e étoiles. Jean écrivit encore de belles considérations sur Y Ave Maria.
a Pour honorer la maternité divine de Notre Dame, il récitait, chaque jour, neuf fois ces paroles, qu'il accompagnait d'une génuflexion : « Bienheureux le sein delà Vierge Marie qui a porté le Fils du Père éternel ». Les jours de fêtes, s'il avait occasion de sortir, il visait sept églises dédiées à Marie. Toutes ses journées étaient semées d'actes de sa dévotion envers elle, et il renouvelait souvent cette résolution : Je veux aimer Marie. — A Frascati, il dirigeait souvent ses compagnons de promenade vers le sanctuaire de Notre-Dame de Grotta Ferrata ».
Il avait un don singulier de Dieu pour parler dignement de tous les privilèges de la Bienheureuse Vierge, mais surtout de sa pureté et de son Immaculée Conception. Ses lumières et ses sentiments, au sujet de ce second mystère, étaient vraiment admirables : « Il avait recueilli, dit Guillaume Van Aelts, beaucoup d'arguments et d'exemples pour établir la vérité du grand privilège de Marie, et je ne le vis jamais disputer avec plus de
(1) — Le Frère Rimbaldesi nous apprend que Jean, plus d'une fois le jour, prenait en main le chapelet : « Dopo pranzo, diceva la corona. La sera, si poneva a recitare la corona 0 pure a dire l'offizio délia Beata Virgine, fino a Cena ».
(2) « Nel recitare le corone, spasseggiando nel salone, era tanto raccolto, che non si accorgeva chi lo salutasse » — P. Camille Gori.