‹ Vie de St. Jean Berchmans de la Compagnie de JesusChapitre 7 sur 61 · LE B. JEAN CHEZ L'ARCH IPRETRE · texte numérisé non relu

LE B. JEAN CHEZ L'ARCH IPRETRE

tendons encore, dit à son mari la pieuse mère; prions, j'ai confiance que Dieu nous tirera de peine ».

Les prévisions d'Elisabeth ne furent point trompées. Un autre saint prêtre vivait alors à Diest : c'était le doyen Aymon Timmermans, archiprêtre du territoire de Diest, un homme que sa capacité et sa vertu avaient fait l'ami intime de l'archevêque de Malines, Mathias Hovius (1). Le bon archiprêtre eut à peine été informé de répreuve à laquelle Dieu soumettait la famille Berchmans, qu'il s'offrit à recevoir chez lui Jean, à titre de serviteur, et s'engagea à subvenir à tous les frais de son entretien et de son éducation. Jean dit encore adieu à la famille et entra au service de Tarchiprêtre (2).

Ici encore, Valère Van Stiphout demeura son maître, et c'est de lui que nous apprenons ce que pensait de son jeune disciple le vénérable archiprêtre de Diest : — M. Aymon Timmermans, dit-il, a rendu à l'innocence de Berchmans un bien illustre témoignage. A une époque où il lui fut aisé d'observer l'adolescent, puisqu'il l'avait sous son toit, à son foyer et même, chaque jour, à sa table, frappé de ce qu'il remarquait en lui de surhumain : — Ce jeune enfant, disait-il, un jour, à plusieurs personnes, en leur montrant Berchmans ; ce jeune enfant est un ange : — tant il admirait la candeur angélique qui rayonnait sur son visage.

Il semble que Dieu ne conduisît son serviteur chez le doyen de Diest, que pour ajouter à sa gloire l'éclat de ce témoignage. A peine, en effet, était-il là depuis quelques jours, que la Providence l'en retira pour le faire entrer dans des voies nouvelles (3).

Un ami des Berchmans était arrivé à Diest. Il les visita et on ne lui cacha point l'embarras qui attristait toute la maison et les appréhensions qui demeuraient, même après l'offre généreuse du doyen Timmermans : la mort du vieillard pouvait, en effet, rendre inutiles, d'un jour à l'autre, ses bonnes dispositions envers

(1) « Dom. Haymo Timmermans, archipresbyter territorii Diestemensis, illustrissimo archiepiscopo Hovio, dnm viveret, percarus perquefamiliaris ». — Valer. Van Stiphout.

(2) L'ancienne maison de l'archiprêtre est celle qu'occupent aujourd'hui les Vanden- Hoven : elle est située à côté du Béguinage.

(3) « Dopo averlo tenuto qui. per alcuni giorni... ». — Summar.

3o LE B. BERCHMANS EN BELGIQUE.

la famille. — « Mais, dit le visiteur, je suis l'envoyé de la Providence : Jean continuera sûrement ses études, non pas, il est vrai, à Diest, mais au collège de Malines. Je connais dans cette ville le chantre du chapitre de la métropole, le chanoine de Froymont; il désire, je le sais, avoir près de lui, comme serviteur, un enfant intelligent et pieux : c'est donc votre Jean qu'il lui faut. Je vais me hâter d'écrire, et je ne doute pas qu'en retour des bons offices qu'il recevra de votre enfant, le bon chanoine ne consente à l'entretenir et à le faire admettre, comme externe, au collège de la ville».

Jean, dès qu'il en fut instruit, communiqua à son cher professeur Valère Van Stiphout le nouveau dessein de son père. Ce fut un deuil pour le bon maître : — « Déjà, dit-il, je m'applaudissais de posséder dans notre école un élève qui lui faisait tant d'honneur \ déjà, on l'appelait, à Diest, la fleur du gymnase, l'ornement des écoliers : je me souviens que plus d'une fois je fis part à mes amis de la joie que j'en éprouvais. Mais il n'est pas de bonheur durable sur la terre; et alors que toutes nos espérances reposaient sur Jean Berchmans, des hommes jaloux de notre bonheur pressèrent son père de l'envoyer à Malines ».

Berchmans parti, cet excellent maître ne voyait plus rien qui l'attachât à la terre : — ■ « Son éloignement, disait-il, m'a été si dur à porter, qu'en son absence la vie m'a semblé depuis un tourment » (i).

Mais la Providence avait tout ménagé : le séjour de Berchmans à Malines favorisait l'accomplissement des desseins de Dieu sur son avenir. Dieu voulait donner en Berchmans un digne fils à la Compagnie de Jésus, et c'est à Malines que Berchmans devait naître à la Compagnie de Jésus. Ces desseins providentiels, Valère Van Stiphout, lui-même, les avait pressentis, et, sous l'inspiration de son maître, Berchmans les avait célébrés : — « Autant Berchmans aimait la sainte Mère de Jésus, écrivait Valère Van Stiphout, autant il aimait son divin Fils. Il en était, comme on dit, à ses humanités, quand, invité par moi à se choisir un thème de composition poétique, il choisit

( i) « Cujus ego djscessiim iia dolenter tuli. ut vitam mihi acerbam, illo absente, duxerim ».

LE B. JEAN CHEZ L'ARCHIPRÊTRE. 3i

spontanément le saint nom de Jésus; et il exprima dans sa petite pièce ses sentiments avec une telle vivacité et tendresse d'affection, qu'il semblait déjà se vouer, en quelque sorte, à reproduire en lui-même Jésus, et s'enrôler d'avance dans la milice qui porte son glorieux nom ».

La pièce de vers est heureusement venue jusqu'à nous, telle qu'elle sortit du cœur et de la plume de Berchmans (i). En voici la traduction fidèle :

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