‹ Vie de St. Jean Berchmans de la Compagnie de JesusChapitre 44 sur 61 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

(De juillet au 7 août 162 1.)

« C'était au commencement de juillet 1621, raconte le célèbre annaliste Famiano Strada ; je revenais de Sainte- Marie-Majeure, en compagnie du Frère Jean Berchmans : nous parlions de l'assurance et de la joie que témoignent, d'ordinaire, les Religieux à l'heure de la mort, et je citais en exemple plusieurs Pères, que j'avais vus ainsi mourir au collège Romain, entre autres le P. Denis Silia, mon collègue. J'ajoutai : — Je prie Dieu, Frère Jean, que mon âme meure de la mort de ces justes! — Et lui, se tournant vers moi, me répondit subitement : — Mon Père, il faut d'abord dire : que mon âme vive de la vie des justes, afin d'avoir le droit de dire plus tard : que mon âme meure de la mort des justes (1). — Je le confesse, ces paroles et, plus encore, le ton résolu, l'accent d'autorité qui les accompagna produisirent dans mon âme un effet extraordinaire. Cette manière de s'exprimer sortait des habitudes si respectueuses de Jean envers tous et envers moi : je crus entendre Dieu me reprocher l'inutilité de ma vie et mes prétentions à la récompense des Saints, avant d'avoir partagé leurs travaux » (2).

(1) « Padre mio, bisogna che diciamo : Vivat anima mza vita fustorum, accio possiamo poi dire : Moriatur anima mea morte justorum ».

(2) Le P. Famiano Strada naquit à Rome en 1572. Entré dans la Compagnie à l'âge de 19 ans, il s'y distingua comme orateur, poète et historien. Les seules Annales de Belgique suffiraient à sa gloire d'écrivain. Mais il fut surtout religieux accompli, et vécut toujours de manière à mériter la mort des justes. Jusqu'en ses dernières années,

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« Berchmans ne se jugeait pas digne de la couronne des saints; mais la mort ne lui semblait pas avoir de terreurs. Un mois environ avant sa dernière maladie, Jean me disait : — Si Dieu voulait me retirer de ce monde, je n'aurais aucune peine à partir ». Ce témoignage est du P. Gocchiglia (i).

Peu de jours après, le P. Corneille de la Pierre s'édifiait de la piété et de l'obéissance du saint jeune homme : « J'allais, dit-il, avec Berchmans à Frascati, et je voulus d'abord nvarrêter à Saint-Paul des Trois-Fonts. Il ne me parla, durant tout le trajet, que de l'Institut de la Compagnie, qu'il aimait passionnément. Sorti de Saint-Paul, nous passâmes devant Saint-Sébastien, et je pris les devants, pour l'engager à y entrer avec moi. Jean demeura immobile au seuil de l'église, la tête nue, les yeux baissés. Retourné près de lui : — Pourquoi, lui dis-je, n'êtes- vous pas entré? — Mon Père, me répondit Berchmans, avec grande humilité, si nous ne retournons sur nos pas, nous ne pourrons arriver à l'heure du dîner. — Après le repas, il vint à moi, et pensant que je désirais retourner au collège : — Votre Révérence, me dit-il, pourra prendre un autre compagnon, car je n'ai pas la permission de revenir avec elle à la maison. — Pour ne pas perdre l'occasion de jouir de son entretien, je demeurai à la campagne jusqu'au soir ».

Aux approches de la fête de saint Ignace, Berchmans ressentit plus vivement le dégoût invincible de la terre et le désir du ciel, que, depuis quelque temps, Dieu excitait dans son âme. Le P. Jérôme Savignano, professeur au collège Romain, l'apprit

bien que torturé par une maladie cruelle, il ne passait pas un jour sans se flageller. On a dit de lui qu'il ne lui échappa jamais une parole qui pût le glorifier lui-même ou blesser le prochain. Le P. Strada mourut au collège Romain le 6 septembre 1694. (Sotwel).

