CHAPITRE VIII
Les Frères de Berchmans disaient de lui : « Jean est un miroir de modestie-, si les pages où saint Ignace trace les règles de cette vertu venaient à se perdre, on retrouverait ces règles vivantes dans la personne de Berchmans. » — Ils disaient : « La modestie de Jean est moins humaine qu'angélique*, un ange revêtu d'une chair mortelle ne serait pas plus modeste que Berchmans. » Leur admiration se traduisait d'une manière plus expressive encore : « Plusieurs Frères, raconte Jérôme Longino, dirent, un jour, en récréation : — Rien ne peut donner une idée plus vraie de la modestie de Berchmans que l'image de la Bienheureuse Vierge Marie, notre Mère, qui se trouve dans la chapelle de la Nativité ».
— Un Frère coadjuteur, Jean Marie Valeri, dit peut-être mieux :
« Quand je le considérais au milieu des Frères en récréation, ou le voyais aller par la maison, avec une modestie si grande, j'étais contraint d'ordonner moi-même et mon attitude et mes mouvements, parce qu'il me semblait discerner autour de lui je ne sais quoi de divin (i) ».
Cette modestie surhumaine de Berchmans n'excita pas moins d'admiration chez les gens du dehors : ne sachant pas le nom du jeune religieux, ils l'appelaient le Père modeste, le Père qui est si modeste, le Petit Père très modeste (2).
(1) « ... Perche mi pareva di vederli attorno un no so che de divino ».
(2) Padrino modestissimo.
a La modestie, écrivait Berchmans, est une vertu qui maintient dans la décence et la dignité tous les mouvements de Famé et du corps. Les règles qu'en a tracées le Bienheureux P. Ignace énumèrent les actes de cette vertu. Voici les motifs qui m'excitent à la pratiquer :
« Je veux imiter la modestie, la dignité de la Bienheureuse Vierge. Elle excellait à tel point dans ces vertus, que saint Denis l'Aréopagite a écrit : « Si la foi ne m'en eût dissuadé, j'aurais « cru, en la voyant, que je devais vénérer en Elle une déesse ».
« Saint Ignace a arrosé sept fois de ses larmes les règles qu'il a écrites sur la modestie.
« L'immodeste fait injure à la Passion de Jésus Christ, qui, par les douleurs de ses membres, a dû expier notre immodestie.
« L'immodeste pèse à la Compagnie notre mère, qui nous aime si tendrement; il mêle de l'amertume à sa joie, des taches à sa beauté.
« La présence de Dieu nous saisit de toutes parts; elle doit nous contenir dans la modestie.
« La modestie conquiert, assure à chacun de nos membres une gloire particulière.
« Pour se punir d'avoir sauté trop librement, en jouant avec ses condisciples, dans son adolescence, et de s'être complu dans l'agilité de son corps, saint François Xavier, durant un voyage qu'il faisait cependant à pied, étreignit fortement ses bras avec de petites cordes, qui lui causèrent une vive douleur.
« Sainte Thècle, tandis qu'elle entendait sa sentence de mort, ne voulut pas un instant lever les yeux; sa modestie craignait les regards des assistants ».
Après avoir ajouté quelques autres faits, Berchmans poursuit : « Pourquoi voudrais-tu voir ce qu'il n'est pas permis d'avoir? La garde des yeux, qui déjà est mère de la dévotion, préserve de bien des tentations.
u L'aspect d'une femme, je l'éviterai comme l'aspect du basilic. Garde-toi de faire jamais ce qui te déplaît chez les autres : par exemple, la mollesse et la lenteur dans les mouvements, cela déplaît; parler sans retenue, même de choses spirituelles, cela
déplaît; les contradictions fréquentes, un genre moqueur, cela déplaît; tenir les mains derrière le dos ou dans tes poches, regarder derrière soi librement, mouvoir la tête et sans raison, rire aux éclats, rire immodérément, criera pleine voix, tout cela déplaît ».
Jamais aucun de ces petits désordres ne fut observé dans la conduite de Berchmans (1).
