‹ Vie de St. Jean Berchmans de la Compagnie de JesusChapitre 35 sur 61 · RÉGULARITÉ DU B. JEAN · texte numérisé non relu

RÉGULARITÉ DU B. JEAN

qui ressemblât à la transgression d'une règle. Il ne lui arriva pas de violer, même par inadvertance, la moindre de ces règles. J'ai appris que, mourant, il a dit : « Je ne me souviens pas d'avoir, volontairement, transgressé une seule de nos Règles » ; — mais ce que j'affirme de lui est beaucoup plus que cela ».

« J'ai passé, dit Marcel Spinelli, une année et plus avec le frère Jean, dans la même chambre : je ne me souviens pas de lui avoir vu faire chose qui fût contraire à une règle quelconque, au moindre petit règlement des supérieurs ».

Au commencement de chaque mois, il prenait les Règles pour sujet de sa méditation quotidienne, afin d'en mieux pénétrer le sens,' la pensée, les motifs (1). Sur sa table, le livre des Règles était toujours ouvert, et à côté se trouvait un petit cahier, sur lequel il notait les difficultés que pouvait soulever leur interprétation ou leur pratique, et les lumières qui lui venaient de Dieu, à ce sujet.

Les deux traits suivants donneront une idée de ces préoccupations scrupuleuses de Berchmans, au sujet des Règles :

Il disait, un jour, à un condisciple : « J'ai parcouru les règlements qui concernent la chambre, pour voir si l'obligation de fermer, que nous fait la Règle, s'applique à l'imposte : je n'ai pu rien trouver. Si vous apprenez ou si vous savez ce que l'on doit faire, ayez la charité de me l'apprendre ».

« Un professeur m'ayant pressé de le faire, disait-il encore, j'ai demandé deux fois au Père Ministre la permission de ne pas aller à la leçon d'Ecriture Sainte au Gesù, et je me le reproche. Voici pourtant les raisons qui me déterminèrent : La Règle ne semble pas nous faire une obligation d'y aller ; elle est, en effet, ainsi conçue : « Quand il y aura leçon d'Ecriture Sainte dans notre église... » Or, le Gesù n'est pas l'église du collège, et ce qui peut le démontrer, c'est que lorsqu'on prêche au Gesù, on donne néanmoins le signal de l'examen au collège, malgré la Règle qui porte : « On ne donnera pas le signal de l'examen, quand il y aura sermon dans notre église ».

(1) Le Frère Rimbaldesi, son compagnon de chambre, signale probablement ces méditations mensuelles , quand il dit : « Alcune volte , teneva il libro délie Regole in mano, al tempo di orazione, e dopo d' aver lettoun poco. si fermava, e poi tornava a leggere ».

Voilà ce qui m'a fait céder aux désirs du professeur, et pourtant j'en ai eu du regret, et je veux prendre des informations. Si la Règle s'applique au Gesù, jamais plus je ne demanderai dispense ».

Le Père Corneille de La Pierre raconte : « Envoyé par le supérieur, Jean vint me trouver : il frappa à la porte, et, bien qu'il m'eût entendu répondre : Entrez! il demeura, après avoir ouvert, silencieux et immobile sur le seuil : puis, après un moment, il frappa un deuxième, un troisième coup, jusqu'à ce que, me levant, j'allasse à lui : — il me dit, en s'excusant : a Je n'ai pas, cette fois, demandé permission d'entrer dans « votre chambre ». — C'est à ce point qu'il se montrait observateur zélé des Règles ».

« Les hommes de conscience large, dit à ce propos le P. Cépari, ne verront là que des minuties; mais toute personne expérimentée dans les choses de Dieu reconnaîtra, à ces signes, la délicatesse d'une âme très éclairée, et elle estimera au prix du diamant ce que d'autres seraient peut-être tentés de mépriser ».

Les sollicitudes de Berchmans dans la pratique des Règles ne procédaient pas d'un esprit de crainte, mais d'un esprit d'amour. Cette observation est encore du P. Cépari, et il ajoute : « Je n'en voudrais pas d'autre preuve que ce fait vraiment remarquable : tous les soirs, Berchmans mettait sous son oreiller le livre des Règles, et s'endormait heureux sur son trésor ».

Voir les Règles observées était une des plus douces joies de son âme; il disait : « Je suis bien édifié du zèle que l'on met à pratiquer les Règles, au collège Romain. C'est, chaque jour, pour moi un vrai bonheur, que de voir, à la fin de la récréation, au son d'une petite cloche, tant de Pères et de Frères interrompre aussitôt une conversation intéressante, couper une parole en deux, se taire et se rendre dans leurs chambres, sans qu'on les entende poursuivre l'entretien, ajouter un seul mot, en chemin ».

Les Frères de Berchmans, de leur côté, ne tarissent pas de louanges sur l'extraordinaire fidélité avec laquelle il répondait à tous les appels de la cloche : « Le son de la cloche était pour

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