‹ Vie de St. Jean Berchmans de la Compagnie de JesusChapitre 32 sur 61 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Berchmans désira toujours s'infliger de rudes pénitences corporelles. Il disait : « Les pénitences ne gâtent pas la santé; la joie spirituelle qu'elles procurent compense le mal quelles pourraient faire » ; — mais les supérieurs, qui connaissaient sa complexion délicate, contrariaient sur ce point ses désirs : « Il prenait la discipline trois fois la semaine, quatre fois au plus, le temps d'un De profundis : il porta le cilice, la veille de quelques fêtes principales ; mais il le fit très rarement, parce que, dans l'intérêt de sa santé, on le lui défendit ».

Ce furent là, à peu près, toutes les pénitences corporelles de Jean Berchmans. Il faut, peut-être, ajouter ce que disent les Frères Oliva, Rimbaldesi, Alfaroli, Scotti, et le Père Tesauro : — « Quand j'étais di sopra, je le voyais aller à la chapelle, plus de trois fois la semaine, et ce me semble de deux jours l'un, pour prendre la discipline... Je crois me souvenir qu'il la prenait, tous les jours, pendant le carême... Il la prit quelquefois au réfectoire. Pendant les derniers mois, il prenait, sans y manquer jamais, la discipline trois fois la semaine, tantôt les lundi, mercredi et vendredi; tantôt les mercredi, vendredi et samedi; et cela, l'espace d'un De profundis récité sans hâte ni lenteur [adagio) ». Seul le Frère Rimbaldesi dit que, pendant le carême, Jean prenait la discipline tous les jours.

Il semble donc que Jean, dans le chemin de la pénitence, fut devancé, non seulement par la multitude des Saints, mais par une multitude de religieux vulgaires; et cependant, le P. Grassi,

238 LE B. BERCHMANS A ROiME.

qui le connut bien, n'hésite pas à déclarer que Berchmans fut un grand pénitent :

« Si l'on considère, dit-il, avec quelle attention soutenue il réprima tous les écarts des sens, la diligence et l'ardeur qu'il avait dans toutes ses œuvres, la sainte avarice qui ne lui permettait pas de passer un moment inactif, le zèle de la vie commune, qui l'enchaînait à tous les détails de la règle et de l'usage, on n'aura pas de peine à convenir que toute sa vie fut une sévère pénitence. Pour moi, je n'ai pu lire l'ordre de ses exercices quotidiens, sans demeurer surpris qu'en si peu de temps il pût faire tant de choses ; et cette activité extrême fut, à mon avis, le principe de sa mort. Dieu sans doute avait hâte de mûrir la sainteté de son serviteur, et le divin Esprit allumait au cœur du jeune étudiant cette ardeur dévorante; mais Berchmans prêtait à cette action une généreuse correspondance, et, plus admirable en cela qu'imitable, il a abrégé sa vie par les excès d'une pénitence intérieure, moins facile à soutenir que les austérités corporelles ».

La sollicitude de Berchmans pour l'avancement de son âme était d'ailleurs, pour son corps même, le principe ou l'occasion de mille souffrances. Quelques attestations de Pères et Frères justifieront cette assertion :

« Je sus par lui-même, dit le Père Gori, qu'il éprouvait souvent le mal de tête, et je compris que ces douleurs provenaient de son application trop continue aux études et aux exercices de piété ».

Jacques Lampugnano : — « C'était pitié que de voir, pendant l'hiver, les mains, les oreilles de Jean : lui, cependant, allait, avec son ordinaire gravité et modestie, sans se garer du vent, ni témoigner qu'il eût froid, ni faire quelque mouvement de plus pour se réchauffer ».

D'autres nous diront avec quel courage, plus méritoire peutêtre, Jean, enfant des régions du Nord, bravait à Rome, pour obliger ses Frères, des chaleurs que les Romains eux-mêmes ont peine à tolérer.

