DEVOTION DU B. JEAN A LA TRES SAINTE VIERGE
vivacité que lorsqu'il traitait cette question (1). Je me souviens devoir quelquefois, à dessein, soutenu l'opinion contraire, afin de jouir de son animation, de l'entendre résoudre les difficultés que je lui opposais, et de ces difficultés mêmes chercher à tirer des arguments pour sa thèse.
« Un jour, son ami Nicolas Ratkai lui demandait : — Si vous vivez longtemps, n'écrirez-vous pas quelque livre en l'honneur de Notre Dame, particulièrement sur son Immaculée Conception, à laquelle vous êtes si dévot? Berchmans répondit : — J'ai fait vœu de l'écrire, et j'ai dans l'esprit le plan général de ce travail : j'exposerai d'abord toutes les figures de l'Immaculée Conception; puis viendront les arguments directs, et enfin les autorités et les miracles ».
« La dernière année de sa vie, continue le P. Cépari, il offrit à Notre-Dame, en présence du Très Saint Sacrement, la protestation suivante, qu'il signa de son sang :
« Moi, Jean Berchmans, très indigne fils de la Compagnie « de Jésus, proteste à Vous et à votre Fils (que je crois et con- « fesse ici présent dans le très auguste sacrement de l'Eucharistie) , « que, partout et toujours, à moins qu'une décision de l'Eglise « ne s'y oppose, j'affirmerai et défendrai votre Immaculée Con- « ception.
« En foi de quoi, j'ai signé de mon propre sang, et tracé « ci-dessous le chiffre de la Compagnie de Jésus. — L'an 1621,
« Jean Berchmans ».
IHS (2).
« A peine assis à table, Jean récitait, avant de commencer le repas, un Ave Maria en l'honneur de l'Immaculée Conception.
(1) Aloys Orlandini dit, à ce propos : « Era divoto massime délia Beata Virgine e délia concezione santissima e la mattina délia communione, che leggeva, per un pezzo , libri spirituali, notava luoghi dei Santi Padri, in difesa e Iode délia concezione , e ne aveva notati molti e belli :>.
(2) Cette belle profession de foi se trouva en un cahier de Berchmans. où le saint avait écrit sur le premier feuillet : Ncmo aperiat, nisi superior. On le vénère à Rome.
Quand le Père Thomas Bisdomini apprit à Bellarmin la précieuse découverte, le cardinal s'écria : — « Oh! la belle chose, la belle invention, que ce pieux Flamand ait ainsi affirmé par écrit, en signant de son sang, le privilège de Marie : Notre Dame lui aura inspiré cet acte : c'est comme une réponse à certains docteurs de Flandre, qui sont d'opinion contraire, etc. ».
i98 LE B. BERCHMANS A ROME.
« Je pourrais faire connaître beaucoup d'autres actes de sa piété envers elle- je me contente d'ajouter les suivants :
« Tous les samedis, en l'honneur de Notre Dame, il se privait d'une portion, à table, et faisait au réfectoire une pénitence publique. Quand il désirait obtenir, pour lui ou pour ses Frères, une faveur de Notre Dame, il écrivait sa requête et déposait le billet près d'une statue ou d'une image de la très sainte Vierge. Ces billets étaient ainsi conçus : « Si la Bienheureuse Vierge me « fait obtenir telle grâce, moi, je réciterai en son honneur « trois chapelets, ou bien je m'imposerai telle privation, etc. ».
« Il disait : Les grâces, les faveurs que la Bienheureuse Vierge a accordées à la Compagnie de Jésus sont merveilleuses; pour moi, j'en ai commencé un recueil, et je voudrais qu'il fût à la connaissance de tous mes Frères, afin qu'ils te'moignassent à Marie leur reconnaissance (i).
« Soldat de Notre Dame, il ne s'endormait pas sans avoir le chapelet passé au bras. Dans les derniers temps de sa vie, il le suspendait à son cou : — Pas d'assurance pour moi, disait-il, si je n'ai un vrai et filial amour envers la Bienheureuse Vierge; je veux m'adonner tout entier à son culte. Non, je ne me reposerai point que je n'aie obtenu un amour tendre pour ma très douce Mère Marie : — Numquam quiescam, donec obtineam amorem tenerum erga dulcissimam Matrem Mariam!
(i) L'opuscule de Berchmans sur les bienfaits de Notre-Dame envers la Compagnie de Jésus demeura à l'état de projet et d'ébauche, comme nous l'apprend le Frère Nicolas Grosanchi.