CHAPITRE XIX
Dans la Bulle même de canonisation, S. S. le Pape Léon XIII expose la série des faits qui amenèrent cet heureux éve'nement.
Peu après la solennité de la béatification, on parla de nouveaux miracles dus à l'intercession du Bienheureux Jean : des suppliques furent donc adressées au Saint-Siège, pour obtenir reprise de la cause, en vue de la canonisation : la reprise fut autorisée par le souverain Pontife Pie IX, le 8 mars 1866, et, peu après, l'archevêque de Malines et Pévêque de Gand purent dresser les procès, apostoliques, au sujet de deux miracles attribués au Bienheureux. Un des deux faits merveilleux fut écarté, et, à la place, on introduisit celui qui s'était produit, en Amérique, non loin de la Nouvelle-Orléans. Les procès apostoliques en établirent la valeur, et il y eut, dès lors, deux faits jugés dignes de l'examen des juges romains, dans cette cause, savoir : la guérison de Marie Wilson, religieuse du Sacré-Cœur, au Grand-Coteau (Louisiane), et la guérison de Marie Denise Lyon, religieuse Clarisse.
Voici le récit authentique du premier miracle.
Marie Wilson était fille de parents irlandais presbytériens, qui s'étaient établis au Canada. Elle comptait dans sa famille onze frères ou sœurs, et par rang de naissance elle était la neuvième. Sa jeunesse se passa dans une grande innocence. En 1 863, à Page de seize ans, elle quitta pour la première fois le foyer paternel. A cette époque, une cousine, que Mme Wilson avait élevée comme sa fille, vint à se marier. Elle demanda la faveur d'em-
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mener Marie dans sa nouvelle résidence de Saint-Louis, et de la garder en sa compagnie durant quelques semaines. Le consentement fut donné sans peine, et même Ton accorda un prolongement de séjour.
Mlle Wilson, à la maison de sa cousine, fit connaissance avec une pieuse dame catholique, et, comme toutes deux aimaient à s'entretenir de sujets religieux, elles se lièrent d'amitié. Un jour, Mme N... invita son amie protestante à raccompagner pour entendre la messe dans l'église des Pères Jésuites. La communauté s'y trouvait réunie, pour l'office de la sépulture d'un Frère coadjuteur. Le corps du pieux défunt reposait sur un catafalque devant le sanctuaire. La messe terminée, Mile Wilson et son amie allèrent, après d'autres, toucher respectueusement la dépouille mortelle du Religieux : en ce moment, Mlle Wilson sentit qu'il s'opérait en son âme une merveilleuse transformation. Jusque-là, elle avait partagé les préjugés des protestants contre le catholicisme, et c'était par pure condescendance qu'elle avait consenti à venir au saint Sacrifice : or voici que tout, dans l'Eglise romaine, lui apparaît vénérable et attachant : elle est surtout charmée par le culte qu'on y rend à la Mère de Dieu.
Mlle Wilson ne tarda pas à confier ces dispositions nouvelles à son amie, et, quinze jours après, elle faisait sa première communion. Informée de son retour à la foi des aïeux, les parents de Marie lui déclarèrent qu'ils ne la tenaient plus pour leur fille. Mais un grand encouragement lui vint du Ciel, à l'heure de cette cruelle épreuve. Notre-Dame lui apparut et lui dit : « Marie, ne vous attristez pas : je suis maintenant votre mère ». — En un autre moment de désolation, la Bienheureuse Vierge lui redit : « Ma fille, ne pleurez pas : ne suis-je pas votre mère? ».
Marie Wilson résolut alors de tout quitter pour suivre Notre Seigneur et sa divine Mère. Dieu lui avait inspiré le désir d'embrasser l'état religieux, et désormais toutes ses pensées se concentrèrent sur ce point. Comme sa santé avait souffert de rudes secousses, on crut opportun de l'envoyer dans la Louisiane pour y jouir d'une température plus bénigne. Là, elle passa trois mois dans le couvent du Sacré-Cœur, à Saint-Michel (Nouvelle-Orléans). La jeune postulante y donna des preuves d'une piété so-
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lide et de toutes les qualités requises pour la vie religieuse. Sa débile santé seule faisait obstacle. Alors, il fut décidé qu'elle irait à Grand-Coteau, où se trouve un noviciat de l'Institut : on espérait qu'un changement de climat serait favorable au rétablissement de la malade.
Ici encore, la jeune postulante donna tous les signes d'une vraie vocation. Mais chaque fois qu'on se proposait de lui donner le saint habit, les symptômes de son mal se manifestaient, et on devait ajourner la cérémonie. Enfin, à la suite d'une violente hémorragie, la jeune novice fut obligée de se retirer à l'infirmerie. Après six jours de traitement, le docteur déclara que le mal était sans remède. Tout en prodiguant leurs soins à l'intéressante malade, la Mère Supérieure et toute sa communauté eurent recours à la prière. Plusieurs neuvaines furent faites au sacré Cœur de Jésus, au B. Jean Berchmans et autres intercesseurs du ciel.