Un quatrième aspect de la pénitence de Berchmans nous est révélé par le ministre du Ritiramento :

ESPRIT DE PENITENCE DU B. JEAN. 23g

a Le Père spirituel, dit-il, adressait, trois fois par semaine, une exhortation aux jeunes religieux; c'était le soir avant l'examen. A une pareille heure et dans les demi-ténèbres de la chapelle, la plupart pouvaient à peine réussira chasser le sommeil; mais lui, on le vit toujours éveillé, en l'air comme un aigle, domptant le corps par l'énergie de l'âme (i). Jamais, du reste, il ne céda au sommeil durant le jour*, c'était une de ses résolutions : « Je ne donnerai pas un moment au sommeil pendant le jour ». A Rome, l'usage l'autorisait à prendre le repos de la méridienne; il ne se le permit jamais.

La dernière année, Jean, qui s'affaiblissait, eut ordre de ne se lever qu'après les autres, et il le fit quelque temps; mais, dit le Frère Rimbaldesi, il supplia tellement, que le Père recteur diminua sa peine de moitié.

Berchmans avait horreur de la gourmandise : « Je l'exècre, disait-il, parce qu'elle est ennemie de la chasteté et qu'elle empêche de goûter les délices de l'oraison ». — « Mais, dit le P. Cépari, jeune comme il l'était, et encore à l'âge de la croissance, il éprouvait vivement le besoin d'alimenter ses forces, et prenant l'appétit naturel pour de la gourmandise, il s'en accusait; il multipliait sur ce point ses réflexions, ses examens et aussi ses privations; de sorte qu'insensiblement, il épuisa la vigueur de son tempérament, en retranchant toujours quelque chose de plus à une satisfaction nécessaire, qu'il prenait pour une convoitise désordonnée ».

« J'ai eu beau l'observer très souvent, dit Guillaume Van Aelst, je ne me souviens pas de l'avoir vu, même une seule fois, prendre entière la portion qui lui était servie : il en retranchait toujours une partie, au moins un peu ».

Le Père Camille Gori ajoute : « J'ai observé qu'il buvait très peu de vin, et le peu qu'il prenait, il le trempait largement ».

Aussi le Frère Ballerati, infirmier, nous apprend-il que Jean, les derniers mois de sa vie, était « maigre à faire pitié ». Le généreux enfant s'inquiéta, parce qu'il eût voulu accomplir les desseins apostoliques dont il avait l'âme remplie, et cette anxiété

(i) « La piu parte non potevan tenersi dal sonno... Egli mai si evisto se non vigilante, e sollevato corne aquila. » — Summar.

24o LE B. BERCHMANS A ROME.

fut une épreuve qu'il ne domina pas sans labeur : lui-même se félicitait auprès du Père spirituel Thomas Massucci d'avoir, à ce sujet, reconquis la paix du cœur. Il me disait : « J'ai vaincu et chassé le souci, l'anxiété (c'étaient les expressions de Jean) que me donnait ma santé ». Ainsi parle le P. Massucci.

De plus d'une façon, la douleur atteignit donc Berchmans, et le généreux enfant ne la repoussa point; mais eût-il ignoré ces pénitences, providentielles ou volontaires, trois pénitences plus parfaites et non moins rigoureuses suffiraient à sa gloire : la mortification continuelle, qui maintenait ses sens dans l'ordre d'une modestie angélique, les privations multiples que lui imposait son esprit de pauvreté, et l'assujettissement à la vie commune.

Berchmans n'accorda presque jamais à ses yeux ni à ses oreilles la satisfaction d'une curiosité innocente. Avant même qu'aucune défense eût été publiée à ce sujet, Jean n'allait pas voir défiler les cavalcades, visiter les villas; et lorsque, au temps du carnaval, il lui arriva de rencontrer dans la rue un de ces cortèges curieux qu'on voit à Rome, il ne voulut même pas lever les yeux. Tout le collège était allé voir une belle cavalcade, organisée en l'honneur du Souverain Pontife, et pour n'être point singulier, Jean suivit ses Frères. Au retour, Nicolas Ratkai lui demanda comment il avait trouvé ce spectacle : « Je n'ai absolument rien vu, répondit Berchmans. — Qu'avez-vous donc fait? reprit Nicolas. — J'étais bien caché, dit Berchmans en souriant; j'ai prié tout le temps ».