(i) « Se il Signore Dio vorrebbe levarmi da questa vita, non mi recarebbe fastidio alcuno. »

(2) Le P. Corneille de La Pierre (Corneille van den Steen), si connu sous le nom de Cornélius a Lapide, naquit à Bokholt, village du Limbourg belge, en i566. Entré dans la Compagnie à l'âge de vingt-cinq ans, il enseigna d'abord, pendant vingt ans, l'hébreu et l'Ecriture- Sainte à Louvain. Appelé ensuite à Rome, il continua d'expliquer les Livres saints jusqu'à sa mort, qui arriva le 12 mars 1637. La science prodigieuse du P. Cornélius a Lapide lui a donné un des premiers rangs parmi les interprètes des Saintes-Ecritures, et ses vertus religieuses l'ont égalé aux Pères, dont les noms sont le plus vénérés dans la Compagnie de Jésus.

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de la bouche même de Jean : « J'éprouve, lui dit-il, un brûlant désir de mourir, afin de m'unir parfaitement à Dieu. — Je lui dis alors, ajoute le P. Savignano (car notre intimité me permettait d'agir ainsi librement), je lui dis : — Vous trouvez-vous donc si bien disposé, que vous ne redoutiez nullement ce passage de la mort ? Jean me répondit : — S'il m'était permis

Portrait du P. Famiano Strada.

de tout régler à mon gré, volontiers je vaquerais d'abord pendant quelques jours aux exercices spirituels; mais quand même je ne pourrais le faire, je mourrais en tout cas volontiers » (i).

« Dès lors, on remarqua, dit le P. Cépari, que Berchmans ne semblait déjà plus être de ce monde : son corps marchait

(!) « Se mi fosse concesso il farmi le condizioni da me stesso, io volentieri eleggerei di far prima, per alcuni giorni. li Exercizi spirituali; ma quando bene non li potessi fare. per ogni modo morirei volentieri ».

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sur la terre; son âme vivait dans le ciel. Dieu qui voulait, en effet, l'y appeler bientôt, le préparait suavement, en allumant dans son cœur les flammes des affections et des désirs célestes : il eut souvent alors à la bouche et au cœur ces paroles de l'Apôtre : « Il me tarde d'être dégagé des liens du corps : cupio dissolvi » ; et aussi ces paroles de l'Épouse des Cantiques : « Je languis d'amour; amore langueo ». Mais, ignorant quelle était la volonté absolue de Dieu, il subordonnait ces désirs au bon plaisir de sa divine Majesté et, en attendant ses ordres à venir, il continuait d'observer fidèlement les moindres Règles, qui pour lui furent toujours la volonté de Dieu nettement formulée ».

« Le 3o juillet, veille de Notre Bienheureux P. Ignace, raconte le Frère Goadjuteur Hyacinthe Gori, j'allai avant midi, en la compagnie du Frère Jean, à la Maison professe, pour y entendre l'exhortation du très Révérend Père Général. Nous arrivions devant la porte de l'église, et il nous était plus facile d'entrer par là; mais il se détourna et s'achemina vers la porte de la Maison, en me disant : — On a donné l'avis, au réfectoire, d'entrer à la Maison professe, par la porte ordinaire, à moins qu'on n'aille entendre la leçon d'Ecriture sainte ou remplir un office à l'église. — Après l'exhortation, en retournant au collège, dès qu'il jugea que l'heure de l'examen était venue, il m'invita à le faire : certes, il n'avait pas de respect humain, et il voulait voir accomplir tout ce que prescrivait la Règle ».

Le lendemain, samedi, 3 1 juillet, Berchmans se rendait, vers neuf heures du matin, à l'église de la Maison professe, pour y assister à la messe solennelle : « J'y allais avec lui, raconte le P. Bruni, et en chemin : — Quelle grâce, lui disje, avez-vous demandée au Bienheureux Père? — J'ai demandé, me répondit-il, la grâce de mourir dans la Compagnie sans avoir jamais rien fait contre ses Règles (i) ».

Le soir de ce même jour, il plut à la divine Bonté, comme

(i) « Grazia di morire nella Compagnia, senza far mai cosa contro le Regole délia Compagnia »

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l'observe le P. Cépari, de donner à Berchmans un signe de son départ prochain pour le ciel. On distribuait, selon l'usage, les Saints du mois d'août. Or, sur la feuille qui échut à Berchmans était écrite cette sentence de Jésus-Christ, rapportée par saint Marc : « Voyez, veillez et priez; vous ne savez pas, en effet, quand viendra votre heure : videte, vigilate et or a te; nescitis enim qaando tempus sit ».

L'heureux enfant comprit aussitôt le sens de cet avis de Dieu : il ne douta plus qu'il ne dût prochainement mourir, et il se hâta d'aller communiquer au P. Piccolomini et son pressentiment et la joie qu'il en éprouvait.