Sur ces entrefaites, la Supérieure eut occasion de lire une nouvelle vie du saint jeune Jésuite, et elle remarqua de nombreux miracles opérés en faveur des communautés religieuses. Sur-le-champ, elle se sentit inspirée de faire une neuvaine solennelle au B. Berchmans, avec l'intention expresse que la guérison miraculeuse de Marie Wilson servît à la cause de sa canonisation. La Supérieure associa à cette neuvaine les membres de la communauté, les novices et la malade elle-même. Elle promit, en outre, quatre messes d'actions de grâces si la faveur était obtenue : trois en l'honneur de la sainte Trinité, et une en l'honneur de l'Immaculée-Conception.
La neuvaine commença le 6 décembre 1866. Une image du B. Berchmans, entourée de cierges et de fleurs, était exposée sur l'autel de la chapelle du Noviciat, et, chaque jour, la communauté se réunissait pour réciter les prières prescrites, suivies de cette invocation : — « O Dieu, glorifiez votre serviteur Jean Berchmans, en guérissant notre sœur, et, si c'est la gloire du sacré Cœur de Jésus qu'elle se rétablisse, que ce soit par son intercession, afin que par cette faveur sa canonisation soit avancée ».
Cependant la maladie empirait; déjà même l'état de la novice
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était désespéré, et la mort paraissait imminente. Le mercredi 1 2 décembre, le docteur déclara qu'il était presque inhumain d'administrer une médecine ou une tisane, tant la gorge et la langue étaient enflées, et tant étaient vives les répugnances de la mourante. Il prescrivit donc de ne lui rien donner, à moins qu'elle ne manifestât un désir contraire : — « Je suis absolument impuissant à la guérir, disait-il; mes visites n'ont qu'un but : consoler un peu la pauvre patiente ».
Le sacrement de l'Extrême-Onction avait déjà été administré et les prières des agonissants plusieurs fois récitées. Le i3 décembre, les extrémités de la malade étaient froides, les ongles des doigts bleus, la langue épaisse et ulcérée, les lèvres décolorées, les yeux fermés, la bouche inondée de sang noir.
Le 14 décembre, dernier jour de la neuvaine, le prêtre eut la pensée de communier la malade une fois de plus. Il ne lui donna qu'une très petite parcelle et voulut qu'on lui fît, après, avaler quelques gouttes d'eau. Les souffrances de la malade furent alors extrêmes, et les assistants se retirèrent consternés. C'était le dernier jour de la neuvaine, 14 décembre, à six heures et demie du matin. Une heure après, la Supérieure retourna à l'infirmerie, et voici ce qu'elle a attesté sous la foi du serment :
« A sept heures quarante-cinq du matin environ, j'entrai dans l'infirmerie et, à ma grande surprise, cette chère enfant, que j'avais laissée tout à l'heure mourante, tendait ses bras vers moi, disant .
« Mère, je suis bien, je puis me lever ».
« S'apercevant de mon extrême étonnement, elle me dit de nouveau :
« Je suis guérie et je puis me lever immédiatement ».
« Les autres personnes de la communauté accourent, et avec elles six novices qui avaient demandé permission, le jour précédent, de dire un dernier adieu à leur sœur mourante. Toutes remarquèrent l'éclat de son regard, l'allégresse de son visage et la parfaite aisance de tous ses gestes. Il ne restait aucune trace de maladie. Nous voulions douter, malgré l'évidence; mais la jeune novice insista, disant : — « Je suis guérie : donnez-moi un verre d'eau »; et elle le but sans la moindre difficulté.
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« A huit heures et demie, le docteur fit sa visite accoutumée à l'infirmerie, et il fut étrangement surpris. Il examina la langue et trouva qu'elle était parfaitement saine, sans inflammation, sans enflure; nul signe de maladie. Il dit alors à la patiente : — « J'at- « teste que si vous êtes bien, ni moi ni mes prescriptions ne vous « ont guérie ».
« Trente-six membres de la communauté voient Marie Wilson, pendant ce jour, partageant et sa joie et sa reconnaissance. On fit le lit de la malade : personne, depuis huit jours, n'avait osé y toucher. La jeune miraculée s'était habillée sans peine ; elle avait traversé la chambre prestement et puis, assise près du feu, elle conversait gaiement avec les infirmières. Le matin suivant, elle déjeuna comme si elle n'avait jamais été malade. Aussitôt qu'elle en eut la permission, elle se rendit à la chapelle pour y rendre grâces de sa guérison : elle était en parfaite santé. Lorsque le médecin arriva pour sa visite ordinaire, Marie alla à sa rencontre et, l'invitant à s'asseoir, elle causa longuement avec lui. L'émotion du docteur était extrême : il affirma de nouveau que la guérison était humainement inexplicable. »
Que s'était-il donc passé? — Nul ne le sut, excepté la Supérieure, jusqu'au jour où il fut ordonné à la miraculée de faire la déclaration suivante. Elle écrivit :
« Après avoir reçu Notre Seigneur dans la sainte communion, étant incapable d'articuler un mot, je dis mentalement : « Bien-aimé Sauveur, vous voyez combien je souffre! Je vous « supplie, par l'intercession du B. Jean Berchmans, de irTaccor- « der soulagement et, si c'est pour le salut de mon âme, le com- « plet rétablissement de ma santé. Mais, si telle n'est pas votre « volonté, accordez-moi de supporter patiemment mes douleurs « jusqu'à la mort, à laquelle je suis entièrement résignée ».