On ne put le déterminer à assister aux magnifiques cérémonies de Saint-Pierre, lors de l'élection du Pape. Il répondit à ceux qui le sollicitaient d'y aller : « C'est chez moi une résolution inébranlable de m'abstenir de toutes ces satisfactions (i) ». On retrouve, en effet, dans les écrits de Berchmans une résolution conçue en ces termes : « Je ne regarderai jamais de cavalcades; je n'irai pas voir de cérémonies solennelles, si ce n'est, une fois, la procession du Très Saint Sacrement ».

Le cardinal Maurice de Savoie avait dîné au collège romain.

(i) « Omnino constitui a shnilibus qaibusvis abstinere. — Summar ».

Entre autres exercices qui eurent lieu en son honneur, on lui adressa des félicitations en plusieurs langues, et Berchmans fut chargé de complimenter Son Eminence en flamand. La nouveauté et Téclat de la fête captivaient tout le monde; mais, dit un témoin oculaire, François Sordi, Berchmans ne fut pas captivé. Il développa, avec beaucoup d'à-propos, à la louange du jeune cardinal, ces paroles du livre de la Sagesse : In conspectu polentium admirabilis ero, qui faisaient sa propre louange ; mais à peine eut-il récité sa pièce, qu'au lieu de demeurer spectateur de la fête qui retint tous les autres, il alla s'offrir au Père sous-ministre pour laver la vaisselle; « signe évident, ajoute Sordi, que Berchmans était libre de toute curiosité et de toute séduction des choses de ce monde ».

Berchmans conquérait laborieusement, tous les jours, une autre liberté; il voulait se dégager, le plus possible, des liens de la cupidité des biens terrestres par la pratique rigoureuse de la pauvreté.

Ne rien donner à personne, ne rien accepter de personne, ne rien posséder d'inutile, se contenter d'un nécessaire de jour en jour plus strict; user de ce nécessaire sans esprit de propriété : tels sont les actes crucifiants de la pauvreté religieuse. Ils furent, pour Berchmans, les actes d'une pénitence de tous les jours et de toutes les heures.

On eût inutilement cherché dans la chambre du saint religieux un objet qui ne lui fût pas absolument nécessaire : « Ce n'était pas la chambre de Berchmans, dit Paul Oliva, c'était le réduit de la pauvreté : je le sais, car je l'ai vu : une pauvre table, un crucifix mal fait et teint en noir, deux images sans valeur, dont l'une était attachée au lit et l'autre fixée au pupitre; c'était tout le mobilier de Berchmans (1). On lui avait donné,

(1) La gravure placée sur le pupitre de Berchmans représentait saint Jean baptisant Notre Seigneur. Cette image, conservée à Louvain, porte une note ainsi conçue : « Imago hcec scriniolo Joannis erat a/fixa ». L'image de Marie et du divin Enfant, qu'il baisait souvent et fort, jusqu'à dix et douze fois de suite, vers la fin de son oraison, demeurait, pendant le reste du jour et durant la nuit, attachée à la muraille, près de son lit. Après la mort du Bienheureux, sa précieuse image vint aux mains d'un des amis les plus intimes de Berchmans, le frère Jean-Paul Oliva, qui la conserva comme une relique. Ces détails sont fournis par Jules Scotti, compagnon de chambre de Berchmans.

BERCHMANS. — l6

comme aux autres, un carnet et un crayon; il les remit au Père Ministre, en lui disant que ces objets ne lui étaient pas nécessaires, La plupart s'aidaient, dans leurs études, de livres pris, avec permission, à la bibliothèque commune ou remis à chacun par les supérieurs : Berchmans n'aimait pas avoir de tels livres à son usage. Michel Spinelli lui demandant le motif de ce dépouillement extrême, Jean répondit : « Les dictées du professeur me suffisent ».

Ces dictées, il les écrivait avec des plumes déjà usées et sur des débris de papier rejetés par d'autres. Plusieurs des cahiers, dans lesquels il recueillait ses précieuses notes, sont presque sans marges et écrits en fort menus caractères : tels sont, par exemple, les cahiers gardés à Louvain. Ceux que Ton conserve à Rome ont plus de marge, mais les lignes en sont très serrées.