A la maison, comme dans les rues de la ville, le Bienheureux gardait les yeux baissés, au point qu'on l'eût dit aveugle. Plusieurs cherchèrent souvent et longtemps à découvrir, en conversant avec lui, de quelle couleur étaient ses yeux; ils n'y purent parvenir. Après qu'il fut mort, on voulut faire son portrait; et comme on se demandait quelle était la couleur de ses yeux, presque personne ne le sut dire; le plus grand nombre répondaient : « Nous n'avons jamais vu ses yeux (2) ».
Des gens du dehors disaient au P. Bisdomini : « Plus d'une fois nous avons, à dessein, fait grand bruit pour contraindre le saint scholastique à lever les yeux ou à détourner la tête; jamais nous n'avons réussi ».
La vigilance qu'il exerçait continuellement sur ses yeux ne nuisait pas cependant à l'exercice de sa charité. Sans cesser d'être réservé dans ses regards, il remarquait fort bien, au réfectoire, ce qui pouvait manquer aux Frères (3). Il reconnaissait et saluait tout le monde dans les corridors, et accompagnait le salut d'une légère inclination de tête, montrant par là qu'il considérait en chacun la personne de Jésus Christ. « J'admirais, dit
(1) Jean Bencius note un détail déplaisant, que Berchmans n'a pas mentionné : « Jean, dit-il, avait toujours les mains relevées et rapprochées contre la poitrine. Je ne l'ai jamais vu les mains pendantes : manus junctas ante pectus, et numquam pendillas, vidi ». En un autre endroit, Berchmans avait noté, comme bien fait, ce que Bencius lui vit toujours faire : « Manus junctas ante pectus habere et numquam pendillas, placet ».
Innocent Massi dit tout, en quelques mots : « Era, nell' esterno modestissimo, senz'affettazione, o in sedere, o in caminare, o in disputare, etc.; ne mi ricordo de aver veduto neppure una minima scomposizione di qualsivoglia membro ».
(2) « ... Quasi nessuno lo sapeva dire, e la maggior parte diceva non averli mai veduti ». — P. Grassi.
(3) « Mai guardava, dalla tavola, dit Jules Scotti ; solamente voltandosi, una o due volte , per vedere se al compagno vicino mancava qualchecosa »; et, plus expressément encore Jérôme Albergotti: « In tavola e nel servire, quantumque fosse cosi modesto nel guardare, era, con tutto cio, diligentissimo en vedere quello che bisognava ».
23o LE B. BERCHMANS A ROME.
Alexandre Gottifredi, comment il savait concilier les exigences de la modestie avec les exigences de la charité » (i).
La démarche de Berchmans demeurait grave, même quand il était pressé. — A l'époque où il avait soin des lampes, on le voyait, au signal du souper, se retirer avec une promptitude modérée, pour remettre en leur lieu les objets affectés à cet office, et de ce même pas, alerte mais contenu, se rendre au réfectoire où il arrivait ordinairement des premiers (2) .
C'était là, disent les condisciples de Berchmans, le théâtre où sa modestie triomphait. Il ne mangeait, ni avec trop d'empressement, ni avec trop de lenteur : une retenue angélique réglait ses mouvements et son attitude ; il était vraiment beau à voir (3). « Quand je me trouvais assis, à table, vis-à-vis de lui, raconte Valentin Egidio, je ne sais quoi d'angélique répandu sur son visage m'émouvait quelquefois jusqu'à me tirer des larmes. Je ne pouvais me lasser de le regarder, et je disais et redisais en moimême : — O Frère, bienheureux êtes-vous d'être un ange » !
Cette modestie parfaite, Jean l'observait particulièrement, on le comprend, à l'église, et il s'y astreignait en classe et dans les séances publiques même les plus distrayantes.