« Ensuite, plaçant sur ma bouche l'image du B. Berchmans, que je gardais constamment auprès de moi, je parlai ainsi au Bienheureux :
« S'il est vrai que vous puissiez opérer des miracles, je vous « supplie humblement de faire quelque chose pour moi, afin « que ma dévotion soit toujours plus confiante ».
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« Je déclare qu'alors j'entendis une voix me dire :
« Ouvrez la bouche ».
« J'obéis aussi bien que je pus, et je sentis poser sur ma langue quelque chose qui me donna du soulagement. Ensuite, une voix claire dit très distinctement :
« Ma sœur, vous désirez, vous voulez le saint habit religieux? Soyez fidèle*, ayez confiance : vous l'aurez ».
« Je n'avais pas encore ouvert les yeux et je ne savais qui était à côté de mon lit. Je me tournai, et, d'abord, me sentant ravigorée, je m'écriai :
« Quoi! je suis guérie?... »
« Ensuite, je vis, en esprit, debout près de moi, environné de lumière, un angélique jeune homme : il tenait une coupe à la main. Saisie de stupeur : « Seriez- vous, dis-je, seriez-vous le a Bienheureux Berchmans »? Il répondit : « Oui; et il ajouta: « N'ayez aucune crainte : je viens, par ordre de Dieu toutce puissant, vous déclarer que vos douleurs sont finies ».
« Alors, j'ouvris les yeux; — mais le jeune saint avait disparu ».
A partir de ce jour, Marie ne ressentit plus aucune infirmité; elle recouvra ses forces premières, et se trouva même plus vigoureuse que jamais. Elle suivit tous les exercices du noviciat, et, comme sa maladie avait été le seul obstacle à la prise de l'habit religieux, elle le revêtit et rien, dès lors, ne la distingua plus de ses compagnes, si ce n'est le rayonnement sur son visage d'une joie plus vive et plus sentie.
Le 14 de chaque mois, depuis le miracle de 1866, Marie s'approchait de la sainte Table. Déplus, elle venait prier fréquemment, à la place qu'avait sanctifiée l'apparition du B. Berchmans.
Nous trouverons, maintenant, dans le mémorial intime de la jeune novice, la révélation des faits qui suivirent sa miraculeuse guérison, jusqu'à l'heure de son départ pour le ciel :
— « Dimanche dernier, au moment de la communion, j'ai demandé à Notre Seigneur de permettre à son bienheureux serviteur de m'éclairer sur deux points, qui me causaient une cer-
taine anxiété. Mais il n'était jamais entré dans mon esprit que lumière me serait donnée de la façon que je vais dire :
D'après une aquarelle faite à Grand-Coteau.
« Après avoir récité l'office du soir (Matines et Laudes) j'allai m'agenouiller, comme d'habitude, à la place de l'apparition, et je demandai réponse certaine à ces deux questions :
« Premièrement, le B. Berchmans est-il satisfait des attestations données au sujet de ma guérison?
« Deuxièmement, quel est le sens précis et complet de ces paroles : « Ma sœur, vous aurez le saint habit que vous désirez? »
« Dieu alors daigna me favoriser d'une seconde apparition. Mon bien-aimé protecteur s'offrit à mes regards, à la place même que j'occupais, le 14 décembre 1866. Il était tout rayonnant de joie : il me regarda en souriant et me dit :
« Auriez-vous peur »?
<c Et, en achevant ces mots, comme pour me rassurer, il posa la main sur ma tête. (Le souvenir de ce moment remplit encore mon âme d'une paix céleste).
« Le Bienheureux Jean reprit :
« Je suis content de vos attestations et je vous recommande « la stricte observation de vos règles ».
« Je lui demandai :
« Dois-je vivre longtemps, ou mourir dans la première année « de mon noviciat? »
« Il répondit :
« Vous mourrez novice : soyez fidèle. Je vous visiterai de nou- « veau et vous ferai connaître le temps de votre mort ».
Le 7 juin 1867, premier vendredi de ce mois, fut jour de retraite pour Marie. A la méditation qu'elle fit sur sa mort, elle pria la très sainte Vierge de la tirer de ce monde, le jour de l'Assomption, ou le jour de la Nativité, et elle eut comme un vif pressentiment que Notre-Dame l'exaucerait. Le mémorial de la pieuse novice nous la montrera sur ce chemin du ciel, et jusqu'au terme :
14 juillet. — « Que d'heureux souvenirs me rappelle ce jour! Il me semble que je suis presque en possession de ce qui fait l'objet de mon plus ardent désir. J'ai offert ma sainte communion en actions de grâces, avec toute la ferveur dont je suis capable. Peut-être sera-ce la dernière quinzaine où je pourrai communier à la chapelle ».
i5 juillet. — « Plusieurs fois, aujourd'hui, j'ai réfléchi sur les approches de la fête de l'Assomption. Combien je serais heu-
reuse de passer ce jour dans le ciel, bien que je ne m'attende qu'à un très petit coin dans ce séjour des bienheureux! J'ai fait si peu pour Dieu, et lui a tant fait pour moi ! »
16 juillet. — a La pensée du 1 5 août ne me trouble nullement; au contraire , je salue son approche avec délices et avec un ardent désir d'être pour toujours unie à Jésus et à Marie. Vraiment, je puis être trompée, mais il me paraît que Dieu tient pour agréables ces pensées et ces désirs. La vérité est que tout m'y ramène » .