Le soir, Berchmans n'allumait sa lampe que lorsque la nuit l'empêchait de poursuivre son travail : il ['éteignait, le matin, dès que les premières lueurs du jour commençaient à lui suffire (i .

Durant la dernière année de sa vie, il gardait, en récréation, la vieille soutane qu'il mettait pour nettoyer les lampes; d'autres fois, il cachait une soutane assez convenable sous un manteau usé.

La plupart des scolastiques avaient sur leur table un reliquaire : Berchmans n'en voulut jamais : il aima mieux sacrifier la joie de sa dévotion, que la joie de son dénûment : « La pauvreté, dit Nicolas Ratkai, était pour lui l'objet d'un culte. Je ne pus le décider à accepter un chapelet, bien que le sien fût usé et qu'il y manquât des grains; à toutes les instances, il répondit : — Celui que j'ai me suffit; tant qu'il durera, un autre n'est pas nécessaire » .

Quand Berchmans quitta la Flandre, les Pères d'Anvers, les novices de Malines exigèrent qu'il acceptât d'eux, en souvenir, des images; mais à peine entré au collège Romain, il les porta

(i) Frère Scotti : « Essendo, d'inverno, ancorche freddo grande, finita la sua orazione, apriva il fînestrino di legno (les volets intérieurs) e da che poteva appena leggere li suo scritti. smorsava la lucerna ».

toutes chez le P. Ministre, Camille Gori. « C'étaient de belles images, raconte le P. Gori lui-même, et il en avait un grand nombre. Il me les remit fort gaiement, et avec elles un Agnus Dei. Sur quelques-unes se trouvaient écrites des recommandations, des expressions de charité fraternelle : — Je ne sais, mon Père, dit Berchmans, en me les montrant, ce que je dois faire de celles-ci. — Avant de se retirer et sans que je l'en eusse prié,

Le P. Virgile Cépari.

Jean m'offrit une des plus belles images : je l'ai encore; elle est coloriée avec goût et représente Notre-Dame. Au bas, il a luimême écrit ces mots : Pater" Camille, ora pro tuo dilectissimo in Christo filio, Jo anime Berchmans, « Père Camille, priez pour votre très cher fils en Jésus Christ, Jean Berchmans ».

Plusieurs fois, pendant son séjour à Rome, il reçut de ses amis de Flandre des envois de belles images : il s'empressait d'aller chez le Père Recteur pour les lui remettre, et s'il ne le rencon-

trait pas dans sa chambre, il les déposait à la porte : « Quand je voyais là des images, dit le P. Cépari, je savais qui les y avait déposées ».

Berchmans offrait ou remettait des images à ses supérieurs ; il n'en eût pas offert à d'autres : c'eût été blesser la pauvreté. Une fois seulement, il donna une petite image à un Frère, avant d'avoir demandé permission : il avait pensé que le Supérieur approuverait sa conduite, qu'il se proposait d'ailleurs de lui soumettre au plus tôt. Or, cette action lui fut un sujet de regrets, pour tout le reste de sa vie. « Il vint m'en faire l'accusation, raconte le P. Cépari, et pour ne pas perdre le souvenir de sa faute, il écrivit : — Une fois, j'ai donné une image, sans avoir d'abord demandé permission ».

Pierre Alfaroli observa que le Frère Jean n'empruntait presque jamais aux autres leurs petits meubles : « Je pensais, dit-il, que Berchmans agissait ainsi pour n'être pas l'occasion d'un manquement de ses Frères, et pour se garder lui-même exempt de tout reproche, dans l'observation parfaite de la pauvreté religieuse ».

Accepter un don ne lui semblait pas moins contraire aux lois de cette pauvreté. On le mena, un jour, chez le cardinal Bellarmin, qui désirait le connaître. Quand Berchmans fut retourné au collège, un de ses frères lui demanda : « Le cardinal vous a-t-il rien donné? — Non, répondit Berchmans, et si Son Éminence m'eût offert quelque chose, je ne l'aurais pas accepté ». Cette parole fut rapportée au cardinal-, elle lui plut. « Ainsi, dit Bellarmin, eût parlé le bienheureux Louis, qui voulait être pauvre et ne rien posséder ».