Antonio Manzoni, sacristain de Saint-André, aimait à raconter le fait suivant : « J'étais, disait-il, près de l'autel de la Résurrection, à l'église de la Maison professe, et là se trouvait en oraison le Frère Jean, de bienheureuse mémoire. A peu de distance, j'aperçus un gentilhomme dont les yeux étaient arrêtés sur le Frère Jean avec une expression d'admiration. Puis, se tournant vers le P. Lomellini, le gentilhomme lui dit, d'une voix pénétrée : — Mon Révérend Père, pourquoi pensez- vous que je demeure ici? — Mais, répondit le Père, probablement pour assister aux vêpres. — J'y suis plutôt, répondit le gentilhomme, pour considérer ce petit saint qui se met là, tous les jours de fête. Croyez-le, mon Père, c'est un saint : non seulement il garde le
(1) « Andando per casa efuori.non l'ho vistoad alzar maigli occhi, se non per salutare; il che molto cortesamente faceva ». — Jules Scotti.
(2) Le Père Corneille de La Pierre peint, en deux mots, la démarche de Berchmans : « Semper... incessu veloci, sed non citato ». Il nous le montre ailleurs résolu, décidé, vif dans toutes ses allures : « ... nec tamen in actione erat lentus ant remissus, sed acer et expeditus ».
(3) « Modum habebat comedendi pulcherrimum. » — Summar.
LA MODESTIE DU B. JEAN. 23i
silence, mais il demeure absolument immobile; ses yeux ne se détournent d'aucun côté, et la musique même ne le distrait pas de son oraison : j'en conclus qu'il est un saint ».
Au rapport du P. Grassi, un prédicateur étranger à la Compagnie voulut savoir le nom « de ce petit ange des Pères Jésuites, qu'il avait remarqué parmi ses auditeurs » : c'était Jean Berchmans.
Paul Oliva admirait cependant plus encore la modestie de Berchmans en classe : « Modeste partout, dit-il, il l'était en classe éminemment; et j'observai, plus d'une fois, car il ne la pouvait pleinement déguiser, la peine que lui causait la vue de ceux dont le maintien avait moins de convenance ».
On représentait une tragédie au collège romain. Les invités occupaient les premiers rangs, et après eux venaient les scholastiques. Parmi les assistants se trouvaient deux gentilshommes étrangers. L'un d'eux s'étant retourné, son regard rencontra Berchmans et fut aussitôt captivé. Après avoir joui longtemps du spectacle de la modestie du jeune religieux, le gentilhomme, s'adressant au P. Octave Falconi : « Mon Père, lui dit-il en désignant Berchmans, celui-là est évidemment un ange ».
Dans les rues, les passants s'arrêtaient pour contempler Berchmans : plusieurs venaient au collège uniquement pour le considérer, quand il se rendait en classe. L'un d'eux, François Sordi, devenu plus tard condisciple de Berchmans, rend ainsi compte de ses impressions : « Avant d'aller aux classes, les philosophes et les théologiens du collège romain s'assemblent et s'arrêtent dans une galerie, près la porte de la maison. C'est là que j'ai vu pour la première fois le Frère Jean Berchmans. Je fus si émerveillé de sa contenance modeste, que dès lors, à l'occasion des visites fréquentes que je faisais au R. P. recteur, j'attendais l'heure du rassemblement des Frères pour avoir le plaisir de considérer celui dont la vue m'avait tant charmé. Vivant dans le monde, je savais à peine alors ce que voulaient dire les mots retenue, modestie; et pourtant, en considérant Berchmans, je me sentais porté à cette vertu et j'en pratiquais, en effet, quelques actes.
Le jour où Berchmans défendit les thèses de philosophie, le
P. Bisdomini entendit un séculier dire à ses compagnons, en apercevant le saint scholastique : « Oh ! c'est notre petit Père très modeste : demeurons ici, et donnons-nous le plaisir de contempler sa modestie pendant deux heures » (1).
Dans ces occasions, en effet, le modeste jeune homme demeurait semblable à lui-même : on ne l'entendait jamais en récréation rire aux éclats, parler haut, contester avec arrogance, contredire obstinément, se fâcher-, et dans les argumentations scholastiques, bien qu'il y mît beaucoup d'ardeur, Jean ne se troublait pas, et son ardeur croissante se traduisait non par des éclats de voix plus retentissants, mais par une accentuation plus ferme (2).