2 août, ier vendredi du mois. — « Ce premier vendredi du mois est le dernier, je présume, que je passe sur la terre. J'aime la méditation sur la mort. Il me semble que je puis bien m'appliquer ces paroles, vraies pour tous : « La vie est courte et « son terme incertain ».
7 août. — « Je pense que ce mercredi sera le dernier que je passerai avec mes sœurs : elles ne s'en doutent guère ! Mon désir pour le ciel croît, d'heure en heure, non pas que je sois fatiguée de la vie, mais j'ai une si grande crainte d'offenser Dieu ! Je songe continuellement aux grâces quïl m'a accordées. Plutôt mourir que de perdre une de ces grâces ! »
9 août. — « Je suis très heureuse! Il est possible que ce soit présomption; mais je ne sens pas la moindre crainte, à la pensée de la mort. J'aime Notre Seigneur et sa Mère, et il me tarde de
m'unir à eux ».
Marie Wilson fit la neuvaine préparatoire à la fête de son céleste protecteur avec grande piété. Le dimanche, deux jours avant la fête, quoique légèrement indisposée, elle se présenta comme les Sœurs pour recevoir la sainte communion. Mais elle était à peine arrivée à la balustrade, qu'elle tomba en défaillance et fut emportée hors de la chapelle. Ayant repris ses sens, elle dit :
« Mère, ceci est le premier point ».
Le 1 3, fête du B. Berchmans, elle communia, pour la dernière fois, dans la chapelle. Le jour suivant, elle vint se confesser dans l'église avec son calme ordinaire, bien que certaine de ne plus se confesser.
Lorsque le docteur se présenta à l'infirmerie pour sa visite accoutumée, il vit la jeune novice et prescrivit pour elle quelques
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petits remèdes, en lui disant, sous forme de plaisanterie :
« N'allez pas tomber en une maladie comme celle de Tan dernier? »
Elle répondit :
Cette fois, docteur, ce ne sera pas long; « et, du doigt, montrant au médecin une image du B. Berchmans, Marie ajouta :
« Mon docteur, maintenant, le voici. Je serai guérie au ciel ! »
Le médecin, qui n'était pas catholique, demanda à la Supérieure, en se retirant :
« Que veut dire la sœur? »
La Supérieure, pour qui Marie n'avait pas eu de secrets, se contenta de répondre :
« Je vous prie, Monsieur le docteur, de vouloir bien noter ces deux mots que vous venez d'entendre :
« Cette fois, ce ne sera pas long... Je serai guérie au ciel ».
Le docteur parti, Marie s'occupa de détails relatifs à sa sépulture : elle désignait les vêtements plus conformes à la pauvreté, dont elle eût aimé qu'on la revêtît morte. Ces sollicitudes n'étaient point prématurées : lorsque, peu d'heures après, la Supépérieure remonta à Tinfirmerie, l'agonie approchait. Averti, en toute hâte, le médecin accourt, et il demeure interdit, à la vue de la sœur : « Rien, ce matin, ne faisait présager un tel changement! » Ce fut sa première parole. Il ordonna une potion. Marie dit, en souriant, à la Supérieure : — « Vous savez, ma Mère, que le remède sera inutile ». Elle s'empressa toutefois de le prendre, quand la Supérieure lui eût répondu : — Obéissons, comme Jésus, jusqu'à la mort ».
Averti aussi, le prêtre arriva bientôt, mais trop tard pour que la malade pût recevoir le saint viatique : elle avait perdu toute connaissance, et elle parut ne la recouvrer, le samedi, 17 août, que pour donner à ses sœurs la joie d'entendre ce dernier mot, plus du ciel que de la terre : « Doux Jésus, je viens ! ».
Marie n'avait pas encore achevé sa vingt et unième année. Ses restes mortels furent inhumés dans le cimetière du couvent, à Grand-Coteau, à la place que la jeune novice, cinq jours auparavant, avait elle-même désignée pour être le lieu de son repos.
L'infirmerie où le B. Berchmans est apparu a été convertie en chapelle, et le saint Sacrifice y est, de temps en temps, offert ».
Les deux faits furent déclarés miraculeux par les consulteurs et cardinaux examinateurs, le 23 juin 1 887, et le Pape Léon XIII confirma ce jugement, le jour de la Toussaint, ier novembre de la même année.
Le i5 du même mois, les consulteurs et cardinaux jugèrent, à l'unanimité, que l'on pouvait procéder à la canonisation du Bienheureux Jean Berchmans, et S. S. Léon XIII, le 27 novembre, premier dimanche de l'Avent, approuva cette décision des cardinaux.