Comme Louis, Berchmans ne posséda rien. En plusieurs endroits de ses écrits, on lit : « Je ne tiens à rien, je n'ai rien à quoi je tienne. — Maintenant, disait-il un jour, je ne possède plus rien, pas même une image* et si j'en avais une, à l'instant je la porterais au Supérieur ».

A cette continuelle immolation des instincts, ce semble, les plus légitimes, à ce dépouillement continuel que lui infligeait la pauvreté religieuse, Berchmans joignit une mortification plus

intime. Il s'attacha par-dessus tout à la vie commune, et il jugeait que l'observation exacte des règles et des usages n'était pas une pénitence médiocre : « Ma pénitence, disait-il, c'est surtout la vie commune.

« Je veux, disait-il, suivre en toutes choses la communauté et haïr souverainement les singularités.

« Celui-là, ajoute-t-il, est singulier, qui, sans raison ou sans nécessité, quitte la communauté, s'en éloigne, ne s'unit pas aux exercices communs. Demander ou prendre, sans nécessité, des aliments particuliers; porter des vêtements autres que ceux des Frères; avoir dans sa chambre ou sur soi des objets que n'ont pas les autre!; ne pas se trouver en récréation; s'acquitter des exercices communs à des heures différentes des heures marquées, ce sont là des singularités. Faites avec permission, ces choses ne sont plus répréhensibles, puisque l'obéissance les autorise; mais elles demeurent singulières ». — Berchmans ajoute : « La singularité est ennemie de la charité. La vie commune, outre qu'elle est une voie très sure et qui mène à une haute sainteté, soustrait encore l'âme au péril de la vaine gloire. Il faut savoir se plier au mouvement de ceux avec qui l'on vit ».

Les aliments de la communauté furent toujours les siens. Il ne demandait, il n'acceptait rien de particulier, alors même qu'une répugnance invincible l'empêchait de prendre ce qui était servi, le fromage, par exemple, dont il n'usa jamais : « Notre Seigneur ne permettra pas, disait-il, j'en ai la confiance, que ma santé ait à souffrir de la détermination où je suis de ne jamais rien accepter de particulier, au réfectoire ».

<c Le fromage lui faisait mal, dit Aloys Orlandini : on lui donnait, en place, un peu de passarina; mais, jaloux d'échapper à cette apparence de singularité, il aima mieux se priver de dessert. Du reste, lorsqu'un aliment ne convenait pas à son estomac et qu'il devait le laisser, il n'en demandait jamais d'autres ».

Il voulait, non seulement agir comme ses Frères, mais, le plus possible, se trouver avec eux et près d'eux. Il allait accompagner en ville Jérôme Albergotti : le seuil de la maison était à peine franchi, que Berchmans demanda à son condisciple : « Ren-

trerons-nous à temps pour les litanies? — Nous rentrerons, répondit Jérôme, s'il est nécessaire que vous vous trouviez à la maison, à l'heure des litanies. — Aucune nécessité ne m'y appelle, reprit Berchmans; mais j'ai pris, ce matin, la résolution de m'éloigner le moinspossible des Frères, quand ils sont réunis, et j'espère ne le jamais faire par ma faute : j'ai compris, en effet, qu'en ces occasions Dieu accorde de grandes grâces et pardonne beaucoup de fautes » (i).

« En toutes choses, dit Nicolas Ratkai, Berchmans s'efforçait de suivre les autres et de faire comme eux, et, chaque fois qu'il en avait l'occasion, il me recommandait vivement et tâchait de persuader à tous l'amour de la vie commune ».

Mais à ces actions communes, il donnait une valeur singulière par la pureté de ses intentions, l'ardeur de sa dévotion, l'étendue de ses désirs, le soin qu'il prenait de ne laisser s'y mêler rien d'imparfait : aussi le P. Piccolomini pouvait dire : « Je n'ai rencontré personne qui, dans notre genre de vie ordinaire et commune , fût moins commun et moins ordinaire que Jean Berchmans ».

(i) « Ho fatto proposito di trovarmi, quanto potrù.nella communità e radunanze,senza lassarle mai, quanto sara da mia parte, perche in tali occasioni Iddio ci libéra da nostri mancamenti ». — lenace Tudisio.

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