RÉGULARITÉ DU B. JEAN. 2G
lui la voix de Jésus Christ. Le soir, aux répétitions, dès que la cloche sonnait le souper, Jean se levait aussitôt, et il était comme à la torture si quelqu'un proposait encore une difficulté ou ajoutait un mot à une réponse : on eût pu croire qu'il avait du feu sous son banc, et, plus d'une fois même, Berchmans dit : « On a sonné ». Ainsi parle Paul Oliva (i).
Le témoignage du Frère Coadjuteur Jean-Marie Valerio n'est pas moins instructif : « Que de fois, dit- il, je l'ai vu dévotement agenouillé devant le très saint Sacrement ou devant l'autel du Bienheureux Louis, ou devant celui de Notre-Dame, et tout à coup, la cloche sonnait. Au même instant, le saint Frère se levait et partait. Il lui est même arrivé de partir ainsi, à la hâte, avant d'avoir eu le temps de se mettre à genoux ».
Marc-Antoine de Auria ne connut Berchmans que peu de jours : il venait du noviciat, et Jean l'ayant rencontré, en un corridor, l'avait embrassé comme nouveau venu. Marc-Antoine se souvenait de ce fraternel embrassement; puis, ce qui l'avait frappé davantage, c'était le zèle de Berchmans pour obéir à la cloche : il note, à ce propos, deux détails :
« J'ai observé en lui une exactitude très ponctuelle », on Pavait chargé d'allumer, le soir, les lampes d'en bas : « Je le voyais, dès que le premier signal du souper était donné, aller, avec une modérée prestesse déposer tout l'attirail de son office, afin de se trouver, rendu au réfectoire avec les autres, avant le bénédicité. Que tout temps, du reste, je l'ai vu prompt à partir, au signal des repas, comme à tous les signaux de la Règle : il arrivait, ordinairement, des premiers, au réfectoire ».
Entre les Règles que pratiqua plus fidèlement Berchmans, il faut signaler la Règle qui prescrit le silence hors les temps assignés à la récréation.
« Dès que la cloche sonnait la fin de la récréation, Jean su-
(i) « Si muoveva, si storceva e pareva avesse il fuoco sotto la sedia ; ed, aile volte, anche disse che era sonato ».
Ce que dit, à ce même propos, le Frère Jérôme Bargagli est assez significatif : « Un a volta, avevo proposto un argomento, ed ancora gli facevo un istanza, nell" uscir di scuola, dopo il segno délia fine délie ripetizioni : egli, con un inchino di testa, quasi mostrando di cedere, si parti, senza curarsi di respondere ».
Paul Oliva ajoute un mot notable : « Jean était plutôt gai, que grave; mais il se mettait en un très grand sérieux, dès qu'on parlait d'obéissance ou de Règles ».
bitement se taisait, il saluait, d'une inclination de tête, et partait. En toute autre occasion, du reste, il se montrait ainsi exact et prompt dans son obéissance, sans la moindre affectation ».
Ce témoignage est d'Ignace Tudisio.
« Les autres, dit le Père Gori, se permettent de dire quelques mots concernant leurs études : Je n'ai pas, en temps de silence, vu Jean faire ainsi, même une fois, sans permission du supérieur ».
En classe, il ne disait pas un mot. Si quelqu'un, sans nécessité, lui adressait la parole, le visage de Berchmans prenait une telle expression d'étonnement, que la leçon muette était vite comprise. S'il arrivait qu'un mot de la dictée échappât à son oreille, il n'interrogeait pas le voisin; mais, après la classe ou à la fin de la dictée, il complétait lui-même le texte, sans rien dire à personne.
u II m'emprunta quelquefois mes cahiers , pour en tirer ces compléments désirés; mais, en arrivant auprès de moi, il me disait, pour premières paroles : « J'ai permission du supérieur». Ce témoignage est de Nicolas Ratkai.
Ses compagnons de chambre déclarent ne l'y avoir pas entendu proférer une parole qui ne fût nécessaire : encore les paroles nécessaires passaient-elles, comme dit l'un d'eux, par la lime, avant d'arriver à la langue, surtout aux heures de l'étude.
Les occasions les plus dissipantes ne diminuaient en rien la rigueur de sa fidélité.
Alexandre Gottifredi admirait d'autant plus cette retenue que Jean était naturellement affable, gai, enjoué, badin (i).
A l'époque des examens, quand un Frère sortait de la Chapelle neuve, où l'on était interrogé, les autres se groupaient autour de lui pour le féliciter; mais Jean s'échappait aussitôt avec prestesse, de peur de rompre le silence. En partant, il adressait un sourire à ses Frères. On peut comprendre par là avec quelle religion il gardait le silence à l'église ou à la sacristie.
(i) « Non mi ricordo di aver mai sentito uscire dalla sua bocca parola oziosa, neppure per gioco, ancorche egli fosse affabile e faceto. »