En un consistoire secret, tenu le 5 décembre, tous les cardinaux présents exprimèrent le vœu que Jean Berchmans fût, avec les sept Bienheureux fondateurs de l'ordre des Servites, le Bienheureux Père Claveretle Bienheureux Alphonse Rodriguez, mis au nombre des Saints que l'Eglise honore à ce titre.
Le 23 du même mois, Consistoire public, où l'on entendit un des avocats de la cour consistoriale, Gui Marucchi exposer éloquemment les mérites de Jean Berchmans et ses droits à la canonisation.
Enfin, Consistoire semi-public, du 9 janvier 1888, auquel furent invités et se trouvèrent, avec les cardinaux romains, des patriarches et de nombreux archevêques ou évêques, venus à Rome, pour les fêtes du jubilé sacerdotal du Pape. Tous, après avoir été dûment informés des actes déjà accomplis, déclarèrent y associer, avec joie, leur sentiment et leurs votes.
Après quoi, le souverain Pontife fixa la solennité de la canonisation au i5 janvier, 2e dimanche après l'Epiphanie, jour où l'Église célèbre la fête du très saint Nom de Jésus.
Ce jour-là, en effet, le Bienheureux Berchmans fut proclamé Saint, dans la salle ou chapelle Léonine, superbement décorée à cet effet, et, le jour même, à Rome, la guérison miraculeuse de Louise Fabbri, fournit une preuve nouvelle du pouvoir d'intercession dont il plaît à Dieu d'honorer le jeune Saint.
Le lendemain, 16 janvier, au collège Romain, Jean fut loué, en toutes langues, par des voix d'écoliers.
Peu de jours après, le 22 janvier, le supérieur de la mission des Philippines présenta au Souverain Pontife « la plume d'or, enrichie de pierreries », que les élèves du collège de Manille lui envoyaient, en le priant d'en user pour signer la bulle de canonisation de Jean Berchmans. On dit au Pape que ces enfants, après avoir vidé leurs bourses, avaient encore voulu, pour enrichir d'autant la plume du Saint-Père, donner leurs chaînes de montre et autres bijoux : « C'est touchant, répondit, en souriant, Léon XIII; c'est touchant, comme disent les Français ! »
La bulle fut signée, le dimanche, 22 janvier 1888, et le pape y exhorte vivement la jeunesse des écoles à imiter les vertus de Berchmans, son humilité, son obéissance, sa chasteté, la fidèle observance des règles de sa condition; — il l'invite à s'appliquer, comme Berchmans, à l'étude, à l'acquisition de la science; à se faire, comme lui, disciple de Thomas d'Aquin, pour employer ensuite au service de l'Eglise les trésors de saine doctrine, que ce maître angélique lui aura communiqués.
Le monde entier vit bientôt des solennités religieuses, célébrées en l'honneur de Berchmans. Chacune des provinces de la compagnie de Jésus a des collèges, des résidences, des missions, sur divers points du globe, et il y eut entre elles sainte émulation, pour glorifier le digne frère de Sanislas de Kostka et de Louis de Gonzague. La Province de Lyon a publié le récit de ses fêtes : on y voit des foules pieuses, des légions d'enfants surtout agenouillées autour de Berchmans, non seulement, comme en France, à Lyon, à Saint-Etienne, à Villefranche-sur-Rhône, à Moulins, à Grenoble, à Avignon, à Aix, à Marseille, mais au loin, comme à Beyrouth, au Caire, à Alexandrie, à Ghazir, à Damas.
Ainsi les Jésuites d'Espagne auraient pu mettre sous nos yeux, outre les fêtes de leur pays, celles, non moins belles, dont leurs missionnaires furent témoins à Buenos-Ayres, à Montevideo, à Valparaisoet autres villes de la République Argentine, du Chili, de l'Uruguay; à Manille, et sur vingt autres points des Philippines; à Havane, à Bogota, à Panama, et autres villes des Antilles et de la Colombie; à Guayaquil, à Quito, à Lima, et
autres villes de la République de l'Equateur et du Pérou.
Les Jésuites d'Angleterre et d'Irlande pouvaient nous montrer Berchmans glorifié, par leurs soins, dans plus de quarante villes de leur mère patrie, et dans plus de vingt autres de la Guyane anglaise, du Honduras anglais, de la Jamaïque et de l'Australie.
Si chacune des dix-huit autres Provinces eût raconté, comme celle de Lyon, ce que sa dévotion et son zèle avaient fait pour Berchmans, le jeune saint nous fût apparu, fêté, avec autant d'amour que d'éclat, dans les principales villes de l'Europe, et puis, par delà, du nord au midi, de l'Orient à l'Occident, sur toutes les terres où, jusqu'à l'heure présente, l'Évangile a pu être prêché.