Berchmans avait soin que tous les objets à son usage fussent en ordre et reluisants de propreté : « J'aime, disait-il, l'ordre, la netteté dans les vêtements et dans tout le reste »; aussi, au témoignage de Pierre Alfaroli, Jean ne sortait-il pas de la chambre qu'il n'eût parfaitement disposé son lit, sa table, ses livres, etc. Partout où se trouvait Berchmans régnait bientôt l'ordre qui réglait et son âme et son corps.
Le Frère Rimbaldesi, qui put l'observer de près et souvent, comme le Frère Alfaroli, ajoute un détail notable : « Quelques minutes avant d'aller en classe, dit-il, Jean se peignait avec soin, et puis, dans le corridor, près du seuil de la chambre, il se brossait » (3).
Les scholastiques, en classe, étaient exposés aux regards de nombreux étudiants venus du dehors : Jean voulait que rien, en sa personne, n'offensât ces étrangers ou leur fût occasion de moins estimer la Compagnie, de mal entendre son esprit*, il voulait en un mot accomplir cette prescription de saint Ignace,
(1) u Oh! è il nostro padrino modestissimo : stiamo ad osservare e cavarci la voglia di vedere la sua modestia, per queste due ore ». — Summar.
(2) Jules Scotti dit, à ce propos : « Alcune volte, disputando io seco, mai m'interrompeva il mio argomento, ma mi lasciava sempre finire, e mai l'ho visto andare in collera, ma sempre nella medesima pace... ».
Il faut, ici, rappeler que Berchmans n'était pas lymphatique, mais d'un tempérament ardent : « Con tutto ch'egli fosse di natura spiritosa, pareva nondimeno che non fosse soggetto aile passioni, non avendo io mai vistolo mutatoin faccia; ma sempre con una gioialita moderata, e modestia de un istesso ténor sempre; se non quando si trattava di Dio, che pareva piu allegro ». — Ces paroles sont de Jacques Lampugnani.
(3) « Mezzo quartiavanti, se pettinavaben bene; poi, uscito vel corridore, si scopettava »
huitième des règles de la modestie : « Vestes sint mundœ et cum religiosa decentia compost tœ ».
Le soin de la netteté ne put que favoriser l'ascendant que Jean exerça sur les écoliers du dehors; d'autant plus qu'il eut, par office, à traiter avec des jeunes gens de haute condition. Écoutons le Père Jérôme Savignano : « La classe finie, les écoliers en faisaient, par groupes, la répétition, et chaque groupe avait un préfet, choisi entre les meilleurs de nos scholastiques. Le groupe de Jean était composé de fils des plus nobles familles : or, je le voyais tellement respecté, si parfaitement obéi de ces jeunes hommes, que j'en demeurais dans la stupeur ».
Si Berchmans pratiqua si fidèlement la modestie, c'est qu'il redoutait, plus que tous les maux, la moindre atteinte du vice qui eût blessé sa pureté : « Qui devient impur, disait-il, est pire que tous les démons : je veux donc éternellement détester, exécrer les imperfections les plus légères qui exposeraient ma chasteté, comme, par exemple, le peu de réserve dans les regards ».
Une chasteté vraiment angélique fut, à la fois, et la récompense et le fruit de sa modestie.
a En toute sa vie, dit le P. Gépari, Jean n'éprouva pas une seule tentation contre cette vertu : privilège d'autant plus précieux qu'il est plus rare; car on ne le rencontre pas chez tous ceux qui ont échappé au péché mortel.
« L'horreur que lui inspirait le vice ne saurait s'exprimer. Je lui donnai, un jour, le conseil de lire les Confessions de saint Augustin : Vous y trouverez, lui disais-je, de grandes lumières et des affections ardentes. Jean commença la lecture, mais dès qu'il rencontra le récit que fait saint Augustin des péchés de son enfance, il vint me trouver : — Père, me dit-il, la lecture des Confessions de saint Augustin ne me plaît pas (i). — Je compris, et lui dis de les laisser. Il y a, ce me semble, dans ce fait un grand sujet de confusion pour tant de gens qui, sans appréhension, avec plaisir même, parcourent des pages licencieuses, dont la lecture laisse dans l'imagination, dans la mémoire, dans le cœur de honteuses impressions.