Le lendemain, dimanche, icr août, d'autres encore apprirent de iui l'espérance qu'il avait de mourir bientôt. Mais, jusqu'à la mort, Berchmans voulait s'exercer dans la pratique des vraies et solides vertus : Le Frère Hyacinthe Gori avait été, le 3o juillet, témoin de sa fidélité constante à l'obéissance : un autre Frère coadjuteur, Jean Cerruti, atteste que le Bienheureux ne demeurait pas moins fidèle à l'exercice de la charité fraternelle : « Le 2 août, dit-il, jour de la solennelle indulgence de Sainte-Marie des Anges, j'obtins la permission de sortir avec le Frère Jean. Il était chez son professeur; mais dès qu'il eut entendu la volonté du Supérieur, il laissa le Maître et, bien que fatigué, il vint avec moi. En chemin, il ne parla que de sujets édifiants et le fit avec son allégresse ordinaire. Je lui disais : — Frère Jean, quelle grâce avez-vous demandée, ces jours passés, au Bienheureux P. Ignace? — Ditesmoi d'abord, me répondit Berchmans, quelle grâce vous avez demandée vous-même? Si vous ne me dites votre secret, je ne vous dirai pas le mien. — Oh! répondis-je, j'en ai demandé plusieurs; mais, entre autres, la délicatesse de conscience. — Berchmans reprit : — Celle-là suffit bien; et il ajouta : Pour moi, j'ai prié le Bienheureux Père de m'obtenir une seule grâce, celle de ne transgresser jamais volontairement aucune règle, ni aucune prescription des Supérieurs (i).

(0 « Ho solamente demandato che m'impetrasse grazia di non trasgredirealcuna Regola alcuno ordine de' superiori, volontariamente ».

Entre autres belles choses qu'il me dit encore, j'ai retenu les deux suivantes : — En toutes nos prières, nous devons conformer notre intention à l'intention de Dieu, et protester que nous ne voulons pas autre chose que ce que veut Dieu lui-même (i). Cette leçon m'a beaucoup servi depuis, dans l'oraison. — Il me dit encore : — Rien n'obtient le pardon des péchés comme un acte de vraie contrition, une douleur sincère d'avoir offensé un Dieu si bon, un Dieu si juste (2). »

Le jeudi, 5 août, jour consacré à rappeler la fondation miraculeuse de la basilique Libérienne, était jour de congé pour les élèves et les religieux du collège Romain. Dans la matinée, Berchmans éprouva quelque souffrance; mais il en fit peu de cas et partit avec les autres pour se rendre à la villa. Son compagnon L'invita à passer par Sainte-Marie-Majeure : Berchmans s'y refusa : « Il convient mieux à des religieux, disait-il, de se tenir hors d'un tel concours d'hommes et surtout de femmes ».

En arrivant à la campagne, Jean se rendit à la dépense, pour déjeuner, selon l'usage : le .Frère dépensier n'eut rien à donner. Jean se retira paisible, et sans dire un mot.

Durant cette matinée, peut-être, le zèle admirable de Berchmans lui dicta d'instructives paroles, que le Père Bisdomini rapporte ainsi :

« A la dernière récréation que j'aie passée avec lui, Jean me dit : « Il est nécessaire que les jeunes gens se gardent « entre eux de toute familiarité : le respect se perd, on viole les « règles, on se permet bien des imperfections. Aussi voudrais- « je qu'il y eût toujours avec nous quelque Père, dont l'auto - « rite servît à maintenir la récréation spirituelle, et, en même « temps, gaie; jamais à la rendre fatigante, ennuyeuse ».

« Telles furent les paroles expresses de Jean, et il visait principalement les récréations de vacances à Frascati » (3).

(1) a In tutte le nostre orazioni dobbiamo conformare la nostra intenzione ail' intenzione di Dio, prostestandosi di non voler altro di quello che voglia Iddio ».

(2) « Non e cosa che più ci meriti il perdono de'peccati, quanto un vero atto di contrizione, dolendoci di avère offeso Iddio, perche è tanto buono, tanto giusto ».

(3) «... che sempre vi fosse, nella recreazione, qualche Padre, che con la [sua autorita mantenesse la ricreazione spirituale si, ma anche allegra, e non grave e tediosa ».