Berchmans, on l'a vu, désira toujours se dévouer au salut des nations infidèles : pas un peuple infidèle, qui n'ait déjà entendu et qui ne doive entendre, jusqu'à la fin du monde, la prédication de Jean Berchmans : son image, sa vie, ses reliques, sa fête prêcheront sur tous les rivages , où le zèle conduit et fixe ses frères de la Compagnie de Jésus. Jean ambitionnait surtout la joie et l'honneur d'évangéliser la Chine : Dieu lui a donné de le faire plus efficacement que ne pouvait l'imaginer son ambition : dès l'année 1870, la vie du Bienheureux Jean était traduite en langue chinoise; les jeunes chrétiens du Tchéli et du Kiang-Nan apprennent de lui toute vertu, et ils ont, avec autant de joie que les écoliers des Jésuites de France, d'Espagne, de Portugal, d'Italie, d'Allemagne, de Pologne, de Belgique, de Hollande, d'Angleterre, applaudi à la canonisation de Berchmans. On avait prédit au jeune Saint, et lui-même, sur son lit de mort, pressentit que Dieu trouverait le secret de satisfaire ses apostoliques désirs : « J'aurais beaucoup à faire.... Le vénérable père François , Coster me disait... que je ramènerais, plus tard, à la foi et à la vertu un grand nombre d'âmes.. Peut-être entendait-il que je ferais tout cela, du ciel ! »
Avec ses frères de Belgique, Jean prêche l'Evangile, aux Indes orientales; il le prêche, en Afrique, aux peuples du Zambèse, et, dans les collèges de Bruxelles, d'Alost, d'Anvers, de Mons, de Namur, de Charleroi, de Turnhout, de Gand, de Tournai, de Verviers, de Liège, à l'Université de Louvain, dans toutes les
écoles, les exemples du Saint, toujours sous le regard des enfants, éveillent en leurs jeunes âmes des aspirations à l'apostolat.
La Belgique surtout, — c'était pour elle un droit et un devoir, — a magnifiquement solennisé la canonisation de Berchmans. Les relations de ces fêtes rempliraient un volume. Nous nous contenterons de citer quelques lignes du récit des fêtes du scolasticat de Louvain et de la ville de Diest :
— Les scolastiques de Louvain écrivaient, le 26 janvier 1888 :
« Depuis le i5, jour de la canonisation, nous portons le titre àzCollegium maximum sancti Joannis Berchmans. Ce privilège nous revient, de droit, à plus d'un titre. Louvain est, en effet, la maison de la Compagnie la plus proche de Diest : c'est ici que, maintes fois, dans sa jeunesse, Jean a fait de petits voyages d'affaires pour son maître, le chanoine Froymont, et c'est Téglise de la Compagnie, en cette ville, qui possède le cœur de Berchmans, la plus précieuse de ses reliques.
« Ce furent deux Pères belges, les Pères Heliin et Van Doorne, qui furent chargés de porter le cœur de Jean, de Rome à Louvain. Grande fut la joie du scolasticat, que dirigeait alors le Père Bauters, et où étudiaient presque tous les connovices du saint défunt. Il y eut, paraît-il, excès de ferveur : le Père Vitelleschi, général, se plaignit qu'on eût honoré les restes d'un simple scolastique tant a pompa et plausu..., ut ne vix amplius fieri posset, si jam beatus vocaius esset.
« Nous nous préparâmes à la fête du i5 janvier par un triduum de communion et de prières. Chaque soir, pendant les litanies, le cœur du saint était exposé. Le dimanche, i5, à dix heures, grande séance littéraire, donnée par les académies, flamande et française, des philosophes. Tous les travaux ont vivement intéressé. Vers midi, acte de consécration solennelle du collège à saint Jean Berchmans.
« Ce même dimanche, i5, il y eut à Diest, une explosion d'enthousiasme indescriptible, quand un télégramme, venu de Rome, y apporta la nouvelle de la promulgation du décret. Le Pape a exprimé le désir que Diest fît des fêtes grandioses à son glorieux enfant. On s'y prépare ».
Plus tard, on écrit, de Louvain encore :
« L'annonce d'untriduum solennel, qui devait se célébrer, les 27, 28 et 29 avril, fut partout accueillie avec enthousiasme. Cette fête fut un événement dans la ville de Louvain et les campagnes environnantes. Elles étaient si heureuses et si saintement fières, ces populations flamandes, de voir un de leurs compatriotes élevé sur les autels et proposé à l'admiration et aux hommages du monde catholique ! »
De la description des décorations de l'église des Jésuites, nous détachons les lignes suivantes :
En avant du choeur étaient exposés la châsse et le reliquaire. La châsse, de style roman , est en bois délicatement sculpté et couvert de dorures. Là repose la statue du Saint, moulée en cire et de grandeur naturelle. La main droite, ramenée sur la poitrine, tient le livre des Règles, surmonté par la croix, où s'entrelace le rosaire. Le bras gauche, étendu le long du corps, tient une branche de lis. A côté, un précieux manuscrit, sorte de carnet, où, d'une écriture déliée, parfaitement lisible encore, le saint écrivait ses notes spirituelles. Au dessus de la châsse et un peu en arrière, se trouve un charmant édicule doré, aussi de style roman : là, dans un reliquaire d'argent, est exposé le cœur de saint Jean Berchmans.
« Le jeudi, 26 avril, veille du triduum, fut célébrée l'ouverture des fêtes. Bien avant le temps fixé, la foule se pressait dans l'église devenue trop étroite. L'image du Saint apparaissait brillante sous les étoiles de feu qui l'entouraient. Au dessus, douze étoiles encadraient et faisaient rayonner la statue de Notre-Dame.