(i) « Pater, lectio Confessionum S. Augustini non sapit milii. »
a Les sens de Berchmans ne furent pas moins privilégiés que son âme : Dieu, en effet, les préserva de toute impression peu chaste : lui-même me le dit, en me rendant compte de sa conscience, à la fin de décembre 1620; il ajouta : — Je m'en confesse redevable à la Bienheureuse Vierge, qui me protège ainsi non seulement durant le jour, mais encore la nuit, surtout depuis que le soir, avant de m'endormir, je récite un Ave Maria en l'honneur de l'Immaculée Conception.
« Le 18 juin de Tannée suivante, qui fut la dernière de sa vie, dans son compte de conscience pour la rénovation des vœux, il me dit que, pendant cette année, la très sainte Vierge lui avait accordé la faveur de ne rien ressentir, ni dans son âme, ni dans son imagination, ni dans ses sens, qui pût le moins du monde troubler sa pureté, et ce qu'il me disait, il me le remit par écrit, en ces termes : — Circa castitatem, nihil sensi, nec unquam melius mihi videor habirisse, bénéficie* Beatissimœ Virginis ».
« La modestie de Jean eut pour récompense plusieurs autres privilèges : le premier fut que la seule vue de son visage inspirait l'amour de la chasteté : il demandait au reste cette grâce à la très sainte Vierge, et récitait pour cela chaque jour, en l'honneur de sa virginité sans tache, une couronne de douze Ave Maria (1).
« Après sa mort, ceux qui l'invoquèrent pour être délivrés du péril de succomber aux tentations contre la chasteté, éprouvèrent merveilleusement l'efficacité de son intervention. Les faits .ont été si nombreux, qu'on ne peut douter que la très sainte
(1) La résolution de Berchmans se trouve ainsi formulée dans un de ses cahiers :
« Beata Virgo impuras aliorum cogitationes suo aspectu pellebat ; pete et tu, ut tua conversatione castitatis amorem ingeneres in aliis ».
On trouve, au procès, des attestations établissant le don que Notre Dame communiqua à son bien-aimé Jean. Voici un extrait de la première :
« Io.., solendo facilmente patire brutte rappresentazioni e soggestioni, in vedendogiovanetti vistosi, incontrandominel collegio romano in un Fratello diquel collegio, che intesi si chiamava Giovanni Berchmans, e, per essere e parermi molto vistoso...,fissandoli lo sguardo, non sentii le solite soggestioni, anzi pensieri casti e puri...; sicche, molto spesso di poi, venevo in collegio per vederlo e gûardarlo, per ottenere tali grazie..., stando a guardarlo, vicino ad un ora e mezza, con le medesime grazie e santi pensieri...; ed intendendo, dopo poco tempo, che era morto, piu volte e per gran tempo in chiesa ed in sagrestia lo guardavo, con grandissimo sentimento e devozione ed amore délia purita; poi, sepellito, andando spesso al suo felice sepolcro, sento li medesimi effetti... ».
Vierge n'ait voulu glorifier par ces prodiges l'angélique pureté de son fils Berchmans ».
Berchmans lui-même affirmait qu'il devait à la modestie son recueillement, son habituelle union à Dieu : « Comment pouvezvous, lui demandait un jeune religieux, garder toujours Dieu présent : quelle est, dites-moi, votre industrie? — C'est, répondit Berchmans, une garde fidèle du cœur*, mais comme elle est impossible si Ton ne refrène la curiosité des yeux, j'ajoute une continuelle mortification des yeux ».