Le P. Octave Lorenzini, de la Maison professe, avait été invité à dîner à la campagne : « Nous avions à peine quitté le réfectoire, dit-il, que Berchmans vint à moi, probablement parce que j'étais étranger, et me pria, avec grandes démonstrations de charité, de passer avec lui la récréation. Nous nous assîmes donc au lieu même où se récréaient les autres : aucun d'eux pourtant ne se réunit à nous, et Berchmans en était content, je pense, parce qu'il pouvait plus librement m'interroger sur nos premiers Pères et sur les Bienheureux de la Compagnie. Notre entretien sur ce saint objet dura bien deux heures. Pendant tout ce temps, le bon Frère fit paraître son amour cordial pour la Compagnie, son zèle pour l'imitation de nos Saints : il ne pouvait se rassasier du plaisir d'en parler, et il multipliait ses questions sur les vertus de nos Pères. Il m'exposa ensuite quelle méthode il suivait pour arriver à imiter leurs grands exemples. Il me dit, entre autres choses : — La lecture de leurs Vies, imprimées ou manuscrites, m'est d'un grand secours : ce sont mes livres de prédilection, et je voudrais bien que tous, dans la Compagnie, préférassent ces livres spirituels à tous les autres; car enfin, comme nos pères ont marché, ainsi nous devons marcher nous-mêmes » (i).

« Quelques moments plus tard, Berchmans me dit : — J'ai un petit cahier, dans lequel je note divers actes de vertu, des leçons spirituelles recueillies dans les exhortations des supérieurs, et plus spécialement du très Révérend Père Général, les réponses que le R. P. Provincial et le R. P. Recteur ont faites à mes difficultés sur les Règles. Je veux, ajouta-t-il, que vous voyiez ce petit cahier : je le fais pour ma consolation spirituelle*, mais avec le temps il servira à quelque chose (2).

« Je demandai ensuite à Berchmans : — Parlez-vous souvent à votre compatriote Guillaume Van Aelst; allez-vous souvent en promenade avec lui? — Son visage prit une expression très aimable, et il répondit : — Père, voilà maintenant un an et tant

(1) « Corne han caminato quelli, cosi dabbiamo far noi ».

12) « Padre.io questo librettolo fo per consolazione mia spirituale ; ma, col tempo, servira a qualche cosa ». — Cette parole prophétique eut son accomplissement, lorsque le P. Ce'pari publia les écrits du Vénérable serviteur de Dieu Jean Berchmans. Le P. Vanderspeeten en a donné une édition très complète.

de jours (il m'en donna le nombre précis), que nous n'avons pas dit une parole ensemble. — Je demeurai fort édifié de son respect pour la Règle, et fort surpris de la fidélité de sa mémoire; car, en un instant, il eut compté les jours écoulés depuis qu'il avait quitté le Ritiramento. Je lui dis alors, en riant : — C'est que vous avez peut-être quelque mauvaise rancune contre le Frère Guillaume? — Non, Père, me répondit Berchmans*, mais lui est en haut, et comme je suis en bas, nous n'avons pas de rapports, selon les Règlements du collège (i).

« Jean me dit bien d'autres belles choses; mais je les ai oubliées : ce qui me resta longtemps, c'est l'édification et la joie sensible que je retirai de mon entretien avec lui ».

Le P. Philippe Alegambe eut, lui aussi, un entretien avec Berchmans : « Jean, dit-il, désirait beaucoup apprendre les langues, afin de venir en aide à tous, et spécialement aux soldats de diverses nations, qui composaient les garnisons flamandes dont nos Pères s'occupaient. Il avait donc le dessein d'employer les dernières vacances à se mieux exercer au grec et au français. Il me parla de ce projet, le jeudi, 5 du mois d'août, qui fut son dernier jour de campagne, et il ajouta : « Si les supérieurs n'en « disposent pas autrement, j'ai le désir de passer une année au « collège des Anglais et une autre au collège germanique, pour « apprendre les deux langues » (2).

Du P. Frédéric Weclamen, on apprend comment Berchmans employa le reste de l'après-midi, à Frascati : « La dernière fois qu'il vint à la campagne, dit-il, je le vis entre deux Frères coadjuteurs, et il causait avec eux très gaiement ».