« Le lendemain, à dix heures, messe chantée, la douzième de Mozart. L'élite de la population de Louvain était là. A deux heures et demie, consécration à saint Jean Berchmans de la jeunesse des institutions catholiques de la ville, section flamande : on y compta plus de neuf cents enfants. A quatre heures, les étudiants de l'Université catholique : dans cette foule d'écoliers, toutes les villes de la Belgique avaient des représentants. Le vicerecteur de l'Université prononça le panégyrique.
« Durant cette réunion, on avait dû fermer les portes de l'église : elles étaient assiégées par la multitude, qui attendait les
offices de 5 heures 1/2 : il y eut, à ce quatrième exercice, nouveau panégyrique du Saint, et de même à la réunion de huit heures du soir.
« Avec les premières heures de la seconde journée, recommencèrent les manifestations de la veille, plus remarquables encore, s'il est possible. A dix heures, on chanta la messe de sainte Cécile de Gounod. Après chacun des exercices du jour, interminable défilé pour le baisement de la relique.
La très sainte Vierge a été de toutes ces fêtes : chacun, par un mouvement spontané du cœur, rapprochait Marie de l'angélique Berchmans : n'était-ce pas répondre aux plus ardents désirs du Saint? C'est au pied de l'image de la Mère de Dieu, que le cœur de Jean a reçu tant d'hommages. C'était vers Marie que la pensée des prédicateurs se reportait le plus souvent, avec une complaisance marquée, et les enfants chantaient :
Donne-nous ton amour pour Marie et Jésus !
« Le dimanche, 29 avril, communion générale. Dès cinq heures du matin, les communiants affluèrent. A dix heures, chant de la messe du Sacre, de Cherubini. Mgr Anthonis, évêque de Constance, pontifia : les tribunes, les galeries, les confessionnaux mêmes étaient envahis, et un grand nombre de fidèles stationnaient au dehors. A 3 heures 1/2, consécration à saint Jean Berchmans de la jeunesse des écoles, section française : plus de six cents enfants la représentèrent. A la fin du quatrième exercice de ce jour, chant du Te Deum.
Le samedi et le dimanche, comme le premier jour, des voix éloquentes avaient, à l'envi, loué les vertus du Saint.
Après dix heures du soir, le dernier jour, on demandait encore à baiser la relique. Pour satisfaire cette dévotion et l'alimenter, il y aura désormais, dans l'église du collège, exposition du cœur de saint Jean Berchmans, le deuxième dimanche de chaque mois.
Les fêtes de Diest durèrent une semaine entière. Ouvertes, le dimanche soir, 12 du mois d'août, veille de la fête du Saint, elles se clôturèrent le soir du dimanche, 20 du même mois. Les détails qui suivent sont empruntés à la relation des
Précis historiques (année 1888, pages 448 et suivantes) : « L'église collégiale de Saint-Sulpice, qui peut soutenir la comparaison avec les plus beaux temples gothiques de notre pays, était, dans la circonstance présente, ornée avec une somptuosité princière et un goût exquis. Toutes les autres églises, tous les édifices publics, toutes les maisons particulières, depuis les plus opulentes jusqu'aux plus humbles, sont ornées, décorées, pavoisées. Les inscriptions en vers et en prose, en latin, en flamand, en français, se comptent par centaines et par milliers. Les guirlandes, les draperies, les arcs de triomphe se succèdent, d'une rue à l'autre, sans interruption. La ville entière a pris un air de fête; la joie rayonne sur tous les fronts.
« Toute l'octave a été célébrée avec la même piété, la même allégresse, le même enthousiasme. Pendant huit jours, les offices religieux, à Saint-Sulpice, furent suivis avec la même assiduité et la même dévotion. A chaque heure, arrivaient, des contrées voisines, de nombreuses troupes de pèlerins. Le lundi i3, et le dimanche 19, jours fixés pour les sorties de procession et de cortège historique , la petite ville fut trop étroite pour les cinquante mille étrangers qui s'y trouvèrent.
« Le i3 août, la grande messe pontificale fut célébrée par Mgr Goossens, archevêque de Malines, présents Nos Seigneurs les évêques de Liège, de Tournai, d'Erythrée et de Constance. Dans le chœur étaient réunis près de soixante prêtres, tous natifs de Diest.
« A3 heures de l'après-midi, première sortie du cortège historique. Il s'ouvrit par une reproduction exacte du vieux Diest du seizième siècle. A la suite des trompettes à cheval et des armoiries de la ville , portées par trois hérauts d'armes, s'avançait le comte de Nassau , seigneur de Diest, accompagné des magistrats de la ville, le Drossard, l'Ecoutête, les deux Bourgmestres, les Echevins, le Pensionnaire et les Secrétaires. Venaient ensuite les fameuses corporations ou Gildes de la cité ; puis les Métiers, avec les insignes de leurs communautés et les emblèmes de leurs industries; les deux Chambres de rhétorique, le Lis et l'Œil du Christ. Enfin, le char où se trouvaient très bien groupés, avec des
costumes caractéristiques, les principaux membres de la famille Berchmans.
« Les groupes qui venaient ensuite représentaient les différentes périodes de la vie du Saint, et sa glorification par ses concitoyens d'autrefois et d'aujourd'hui.