La modestie lui conciliait le respect, la vénération de tous. Après l'avoir aperçu une fois, plusieurs personnes du dehors demandaient qu'on les recommandât à ses prières. On retrouve partout, dans les témoignages de ses Frères, des paroles comme celles-ci : « J'avais honte de moi-même, dès que je l'apercevais. Son seul aspect allumait dans mon cœur le désir de la perfection : j'étais aussitôt contraint de régler mon extérieur ». Des vieillards eux-mêmes, des prêtres attestent l'empire qu'exerçait sur eux la modestie de Berchmans : « Sa présence, dit le P. Bisdomini, rendait comme impossible la moindre imperfection à ceux qui se trouvaient avec lui. J'essayai quelquefois de lutter, à dessein, contre cette impression; par exemple, en parlant à Berchmans de bagatelles indifférentes, je fus toujours contraint de m'arrêter : je ne sais quelle composition céleste de sa personne m'obligeait de changer d'entretien ».
Le vénérable religieux poursuit : « Le P. Diego Sicco, alors reviseur des livres et depuis évêque, disait de Berchmans une chose que je puis affirmer aussi : — On ne pouvait l'aborder sans être contraint de se régler au dehors et d'élever son cœur à Dieu. On éprouvait, en même temps, l'impression de respect qu'eût produite la vue d'un ange, ou la présence d'un tabernacle, résidence actuelle et préférée de Dieu. Enfin, au respect s'ajoutait aussi dans l'âme un vif sentiment de joie surnaturelle, qui dissipait toute tristesse ».
Jean devait à son humeur naturellement gaie, mais plus encore à sa modestie, cette perpétuelle sérénité d'âme, qui
se peignait sur son visage et charmait ceux qui vivaient avec lui. Les maîtres de la vie spirituelle y voient, en effet, le signe infaillible du règne de Dieu dans l'âme, et de la domination de Tâme sur les sens. — Dans une exhortation que le P. Cépari fit aux Frères, il leur énuméra les désastreux effets de la tristesse chez un religieux : Jean, plusieurs fois, en récréation, rappela à ses condisciples les conséquences déplorables d'une impression qu'il détestait : « Au reste, ajoutait-il, je dis ces choses telles que le Révérend Père recteur nous les a apprises; car, par la grâce de Dieu, je n'en ai jamais fait l'expérience : je ne sais ce que c'est qu'être mélancolique » (i).
Berchmans ne connut pas même ces troubles passagers, qui agitent quelquefois la paix des plus saintes âmes. Il disait, un jour, à Jérôme Albergotti : « Je ne me souviens pas d'avoir eu jamais un seul scrupule ». La tristesse ne trouvait qu'un accès dans son cœur : Berchmans était triste, et l'impression de son âme se lisait sur son visage, quand il avait observé, chez un de ses Frères, un défaut difficile à guérir et d'où pouvait naître un scandale. Le P. Grassi dit avoir quelquefois remarqué ces nuages; mais ils étaient rares, et tous les condisciples de Berchmans redisent, de mille manières, ce témoignage de Félix Carminata :
« C'était toujours la même gaieté, à laquelle les conversations pieuses ajoutaient seules une expansion encore plus prononcée, qui provoquait celles des autres. Je ne me souviens pas d'avoir vu sur son visage d'autre impression que celle de la joie : vraiment, il semblait que cette âme bénie fît déjà, dès ce monde, un essai du bonheur auquel Dieu l'avait prédestinée et qu'elle a, aujourd'hui, dans le ciel. Aussi le P. Greco, personnage sûrement recommandable par sa prudence et sa sainteté, quand il avait occasion de parler de Berchmans, ne l'appelait pas autrement que le Bienheureux Jean (2).
(1) — « Io che sono di natura malinconico, domandai a lui si mai sentisse stimolo di malinconia : — mi disse che non sapeva che cosa fosse malinconia, e che, da che era nella compagnia, non si ricordava di averla provata ». — Marcel Spinelli.
(2) Les caractères de la joie, de la gaieté de Berchmans ressortent de dépositions comme la suivante, de Bernardin Vittorio : — « L'ho visto sempre ragionare con tutti, con allegrezza moderata. non burlandosi mai di niente... Xelle sue maggiori allegrezze, non si vedeva con riso immoderato, ma con allegrezza umile, modesta. afrabile, edificativa... »