Le préfet des études du collège Romain, Etienne de Bufalo, avait dit à Berchmans, peu de jours auparavant : « Vous irez, le 6 du mois d'août, vendredi, argumenter à la dispute philosophique du collège des Grecs. Jean ne crut pas qu'une légère in-

(1) « Non, Padre : lui sta di sopra. nel Ritiramento, ed io stando da basso,non trattiamo insieme, secondo gli ordini del Collegio ».

(2) Tandis que Jean formait ces généreux projets, les supérieurs se disputaient déjà le saint étudiant : « En ce temps, dit le P. Grassi, les Recteurs des collèges de toute la Province romaine faisaient, à l'envi, des démarches pour l'avoir, et le provincial de Flandre le réclamait comme son bien ».

disposition le dispensât d'obéir. Il alla donc au lieu de la réunion. Ce n'était point à lui, mais à un Docteur, qu'était réservé l'honneur d'argumenter le premier : le Docteur fit défaut, et l'humble Berchmans dut occuper la première place. On fut tellement ravi de l'entendre disputer avec son intelligence, sa vivacité, sa grâce , sa modestie ordinaires, qu'on le laissa parler durant une heure entière. Le mal qui s'était déclaré la veille s'envenima, et l'ardeur de la dispute, jointe à la chaleur du jour et à la fatigue de l'aller et du retour, excitèrent une fièvre qui ne permit pas le sommeil à Berchmans.

« Le samedi, 7 août, vers trois heures de l'après-midi, Berchmans crut le moment venu d'avertir le Supérieur de son indisposition. Comme il arrivait à la porte du Recteur, celui-ci sortait :

— La pâleur de son visage m'inquiéta, raconte le P. Cépari, et comme je l'interrogeai, il me fit connaître avec sincérité ce qu'il souffrait. Je lui dis d'aller à l'infirmerie. Jean s'inclina profondément, et sans retourner à sa chambre, il se rendit à l'infirmerie. Le Frère infirmier, Jean-Baptiste Ballerati, constata la présence de la fièvre, et selon son conseil, Berchmans s'étendit tout habillé sur un lit (1).

Vers les six heures, le Recteur vint le voir et il constata que la fièvre était plus forte : « Allons, Jean, dit-il au malade; il faut se mettre au lit. — Bien, Père, » dit Berchmans, avec son sourire accoutumé, et, le Recteur sorti, il se coucha. En lui aidant, l'infirmier disait : Eh bien, Frère Jean, qu'allons-nous devenir?

— Ce qu'il plaira à Dieu, répondit allègrement Berchmans; nous sommes en ses mains » (2).

« Informé de cette indisposition, le P. Piccolomini vint, à l'entrée de la nuit, voir son cher disciple. Dès que Berchmans l'aperçut : — Mon Père, lui dit-il avec un visage riant, m'étais-

(1) La maladie de Berchmans fut, au dire des médecins, un catarrhe intestinal aigu adynamique. Ce qu'il y a de certain, c'est que, dès longtemps, Jean souffrait d'inflammations diverses de l'appareil gastro-intestinal, et que, selon les lois de la sagesse naturelle et les prescriptions de la Règle, il opposait au mal des précautions et des soins « modérés ». Le Père Thesauro, ministre du Ritiramento, mentionne une de ces précautions quotidiennes de Berchmans : « Soleva, una cert'ora del giorno, caminare, per un pezzo, nel salone del Ritiramento, nella parte piu ritirata ed oscura, o dicendo corone, o rividendo le lezioni, intanto facendo quell' esercizio ; avendone egli bisogno, per patire del beneficio del corpo ».

(2) « Rispose allegramente : — Quello che piace a Dio , siamo nelle sue mani <>.

je trompé? Voyez, veillez et priez; vous ne savez pas, en effet, quand viendra votre heure. Je crois que la voici venue ».

Le P. Gépari observe que Berchmans s'alita un samedi : c'était en ce même jour, que lui était venu l'avertissement céleste qu'il rappelait à son professeur : « Dès que j'appris que le Frère Jean était malade, écrivait le P. Diego Sicco, bien que Ton dît que son mal était léger, je ne pus m'empêcher de faire connaître au P. Vandoorne, de qui je l'apprenais, le sentiment qui saisit mon âme : — La fête de l'Assomption approche, lui dis-je, Berchmans mourra. Sa maladie peut n'être pas violente; mais Dieu voudra appeler au ciel, pour la belle fête prochaine, un si fidèle, si pur et si cher serviteur de sa Mère ».

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