« En tête , les marguilliers de Saint-Sulpice, le Prévôt et les chanoines de la Collégiale; les Maîtres de la Table du Saint-Esprit pour le soutien des pauvres, etc.
« Puis, Berchmans enfant, accompagné de son ange gardien. A leur suite, un groupe d'enfants et d'adolescents; les acolytes de la maîtrise de Saint-Sulpice, et au milieu d'eux le jeune Saint, habillé en enfant de chœur; le maître d'école de Jean, Valère Van Stiphout, et ses jeunes écoliers.
« On voyait ensuite, représentés par divers groupes, la première communion de Berchmans, — son séjour dans la maison du curé de Notre-Dame Pierre Emmerick; — Jean à Malines, dans la maison du chanoine Froymont, avec les trois jeunes nobles dont le Saint surveillait l'éducation; — la Congrégation de la Très Sainte Vierge, à laquelle il appartenait; — la leçon de catéchisme et la distribution de chapelets, que faisait Berchmans aux petits paysans des environs de Malines; — Jean à Anvers, au milieu déjeunes mousses, qu'il catéchise; — Berchmans à Rome, etc., etc.
« Enfin s'avance le char de la canonisation : on y voit le Saint dans la gloire céleste, entouré de charmants groupes d'enfants, qui chantent ses louanges.
« Après ce char, qui terminait le cortège historique , venait la procession religieuse proprement dite. Là surtout, la population de Diest et des environs s'est montrée, ce qu'elle est, ardemment croyante et pieuse.
« En tête marchaient cinquante députations d'associations, avec leurs étendards et leurs insignes. C'était un beau spectacle que devoir tant d'hommes, de toutes conditions, témoigner ainsi de leur inviolable attachement à la religion de leurs pères : ils étaient fiers de rendre publiquement hommage à cette grande Église catholique, qui, dans tous les temps et dans tous les pays, a produit des légions de saints et de héros.
« Après les sociétés de laïques, s'avançaient de nombreux ecclésiastiques, revêtus du rochet de cérémonie. Au milieu d'eux, la châsse des reliques du Saint, portée par seize religieux de la Compagnie de Jésus... Derrière la châsse marchaient les marguilliers de Féglise Saint-Sulpice, un grand nombre de Pères de la Compagnie de Jésus et d'autres Ordres religieux, Dominicains, Franciscains, Prémontrés, Croisiers; puis, des dignitaires ecclésiastiques , des chanoines de nos cathédrales de Belgique, les supérieurs des grandes abbayes Norbertines, Nosseigneurs les évêques, et après eux S. G. Mgr l'archevêque de Malines, heureux de voir avec quel pieux enthousiasme cette multitude honorait un enfant de son archidiocèse.
a Le spectacle était donné au ciel, comme à la terre; et tandis que les louanges montaient vers Berchmans, lui rendait grâces à ses chrétiens aïeux, à ses pieux parents, aux instituteurs de sa jeunesse, aux saints de la Compagnie de Jésus, à Ignace de Loyola, qui l'avait mené, après eux, à ce glorieux terme, par la voie de son exemple et de ses Règles; il rendait grâces à la très sainte Vierge, la meilleure gardienne de son innocence d'enfant, la vraie Mère de sa vocation, l'ouvrière principale de sa sainteté; puis, s'élevant jusqu'à la source de toute grâce et de toute gloire, il chantait au Fils de Dieu incarné, Jésus, à la Trinité Sainte, au Dieu très grand et très bon ce cantique, que l'Eglise lui met dans la bouche, au jour de sa canonisation :
« Je vous rendrai grâces ô mon Dieu, je chanterai vos louanges et je bénirai éternellement le nom du Seigneur.
« Lorsque j'étais encore jeune, avant de tomber dans les égarements de cet âge, j'ai instamment prié le Seigneur de me donner la Sagesse. Je la demandais à la porte de son temple, et je me disais : Je la rechercherai, jusqu'à mon dernier jour : aussi, comme un raisin précoce, a-t-elle mûri, de bonne heure, en moi.
« Avec elle, mon cœur a trouvé sa joie; pour l'avoir cherchée, dès ma jeunesse , mes pieds sont demeurés dans le droit chemin.
« J'ai prêté humblement l'oreille à ses leçons, et elle-même s'est épanchée en moi.
« Je me suis donc trouvé riche de sagesse, et, par mon labeur, j'ai agrandi ce trésor.
« Éternellement je glorifierai celui qui me donna la Sagesse.
« Enfant, je me déterminai à suivre ses conseils; je les ai exécutés avec ardeur; je n'en ai pas rougi ;
« Mon âme a dû soutenir, pour elle, un incessant combat; mais, à mesure que je luttais ainsi, je devenais plus fort.
« J'ai mené mon âme droit à elle, et enfin, je Tai connue, je l'ai trouvée.
« Je me suis uni à elle, par l'intime du cœur; rien ne nous séparera.
« Vous donc qui hésitez encore, hâtez-vous d'incliner votre cou sous le joug de la Sagesse... Ne voyez- vous pas, de vos yeux, le grand, l'éternel repos que j'ai trouvé, après un travail si court »?
Maria!